L'église San Benedetto de Brindisi  

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Nous n'avons pas visité cette église. Les images ci-dessous sont extraites d'Internet.

Selon le site Internet Zonzofox, l'église San Benedetto existait « peut-être même avant le XIe siècle ». Un autre site, Brindiscover, certifie quant à lui que cet édifice « est une église monastique construite au XIe siècle par les Normands ». En dehors du fait que ce dernier site n'apporte pas de preuve de cette affirmation, nous constatons qu'il n'y a aucune ressemblance entre cette église et une église de Normandie (France). Il suffit de visiter les pages de notre site sur la Normandie pour en être convaincu. Par contre, les façades Sud et Est (images 2 et 3) s'apparentent à d'autres façades situées en Sicile, d'art dit siculo-normand, une forme d'art roman tardif, postérieure à la conquête normande de la Sicile qui se serait manifestée à partir du XIIe siècle. Cette forme d'art sicilien serait selon nous plus inspirée de l'art arabe ou de l'art byzantin que de l'art du Nord de l'Europe. Comme nous le verrons, ces façades Sud et Est ont pu être accolées à des murs plus anciens.

En tout cas, les deux sites s'accordent sur un point : l'église San Benedetto était auparavant dédiée à Santa Maria Veterana. Ce point est important car ce n'est pas la première fois que nous rencontrons ce nom : nous avons sur ce site étudié une autre église : Santa Maria la Veterana de Bitetto. Et lors de cette étude, nous avons envisagé que cette église pouvait être une ancienne cathédrale (c'est-à-dire une église ayant accueilli le siège d'un évêque). Il pourrait donc en être de même en ce qui concerne Santa Maria Veterana de Brindisi (devenue San Benedetto). S'il existe une église Santa Maria « vieille », il a dû exister une église Santa Maria « neuve » qui est très probablement l'actuelle cathédrale consacrée à Sainte Marie de la Visitation (et non de l'Assomption, cas le plus fréquent) et à Saint Jean Baptiste.

Selon le site Internet Zonzofox : « Au cours du XVIIIe siècle, l'ancien monastère abandonné se développa sur trois côtés du cloître médiéval (en haut, à gauche et à droite sur l'image 1), pour la construction du nouveau, à l'ouest de l'ancien complexe. La nouvelle structure a donc bloqué la façade à partir de laquelle le portail a été démonté et reconstruit à droite (images 2, 3, 5, 6). [...] »

Les principaux éléments caractéristiques de cet édifice sont les suivants :

1. Sa nef est formée de trois vaisseaux actuellement voûtés sur croisée d'ogives. On ne retrouve pas le plan en élévation typique des basiliques paléochrétiennes pour lequel le vaisseau central est plus élevé que les vaisseaux secondaires. Ici (image 7), les trois vaisseaux sont de même hauteur.

2. Le vaisseau central est porté par des piliers monolithes cylindriques de type C0000.

3. Il n'y a pas de transept.

Bien que le plan en élévation ne soit pas celui d'une basilique, nous constatons une anomalie : si, dès l'origine, il avait été prévu de construire des vaisseaux de même hauteur, ces vaisseaux auraient tous été de même largeur. C'est le cas à l'église Cristo de la Luz de Tolède (ancienne mosquée) ou à l'église San Marco de Rossano (Calabre). Or ici (image 7), le vaisseau central est plus large que les collatéraux. En conséquence, nous envisageons que, primitivement, le plan était basilical avec un vaisseau central plus élevé que les bas-côtés, les trois vaisseaux étant charpentés. Ultérieurement (XIIIe siècle ?), le vaisseau central aurait été rabaissé à la hauteur du haut des piliers et (ou) des chapiteaux et les vaisseaux auraient été voûtés en voûtes d'ogives. Ce type de voûtement faisant porter les efforts sur les murs extérieurs, ceux-ci auraient été surélevés et renforcés par des arcades (images 2 et 3). L'absence de transept, la présence de cercles de fer ceinturant les colonnes de marbre (signe de fragilité et donc de vétusté), la présence même de ces colonnes apparemment identiques, typiques des premières basiliques héritées des romains, conforte l'idée d'une plus grande ancienneté que le XIe siècle.

Voyons à présent quelques images.

Image 4 : Le clocher roman. Il est décoré d'arcatures lombardes.

Image 5 : Le portail Sud. C'est le portail signalé ci-dessus dans le texte d'Internet. Il est le résultat d'une restauration. Il est possible que la grande archivolte et les piédroits qui la supportent, toutes pièces décorées d'entrelacs, aient constitué les éléments d'un portail d'origine. Cependant, si c'est le cas, ces pièces ont été très fortement restaurées car elles ont l'apparence du neuf. Le linteau quant à lui provient d'un autre endroit : peut-être le portail Ouest, comme il est écrit sur le site Internet.

Image 6 : Le linteau du portail Sud. Ce linteau sculpté nous surprend quelque peu. Nous n'avons certainement pas la prétention de connaître toutes les églises romanes et, en particulier, celles des Pouilles. Cependant, ce linteau ne ressemble à aucun des linteaux de portes romanes que nous connaissons : il est trop large, trop massif. Et de plus, il y a cette corniche qui domine les trois bas-reliefs. Elle est à feuilles d'acanthes. Tout en-dessous, il y a une petite bande décorée d’oves et de billes en alternance. Tout ce décor est beaucoup plus romain (avant l'an 600) que roman (après l'an mille). À cela s'ajoute le fait que la corniche à feuilles d'acanthes est chanfreinée. Ce qui fait penser à un rebord de toit. En conséquence, nous pensons que l'ensemble du bloc n'est pas un linteau de porte mais une architrave de temple (romain ou barbare). Les trois scènes représentées au-dessous sont pour nous énigmatiques. On y voit à chaque fois un guerrier avec casque et cotte de mailles transperçant l'arrière-train d'une bête fantastique, lion à queue feuillue, dragon ou hybride. Des feuillages (pampres de vigne ?) sortent de la gueule des lions et sous chacun d'eux, un oiseau mort la queue. Une lecture chrétienne de ces scènes consiste à dire qu'elles symbolisent la lutte du Bien contre le Mal. Mais une telle lecture est insuffisante : elle n'explique pas les pampres et les oiseaux ; ou la différence entre lions et dragons qui devraient désigner le même Mal ; ou encore la présence de trois scènes alors qu'une seule devrait suffire.

Images 8 et 9 : Le cloître roman. Nous le signalons ici à titre « touristique ». Sa datation, probablement postérieure à l'an 1200, sort des limites de notre étude. Beau chapiteau de lions adossés (image 9).


Datation envisagée pour l'église San Benedetto de Brindisi (édifice primitif) : an 650 avec un écart de 250 ans.