La collégiale Saint-Ursmer de Lobbes
Nous n'avons pas visité cette église.
Les images ci-dessous proviennent d'Internet.
La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église
nous apprend ceci :
«
La Collégiale
Saint-Ursmer est un édifice religieux catholique
sis à Lobbes (Belgique), édifié de 819 à 823 par les
moines de l'abbaye de Lobbes. Ce bâtiment est la seule et
la plus vieille église de Belgique, datant, dans ses
parties essentielles, de l’époque carolingienne. Peu
remanié au cours des siècles, cet édifice garde un
caractère carolingien certain (nef et parties
occidentales), adouci d'art mosan (crypte, porte d'entrée,
tour et chœur). [...]
Origine :
Dès le VIIe siècle, Ursmer de Floyon édifie un
monastère, lequel est dédié à saint Pierre. À l'heure
actuelle, on peut encore voir la muraille de l’enclos, la
Portelette, les toits des fermes, ainsi que ceux de la
brasserie. Il s’agit d’un plan terrier d’un monastère
mérovingien. Comme tous les nobles qui entourent le roi,
Ursmer reçoit une éducation chrétienne. Il devient un
évangélisateur et comprend très vite que les moines se
feraient mieux entendre par les Francs Saliens. Un
voyageur venant de Binch est stupéfait devant la
collégiale : en y pénétrant, il fait une découverte
sensorielle très déconcertante. En effet, toutes les
surfaces claires et nues sont parcourues de jambages en
plein cintre, de baies, d'arcades et de petites voûtes.
Apparemment, les extrémités attirent par le mystère qui
suinte des pénombres. On y trouve une crypte qui
abriterait le sarcophage de saint Ermin. De solides voûtes
sont posées sur des pilastres carrés d’un moellonnage
symbolique. Neuf siècles plus tard, le décor est toujours
d’actualité. À la fin de la période carolingienne, la
collégiale est enrichie d’un massif occidental comprenant
trois tours et trois tribunes. La tribune centrale est
conservée. L’intérieur de la collégiale est visible de la
tribune centrale, même si l’axe de symétrie ainsi que la
verticalité des murs sont encore ici des réalités
approximatives.
Les
moines, disciples de saint Landelin, ont élevé un premier
édifice de bois en cet endroit à la fin du VIIe
siècle, un bâtiment de dimension sans doute modeste. Il
s’agit d’une chapelle hors de l’enceinte de l'abbaye ; en
effet, les reliques de saints ramenées de Rome par
Landelin et, plus tard, la relique de l'apôtre Pierre
donnée à Ursmer par le pape Serge Ier,
pieusement conservées à l'abbaye, ne peuvent pas côtoyer
l'enceinte du cimetière de l'abbaye, sous peine
d'excommunication.
Rentré
à Lobbes, Ursmer fait construire en 698 un oratoire dédié
à la Vierge, là où se trouve aujourd’hui la collégiale. Il
occupait très probablement l'emplacement de la crypte
actuelle. Cette modeste construction, entourée d'un
cimetière, devait servir de sépulture aux moines, aux
familiers de l'abbaye et permettre les dévotions des
habitants du voisinage, spécialement les femmes qui ne
peuvent suivre régulièrement les offices à l'abbatiale.
Fulrad, abbé de Lobbes, la reconstruit plus grande – et en
pierre – de 819 à 823, et dédie l’église à saint Ursmer,
compagnon et premier successeur de Landelin à la tête de
l’abbaye de Lobbes.
Dans
la crypte, on voit encore les pierres tombales d'abbés de
Lobbes, les sarcophages primitifs des deux successeurs
immédiats de Landelin à la tête de l’abbaye : saint Ursmer
(décédé en 713) et saint Ermin (décédé en 737).
Un chapitre de chanoines y est fondé et l'église devient
donc collégiale en 973.
Développements
ultérieurs :
Il
semble que l'église actuelle, non compris le porche, la
tour occidentale, le chœur et la crypte, remonte au début
du IXe siècle, à une date proche de l'élévation
des reliques de saint Ursmer en 823 ; une tour couverte
d'un toit à quatre pans coiffait la travée précédant le
jubé actuel.
