Églises à arcades extérieures du Rouergue
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Église Notre-Dame de
Castelnau-Pégayrols, églises
de Luzençon et de Montrozier, chapelle de
Saint-Martin-du-Vican (Nant), église
Saint-Cristofol de Peyre, église paroissiale de Souyri
De toutes les pages de ce site, celle-ci doit être une des
moins documentées.
Notre objectif principal était d’étudier les édifices du
Premier Millénaire. Mais, comme ce n’est en général pas
écrit sur ces édifices qu’ils sont du Premier Millénaire,
nous avons dû étudier les édifices appartenant probablement
au Premier Millénaire. Puis susceptibles d’y appartenir. On
devine que, au fur et à mesure, cette probabilité
d’appartenance décroît, et que, à la fin, ce n’est plus
qu’une simple hypothèse sans véritable fondement. Faut-il
pour autant négliger cette hypothèse sous prétexte qu’elle
n’est pas suffisamment probante? C’est ce que nous n’avons
pas voulu faire ici. Nous étions obligés de parler de ces
édifices même si nous n’en pouvons dire grand-chose. Cela
tient à deux raisons. La première vient du fait que nous
n’avons pu visiter leurs intérieurs. Hormis pour celle de
Peyre, mais, comme il s’agit d’un abri sous roche (image
15), nous n’en apprenons rien de plus. La
deuxième des raisons vient du fait que les grandes arcades
plaquées à l’extérieur recouvrent les murs ainsi que tous
les éléments de décor comme les corniches de toit qui
auraient pu permettre de dater ces murs et en conséquence
les édifices.
Église
Notre-Dame de Castelnau-Pégayrols
Les images 1, 2 et 3
font apparaître une église ceinturée par de grandes arcades
qui ne laissent pas imaginer grand-chose de l’aspect
intérieur. On note tout au plus sur l'image
2 l’existence d’étroites fenêtres. Cela peut
signifier soit une ancienneté (peut-être avant l’an mille),
soit au contraire une époque plus tardive (meurtrières de
fortification au XIVesiècle).
L'image 4 se
révèle beaucoup plus intéressante. En effet le chevet que
l’on a sous les yeux est presque plat (voir aussi le plan de
l'image 6). En
voyant cette forme presque plate, on est obligé de penser à
la page précédente concernant les églises à chevet plat (ou
chevet carré). On ne peut pas éluder la question de la forme
de ces chevets. Et on doit envisager qu’elle puisse être
liée à des questions théologiques.
Au cours du Premier Millénaire le sud de la France était en
partie acquis à l’hérésie arienne. Le communauté juive était
aussi très importante. Chez les Juifs la croyance en un Dieu
unique est établie. Leur modèle de temple est le Temple de
Jérusalem. Et c’est justement ce modèle que l’on voit dans
les églises à chevet carré. Chez les hérétiques ariens, il y
a aussi croyance en un Dieu unique mais en trois personnes
avec primauté du Père sur le Fils et l’Esprit. Ce n’est que
chez les orthodoxes chrétiens que l’on a vraiment la Trinité
: un seul Dieu en trois Personnes. Et donc le chevet presque
carré terminé à l’est par une façade à 3 fenêtres pourrait
être l’image de cette Trinité. On peut donc penser qu’il y a
eu évolution dans les mentalités et que cette évolution a
fait évoluer l’architecture des édifices.
L'image 5 est
révélatrice d’arcades très régulièrement appareillées
recouvrant un mur à appareil irrégulier. Cette image permet
d’envisager que les constructions ont été effectuées en deux
étapes distinctes (le plan de l'image
6 ne fait pas apparaître ces deux étapes) : les
arcades construites à la deuxième étape de travaux auraient
recouvert le mur du fond construit auparavant. La même
opération se serait faite simultanément à l’intérieur.
On comprend l’intérêt d’avoir construit ces arcades :
renforcer les murs. Mais dans quel but ? Cela peut être afin
de fortifier l’église. Mais dans ce cas on aurait à
l’extérieur des ouvrages de défense tels que des
mâchicoulis.
L’autre solution est qu’on ait voulu voûter l’intérieur,
qui, auparavant, devait être charpenté. Et c’est
vraisemblablement cette deuxième solution qui est la bonne.
En conséquence, les colonnes adossées de la nef ainsi que
les piliers du transept feraient partie de la deuxième
campagne de travaux (peut-être au cours du XIIesiècle).
L’ensemble de l’édifice apparaitrait donc comme relativement
récent (XIIesiècle). Le seul élément pouvant
rappeler l’édifice originel pourrait être l’ancien arc
triomphal caché derrière l’arc de croisée du transept. Cet
arc est identifiable sur le plan de l'image
6 par les deux doubles colonnes qui le supportent.
Ces deux doubles colonnes font penser à celles de l’église
paroissiale de Nant, édifice que nous avons classé parmi
ceux du Premier Millénaire.
Églises
de Luzençon et de Montrozier
Les églises de Luzençon (images
7 et 8) et de Montrozier (images
9 et 10) s’apparentent beaucoup à Notre-Dame de
Castenau-Pégayrols, y compris dans leurs chevets presque
plats.
Chapelle
de Saint-Martin-du-Vican
Concernant la chapelle de Saint-Martin-du-Vican, située sur
la commune de Nant (images
11 et 12), nous observons les mêmes arcades
extérieures. Par contre le chevet, à plan semi-circulaire,
est différent des trois autres.
Église
Saint-Cristofol de Peyre
Le site de Peyre, à proximité du viaduc de Millau, est un
des plus beaux sites de France. Son église troglodytique est
remarquable. Selon l’encyclopédie en ligne Wikipedia, elle
serait datée du XIesiècle. Et elle aurait été
fortifiée au XVIIesiècle. Nous avons quelques
difficultés à souscrire à ces affirmations. D’une part, en
règle générale , un abri sous roche a été occupé pendant des
millénaires. Donc, si une église a été bâtie au XIesiècle,
ce ne peut être que sur ou à la place de constructions
antérieures. D’autre part nous n’avons pas vu trace de
fortifications. Et il nous est pratiquement impossible de
déterminer ce qui appartient à chaque siècle hormis une date
sur une porte qui a pu être percée dans un mur ancien.
Le seul élément qui nous apparaisse vraiment ancien est un
oculus gravé de feuillages enroulés (image
16). Mais de quand date-t-il ? C’est difficile à
évaluer.
L’église
paroissiale de Souyri
La fortification de l’église de Souyri est, elle, plus
probable. On distingue encore les mâchicoulis, en haut du
clocher (image 17).
Les grandes arcades recouvrent une façade dans laquelle est
inscrite une grande baie ; sans doute une porte (image
18). Cette porte est romane. A noter cependant
que les chapiteaux encadrant cette porte sont à entrelacs.
Il s’agirait d’un type particulier d’entrelacs imitant la
vannerie qui pourrait dater du début du XIesiècle.