L’église paroissiale Saint-Michel et la maison romane de Castelnau-Pégayrols 

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A une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Millau, perché au-dessus de la vallée d’un petit affluent du Tarn, le petit village de Castelnau-Pégayrols a conservé de nombreux vestiges de son passé moyenâgeux : des ruelles étroites, des restes de tours de fortifications, la belle église Notre-Dame décrite dans une page de ce site, et enfin, l’église Saint-Michel et la maison romane.


L’église paroissiale Saint-Michel


Extérieurement, l’édifice ne semble pas présenter un grand intérêt. Les grandes arcades qui rythment sa façade l’apparentent plus à une fortification qu’à une église
(image 1). On remarque que son plan doit être celui d’une nef à trois vaisseaux car le vaisseau central dépasse de peu le collatéral Sud, laissant apparaître des fenêtres bien plus petites que celles du collatéral.

L'image 2 , plus précise, permet non seulement de comparer ces fenêtres, mais aussi de comparer les appareils. Et de constater que l’appareil des murs des collatéraux est plus petit et plus grossier que l’appareil des arcades. Ceci permet d’asseoir l’hypothèse que ces grandes arcades ont été construites postérieurement.

On retrouve les arcades au niveau du chevet (image 3). Elles recouvrent un mur mieux appareillé que le mur des collatéraux et percé de baies romanes.


Le portail d’entrée (image 4) est surmonté d’un linteau en bâtière. Ce linteau porte l’inscription suivante : « NON(I)S FEBRE(UAR)II OBIIT JOHANNES INGOBAR Q(UI) HANC DOMU(M) CONSTRUX(IT) SED SUBTUS INTROITUM PORTE REQU(I)ESCIT » dont la traduction peut être la suivante : « Aux nones de février est mort Johannes Ingobar qui a construit cette maison. Il repose sous cette porte d’entrée. »

Cette inscription n’est malheureusement pas datée. Par comparaison avec d’autres linteaux, on peut estimer que ce type de linteau en bâtière est antérieur à l’an 1000 (an 900 avec un écart estimé de 150 ans). Il faut néanmoins rester très prudent. Ainsi on trouve à Conques, autre site du Rouergue, un linteau en bâtière daté par une inscription de l’an 1100. Cependant il faut effectuer la remarque suivante : l’inscription du linteau de Conques a pu être faite bien après la fabrication du linteau. C’est d’ailleurs sans doute le cas ici, à Saint-Michel : on n’a certainement pas gravé l’inscription avant la mort d’Ingobar … et on n’a pas installé le linteau après son ensevelissement. En conséquence, au moment de la pose, il n’y avait pas d’inscription. Par ailleurs il n’est pas rare de trouver des linteaux en bâtière ne comportant aucune inscription ou motif sculpté. Certains de ces linteaux on pu être réutilisés. On pouvait alors sculpter une inscription dédicatoire sur leur surface libre de toute inscription.

Les image 5 et 6 font apparaître le plan de l’église actuelle (image 5) et le plan de l’église débarrassée des arcades ou ajouts qui la défigurent (image 6). On retrouve donc l’image de l’église telle qu’elle devait être autrefois sans les ajouts qui la dénaturent. Ce plan est celui d’une église à trois vaisseaux avec les absides en prolongement de chacun des vaisseaux. Dans la classification que nous devons prochainement effectuer sur l’évolution du plan des églises à nef à trois vaisseaux, nous placerons ce plan en IIIeposition (sur 8 ou 9). Cette seule observation autorise à envisager la datation de la construction initiale au tiers de la période [400 ; 1200] soit l’an 660 (avec bien sûr un écart estimé très important de près de 200 ans).


