La collégiale Saint-Cyriaque de Gernrode
Nous n'avons pas visité cette
collégiale. Notre étude de cet édifice s'est inspirée de
pages d'Internet (ex : Wikipédia) et de l'analyse de
galeries d'images issues d'Internet. Nous avons en
particulier abondamment consulté le site Internet http
: //romanische-schaetze.blogspot.com/ qui a recueilli
les images de plusieurs centaines de monuments. Notre site
traitant seulement du premier millénaire, nous n'avons
conservé que les monuments susceptibles d'appartenir à cette
période, mais ce site, dont le nom se traduit en français
par « Trésors
romans », est beaucoup plus riche en monuments et
nous en conseillons la lecture.
La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette
collégiale nous apprend ceci :
« Histoire
L'abbaye de Gernrode a été fondée en 959 par le margrave
Gero sur le modèle du noble couvent de Santa Ciriaco, près
de Santa Maria in Via Lata Rome. Gero avait été l'un des
piliers les plus importants du règne de l'empereur Otton Ier
pendant longtemps et était immensément riche. Le château
de Gernrode, choisi comme siège du monastère, était l’un
des principaux sites de Gero. La fondation du monastère
est due au fait que l’extinction de la lignée familiale de
Gero était prévisible en 959 : son fils Siegfried, qui est
considéré comme le cofondateur du monastère, mourut sans
enfant cette année-là, probablement après une longue
maladie. Le fils cadet de Gero, du même nom, était
probablement mort diacre avant son frère Siegfried. La
fondation d’une communauté religieuse féminine était
destinée à servir le salut des âmes de Gero et de ses fils
par le souvenir constant de la prière (Memoria). La veuve
de Siegfried, Hathui a été nommée par Gero comme première
abbesse de Gernrode. Le monastère de Frose, que Gero avait
fondé en 950, fut converti en monastère de femmes et
subordonné à la refondation. La riche dotation de l’abbaye
en domaines, l’importance politique de Gero et aussi de
Hathui, qui était très probablement une nièce de la reine
Mathilde, ont fait de la nouvelle fondation l’un des
monastères féminins les plus respectés de l’empire,
comparable aux monastères de Gandersheim, Quedlinburg et
Essen, qui étaient dirigés par des parents de la famille
régnante ottonienne. Dès 961, Otton Ier
accorde au monastère nouvellement fondé le statut de
monastère impérial.
La
construction de l’église a probablement commencé l’année
de la fondation du monastère. L’église était probablement
initialement dédiée aux saints patrons du monastère, Marie
et Pierre. Cependant, après avoir reçu une relique du bras
de saint Cyriaque, que Gero avait probablement acquise dès
950 à Rome initialement pour l’abbaye de Frose, le saint
devint le saint patron du monastère et de l’église. Au
moment de la mort de Gero en 965, le bâtiment était déjà
achevé à un point tel qu’il pouvait être enterré à
l’endroit le plus important, à savoir dans le changement
de niveau (entre la nef et le chœur Est).
Le
bâtiment de fondation peut être en grande partie
reconstruit sur la base de la structure du bâtiment
existant. Il s’agissait d’une courte basilique à trois
nefs avec un changement de colonnes. [...] À
l’est de la nef, se trouvait un transept, qui formait un
croisement avec la nef centrale. À l’est du transept, se
trouvaient des absides latérales sur les bras du transept
et un chœur avec une abside. Sous le chœur, se trouvait
une courte crypte à trois nefs avec un accès par deux
tunnels latéraux. Dans le mur Ouest de la crypte, il y
avait une confession. Le bâtiment avait un ouvrage Ouest
composé d’une tour centrale carrée, flanquée à l’Ouest de
deux tours d’escalier rondes. À l’est, la tour centrale
était flanquée de salles carrées. Une galerie dans le
pavillon Ouest et dans les salles latérales était reliée
aux galeries des bas-côtés.