Le 2 avril 954 ou 955, l'abbaye de Lobbes et l'église
Saint-Ursmer furent attaquées et pillées par les Hongrois.
Au XIe siècle, l’église qui menace ruine est
rénovée et élargie. Le chœur et l’ancienne crypte sont
reconstruits dans le style roman sous l'abbatiat d'Arnoul
(ou Arnulphe ou Arnould) de 1077 à 1094, qui y ajoute la
tour occidentale avec son petit porche et la chapelle de
Saint Nicolas (chapelle des Fidèles-Trépassés). Les
travaux terminés, Otbert, prince-évêque de Liège (diocèse
dont dépendait l’abbaye), visite Lobbes et consacre la
nouvelle pierre d’autel le 20 janvier 1095.
Les mœurs des chanoines n'étaient pas exempts de tous
reproches : entre 1162 et 1175, le pape Alexandre III
ordonne à Henri de France, archevêque de Reims, de
contraindre les chanoines de Saint-Ursmer et d'Antoing qui
habitaient avec des concubines, à résigner leurs
bénéfices. »
Commentaires
sur ce long texte de Wikipédia
Malgré sa longueur, nous avons préféré recopier de grands
extraits de ce texte qui nous fournit de nombreuses
informations.
–
La plus intéressante de ces informations nous est donnée dès
le début : « La Collégiale Saint-Ursmer
est un édifice ... édifié
de 819 à 823 ... ». En fait, nous aurons un peu
plus loin l'occasion de faire un examen critique de cette
datation. Mais, pour nous, l'important est de constater : «
Enfin ! On nous apprend qu'une église est antérieure à l'an
mille ». Nous sommes certains que si cette église avait été
localisée en France, elle serait désignée comme étant une «
église romane du XIIe siècle » !
–
Ce texte révèle aussi deux comportements différents sans
doute dus à l'intervention de plusieurs rédacteurs (ou à la
copie de textes d'auteurs différents). On note en effet
l'absence d’ambiguïté dans la phrase « La Collégiale Saint-Ursmer
est un édifice ... édifié
de 819 à 823 ... ». Le même ton de certitude
apparaît dans tout le paragraphe. À l'inverse, par la suite,
dans le paragraphe «Développements
ultérieurs », la phrase suivante, « Il
semble que l'église actuelle, non compris le porche, la
tour occidentale, le chœur et la crypte, remonte au début
du IXe siècle, à une date proche de l'élévation
des reliques de saint Ursmer en 823 », se révèle
moins catégorique, plus nuancée. C'est cette deuxième
attitude que nous privilégions. Sans toutefois confirmer ou
infirmer une datation proche de l'an 823.
–
Une question se pose : comment ont été trouvés tous les
renseignements obtenus ? D'après le contexte (la précision
des dates, les allusions à des saints locaux, (Andelin,
Ursmer, Ermin)), ces renseignements pourraient provenir
d'une ou plusieurs Vies de Saint. Il y aurait ainsi une vie
de Saint Ermin mort en 737 (selon Wikipédia : « Une
Vita Ermini fut écrite par l’abbé Anson de Lobbes entre
750 et 768. Cette biographie est publiée dans les Acta
Sanctorum des Bollandistes (Mois d’avril, vol. III)
» ). La proximité des vies de l'abbé Anson
et de saint Ermin conduit à accorder une plus grande
confiance à cette vie de saint (à la différence d'autres
vies de saint). Reste à savoir si sa transcription par les
Bollandistes, au XVIIe siècle, est fiable et quel
est le contenu exact de ce qui est rapporté.
