La collégiale Saint-Cyriaque de Gernrode  

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Nous n'avons pas visité cette collégiale. Notre étude de cet édifice s'est inspirée de pages d'Internet (ex : Wikipédia) et de l'analyse de galeries d'images issues d'Internet. Nous avons en particulier abondamment consulté le site Internet http : //romanische-schaetze.blogspot.com/ qui a recueilli les images de plusieurs centaines de monuments. Notre site traitant seulement du premier millénaire, nous n'avons conservé que les monuments susceptibles d'appartenir à cette période, mais ce site, dont le nom se traduit en français par « Trésors romans », est beaucoup plus riche en monuments et nous en conseillons la lecture.

La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette collégiale nous apprend ceci :

« Histoire

L'abbaye de Gernrode a été fondée en 959 par le margrave Gero sur le modèle du noble couvent de Santa Ciriaco, près de Santa Maria in Via Lata Rome. Gero avait été l'un des piliers les plus importants du règne de l'empereur Otton Ier pendant longtemps et était immensément riche. Le château de Gernrode, choisi comme siège du monastère, était l’un des principaux sites de Gero. La fondation du monastère est due au fait que l’extinction de la lignée familiale de Gero était prévisible en 959 : son fils Siegfried, qui est considéré comme le cofondateur du monastère, mourut sans enfant cette année-là, probablement après une longue maladie. Le fils cadet de Gero, du même nom, était probablement mort diacre avant son frère Siegfried. La fondation d’une communauté religieuse féminine était destinée à servir le salut des âmes de Gero et de ses fils par le souvenir constant de la prière (Memoria). La veuve de Siegfried, Hathui a été nommée par Gero comme première abbesse de Gernrode. Le monastère de Frose, que Gero avait fondé en 950, fut converti en monastère de femmes et subordonné à la refondation. La riche dotation de l’abbaye en domaines, l’importance politique de Gero et aussi de Hathui, qui était très probablement une nièce de la reine Mathilde, ont fait de la nouvelle fondation l’un des monastères féminins les plus respectés de l’empire, comparable aux monastères de Gandersheim, Quedlinburg et Essen, qui étaient dirigés par des parents de la famille régnante ottonienne. Dès 961, Otton  Ier accorde au monastère nouvellement fondé le statut de monastère impérial.


La construction de l’église a probablement commencé l’année de la fondation du monastère. L’église était probablement initialement dédiée aux saints patrons du monastère, Marie et Pierre. Cependant, après avoir reçu une relique du bras de saint Cyriaque, que Gero avait probablement acquise dès 950 à Rome initialement pour l’abbaye de Frose, le saint devint le saint patron du monastère et de l’église. Au moment de la mort de Gero en 965, le bâtiment était déjà achevé à un point tel qu’il pouvait être enterré à l’endroit le plus important, à savoir dans le changement de niveau (entre la nef et le chœur Est).

Le bâtiment de fondation peut être en grande partie reconstruit sur la base de la structure du bâtiment existant. Il s’agissait d’une courte basilique à trois nefs avec un changement de colonnes. [...] À l’est de la nef, se trouvait un transept, qui formait un croisement avec la nef centrale. À l’est du transept, se trouvaient des absides latérales sur les bras du transept et un chœur avec une abside. Sous le chœur, se trouvait une courte crypte à trois nefs avec un accès par deux tunnels latéraux. Dans le mur Ouest de la crypte, il y avait une confession. Le bâtiment avait un ouvrage Ouest composé d’une tour centrale carrée, flanquée à l’Ouest de deux tours d’escalier rondes. À l’est, la tour centrale était flanquée de salles carrées. Une galerie dans le pavillon Ouest et dans les salles latérales était reliée aux galeries des bas-côtés.

Aujourd’hui encore, le plan de l’église montre que les axes centraux de la nef et de la partie orientale ont été déplacés. Cela est dû au fait que la partie orientale a été construite en premier, puis l'ouvrage Ouest et enfin la nef, qui a probablement été remplacée par une église provisoire. Les colonnes de la nef portent des chapiteaux de masques dérivés des chapiteaux corinthiens. Les visages apparaissant dans le feuillage des chapiteaux sont remarquables. Les piliers entre les arcades à colonnades de la nef n’ont pas de chapiteaux, les impostes sont assises directement sur les piliers.
[...] »