Aujourd’hui encore, le plan de l’église montre que les
axes centraux de la nef et de la partie orientale ont été
déplacés. Cela est dû au fait que la partie orientale a
été construite en premier, puis l'ouvrage Ouest et enfin
la nef, qui a probablement été remplacée par une église
provisoire. Les colonnes de la nef portent des chapiteaux
de masques dérivés des chapiteaux corinthiens. Les visages
apparaissant dans le feuillage des chapiteaux sont
remarquables. Les piliers entre les arcades à colonnades
de la nef n’ont pas de chapiteaux, les impostes sont
assises directement sur les piliers. [...] »
Commentaire
du texte de Wikipédia
Le texte ci-dessus parle d'une fondation de l'abbaye de
Gernrode en 959. Sans mettre en doute cette information – on
verra d'ailleurs que nos propres estimations de datation
sont proches de ces dates – , nous rappelons qu'une
fondation de monastère ne correspond pas forcément à la
construction de ce monastère. D'ailleurs, dans la plupart
des cas, la construction est progressive et il peut y avoir
renouvellement des bâtiments. De plus, il est rare que la
fondation se fasse ex nihilo. Fonder une communauté signifie
rassembler un groupe d'hommes en un endroit donné. Cela
signifie qu'il faut qu'il y ait auparavant des bâtiments
pour accueillir cette communauté : dortoirs, cuisine,
réfectoire, église. Ces bâtiments peuvent avoir été
construits peu avant l'installation des membres de la
communauté. Mais ils peuvent avoir aussi été construits
longtemps auparavant par une autre communauté.
Les phrases suivantes, « La
fondation du monastère est due au fait que l’extinction de
la lignée familiale de Gero était prévisible en 959 : son
fils Siegfried, qui est considéré comme le cofondateur du
monastère, mourut sans enfant cette année-là, probablement
après une longue maladie. Le fils cadet de Gero, du même
nom, était probablement mort diacre avant son frère
Siegfried. La fondation d’une communauté religieuse
féminine était destinée à servir le salut des âmes de Gero
et de ses fils par le souvenir constant de la prière ...
», révèlent un fait de société assez surprenant. On a
tendance en effet à privilégier une « génération spontanée »
des monastères : un homme d'église témoigne d'un
exceptionnel charisme. Un petit groupe de fidèles le
suivent.Le groupe s'agrandit. Et on finit par fonder un
monastère. Bien sûr, cet enchaînement de comportements
existe. On le voit de nos jours. Mais on assiste ici à
quelque chose de différent : ce sont des laïcs qui créent un
monastère. Et pour le salut de leurs propres âmes. Mais
aussi peut-être pour pouvoir être enterrés dans une église.
C'est en particulier le cas ici : Gero est enterré dans
cette église.
Analysons les phrases, « La
construction de l’église a probablement commencé l’année
de la fondation du monastère. L’église était probablement
initialement dédiée aux saints patrons du monastère, Marie
et Pierre. Cependant, après avoir reçu une relique du bras
de saint Cyriaque, que Gero avait probablement acquise dès
950 à Rome initialement pour l’abbaye de Frose, le saint
devint le saint patron du monastère et de l’église.».
Comment l'auteur du texte de Wikipédia a-t-il su que
l'église était auparavant dédiée à Marie et à Pierre ? Très
probablement parce qu'un document plus ancien que l'an 959 a
signalé la présence d'une église dédiée à Marie et à Pierre.
Mais ce document a été perdu. Nous pensons que si cette
église a été auparavant dédiée à Marie et (ou) à Pierre,
cela pourrait signifier qu'elle a été cathédrale. Nous
estimons que les premières cathédrales devaient être dédiées
à Notre-Dame-de-l'Assomption. Et plus tard à Saint Pierre
par allégeance à l'évêque de Rome. Plus tard encore, à la
suite de l'acquisition de reliques d'un saint, à ce saint.
