Autres édifices ou parties d’édifices d’Aveyron du Premier Millénaire
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Coupiac, Combret, Lapeyre,
Les Cuns, Plaisance, Saint-Pierre de
Revel
Les édifices décrits ci-dessous ont été identifiés comme
susceptibles d’être datés du premier millénaire.
Parfois nous ne connaissons qu’une toute partie de
l’édifice. C’est le cas en ce qui concerne les tympans
sculptés de Coupiac,
Lapeyre et Plaisance.
Il nous a pourtant semblé nécessaire de les citer dans cette
page. Car, d’une part, l’existence de ces parties d’édifice,
aussi minimes soient elles, permet de prouver l’existence en
cet emplacement d’un édifice du Premier Millénaire. D’autre
part, parce que la description de la partie identifiée peut
éventuellement servir pour l’identification d’autres
édifices.
Coupiac
Il ne reste semble-t-il rien de l’église primitive de
Coupiac remplacée par un édifice néogothique. Seul reste le
tympan de l'image 1,
récupéré de l’ancien édifice et apposé à une paroi du
porche. Ce tympan présente un grand intérêt. Il affiche
certains caractères préromans (la frise de feuillages du
bas, les anges montrant le chrisme, les étoiles
entrelacées). Le chrisme, quant à lui, représenterait une
des dernières évolutions du symbole. Les premiers chrismes
imitant le « labarum » de Constantin étaient des croix
monogrammatiques associant les lettres grecques « khi » et «
rho ». Puis ont été ajoutés « alpha » et « oméga ». Et enfin
le « S » entrelacé et la branche horizontale. Ce tympan
apporterait la preuve que tous les chrismes sont antérieurs
à l’an 1000 , hormis ceux qui ont pu avoir été reproduits au
XIXesiècle. Ce constat n’est pas de moindre
importance. Car le Rouergue n’est pas le seul endroit où
l’on trouve des chrismes. Ceux-ci sont très abondants dans
toute la région encadrant les Pyrénées, en France et en
Espagne.
Combret
La petite église de Combret a pu être découverte au hasard
d’une ouverture exceptionnelle pour la répétition d’un
spectacle devant s’y dérouler dans la soirée.
Les images 2, 3 et 4
sont celles d’une église repeinte, agréable et bien
entretenue. Mais sans unité de style. Et il faut faire un
gros effort pour essayer de comprendre quel devait être
l’édifice primitif.
Sur l'image 4, on
découvre que l’arc triomphal est légèrement outrepassé. Les
chapiteaux qui portent cet arc, trop simples, ne sont pas
très révélateurs d’une ancienneté. Par contre on observe de
part et d’autre de l’arc triomphal des piliers à impostes.
Actuellement ils sont utilisés pour porter des statuettes
mais ils n’ont certainement pas été créés pour cet usage.
Sans doute portaient-ils des arcades parallèles au plan
central vertical de l’édifice. Dernière remarque : des
fresques difficiles à dater ont été conservées au fond de
l’abside. On constate que la fenêtre axiale semble empiéter
sur ces fresques (surtout visible sur l'image
3). Sous réserve de vérification, on devrait en
déduire que la fenêtre a été ouverte après la pose des
fresques c’est à dire après la construction. Une telle
opération est possible. Elle est même assez fréquente. Il
arrive souvent en effet que des curés estimant que le chœur
de leur église n’est pas assez illuminé, fassent élargir des
fenêtres, voire, en ouvrir de nouvelles.
Tous ces indices (arc outrepassé, piliers à impostes, abside
peu éclairée, présence de fresques) sont convergents. Bien
que très restaurée, cette abside doit être antérieure à l’an
1000.
Un plan très détaillé de l’édifice (image
5) ainsi que des explications sur l’évolution des
bâtiments sont consultables sur place. Selon ces
explications :
« L’église Saint Jean-Baptiste de Combret date du XIIesiècle.
Elle aurait été construite pour succéder à l’église
Saint-Sauveur.
On doit la naissance de la paroisse de Combret à un prieuré
régulier du monastère bénédictin de Vabre.
En 1196, une partie des biens de la paroisse est donnée à
Guilhem de Montalègre, chevalier de l’Ordre de Saint-Jean de
Jérusalem. L’église, alors reconstruite, est dédiée à
Jean-Baptiste suivant la pierre de dédicace encastrée dans
le portail roman.
L’église a alors un plan en croix avec un sanctuaire précédé
d’un avant-chœur très court, un transept sans absidiole,
deux travées de nef et un portail occidental … »
Suivent des explications selon lesquelles la nef aurait été
reconstruite en 1393. A cette occasion la nef aurait été
élargie à la largeur du transept, et allongée d’une travée,
les fenêtres romanes auraient été déplacées sur le mur sud
situé dans l’alignement du mur sud du transept. Le portail
aurait aussi été déplacé d’une travée (voir le plan de l'image 5).