Les images 7, 8 et 9 montrent que le vaisseau central est voûté en berceau plein cintre sur des doubleaux en plein cintre (image 7). Alors que les bas-côtés sont voûtés sur des croisées d’ogives (images 8 et 9 ). Cela semble une aberration car la croisée d’ogives est postérieure à la voûte plein cintre et normalement le voûtement des bas-côtés doit-être antérieur au voûtement du vaisseau central. En fait c’est bien ce qui s’est passé. Dans un premier temps, les bas-côtés n’étaient pas voûtés sur des croisées d’ogives. Ils étaient voûtés en « quart-de-rond » (les voûtes à dessin en quart de cercle s’appuyaient contre les mus du vaisseau central). Ces voûtes prenaient appui sur des doubleaux en plein cintre qui subsistent encore (Ils sont posés sur des impostes lesquelles reposent sur des piliers à section rectangulaire ou pilastres). Pour achever d’être convaincu, il suffit d’analyser l'image 9 et d’observer le doubleau situé après la travée dont la voûte en berceau est percée d’un oculus. On voit nettement apparaître le dessin du quart-de-rond.


L'image 10 permet d’analyser le type de pilier central. C’est un pilier de type R0101 (voir dans le paragraphe Glossaire, la page : Analyse des piliers). Ce type de pilier doit être classé dans les premières étapes de l’évolution des piliers. On estime en effet que la création du pilier de type R1010 constitue un tournant de cette évolution. Et ce tournant n’avait pas encore été atteint au moment de la construction de l’église.

On envisage donc pour l’évolution de cette église l’hypothèse suivante : dans un premier temps, le vaisseau central de cette église n’était pas voûté mais charpenté. Il est possible, mais nous n’en sommes pas certains, que les collatéraux aient été aussi charpentés.

Supposons qu’ils aient été charpentés à l’origine. Dans ce cas les piliers centraux d’origine devaient être de type R0000. Une deuxième campagne de travaux aurait permis de voûter les collatéraux en voûtes en « quart-de-rond » en ajoutant les pilastres et les doubleaux. En conséquence, on aurait transformé le plan du pilier qui serait devenu de type R0100. Une troisième campagne de travaux aurait consisté à voûter le vaisseau central en jouant les piliers doubles cylindriques et les doubleaux. Le plan des piliers serait ainsi devenu de type R0101. Le tout n’était possible que grâce au renforcement des murs extérieurs par les grandes arcades.

Il est possible que le voûtement des bas-côtés ait été effectué dès l’origine (piliers de type R0100) ; mais ce n’est pas du tout certain.

Les images 11 et 12 ont été prises de face pour vérifier si les fenêtres « s’encadrent » bien dans les travées. C’est le cas dans l'image 11. En ce qui concerne l'image 12, la fenêtre est en dehors de l’axe de symétrie. Elle a dû être déplacée pour une raison inconnue. Par ailleurs, on remarque sur la même image que l’arc est outrepassé.


Les impostes des piliers ( images de 13 à 18) témoignent comme les autres points examinés précédemment de l’ancienneté du modèle. Ces impostes sont dites à saillie vers l’intrados. Ce type d’imposte serait postérieur à celui des impostes à saillie dans toutes les directions (comme Saint-Aphrodise de Béziers).


La datation de ces impostes par leur style est délicate. Certaines ( images 13, 14 et 15) montrant des feuilles étalées en forme de disque. Elles s’apparentent à des motifs wisigothiques datés du VIIeou VIIIesiècle. L'image 17 représentant des entrelacs réguliers s’apparenterait quant à elle à des modèles du Xesiècle. L'image 18 avec deux quadrupèdes broutant les feuillages d’un arbre de vie pourrait dater de toute époque du VIeau XIesiècle. Plus surprenante encore l'image 16 n’est associée à aucun modèle connu.


La maison romane


Plantée à proximité de l’église, la maison romane présente deux faces différentes. Son apparence côté extérieur (image 19 ) est rude. Cela vient du fait que ce mur est celui des fortifications de la ville. De l’autre côté (image 20), la façade de la maison est nettement plus agréable, richement décorée par une très belle fenêtre romane
(image 21). Manifestement cette façade n’appartient pas au premier millénaire. Par contre la muraille de l'image 19 pourrait bien, elle, dater du premier millénaire.
Il y a là en alternance des couches de gros blocs bien appareillés et de moellons plus petits et grossiers. Cette construction est typique des fortifications du Premier Millénaire .


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