Description
de deux tympans
Image 9 : Un
examen plus minutieux fait apparaître que cette pierre
sculptée n'est pas un tympan mais un linteau. C'est-à-dire
une pierre de forme parallélépipédique et non
demi-cylindrique comme on aurait pu le penser. La scène
centrale inscrite dans un cadre demi-circulaire est partagée
en deux par une colonne. Le motif de droite est facile à
identifier : un centaure se retournant pour lancer une
flèche. Le motif de gauche dégradé semble contenir une tête
de lion. Le centaure et le lion sont fréquents en
iconographie romane ou préromane. Le symbolisme nous est
inconnu.
Images 11 et 12 :
linteau en bâtière. Nous estimons que les linteaux en
bâtière sont préromans. Le décor est formé de trois croix
grecques inscrites dans des cercles. Ce n'est pas la
première fois que nous voyons des décors à base de cercles.
Y-a-t-il un symbolisme sous-jacent ? À moins que ce soient
des marques de tâcherons, signatures des ouvriers ayant bâti
le portail ?
Revenons au texte de Wikipédia :
« La
construction de l’église a probablement commencé l’année
de la fondation du monastère (en 959) ... Au
moment de la mort de Gero en 965, le bâtiment était déjà
achevé ... Le
bâtiment de fondation peut être en grande partie
reconstruit sur la base de la structure du bâtiment
existant. Il s’agissait d’une courte basilique à trois
nefs avec un changement de colonnes. ... À
l’est de la nef, se trouvait un transept, qui formait un
croisement avec la nef centrale. À l’est du transept, se
trouvaient des absides latérales sur les bras du transept
et un chœur avec une abside. Sous le chœur, se trouvait
une courte crypte à trois nefs avec un accès par deux
tunnels latéraux. Dans le mur Ouest de la crypte, il y
avait une confession. Le
bâtiment avait un ouvrage Ouest composé d’une tour
centrale carrée, flanquée à l’Ouest de deux tours
d’escalier rondes. À l’est, la tour centrale était
flanquée de salles carrées. Une galerie dans le pavillon
Ouest et dans les salles latérales était reliée aux
galeries des bas-côtés. ».
Remarquons que tout cela a l'air bien sensé … si l'on reste
à la seule étude de Gernrode. Mais si on regarde d'autres
monuments de la même région analysés sur notre site
Internet, on constate que ces monuments, moins évolués que
celui-ci, sont datés de l'an 1170 ou 1180. Soit plus de 200
ans après celui-ci. À titre de comparaison, cela reviendrait
à affirmer que le Burj Khalifa est antérieur à la coupole
des Invalides.
Autre chose encore, le texte nous
apprend que, à peine commencé, l'ensemble est terminé et
d'après la description, c'est ce que l'on voit actuellement
: la nef avec tribunes, le transept, le chevet, l'ouvrage
Ouest.
En fonction de notre expérience, nous envisageons une
construction plus graduée. À l'origine, il devait y avoir
une nef à trois vaisseaux charpentés, avec trois absides en
prolongement de ces vaisseaux. Plus tard, une transformation
aurait été effectuée avec la destruction des absides et leur
remplacement par un transept, deux absidioles greffées sur
ce transept, un avant-chœur et un chœur. Les cryptes
auraient sans doute été aménagées plus tard encore ainsi que
l'ouvrage Ouest. Nous pensons aussi que les tribunes
au-dessus des bas-côtés ainsi que les galeries du cloître
auraient fait partie d'une autre campagne de travaux.
N'ayant pas visité cette église, nous ne pouvons apporter de
preuve, mais nous sommes persuadés qu'il ne doit pas être
difficile de les trouver.
Poursuivons la lecture du texte de
Wikipédia :
« Le Saint-Sépulcre
Le Saint-Sépulcre de la collégiale Saint-Cyriaque de
Gernrode, datant d’environ 1100, est considéré comme la
plus ancienne réplique allemande du Saint-Sépulcre de
Jérusalem, l’un des principaux sanctuaires du
christianisme. Sur les murs de l’antichambre et de la
chambre funéraire, dans le bas-côté sud de l'église du
monastère de femmes de Gernrode, fondé en 959 par le
margrave Gero, il y a un riche programme de peintures et
de figures sur le thème de la résurrection du Christ. D’un
point de vue stylistique, l’œuvre est d’une grande
importance, car elle révèle une transition entre la
sculpture ottonienne et la sculpture romane. À la fin du
Moyen-Âge, le Saint-Sépulcre était le point central des
célébrations liturgiques de Pâques. [...]