Commentaire du texte de Wikipédia

Le texte ci-dessus parle d'une fondation de l'abbaye de Gernrode en 959. Sans mettre en doute cette information – on verra d'ailleurs que nos propres estimations de datation sont proches de ces dates – , nous rappelons qu'une fondation de monastère ne correspond pas forcément à la construction de ce monastère. D'ailleurs, dans la plupart des cas, la construction est progressive et il peut y avoir renouvellement des bâtiments. De plus, il est rare que la fondation se fasse ex nihilo. Fonder une communauté signifie rassembler un groupe d'hommes en un endroit donné. Cela signifie qu'il faut qu'il y ait auparavant des bâtiments pour accueillir cette communauté : dortoirs, cuisine, réfectoire, église. Ces bâtiments peuvent avoir été construits peu avant l'installation des membres de la communauté. Mais ils peuvent avoir aussi été construits longtemps auparavant par une autre communauté.

Les phrases suivantes, « La fondation du monastère est due au fait que l’extinction de la lignée familiale de Gero était prévisible en 959 : son fils Siegfried, qui est considéré comme le cofondateur du monastère, mourut sans enfant cette année-là, probablement après une longue maladie. Le fils cadet de Gero, du même nom, était probablement mort diacre avant son frère Siegfried. La fondation d’une communauté religieuse féminine était destinée à servir le salut des âmes de Gero et de ses fils par le souvenir constant de la prière ... », révèlent un fait de société assez surprenant. On a tendance en effet à privilégier une « génération spontanée » des monastères : un homme d'église témoigne d'un exceptionnel charisme. Un petit groupe de fidèles le suivent.Le groupe s'agrandit. Et on finit par fonder un monastère. Bien sûr, cet enchaînement de comportements existe. On le voit de nos jours. Mais on assiste ici à quelque chose de différent : ce sont des laïcs qui créent un monastère. Et pour le salut de leurs propres âmes. Mais aussi peut-être pour pouvoir être enterrés dans une église. C'est en particulier le cas ici : Gero est enterré dans cette église.

Analysons les phrases,  « La construction de l’église a probablement commencé l’année de la fondation du monastère. L’église était probablement initialement dédiée aux saints patrons du monastère, Marie et Pierre. Cependant, après avoir reçu une relique du bras de saint Cyriaque, que Gero avait probablement acquise dès 950 à Rome initialement pour l’abbaye de Frose, le saint devint le saint patron du monastère et de l’église.». Comment l'auteur du texte de Wikipédia a-t-il su que l'église était auparavant dédiée à Marie et à Pierre ? Très probablement parce qu'un document plus ancien que l'an 959 a signalé la présence d'une église dédiée à Marie et à Pierre. Mais ce document a été perdu. Nous pensons que si cette église a été auparavant dédiée à Marie et (ou) à Pierre, cela pourrait signifier qu'elle a été cathédrale. Nous estimons que les premières cathédrales devaient être dédiées à Notre-Dame-de-l'Assomption. Et plus tard à Saint Pierre par allégeance à l'évêque de Rome. Plus tard encore, à la suite de l'acquisition de reliques d'un saint, à ce saint.


Description de deux tympans

Image 9 : Un examen plus minutieux fait apparaître que cette pierre sculptée n'est pas un tympan mais un linteau. C'est-à-dire une pierre de forme parallélépipédique et non demi-cylindrique comme on aurait pu le penser. La scène centrale inscrite dans un cadre demi-circulaire est partagée en deux par une colonne. Le motif de droite est facile à identifier : un centaure se retournant pour lancer une flèche. Le motif de gauche dégradé semble contenir une tête de lion. Le centaure et le lion sont fréquents en iconographie romane ou préromane. Le symbolisme nous est inconnu.

Images 11 et 12 : linteau en bâtière. Nous estimons que les linteaux en bâtière sont préromans. Le décor est formé de trois croix grecques inscrites dans des cercles. Ce n'est pas la première fois que nous voyons des décors à base de cercles. Y-a-t-il un symbolisme sous-jacent ? À moins que ce soient des marques de tâcherons, signatures des ouvriers ayant bâti le portail ?


Revenons au texte de Wikipédia :

« La construction de l’église a probablement commencé l’année de la fondation du monastère (en 959) ... Au moment de la mort de Gero en 965, le bâtiment était déjà achevé ... Le bâtiment de fondation peut être en grande partie reconstruit sur la base de la structure du bâtiment existant. Il s’agissait d’une courte basilique à trois nefs avec un changement de colonnes. ... À l’est de la nef, se trouvait un transept, qui formait un croisement avec la nef centrale. À l’est du transept, se trouvaient des absides latérales sur les bras du transept et un chœur avec une abside. Sous le chœur, se trouvait une courte crypte à trois nefs avec un accès par deux tunnels latéraux. Dans le mur Ouest de la crypte, il y avait une confession. Le bâtiment avait un ouvrage Ouest composé d’une tour centrale carrée, flanquée à l’Ouest de deux tours d’escalier rondes. À l’est, la tour centrale était flanquée de salles carrées. Une galerie dans le pavillon Ouest et dans les salles latérales était reliée aux galeries des bas-côtés. ».

