L'église San Giovanni al Sepolcro de Brindisi  

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Nous n'avons pas visité cette église. Les images ci-après proviennent d'Internet.

Selon le site Internet Zonzofox :

« L'église San Giovanni al Sepolcro (également connue sous le nom d'église du Saint-Sépulcre et du temple du sépulcre) est une église romane située dans le centre historique de Brindisi, fermée au culte, mais ouverte au public avec des visites guidées.

Le bâtiment, une construction de l'époque normande (XIe siècle), a peut-être été construit par Bohémond, revenant des croisades, comme l'exigeait la tradition locale. Il a été considéré, sans raison, comme un baptistère et certains l'ont même cru, mais à tort, reconstruit sur un temple primitif du début du christianisme.

Du point de vue architectural, la forme de l'église fait référence aux modèles, répandus dans l'Italie médiévale, des églises circulaires ou octogonales. Ces derniers ont souvent été inspirés par la rotonde de “l'Anastasis”, c'est-à-dire le bâtiment circulaire construit, toujours au Moyen-Âge, autour du Saint-Sépulcre à Jérusalem, objet de la protection séculaire des Croisés. D’autre part, suggérer que le bâtiment avait pour fonction d’évoquer le Saint-Sépulcre de Jésus à Jérusalem, c’est signifier que des édifices religieux de formes et de fonctions analogues ont été érigés à la même époque, dans des lieux aussi lointains, tels que la basilique du Saint-Sépulcre à Bologne ou la rotonde de San Lorenzo, à Mantoue.

L'église a dû appartenir aux chanoines du Saint-Sépulcre, ordre attesté à Brindisi vers 1126,
[...] elle semble toujours appartenir à cet ordre dans les années 1128, 1139, 1146, 1182 [...] Certains érudits ont émis l'hypothèse que l'église aurait été construite par les Templiers, mais cette hypothèse ne semble pas être étayée par des informations documentaires. [...]

L'église a subi des dommages considérables et une longue dégradation jusqu'à la restauration du milieu du XIXe siècle qui l'a conduite à devenir le siège provisoire du Musée Civique, de 1850 à 1955. De nombreuses campagnes de fouilles à l'intérieur de ce dernier ont mis au jour d'anciens témoignages de l'époque romaine, sans faire la lumière sur son origine.

Elle a un plan circulaire
[...] Le portail architectural principal est remarquable et encadré par un berceau projeté sur deux colonnes soutenues par des lions, avec des chapiteaux portant des figures fantastiques. Les jambages du portail sont richement décorés de reliefs, avec la branche habitée, motif typique du roman des Pouilles : il y a des scènes de lutte entre animaux mythologiques et réels, des scènes qui font référence à l'Ancien Testament (Sansone, Noè), et la représentation d'un Guerrier normand reconnaissable au long et ovale bouclier. »


Petit commentaire sur ce texte


L'affirmation selon laquelle cette église serait du XIe siècle est selon nous totalement gratuite. Elle est due selon nous au fait que les historiens de l'art du Moyen-Âge refusent d'admettre qu'un bâtiment encore debout puisse être antérieur à l'an 1000. Par ailleurs, les documents écrits antérieurs à l'an mille sont rares. Il semblerait même que, dans le cas présent, le plus ancien document remonte à 1126.

Par ailleurs la phrase « Il a été considéré, sans raison, comme un baptistère » doit être reconsidérée. D'une part, on peut voir sur les images 4 et 5 au centre de l'édifice, entourée d'une grille en fer forgée, une cuvette creusée dans le sol, qui pourrait être une cuve baptismale. Cependant il nous faut admettre que cette cuvette peut être le résultat d'un aménagement récent. L'analyse du nom de l'église nous semble plus significative : Saint Jean au Sépulcre. Nous connaissons beaucoup de saints nommés Jean. Mais parmi eux, trois se distinguent : Jean le Baptiste,  Jean l'Évangéliste, Jean de l'Apocalypse (probablement pas le même que le précédent). Les baptistères sont en général dédiés à Jean le Baptiste. Dans le cas présent, lequel des trois est concerné par le vocable « Saint Jean au Sépulcre » ? Nous ne connaissons pas de représentation de Saint Jean l'Évangéliste au Tombeau de Jésus-Christ. Il existe certes des représentations de Saint Jean et de la Vierge Marie, mais c'est lors de la Crucifixion. Nous pensons qu'en fait le vocable « Saint Jean au Sépulcre » vient d'une dédicace double à « Saint Jean » et au « Saint Sépulcre ». Dans ce cas, l'attribution à Saint Jean pourrait être celle de Saint Jean le Baptiste. Et donc l'existence d'un baptistère en cet endroit est possible.