Ces explications, plausibles pour un
non-initié, sont difficilement convaincantes pour un habitué
de cette rhétorique.
Le ton, affirmatif, n’admet pas dé réplique : « L’église
date de la fin du XIIesiècle ». Or toute
personne ayant quelque peu étudié cette période sait très
bien qu’on ne peut utiliser que le conditionnel, tant les
incertitudes sont grandes. Dans le cas présent on a trouvé
deux pierres de fondation, en 1196 et en 1393. Qui nous dit
qu’il n’y en a pas eu d’autre ? Et qui nous dit qu’il devait
y avoir obligatoirement des pierres de fondation ?
En l’absence d’une précision, l’existence d’une pierre ou
d’un acte de fondation ne permet pas de prouver la date de
première fondation d’un édifice. Car la pierre peut être le
témoin de la construction d’une partie de l’édifice. C’est
d’ailleurs le cas ici : on a deux pierres de fondation.
Supposons qu’on n’ait pas connaissance de la pierre de 1196.
Qu’en déduirait-on ? Que l’église est gothique et de la fin
du XIVesiècle ? Et que les belles fenêtres des
images 8 et 9 sont
en fait gothiques ?
Bien souvent le premier découvreur, conscient des
incertitudes, n’a émis que des hypothèses. Mais très vite
ces hypothèses sont devenues des certitudes pour ceux qui
ont pris le relais. Si bien que les fenêtres dites romanes
sont attribuées à la fin du XIIesiècle.
Or, selon nos propres observations, ces fenêtres seraient
bien antérieures à cette période (remarquer l’emploi du
conditionnel).
D’une part, la fin du XIIevoit les débuts de
l’art gothique. C’est une période caractérisée par la
disparition quasi totale de ce type de baie.
D’autre part l'image 8 révèle
des impostes à feuillages et des chapiteaux à entrelacs
typiquement préromans. L’impression est cependant tempérée
par l’examen de la fenêtre elle-même qui, avec sa voussure
torique, est typiquement romane. L’ensemble pourrait donc
être daté de l’an 1000 avec un écart estimé de 50 ans.
Notons aussi que dans ces explications rien ne semble avoir
été dit de la salle située sous l’abside. Une fenêtre, en
sous-sol par rapport au cimetière, témoigne de son existence
(image 10).
Nos conclusions : Contrairement à ce que disent les
explications nous estimons que l’église de Combret est de
beaucoup antérieure à la fin du XIIesiècle.
Nous pensons mais sans apporter de preuve que le plan de
l’église primitive était celui d’une église à nef à 3
vaisseaux et à piliers rectangulaires soutenant les murs du
vaisseau central . Cette église devait être dotée de
l’abside que l’on voit actuellement. Elle devait être
charpentée. Nous pensons aussi que les fenêtres romanes que
l’on voit actuellement sur le mur sud n’ont pas été
déplacées d’un autre endroit. Par contre il est fort
possible que le portail (image
6) ait été déplacé ; Il présente des traits
caractéristiques de plusieurs époques.
La première construction (église à nef à 3 vaisseaux)
pourrait être antérieure à l’an 1000. Au cours d’une seconde
étape de travaux, il y aurait eu percement des fenêtres
romanes (peu après l’an 1000). Le portail daterait de la fin
du XIIesiècle et son déplacement vers
l’emplacement actuel de la fin du XIVesiècle.
Mais bien sûr tout cela n’est que conjectures et il est fort
possible que les concepteurs du plan de l'image
5 aient disposé d’informations que nous n’avons
pas eues.
Lapeyre
Il ne reste pas grand-chose de l’église de Lapeyre située un
peu à l’écart du village actuel (image
11). Son tympan (image
12) est remarquable à plusieurs points de vue.
Il est entouré d’une arcade à décor de gaufre, un décor
inusité. Cette voussure est elle-même entourée d’une autre
voussure à entrelacs de feuillages.
Sous des personnages insérés dans une rangée d’arcades on
peut voir une bande horizontale à entrelacs dits «
carolingiens ».
Les personnages portent une sorte de robe évasée s’arrêtant
en dessous des genoux : nous l’avons définie comme un « kilt
» bien qu’il s’agisse probablement d’une robe. Le modèle
serait peut-être wisigothique.
Il est difficile d’identifier ces personnages. L’un d’entre
eux porte une barbe en pointe.
Par contre, dans la rangée du dessus, un personnage encadré
par des lions lève les bras. Ce pourrait être Daniel dans la
fosse aux lions.
L’attitude de Daniel levant les bras fait penser aux Orants
des premiers temps de l’ère chrétienne.
Par ses caractéristiques ce tympan n’a rien de roman. Nous
le situons à mi-chemin entre l’antiquité et l’époque romane
soit l’an 700 avec un écart estimé de 200 ans.