Toute la décoration en relief du Saint-Sépulcre fait
référence au thème de la Mise au Tombeau et de la
Résurrection. Ici, pour la première fois en Allemagne, une
œuvre de sculpture monumentale a été érigée sur la base de
modèles des petits arts byzantins, tels que des
couvertures de livres et des boîtes en ivoire. Comme pour
les modèles byzantins, les figures sont entourées de
bandes de pampres. Calmes, retenues, d’une physionomie
individuelle et d’un mouvement délicat, ces figures
proclament l’événement sacré.
Le mur Nord (à gauche sur l'image
27 et image 28)
montre une figure du Christ à droite de la colonne
et de Marie-Madeleine. Les deux personnages forment
ensemble ce que l’on appelle le groupe Noli-me-tangere.
“Noli me tangere” se traduit par “Ne me touche pas”. Dans l'iconographie de l’histoire de l’art
religieux, il s’agit d’une représentation du Christ
ressuscité, qui, selon Jean 20 : 14-18, apparaît à
Marie-Madeleine comme un jardinier et résiste à être
touché par elle avec des mouvements de bras dédaigneux.
Les formes douces et sobres indiquent que l’on est
toujours attaché à l’art du XIe siècle, la
consolidation des dernières années de la période romane
n’est pas encore connue (voir aussi les images
30 et 31).
Le mur Ouest (image
32) présente une décoration sculpturale d’une richesse
saisissante. En littérature, on l’appelle donc souvent un
“sermon dans la pierre”. Le centre du mur dessiné est
occupé par le panneau de stuc avec une figure féminine
debout. Ce personnage était auparavant interprété comme un
bienfaiteur ; aujourd’hui, elle est reconnue à juste titre
comme Marie Madeleine debout devant le tombeau (image 33). Enfin, une large bande circonférentielle délimite le
groupe central. Cette bande est divisée en une vigne
extérieure avec des raisins, qui part de têtes de serpent,
et une pampre intérieure, qui forme de grandes boucles
dans lesquelles s’entremêlent des figures humaines et
animales. Au milieu de la pampre supérieure, se trouve
l’Agneau de Dieu (mort sacrificielle) (image
35), dans le coin supérieur gauche Jean-Baptiste (image 34) et dans le coin supérieur droit, Moïse (image 37), tous deux précurseurs du Christ, ils désignent
l'agneau de Dieu. À côté des deux personnages de l'Ancien
Testament, il y a un lion pour chacun (image
36). Le lion est un bon animal ici, une indication est
donnée par son apprivoisement : il se nourrit des raisins.
L’oiseau au nimbe (sur l'image
35, à gauche de l'Agnus Dei) sera vu comme un phénix, symbole récurrent de la
résurrection. L’oiseau de l’autre côté de l’agneau est un
aigle. C’est aussi un symbole du Christ, car selon
l’opinion ancienne, il vole le plus haut de tous les
oiseaux et peut regarder le soleil (parabole de
l'Ascension du Christ). De cette façon, les autres
éléments picturaux peuvent également être symboliquement
attribués au thème général.
La théologie picturale de ce mur Ouest est divisée
en une zone supérieure et une zone inférieure.;
L’inférieur est réservé aux êtres terrestres, mortels, qui
peuvent facilement tomber dans le péché. Il est mis en
contraste avec le royaume de la rédemption dans la zone
supérieure, au centre duquel apparaît l Agneau
apocalyptique. Les autres symboles indiquent les faits
fondamentaux de la doctrine chrétienne : la mort
sacrificielle, la Résurrection et l’Ascension.
