Le monastère de Ganagobie
L’abbaye Notre-Dame de Ganagobie est
située en bordure d’un plateau dominant la vallée de la
Durance. Le site a été occupé durant le Haut Moyen-Âge. Nous
en reparlerons à la fin de cette page. Auparavant nous
allons consulter le site Internet Wikipedia.
« Le
monastère est fondé vers 960-965 par l’évêque Jean II de
Sisteron. Celui-ci fait donation des terres sur lesquelles
s’établit le prieuré, qui est ensuite rattaché à l’ordre
de Cluny, qui avait alors à sa tête le provençal Maïeul de
Cluny…
L’église construite dans la première moitié du XIIesiècle,
s’élève au-dessus de deux bâtiments plus anciens dont les
fondations ont été retrouvées par les fouilles des années
1960…. »
Nous allons à présent étudier cet
édifice, non à partir des textes, comme cela vient d’être
fait, mais de son architecture.
Observons tout d’abord la façade Ouest ainsi que le portail
qui s’ouvre sur cette façade (images
2 et 3). Ce portail surmonté d’un arc brisé
semble, a priori , gothique et devrait dater au minimum du
XIIesiècle.
Il faut cependant remarquer le caractère archaïque des
sculptures. Ce caractère archaïque apparaît surtout dans
l’image du Christ vêtu, non d’une tunique, mais d’une sorte
de jupe plissée, les épaules recouvertes d’une chape. Sur sa
tête, la croix du nimbe a les bras pliés en forme de Y.
Ajoutons aussi que ce tympan n’est pas monolithe. C’est un
assemblage de pièces. Un peu comme un patchwork. De plus, il
semblerait que certaines des pièces aient été retaillées.
C’est le cas de la mandorle qui contient l’image du Christ.
Elle devrait être détachée de la partie supérieure alors
qu’elle la frôle. Selon nous, ce tympan a été récupéré d’un
édifice plus ancien et retaillé pour être adapté à un
portail protégé par un arc brisé.
Il ne nous est pas possible d’expliquer la décoration de
lobes (image 5)
donnant l’image de scies verticales. Tout au plus peut-on
remarquer que cette décoration doit être postérieure au
portail car elle cache des colonnettes ou des chapiteaux de
celui-ci.
Passons maintenant à l’intérieur de
l’église. Son plan (image
1) est celui d’une nef à un vaisseau prolongée
d’un transept débordant, sur lequel sont greffées trois
absides. Une telle disposition est relativement fréquente.
Il existe pourtant une anomalie dans ce plan : le transept
est à deux travées. Et ces deux travées sont de largeurs
différentes. Par contre il semble bien que la travée la plus
proche de la nef soit de même largeur que chacune des
travées de la nef. Il y a donc là une sorte de mystère qu’il
nous faut éclaircir. Voici une explication : la nef
primitive était à trois vaisseaux. Il y avait un transept à
une travée de largeur plus grande que la largeur de chaque
travée de nef. Ultérieurement les collatéraux de la nef ont
été détruits, hormis ceux de la première travée. Et ce sans
doute parce que le transept, réservé au chœur des moines,
était trop petit.
Plus tard encore, vers la fin du XIIesiècle,
la nef qui était primitivement charpentée a été voûtée en
berceau brisé sur doubleaux brisés reposant sur les
pilastres plaqués contre les piliers.
L’église de Ganagobie est surtout
célèbre par la mosaïque de son chevet (images
9, 10, 11, 12). Selon le site Internet Wikipedia,
cette mosaïque daterait de 1124. Une telle datation nous
surprend beaucoup. En effet le décor de ces mosaïques est,
selon nous, antérieur d’au moins un siècle : entrelacs «
carolingiens », animaux fantastiques, centaure, triskèle ,
etc. Il faut comprendre qu'à partir des années 1100, il
existe une forte remise en question de tous les décors basés
sur des représentations de chimères. Bernard de Claivaux a
donné le « la » mais il n’était certainement pas le seul. De
plus si Bernard de Clairvaux s’indigne de ces
représentations, c’est parce qu’elles distraient les moines
de leurs prières. Et non parce qu’elles ont un sens. Or, il
faut bien comprendre que ces représentations ont un sens,
une signification symbolique. Ce sens nous échappe. Mais ce
n’est pas parce qu’il nous échappe qu’on doit oublier
qu’elles ont pu signifier quelque chose pour les gens de
l’époque. Prenons l’exemple de la mosaïque de l'image
12. On y voit un sagittaire, des poissons. Un
animal qui pourrait être un lion. On songe aux signes du
zodiaque. Mais alors pourquoi ne retrouve-t-on pas les
autres signes pourtant bien présents et reconnaissables dans
des sculptures du XIIesiècle ? Pourquoi ces
représentations, semble-t-il profanes, sont elles inscrites
dans la partie la plus sacrée de l’église ?
Devant notre incompréhension de l’ensemble, nous sommes
obligés d’envisager que ces mosaïques doivent être plus
anciennes que le XIIesiècle, période où l’on
voit apparaître des décors plus compréhensibles comme, par
exemple, des scènes bibliques.
Un sarcophage déposé dans cette peut
être qualifié de « barbare ». Bien que la cuve soit imitée
de modèles romains, l’iconographie témoigne d’une
inspiration barbare :
Image 14 :
spirale, homme aux bras étendus (orant).
Image 15 : croix
pattée aux branches inégales.
Image 16 :
sagittaire.
D’après sa forme et son iconographie, ce sarcophage date du
VIIeou VIIIesiècle.
Dans le parc attenant à l’église, on découvre diverses
tombes rupestres anthropomorphes (images
19, 20,21) datables du VIe ou du VIIesiècle.
Datation
Le site de Ganagobie est manifestement du premier
millénaire. Il y avait là très probablement, comme à Carluc
étudiée dans la page précédente, une nécropole. Mais sans
doute plus petite que celle de Carluc. Peut être y avait-il
aussi au vu de sa position dominante, un camp ou une petite
forteresse ?
Nous pensons que l’église que l’on voit était présente dès
le premier millénaire. Elle était constituée d’une nef à
trois vaisseaux prolongés de trois absides. La mosaïque des
absides était présente dès cette époque.
Une époque que nous ne pouvons pour le moment déterminer
avec précision. Il faudrait pour cela arriver à dater
l'iconographie du Haut Moyen-Âge. Notre estimation pour
l’iconographie et l’église : an 900 avec un écart estimé de
150 ans.