Nous ne sommes pas pour autant certains que cette église ait pu être construite en vue de servir de baptistère. Nous avançons l'idée selon laquelle les premiers édifices à plan centré analogues à celui-ci étaient des édifices civils, des lieux de discussion, des « parlements ».  Il est fort probable que ces édifices aient été utilisés ultérieurement comme baptistères lorsqu'il y a eu de grands baptêmes collectifs. Nous pensons que, plus tard, on a construit de vrais baptistères pour de petites collectivités.

Dernière observation : la référence à la rotonde du Saint Sépulcre. L'histoire est connue car elle a été répétée de nombreuses fois. Des chefs croisés de retour de Jérusalem auraient fait construire des bâtiments à plan circulaire en voulant imiter la rotonde du Saint Sépulcre de Jérusalem. Dans le cas présent, l'explication prête à rire : la prise de Jérusalem par les croisés aurait été faite en juillet 1099. Le retour des chefs croisés s'est donc effectué après l'an 1100. Et ils auraient fait construire l'actuelle église au XIe siècle c'est à dire avant l'an 1100. Comprenne qui pourra ! En fait, si l'on examine le plan de cette rotonde du Saint Sépulcre, on s'aperçoit qu'il est tout à fait différent du plan de cette église. Le Saint Sépulcre est recouvert d'un dôme semblable à celui du Panthéon de Rome ou de Sainte-Sophie d’Istanbul. Il n'y a pas le noyau central supporté par des colonnes. En fait, nous pensons que l'appellation de Saint Sépulcre donnée à ce type de bâtiment est tardive, du XVe ou XVIe siècle. Un évêque ou un curé aurait voulu trouver une explication à la forme inusitée de cette église. L'explication était toute trouvée : c'est comme le Saint Sépulcre de Jérusalem.


D'après la vue par satellite (image 9), le plan n'est pas tout à fait circulaire. Il existe un noyau central à plan octogonal porté par des colonnes monolithes en marbre mais pour le mur extérieur, le plan circulaire est tronqué du côté Est. Une abside à plan semi-circulaire est insérée dans le mur extérieur Est, presque plat (image 8).

On retrouve dans ce plan une idée que nous avions exprimée lorsque nous avons étudié l'église Saint Donat de Zadar. Nous avions suggéré à cette occasion qu' à l'origine, l'église devait être à plan circulaire mais qu'ultérieurement, on avait ajouté des absides côté Est. Dans le cas présent, il nous semble que c'est encore plus flagrant. À l'origine, le plan devait être entièrement circulaire. Le cercle aurait été tronqué ultérieurement pour permettre d'aménager un sanctuaire côté Est. Comme l'abside (image 8) est manifestement romane (du XIe siècle ?), la nef initiale ne peut être que préromane. Ajoutons à cela que les arcs reliant les piliers sont à un seul rouleau (critère d'ancienneté).

On constate que l'église est décorée de fresques. Celle de l'image 11 représenterait à gauche deux cavaliers (on ne voit que la croupe de chacun des chevaux). L'un des deux cavaliers, aux ailes d'ange, saisirait un guerrier à cotte de mailles disposé cul par dessus tête. À droite, on peut voir la Vierge et l'Enfant. Sut l'image 12, on identifie assez difficilement ce qui semble être une mise au tombeau avec la Vierge et le Christ porté par Joseph d'Arimathie. Le long pagne du Christ est signe de l'ancienneté de la représentation.


Image 13 : Personnages dansant.

Image 14 : Sur un piédroit du portail, entrelacs ou pampres de vignes habités. On identifie un centaure.

Image 15 : Sur l'autre piédroit du portail, entrelacs ou pampres de vignes habités. On reconnaît de haut en bas deux oiseaux affrontés, un homme nu sur un cheval, la scène de Samson et du lion, deux centaures buvant à une coupe.

Image 16 : Détail de l'image précédente. Il s'agit d'un épisode biblique du géant Samson qui aurait déchiqueté un lion. Le géant tirait sa force de sa longue chevelure.

Image 17 : Détail d'un piédroit ; feuillages stylisés.

Image 18 : Détail d'un piédroit ; oiseau picorant un fruit.

Ces diverses images de piédroits nous semblent à première vue empreintes d'archaïsme. Nous les pensons pourtant relativement récentes (aux alentours de l'an 1200).


Datation envisagée pour l'église San Giovanni al Sepolcro de Brindisi : an 700 avec un écart de 200 ans.