–
La phrase « Les
moines, disciples de saint Landelin, ont élevé un premier
édifice de bois en cet endroit à la fin du VIIe
siècle, un bâtiment de dimension sans doute modeste. Il
s’agit d’une chapelle hors de l’enceinte de l'abbaye ; en
effet, les reliques de saints ramenées de Rome par
Landelin et, plus tard, la relique de l'apôtre Pierre
donnée à Ursmer par le pape Serge Ier,
pieusement conservées à l'abbaye, ne peuvent pas côtoyer
l'enceinte du cimetière de l'abbaye, sous peine
d'excommunication. » est très surprenante dans sa
deuxième partie. On ne voit pas pourquoi les reliques de
saints ramenées de Rome ne pouvaient pas côtoyer les
reliques d'hommes censés être d'autres saints : les moines
décédés de l'abbaye. Nous pensons avoir une explication à
cela. Pour nous, cet épisode pourrait être en rapport avec
un phénomène géopolitique - géo-religieux qui se serait
manifesté au cours du premier millénaire : la centralisation
progressive des pouvoirs temporels et spirituels. On
connaît, dans les grandes lignes, l'action réformatrice de
l'empereur Constantin en faveur des chrétiens. On la connaît
moins dans les détails. Et on a peu réfléchi sur les
motivations de Constantin : d'une part, les historiens
chrétiens décelaient une intervention divine dans le
revirement de Constantin et, d'autre part, les historiens du
monde romain ne s'intéressaient pas à la question estimant
que dans ce monde romain, le religieux n'avait pas
d'influence sur le civil. Nous pensons que Constantin n'a
pas pu faire autrement qu'arrêter les persécutions car le
christianisme était devenu majoritaire. Il valait mieux pour
lui se faire l'allié des chrétiens que leur ennemi. Tout
comme dans un régime démocratique, un changement de majorité
conduit à des réformes institutionnelles, les édits de
Constantin ont provoqué des changements structurels dans
l'organisation romaine. Les principales juridictions ont été
confiées à des chrétiens et en particulier à leurs évêques.
Contrairement à une idée reçue durant la période dite « des
persécutions », celles-ci n'ont pas été constantes et
généralisées à tout l'Empire. En période d'accalmie, les
évêques étaient connus des autorités et pouvaient exercer
leur pouvoir spirituel. Après les édits de Constantin, les
évêques ont eu aussi un pouvoir temporel qui s’exerçait dans
les cités. Celles-ci avaient, semble-t-il, un mode de
gouvernement inspiré de celui de Rome. Petit à petit, ces
cités, tout en étant romaines, sont devenues indépendantes
de Rome et leur évêque a pris de l'importance, non seulement
vis-à- vis de leurs citoyens mais aussi d'évêques de
communautés moins importantes. Il y a eu centralisation de
certains pouvoirs entre les mains de l’évêque du lieu. Une
deuxième phase de centralisation s'est faite autour de
l'évêque de Rome. Une bonne partie des évêques auraient
résisté à cette prise de pouvoir en se déclarant successeurs
des apôtres envoyés par Dieu évangéliser les peuples de la
terre lors de l'Assomption de la Vierge Marie. Le pape,
quant à lui, se déclarait successeur de Pierre, premier
évêque de Rome et premier des apôtres. On sait que, côté
occidental, le pape a fini par l'emporter. Il y avait d'une
part nécessité d'une gestion unique, et, d'autre part, le
soutien des rois francs, d'abord, puis des empereurs
carolingiens. On peut donc envisager la situation suivante.
Un fondateur du monastère de Lobbes (Andelin ? Un de ses
prédécesseurs non mentionné par la Vita ?) ayant assuré la
prospérité tant matérielle que spirituelle de ce monastère,
est décédé. Cet abbé, ayant peut-être voulu assumer la
fonction d'évêque, était en conflit avec le pape. Le roi des
francs incite son successeur, Ursmer, à prendre contact avec
le pape. Celui-ci accepte de parrainer Ursmer et lui offre
des reliques de Saint Pierre pour bien lui montrer qui est
le patron. Mais il refuse, sous peine d'excommunication, que
les vénérées reliques de saint Pierre soient placées à côté
de celles du saint fondateur de l'abbaye de Lobbes. Comme
d'autres moines avant lui, Ursmer accepte les reliques et
accède aux demandes du pape. Ces reliques sont déposées,
dans « un
premier édifice de bois en cet endroit à la fin du VIIe
siècle, un bâtiment de dimension sans doute modeste
». Quant à Ursmer, il « fait
construire en 698 un oratoire dédié à la Vierge, là où se
trouve aujourd’hui la collégialee ». Gageons que
cet oratoire était dédié à la Vierge de l'Assomption et que
Ursmer a voulu manifester son indépendance vis-à-vis du
pape. Le scénario qui vient d'être décrit est sans doute un
peu « tiré par les cheveux » et il pêche très certainement
dans les détails. Mais il a l'avantage de rendre logique et
compréhensible une situation qui ne l'était pas. Et par là
même de garantir l'authenticité du texte d'origine, une
probable « Vita ». Car une situation comme celle-là, ça ne
s'invente pas : excommunier toute personne qui placerait
côte à côte les restes de deux défunts ! Donc, si on
rapporte cette histoire, cela signifie qu'elle s'est
probablement passée dans la réalité ; les bollandistes du
XVIIe siècle ayant recopié le texte de la Vita
d'origine sans comprendre sa signification. On en déduit
donc que le texte des Vitae Sanctorum a de fortes chances
d'authenticité. Cela pourrait permettre de dater avec plus
de précision l'église de Lobbes.