Remarquons que tout cela a l'air bien sensé … si l'on reste à la seule étude de Gernrode. Mais si on regarde d'autres monuments de la même région analysés sur notre site Internet, on constate que ces monuments, moins évolués que celui-ci, sont datés de l'an 1170 ou 1180. Soit plus de 200 ans après celui-ci. À titre de comparaison, cela reviendrait à affirmer que le Burj Khalifa est antérieur à la coupole des Invalides.


Autre chose encore, le texte nous apprend que, à peine commencé, l'ensemble est terminé et d'après la description, c'est ce que l'on voit actuellement : la nef avec tribunes, le transept, le chevet, l'ouvrage Ouest.

En fonction de notre expérience, nous envisageons une construction plus graduée. À l'origine, il devait y avoir une nef à trois vaisseaux charpentés, avec trois absides en prolongement de ces vaisseaux. Plus tard, une transformation aurait été effectuée avec la destruction des absides et leur remplacement par un transept, deux absidioles greffées sur ce transept, un avant-chœur et un chœur. Les cryptes auraient sans doute été aménagées plus tard encore ainsi que l'ouvrage Ouest. Nous pensons aussi que les tribunes au-dessus des bas-côtés ainsi que les galeries du cloître auraient fait partie d'une autre campagne de travaux. N'ayant pas visité cette église, nous ne pouvons apporter de preuve, mais nous sommes persuadés qu'il ne doit pas être difficile de les trouver.


Poursuivons la lecture du texte de Wikipédia :

« Le Saint-Sépulcre

Le Saint-Sépulcre de la collégiale Saint-Cyriaque de Gernrode, datant d’environ 1100, est considéré comme la plus ancienne réplique allemande du Saint-Sépulcre de Jérusalem, l’un des principaux sanctuaires du christianisme. Sur les murs de l’antichambre et de la chambre funéraire, dans le bas-côté sud de l'église du monastère de femmes de Gernrode, fondé en 959 par le margrave Gero, il y a un riche programme de peintures et de figures sur le thème de la résurrection du Christ. D’un point de vue stylistique, l’œuvre est d’une grande importance, car elle révèle une transition entre la sculpture ottonienne et la sculpture romane. À la fin du Moyen-Âge, le Saint-Sépulcre était le point central des célébrations liturgiques de Pâques.
[...]

Toute la décoration en relief du Saint-Sépulcre fait référence au thème de la Mise au Tombeau et de la Résurrection. Ici, pour la première fois en Allemagne, une œuvre de sculpture monumentale a été érigée sur la base de modèles des petits arts byzantins, tels que des couvertures de livres et des boîtes en ivoire. Comme pour les modèles byzantins, les figures sont entourées de bandes de pampres. Calmes, retenues, d’une physionomie individuelle et d’un mouvement délicat, ces figures proclament l’événement sacré.

Le mur Nord (à gauche sur l'image 27 et image 28) montre une figure du Christ à droite de la colonne et de Marie-Madeleine. Les deux personnages forment ensemble ce que l’on appelle le groupe Noli-me-tangere. “Noli me tangere” se traduit par “Ne me touche pas”. Dans l'iconographie de l’histoire de l’art religieux, il s’agit d’une représentation du Christ ressuscité, qui, selon Jean 20 : 14-18, apparaît à Marie-Madeleine comme un jardinier et résiste à être touché par elle avec des mouvements de bras dédaigneux. Les formes douces et sobres indiquent que l’on est toujours attaché à l’art du XIe siècle, la consolidation des dernières années de la période romane n’est pas encore connue (voir aussi les images 30 et 31).