[...] »
D'autres commentaires de ces panneaux apportent quelques
précisions ou ajouts. Par exemple, il nous est dit que les
auteurs se sont inspirés du Physiologus,
recueil d'histoires ou légendes sur des animaux plus ou
moins fantastiques. Il est dit aussi que le lion de l'image 38 et l'aigle de
l'image 40 proviendraient
d'un tétramorphe (lion, aigle, taureau, homme). Cependant il
manque l'homme et le taureau. Il manque aussi les livres des
évangiles et les évangélistes. Cependant, on peut penser que
les masques situés à côté du lion et de l'aigle et qui
crachent des pampres sont ces évangélistes. On nous dit que
le cerf est le symbole du Christ ressuscité mais il pourrait
provenir du panthéon celtique. En fait nous sommes démunis
devant ces panneaux. Nous devinons qu'il y a là des symboles
que nous ne comprenons pas. Et plutôt que de chercher à tout
prix des explications, nous devrions avant tout avouer notre
ignorance en attendant qu'un jour les choses s'éclairent.
Le
Saint Sépulcre de Gernrode : une vraie révélation !
Dans notre recherche, nous avons à plusieurs reprises
rencontré des édifices dédiés à la Mort ou à la Résurrection
de Jésus Christ (Saint Sépulcre, Sainte Croix). Et il nous
est parfois arrivé de nier les explications qui nous étaient
données. La plus fréquente était celle d'un pèlerin ou d'un
croisé qui, de retour de Terre Sainte, avait voulu
reproduire le Tombeau du Christ qu'il avait eu l'occasion de
voir à Jérusalem. Nous ne tenions pas compte de ces
explications car, dans le cas le plus général, le bâtiment
qui avait été construit ne correspondait pas au Saint
Sépulcre de Jérusalem. Ainsi la collégiale de
Neuvy-Saint-Sépulchre n'imite pas le dôme du Saint Sépulcre
de Jérusalem.
Les premières images de ce corps de bâtiment situé à
l'intérieur de la collégiale de Gernrode nous ont fait
penser à un assemblage hétéroclite de pièces provenant d'un
chancel préroman. Et même lorsque nous avons su que cet
assemblage s'appelait Saint Sépulcre, notre opinion n'a pas
varié. Par contre, à la suite de la lecture des diverses
pages d'Internet, nous avons fini par être convaincus. Il
faut dire que les diverses représentations iconographiques
n'avaient que peu de rapport avec des mises au tombeau, à la
différence de celles qui ont été sculptées au XVIe
siècle. En fait, nous avons été convaincus par la
description des manifestations liturgiques qui se
déroulaient au XVIe siècle lors de la semaine
pascale. Cet ouvrage était bien une représentation du
tombeau du Christ. Mais une représentation idéalisée. Le
concepteur de ce corps de bâtiment n'est pas allé chercher à
Jérusalem ce que pouvait être le Tombeau du Christ. Il s'est
inspiré des évangiles en créant un tombeau vide (pas de
décoration intérieure).
Nous avons pris conscience qu'il pouvait y avoir au moins
trois conceptions du Saint Sépulcre de Jérusalem.
La première d'entre elles est le tombeau dans lequel a été
déposé le corps de Jésus-Christ. On ne sait pas grand-chose
de ce tombeau. Certains parlent d'une grotte ou d'une tombe
qui serait analogue à celles que l'on trouve en Jordanie à
Petra (mais beaucoup moins spectaculaire). Mais, selon nous,
rien n'est prouvé : ce pourrait être un simple sarcophage ou
une tombe rupestre. Toujours est-il qu'il ne resterait rien
de ce tombeau. Dès les premiers siècles du christianisme, il
aurait disparu, détruit par la multitude des pèlerins
désireux de ramener chez eux de saintes reliques ayant
touché le corps du Christ Ressuscité.
Le tombeau même du Christ ayant disparu, l'attention des
fidèles s'est reportée aux monuments ayant englobé et mis en
valeur ce tombeau. Nous en voyons deux. Il y aurait un petit
édifice appelé édicule en forme d'église à plan en croix.