On constate sur la vue par satellite de
l'image 3 que les
axes de symétrie des deux parties de part et d'autre du
transept ne sont pas exactement alignées. L'auteur du site
Wikipédia attribue cela à une malfaçon. Nous en sommes moins
certains car, à plusieurs reprises, nous avons rencontré ce
genre de déformation sans pour autant l'attribuer à une
malfaçon.
Les plans des images 7 et
10 nous montrent plusieurs corps de bâtiment de
constructions différentes. Ce qui signifie que l'ensemble a
fait l'objet de plusieurs campagnes de travaux. Des
campagnes qui se sont déroulées à des périodes différentes,
pouvant être distantes d'une cinquantaine d'années.
Nous pensons que la partie la plus ancienne est la nef
occidentale située entre l'ouvrage Ouest et le transept.
Celle nef est à trois vaisseaux charpentés. Le vaisseau
central est porté par des piliers rectangulaires de type R0000 et des arcs en
plein cintre et à un seul rouleau. Elle est à trois travées,
mais la première de ces travées à partir de l'Est a été
modifiée par l'insertion d'une triple arcade sous l'arc
porteur du vaisseau central (images
10, 11, 12). Dans le chapitre « Datation
», nous nous sommes efforcés d'évaluer une nef en fonction
de ses éléments caractéristiques. Pour les éléments
caractéristiques de celle-ci, la datation que nous aurions
proposée serait l'an 750 avec un écart de 200 ans. À noter
que l’évaluation que nous avons effectuée n'est que
provisoire. À remarquer aussi que l'incertitude proposée de
200 ans correspondant à l'intervalle temporel [550, 950] est
très (trop ?) important. Mais cet intervalle couvre la
période de construction de la collégiale, évoquée en début
de texte, [819, 823], qui, elle, nous semble beaucoup trop
courte au vu de la multiplicité des interventions.
Une seconde campagne de travaux concernerait la partie
située à l'Est du transept. Nous n'avons malheureusement pas
d'image de cette partie, hormis celle du mur extérieur Sud
décoré d'arcatures dites « lombardes » (image
5). Le décor d'arcatures lombardes, probablement
lié à des contraintes architecturales, est, selon nous,
tellement fréquent en architecture romane, qu'il a été
employé pendant plusieurs siècles à partir du Xe
siècle.
La crypte (images 10, 13
et 15) est sans doute le résultat de plusieurs
campagnes de travaux. De nombreux spécialistes pensent que
les cryptes sont antérieures aux églises qui les
surplombent. Nous pensons que le problème est plus complexe
car, selon nous, de nombreuses cryptes ont été aménagées à
l'intérieur d'églises construites auparavant. Dans le cas
présent, les voûtes d'une partie de la crypte ont été
construites durant la période gothique (images
13 et 15), mais il est probable que la crypte
existait auparavant, séparée de l'église supérieure par un
plancher.
Notons au passage que les sarcophages de cette crypte (celui
de droite de l'image 14 et
celui de l'image 15)
sont probablement ceux des saints fondateurs et doivent être
datés des alentours de l'an 800.
Datation envisagée
pour la collégiale Saint-Ursmer de Lobbes (en tenant compte
des informations données ci-dessus et pour la partie estimée
la plus ancienne) : an 825 avec un écart de 75 ans.