Le mur Ouest (image 32) présente une décoration sculpturale d’une richesse saisissante. En littérature, on l’appelle donc souvent un “sermon dans la pierre”. Le centre du mur dessiné est occupé par le panneau de stuc avec une figure féminine debout. Ce personnage était auparavant interprété comme un bienfaiteur ; aujourd’hui, elle est reconnue à juste titre comme Marie Madeleine debout devant le tombeau (image 33). Enfin, une large bande circonférentielle délimite le groupe central. Cette bande est divisée en une vigne extérieure avec des raisins, qui part de têtes de serpent, et une pampre intérieure, qui forme de grandes boucles dans lesquelles s’entremêlent des figures humaines et animales. Au milieu de la pampre supérieure, se trouve l’Agneau de Dieu (mort sacrificielle) (image 35), dans le coin supérieur gauche Jean-Baptiste (image 34) et dans le coin supérieur droit, Moïse (image 37), tous deux précurseurs du Christ, ils désignent l'agneau de Dieu. À côté des deux personnages de l'Ancien Testament, il y a un lion pour chacun (image 36). Le lion est un bon animal ici, une indication est donnée par son apprivoisement : il se nourrit des raisins. L’oiseau au nimbe (sur l'image 35, à gauche de l'Agnus Dei) sera vu comme un phénix, symbole récurrent de la résurrection. L’oiseau de l’autre côté de l’agneau est un aigle. C’est aussi un symbole du Christ, car selon l’opinion ancienne, il vole le plus haut de tous les oiseaux et peut regarder le soleil (parabole de l'Ascension du Christ). De cette façon, les autres éléments picturaux peuvent également être symboliquement attribués au thème général.

La théologie picturale de ce mur Ouest est divisée en une zone supérieure et une zone inférieure.; L’inférieur est réservé aux êtres terrestres, mortels, qui peuvent facilement tomber dans le péché. Il est mis en contraste avec le royaume de la rédemption dans la zone supérieure, au centre duquel apparaît l Agneau apocalyptique. Les autres symboles indiquent les faits fondamentaux de la doctrine chrétienne : la mort sacrificielle, la Résurrection et l’Ascension. [...] »

D'autres commentaires de ces panneaux apportent quelques précisions ou ajouts. Par exemple, il nous est dit que les auteurs se sont inspirés du Physiologus, recueil d'histoires ou légendes sur des animaux plus ou moins fantastiques. Il est dit aussi que le lion de l'image 38 et l'aigle de l'image 40 proviendraient d'un tétramorphe (lion, aigle, taureau, homme). Cependant il manque l'homme et le taureau. Il manque aussi les livres des évangiles et les évangélistes. Cependant, on peut penser que les masques situés à côté du lion et de l'aigle et qui crachent des pampres sont ces évangélistes. On nous dit que le cerf est le symbole du Christ ressuscité mais il pourrait provenir du panthéon celtique. En fait nous sommes démunis devant ces panneaux. Nous devinons qu'il y a là des symboles que nous ne comprenons pas. Et plutôt que de chercher à tout prix des explications, nous devrions avant tout avouer notre ignorance en attendant qu'un jour les choses s'éclairent.


Le Saint Sépulcre de Gernrode : une vraie révélation !

Dans notre recherche, nous avons à plusieurs reprises rencontré des édifices dédiés à la Mort ou à la Résurrection de Jésus Christ (Saint Sépulcre, Sainte Croix). Et il nous est parfois arrivé de nier les explications qui nous étaient données. La plus fréquente était celle d'un pèlerin ou d'un croisé qui, de retour de Terre Sainte, avait voulu reproduire le Tombeau du Christ qu'il avait eu l'occasion de voir à Jérusalem. Nous ne tenions pas compte de ces explications car, dans le cas le plus général, le bâtiment qui avait été construit ne correspondait pas au Saint Sépulcre de Jérusalem. Ainsi la collégiale de Neuvy-Saint-Sépulchre n'imite pas le dôme du Saint Sépulcre de Jérusalem.

Les premières images de ce corps de bâtiment situé à l'intérieur de la collégiale de Gernrode nous ont fait penser à un assemblage hétéroclite de pièces provenant d'un chancel préroman. Et même lorsque nous avons su que cet assemblage s'appelait Saint Sépulcre, notre opinion n'a pas varié. Par contre, à la suite de la lecture des diverses pages d'Internet, nous avons fini par être convaincus. Il faut dire que les diverses représentations iconographiques n'avaient que peu de rapport avec des mises au tombeau, à la différence de celles qui ont été sculptées au XVIe siècle. En fait, nous avons été convaincus par la description des manifestations liturgiques qui se déroulaient au XVIe siècle lors de la semaine pascale. Cet ouvrage était bien une représentation du tombeau du Christ. Mais une représentation idéalisée. Le concepteur de ce corps de bâtiment n'est pas allé chercher à Jérusalem ce que pouvait être le Tombeau du Christ. Il s'est inspiré des évangiles en créant un tombeau vide (pas de décoration intérieure).

