Décor d'arcatures et d'arcades 

Évolution des éléments de décor et de l’iconographie   • Article précédent   • Article suivant


Les images de cette page ont été extraites de notre site Internet.

Remarque préliminaire : le mot arcade a deux définitions en architecture : un ensemble composé d’un arc et des montants qui le soutiennent ; et, par métonymie, un portique composé d’arcades. Le mot arcature a pour définition un ensemble de petites arcades.

Nous reviendrons en fin de page sur les difficultés occasionnées par le flou de ces définitions.


Arcatures sur un décor sculpté ou peint

Le fait de recueillir un grand nombre d'images afin d'alimenter l'actuel site Internet nous a fait réaliser l'importance de l'imagerie haut-médiévale. Examinons l'image 5. Elle nous fait penser à la photographie d'une classe d'élèves. Plus exactement au premier rang de cette salle de classe. Avec, au centre, l'instituteur, et, de part et d'autre, les élèves, quatre de chaque côté. Une scène un peu statique même si certains individus ont l'air de remuer. Mais il y a dans cette image une particularité que l'on ne trouve pas dans les photographies de classe : une arcade entoure chaque personnage (hormis le Christ entouré d'une mandorle et les deux anges porteurs de cette mandorle). Si le sculpteur a pris soin d'introduire dans sa composition une arcade sur chacun des personnages, c'est parce qu'il voulait souligner leur importance ou montrer qu'ils avaient accédé au ciel. Il semblerait bien que les arcades soient les portes d'entrée au ciel.

L'image 1 présente une scène analogue à la précédente. Les saints sont placés sous des arcades. Ces arcades sont autant de passages à travers lesquels les saints (qui sont déjà dans le ciel comme le montrent leurs auréoles) nous invitent à passer. Le bas-relief de l'image 2 est probablement un fragment de linteau utilisé en réemploi. On constate en effet que l'arcade de gauche a été coupée. On reconnaît sous chaque arcade, l'ange de l'Annonciation, la Vierge de l'Annonciation, la scène de la Visitation. Une constatation étonnante : les saintes femmes ne sont pas auréolées, l'auréole étant seulement suggérée par les voiles en arrondi. Ce linteau est probablement préroman.

Image 3 : On retrouve une arcade encadrant, cette fois-ci, une croix pattée.

Image 4 : Les fonts baptismaux sont plus qu'un objet de culte. Le croyant qui est baptisé est censé accéder au paradis. Il est donc normal que la cuve soit entourée d'arcades pour symboliser cette entrée au paradis. Pour quelle raison ces arcades des têtes et non des corps entiers de saints ? Nous l'ignorons. Nous savons seulement que le culte des têtes était pratiqué par les Celtes.

Image 6 : Si nous n'avions pas vu les images précédentes, nous aurions estimé que l'arcature privée de tout ornement qui entoure ces fonts baptismaux est un simple décor sans valeur symbolique.

Image 7 : Tout comme pour les fonts baptismaux, les objets funéraires ont une forte valeur cultuelle. On attache une forte importance au culte des morts. Il n'est donc pas surprenant de voir un décor d'arcade sur ce couvercle de sarcophage.

Image 8 : Il y a sur ce chapiteau deux types de symboles représentés ; à droite, deux êtres fantastiques adossés (symbole que nous n'arrivons pas à interpréter), à gauche, des arcs entrelacés.

Image 9 : Ce tympan d'époque gothique met en exergue la seule arcade sans autre ornement. La succession des diverses arcades remontant vers le centre symbolise la marche progressive que chaque pèlerin doit accomplir pour monter au ciel.



Arcades


Le paragraphe précédent était intitulé « Arcatures sur un décor sculpté ou peint ». Nous avions montré que l'arcade pouvait faire partie du décor sans être un objet structurant ce décor.

Mais dans la plupart des cas, l'arcade a une valeur fonctionnelle, architectonique : elle sert à porter quelque chose au-dessus d'un espace vide. Cela peut-être une route dans le cas d'un pont, un pan de mur au-dessus d'une porte. Mais dans une grande structure, la succession d'arcades peut avoir une dimension esthétique. C'est d'ailleurs ce que nous avons auparavant écrit dans la page que nous avons consacrée aux arcatures lombardes pour lesquelles il est parfois difficile de différencier le côté esthétique du côté fonctionnel. Et il en est de même pour de plus grandes arcades. Ainsi, les minces arcades qui apparaissent sur les parois et le campanile de Pordenone (image 11) semblent avoir été prévues pour leur caractère esthétique. Nous en sommes moins certains en ce qui concernent les arcades de fond de chœur du Duomo de Trieste (image 12) : elles participent au support de la voûte en cul-de-four de l'abside. Mais elles sont aussi un élément de décor de la totalité de l'abside. Concernant le chœur d'Ename (image 10), c'est tout aussi complexe : les arcs du mur Sud participent au support de la voûte en plein cintre, mais ce n'est pas le cas de l'arcade du mur Est situé à gauche de l'image.

L'image 13 d'une mosaïque de Ravenne expose un palais, (probablement de Ravenne (le mot palatium est marqué sur le linteau au-dessus des trois arcs centraux). La façade du palais est ornée de neuf arcades. Il ne s'agit pas d'arcades aveugles mais de portes munies de rideaux. À l'origine, il y avait des personnages à l'intérieur des arcades mais ces personnages ont été supprimés. Il reste des traces de bras ou de mains sur les colonnes (image 14). Nous pensons qu'à l'origine il devait y avoir des rideaux, sans doute disposés différemment. Mais qu'il y ait eu ou non des rideaux à l'origine n'a que peu d'importance. Car même si ceux que l'on voit ont été posés après la destruction des effigies des personnages qui occupaient les arcades, le fait d'avoir posé des rideaux n'a pas gêné les contemporains. Cela signifié qu'à cette époque, il y avait des rideaux posés sur les arcades. C'est ainsi que l'on devrait imaginer l'image 15 : de grandes arcades avec des rideaux en travers de chaque arc. Cela permettait de séparer les vaisseaux d'une nef, avec ouverture pour les grandes occasions.

Les images 16, 17 et 18 de la chapelle de Locoyarn permettent de voir une poutre disposée sur des chapiteaux sous l'arc triomphal (image 16) et sur l'arc de la nef côté Nord-Ouest (images 17 et 18). Il est possible que ces poutres aient servi à porter un rideau.



Carte interactive : « Arcatures et arcades »

À partir des informations que nous avons recueillies lors de notre étude, nous avons constitué un fichier Excel et appliqué des codes aux éléments caractéristiques que nous avions repérés. Ainsi le code ADS (Arcatures sur les Décors Sculptés) a servi à constituer la première partie de cette page, et le code ARC (Arcades), la deuxième partie. La carte interactive ci-dessous a été bâtie par lecture de ces codes. Il faut comprendre que compte tenu de la difficulté de différencier les situations, il a pu y avoir des erreurs ou des incertitudes dans la répartition. Cette carte ne peut servir qu'à donner des indications. Il faut aussi comprendre qu’au fur et à mesure de la progression de notre recherche, il peut y avoir inflexion des raisonnements.




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