Cet édifice aurait pu inspirer la forme d'églises comme
Sainte-Croix-de-Montmajour. Et enfin, l'édifice contenant
l'édicule, le dôme du Saint-Sépulcre, qui aurait été
construit sur les ordres de l'impératrice Sainte Irène.
Dans nos recherches précédentes, nous avions envisagé que
des bâtiments avaient pu être dédiés au Saint Sépulcre en
rapport avec les deux dernière conceptions. Mais nous
n'avions pas pensé à la première. La découverte que le corps
de bâtiment situé dans le collatéral Sud de la collégiale de
Gernrode pourrait être une reproduction idéalisée du tombeau
du Christ nous incite à effectuer un retour en arrière à :
– Eichstätt en Bavière,
au couvent des Capucins : à l'intérieur de
l'église, s'y trouve une construction à plan circulaire.
L'intérieur, vide hormis un autel ajouté postérieurement,
est accessible par une petite porte.
– Bologne : située dans
l'enclos de San Stephano, la basilique du Saint Sépulcre
contient un monument à plan initialement octogonal, précédé
d'un vestibule à plan rectangulaire. Le mur extérieur de ce
vestibule est compartimenté comme l'est la façade Nord du
Saint Sépulcre de Gernrode. Trois panneaux s'y trouvent :
celui du centre représenterait l'ange de la Résurrection,
celui de gauche, les trois femmes allant vers le tombeau,
celui de droite, moins clair, pourrait représenter les trois
femmes stupéfaites de découvrir le tombeau vide.
– Milan : basilique
Saint-Ambroise. Sous la chaire, une construction à
plan rectangulaire formée de restes de sarcophages
paléochrétiens nous avait surpris lors de notre étude. À la
réflexion, ce pourrait être les restes d'une construction
dédiée au Saint-Sépulcre.
– Cividale : le Tempieto.
Il s'agit là d'une construction attribuée aux Lombards (VIIe-VIIIe
siècles). On ne connaît pas très bien la dédicace. On y voit
les statues de trois femmes, de part et d'autre de l'entrée
(donc 6 femmes en tout). Trois de ces femmes pourraient être
les saintes découvrant le corps du Christ. Nous ne sommes
pas certains que le Tempieto, dans son ensemble, ait été
construit pour symboliser le Saint-Sépulcre. Cependant, un
point qui nous semble important retient notre attention :
les statues en stuc des six femmes de Cividale ressemblent
beaucoup aux statues en stuc du Saint Sépulcre de Gernrode :
le Christ et Marie Madeleine de la face Nord (image
29) et statue de femme de l'image
32.
Pour cette dernière statue, il est possible
qu'elle ait été encadrée par deux autres formant ensemble le
groupe des trois femmes de la Résurrection. Ces statues sans
doute endommagées auraient été remplacées par les deux
colonnes. On ne comprend pas en effet l'effet esthétique de
ces deux colonnes.
Les
fonts baptismaux
Texte de Wikipédia : «
Des fonts baptismaux romans, réalisés vers 1150, se
dressent dans la nef Ouest. Ils ne faisaient pas partie de
l’ameublement de la collégiale, mais proviennent de
l’église démolie d'Alsleben et ont été apportés à Gernrode
en 1865 dans le cadre de la rénovation de von Quast. Les
fonts baptismaux octogonaux sont profondément enfoncés
dans le grès et ont une hauteur de 93 centimètres et un
diamètre de 120 centimètres. Sur les niches cintrées de
l’extérieur, ils sont décorés de reliefs figuratifs
représentant la vie du Christ, la Crucifixion et le
Salvator Mundi en deux groupes de trois, et l’Ascension et
la Nativité en un seul relief chacun. Cependant, la
réalisation de la représentation n’a eu lieu qu’avec une
capacité artistique limitée, par exemple les proportions
des figures ne sont pas correctes. La pierre a été
travaillée vers 1150. La base des fonts baptismaux est une
œuvre du XIXe siècle. »
Les images 42, 43 et 44
représentent ces fonts baptismaux. Ceux-ci sont situés dans
la nef côté Ouest. L'auteur du texte de Wikipédia affirme
qu'ils ont été sculptés
« vers
1150 ». Nous n'avons pas encore fait une étude
exhaustive de l'ensemble des fonts baptismaux et des
pratiques baptismales (le problème est complexe : les fonts
baptismaux ne sont pas datés et il faudrait faire un examen
de toutes les réformes sur la liturgie des baptêmes
organisées par les synodes diocésains). Nous pensons
cependant que les fonts baptismaux ou les piscines
baptismales sont présents dès la fondation de l'église
primitive. En conséquence, la plupart de ces objets
liturgiques sont d'une grande ancienneté. En ce qui concerne
celui-ci, l'image 42 montrant
un Christ en croix vêtu d'un long pagne et tel que la forme
des bras est plus proche du T que du V, nous fait estimer
une date aux alentours de l'an mille.