Nous avons pris conscience qu'il pouvait y avoir au moins trois conceptions du Saint Sépulcre de Jérusalem.

La première d'entre elles est le tombeau dans lequel a été déposé le corps de Jésus-Christ. On ne sait pas grand-chose de ce tombeau. Certains parlent d'une grotte ou d'une tombe qui serait analogue à celles que l'on trouve en Jordanie à Petra (mais beaucoup moins spectaculaire). Mais, selon nous, rien n'est prouvé : ce pourrait être un simple sarcophage ou une tombe rupestre. Toujours est-il qu'il ne resterait rien de ce tombeau. Dès les premiers siècles du christianisme, il aurait disparu, détruit par la multitude des pèlerins désireux de ramener chez eux de saintes reliques ayant touché le corps du Christ Ressuscité.

Le tombeau même du Christ ayant disparu, l'attention des fidèles s'est reportée aux monuments ayant englobé et mis en valeur ce tombeau. Nous en voyons deux. Il y aurait un petit édifice appelé édicule en forme d'église à plan en croix. Cet édifice aurait pu inspirer la forme d'églises comme Sainte-Croix-de-Montmajour. Et enfin, l'édifice contenant l'édicule, le dôme du Saint-Sépulcre, qui aurait été construit sur les ordres de l'impératrice Sainte Irène.

Dans nos recherches précédentes, nous avions envisagé que des bâtiments avaient pu être dédiés au Saint Sépulcre en rapport avec les deux dernière conceptions. Mais nous n'avions pas pensé à la première. La découverte que le corps de bâtiment situé dans le collatéral Sud de la collégiale de Gernrode pourrait être une reproduction idéalisée du tombeau du Christ nous incite à effectuer un retour en arrière à :

Eichstätt en Bavière, au couvent des Capucins : à l'intérieur de l'église, s'y trouve une construction à plan circulaire. L'intérieur, vide hormis un autel ajouté postérieurement, est accessible par une petite porte.

Bologne : située dans l'enclos de San Stephano, la basilique du Saint Sépulcre contient un monument à plan initialement octogonal, précédé d'un vestibule à plan rectangulaire. Le mur extérieur de ce vestibule est compartimenté comme l'est la façade Nord du Saint Sépulcre de Gernrode. Trois panneaux s'y trouvent : celui du centre représenterait l'ange de la Résurrection, celui de gauche, les trois femmes allant vers le tombeau, celui de droite, moins clair, pourrait représenter les trois femmes stupéfaites de découvrir le tombeau vide.

Milan : basilique Saint-Ambroise. Sous la chaire, une construction à plan rectangulaire formée de restes de sarcophages paléochrétiens nous avait surpris lors de notre étude. À la réflexion, ce pourrait être les restes d'une construction dédiée au Saint-Sépulcre.

Cividale : le Tempieto. Il s'agit là d'une construction attribuée aux Lombards (VIIe-VIIIe siècles). On ne connaît pas très bien la dédicace. On y voit les statues de trois femmes, de part et d'autre de l'entrée (donc 6 femmes en tout). Trois de ces femmes pourraient être les saintes découvrant le corps du Christ. Nous ne sommes pas certains que le Tempieto, dans son ensemble, ait été construit pour symboliser le Saint-Sépulcre. Cependant, un point qui nous semble important retient notre attention : les statues en stuc des six femmes de Cividale ressemblent beaucoup aux statues en stuc du Saint Sépulcre de Gernrode : le Christ et Marie Madeleine de la face Nord (image 29) et statue de femme de l'image 32. Pour cette dernière statue, il est possible qu'elle ait été encadrée par deux autres formant ensemble le groupe des trois femmes de la Résurrection. Ces statues sans doute endommagées auraient été remplacées par les deux colonnes. On ne comprend pas en effet l'effet esthétique de ces deux colonnes.