Dans l’église voisine un élément sculpté (pied d’autel ?
autel ?) a été conservé (images
13 et 14). Le décor, à feuillages et entrelacs,
serait de la fin du premier millénaire. Mais la croix située
sur une des faces ne s’apparente à aucune autre actuellement
connue.
Les
Cuns
A l’extérieur, cette église témoigne de modifications telles
que des ajouts de bâtiments ou des ouvertures de fenêtres.
L’abside est pentagonale. Elle était primitivement éclairée
pas d’étroites fenêtres (image
15).
A l’intérieur, on constate que la nef unique est voûtée en
plein cintre. Le chœur et l’avant-chœur sont ceinturés par
des arcades reposant sur des piliers. Cette série d’arcades
servaient à supporter les voûtes de l’abside (en
cul-de-four) et de l’avant-chœur (en plein cintre) (image 16). Les
chapiteaux supportant ces arcades sont décrits ci-après.
Celui de l'image 17 est
à feuillages. Le tailloir situé au-dessus est à entrelacs
dits « carolingiens »
Celui de l'image 18 contient
un personnage grossièrement figuré qui semble joindre les
mains.
Celui de l'image 19 contient
deux quadrupèdes dressés cueillant les fruits de l’arbre de
vie. Il s’agit d’un thème hérité de l’antiquité.
Celui de l'image 20 contient
aussi un personnage grossièrement figuré. Au-dessus de
celui-ci, le décor de croix à entrelacs est aussi
carolingien.
Malgré leur caractère archaïque, nous ne pensons pas que ces
chapiteaux puissent être antérieurs à l’an 1000 (an 1025
avec un écart estimé de 50 ans).
Plaisance
Le chevet de l’église de Plaisance (image
21) ne semble pas poser de problème particulier.
Cependant il existe une différence entre l’abside principale
et l’absidiole visible sur la photo. Cette absidiole ainsi
que le croisillon sud du transept semblent de même époque et
antérieurs à l’abside principale.
Le plan de l'image 24 montre
que les absidioles sont accolées à l’abside principale.
C’est un peu surprenant parce que, en règle générale,
lorsque les absidioles sont greffées sur le transept, elles
sont détachées de l’abside principale.
La petite porte de l'image
21 est surmontée d’une pierre sculptée faisant
office de tympan (image
22). Cette pierre a été manifestement retaillée.
Elle représente deux lions encadrant un chrisme analogue à
celui du tympan de Coupiac. Comme celui-ci elle doit être
antérieure à l’an 1000.
Le chapiteau de l'image 23
représente un homme encadré par deux dragons. Tout
dans ce chapiteau dénote l’archaïsme. Pourtant ce chapiteau
ainsi que d’autres du même type se trouve sur les piliers de
croisée du transept. Compte tenu de l’évolution de
l’architecture au Moyen-Âge, cette croisée date au plus du
XIesiècle.
Chapelle
Saint-Pierre de Revel (commune de La
Roque-Sainte-Marguerite)
La chapelle Saint-Pierre de Revel, connue aussi sous le nom
d’ermitage Saint-Pierre, est située sur un piton rocheux en
rive gauche de la vallée de la Dourbie, à proximité de la
corniche nord du causse du Larzac (image
25). Elle est probablement une chapelle castrale,
ancienne dépendance du château de Revel, qui se situe plus
en hauteur sur ce piton rocheux.
Nous n'avons pas visité cette chapelle préromane, dont
l'accès est très difficile (image
26). D’après Geneviève Durand, qui a étudié cc
monument dans son ouvrage
« L’architecture
préromane en Rouergue
» : « Saint-Pierre
se singularise par un plan (image
29) exceptionnel
en Rouergue … Un élément fondamental pour la datation de
ces chapelles, l’arc d’entrée du chœur (images
27 et 28), est
encore en place à Revel. Dans l’architecture préromane,
l’arc triomphal ferme le chœur et isole le prêtre de la
nef où se tenaient les fidèles. Il a donc une double
fonction, architecturale et liturgique … Comme dans
l’Hérault ou la Catalogne, l’arc est bâti en pierres de
taille. Les claveaux de taille moyenne sont en grès ou en
travertin. À Saint-Pierre de Revel, la porte d’accès à
l’église était située au sud-ouest, on y accédait par des
marches directement taillées dans le rocher et sans doute
une échelle. Seul subsiste le piédroit gauche (1m27 de
haut) construit en moellons comme le parement. »
Selon Jean Birebent, qui visita la chapelle en 1928 : « Le crépi des murs était
blanc et remarquablement dur. Il était décoré d’un
grillage ocre avec des points noirs à l’intersection ;
dans les carrés du grillage, de petits carrés noirs
renfermant une croix terminaient la décoration. Il n’en
subsiste d’intact qu’un fragment d’un demi-mètre carré
environ (image
30). »
Nous proposons la datation suivante : an 850 avec un écart de 150 ans, voire 200 ans.