Les fonts baptismaux des images
45 , 46, 47 et 48 n'ont pas été décrits dans le
texte de Wikipédia. Il ne serait pas surprenant que ce
soient les fonts baptismaux de la collégiale primitive. Ils
auraient été remplacés par ceux « de
l’église démolie d'Alsleben » estimés plus
représentatifs de la doctrine chrétienne. Ces fonts
baptismaux sont en effet très surprenants et on peut se
demander s'ils sont chrétiens.
Image 45 : La
surface extérieure est partagée en cinq bandes horizontales.
En allant du bas vers le haut, on a :
– une frise de palmettes inscrites dans des cercles.
– la scène principale qui occupe environ les 2/3 de
l'espace.
– une frise à décor de corde.
– une frise à décor d'arcades.
– une frise à décor de feuilles d'eau (ou d'écus).
Sur cette image 45, la scène principale
développe, à partir de l'extrême gauche, de grandes tiges
avec des feuillages d'où semblent émerger des êtres humains.
Plus loin, on retrouve une longue tige encerclant des
feuillages. On passe ensuite à l'image
46 dans laquelle la tige est dévorée par un
hybride.
On poursuit ensuite avec l'image
47. Sur
ce qui semble être une grande potiche surmontée d'un
couvercle, est dessiné un gros oiseau sur son séant. Au bout
du bec de cet oiseau, on peut voir un autre oiseau beaucoup
plus petit. Nous pensons que ce pourrait être une
représentation du thème des « deux autruches » décrit dans
ce site : le plus petit des deux oiseaux est enfermé dans un
vase de cristal. La mère brise le vase de cristal pour qu'il
puisse s'échapper. Ce serait un symbole de résurrection.
Suit, toujours en allant vers la droite, un quadrupède
hybride analogue au précédent. Il dévore une autre pampre
enveloppant des feuillages (image
48). Nous avouons notre incompréhension vis-à-vis
de ce décor qui, presque à coup sûr, révèle l'existence d'un
symbolisme qui a priori devrait reprendre au moins en partie
l'héritage chrétien.
Datation
L'examen détaillé de cette église et de certains de ses
équipements nous oblige à remettre en question l'ensemble
des évaluations.
Nous pensons que la construction a débuté par le Saint
Sépulcre. Cela paraît surprenant mais, d'une part, les
statues du Saint Sépulcre sont analogues à celles du
Tempieto de Cividale, daté aux environs du VIIe
ou VIIIe siècle. D'autre part, il est possible
qu'il y ait eu un bâtiment antérieur à la collégiale
contenant le Saint Sépulcre et détruit au moment de la
construction de la collégiale, le Saint Sépulcre, considéré
comme une relique, étant lui-même préservé
Datation envisagée
pour le Saint-Sépulcre à l'intérieur de la la collégiale
Saint-Cyriaque de Gernrode : an 750 avec un écart de 200
ans.
Datation envisagée
pour la nef de la collégiale Saint-Cyriaque de Gernrode : an
900 avec un écart de 100 ans.
Datation envisagée
pour les autres parties de la collégiale Saint-Cyriaque de
Gernrode (construction en plusieurs étapes distinctes sur
une grande période : an 1150 avec un écart de 100 ans).