Les fonts baptismaux

Texte de Wikipédia : « Des fonts baptismaux romans, réalisés vers 1150, se dressent dans la nef Ouest. Ils ne faisaient pas partie de l’ameublement de la collégiale, mais proviennent de l’église démolie d'Alsleben et ont été apportés à Gernrode en 1865 dans le cadre de la rénovation de von Quast. Les fonts baptismaux octogonaux sont profondément enfoncés dans le grès et ont une hauteur de 93 centimètres et un diamètre de 120 centimètres. Sur les niches cintrées de l’extérieur, ils sont décorés de reliefs figuratifs représentant la vie du Christ, la Crucifixion et le Salvator Mundi en deux groupes de trois, et l’Ascension et la Nativité en un seul relief chacun. Cependant, la réalisation de la représentation n’a eu lieu qu’avec une capacité artistique limitée, par exemple les proportions des figures ne sont pas correctes. La pierre a été travaillée vers 1150. La base des fonts baptismaux est une œuvre du XIXe siècle. »

Les images 42, 43 et 44 représentent ces fonts baptismaux. Ceux-ci sont situés dans la nef côté Ouest. L'auteur du texte de Wikipédia affirme qu'ils ont été sculptés
« vers 1150 ». Nous n'avons pas encore fait une étude exhaustive de l'ensemble des fonts baptismaux et des pratiques baptismales (le problème est complexe : les fonts baptismaux ne sont pas datés et il faudrait faire un examen de toutes les réformes sur la liturgie des baptêmes organisées par les synodes diocésains). Nous pensons cependant que les fonts baptismaux ou les piscines baptismales sont présents dès la fondation de l'église primitive. En conséquence, la plupart de ces objets liturgiques sont d'une grande ancienneté. En ce qui concerne celui-ci, l'image 42 montrant un Christ en croix vêtu d'un long pagne et tel que la forme des bras est plus proche du T que du V, nous fait estimer une date aux alentours de l'an mille.

Les fonts baptismaux des images 45 , 46, 47 et 48 n'ont pas été décrits dans le texte de Wikipédia. Il ne serait pas surprenant que ce soient les fonts baptismaux de la collégiale primitive. Ils auraient été remplacés par ceux « de l’église démolie d'Alsleben » estimés plus représentatifs de la doctrine chrétienne. Ces fonts baptismaux sont en effet très surprenants et on peut se demander s'ils sont chrétiens.

Image 45 : La surface extérieure est partagée en cinq bandes horizontales. En allant du bas vers le haut, on a :

– une frise de palmettes inscrites dans des cercles.

– la scène principale qui occupe environ les 2/3 de l'espace.

– une frise à décor de corde.

– une frise à décor d'arcades.

– une frise à décor de feuilles d'eau (ou d'écus).

Sur cette image 45, la scène principale développe, à partir de l'extrême gauche, de grandes tiges avec des feuillages d'où semblent émerger des êtres humains. Plus loin, on retrouve une longue tige encerclant des feuillages. On passe ensuite à l'image 46 dans laquelle la tige est dévorée par un hybride.

On poursuit ensuite avec l'image 47. Sur ce qui semble être une grande potiche surmontée d'un couvercle, est dessiné un gros oiseau sur son séant. Au bout du bec de cet oiseau, on peut voir un autre oiseau beaucoup plus petit. Nous pensons que ce pourrait être une représentation du thème des « deux autruches » décrit dans ce site : le plus petit des deux oiseaux est enfermé dans un vase de cristal. La mère brise le vase de cristal pour qu'il puisse s'échapper. Ce serait un symbole de résurrection.

Suit, toujours en allant vers la droite, un quadrupède hybride analogue au précédent. Il dévore une autre pampre enveloppant des feuillages (image 48). Nous avouons notre incompréhension vis-à-vis de ce décor qui, presque à coup sûr, révèle l'existence d'un symbolisme qui a priori devrait reprendre au moins en partie l'héritage chrétien.


Datation

L'examen détaillé de cette église et de certains de ses équipements nous oblige à remettre en question l'ensemble des évaluations.

Nous pensons que la construction a débuté par le Saint Sépulcre. Cela paraît surprenant mais, d'une part, les statues du Saint Sépulcre sont analogues à celles du Tempieto de Cividale, daté aux environs du VIIe ou VIIIe siècle. D'autre part, il est possible qu'il y ait eu un bâtiment antérieur à la collégiale contenant le Saint Sépulcre et détruit au moment de la construction de la collégiale, le Saint Sépulcre, considéré comme une relique, étant lui-même préservé

Datation envisagée pour le Saint-Sépulcre à l'intérieur de la la collégiale Saint-Cyriaque de Gernrode : an 750 avec un écart de 200 ans.

Datation envisagée pour la nef de la collégiale Saint-Cyriaque de Gernrode : an 900 avec un écart de 100 ans.

Datation envisagée pour les autres parties de la collégiale Saint-Cyriaque de Gernrode (construction en plusieurs étapes distinctes sur une grande période : an 1150 avec un écart de 100 ans).