Le site de Saint-Roman près de Beaucaire
Saint-Roman est une colline située au
nord de Beaucaire et dominant le Rhône. Ce site est indiqué
sur les cartes comme étant « l’abbaye de Saint-Roman ».
Par manque de temps, nous n’avons pas étudié l’histoire de
cette abbaye mais, très probablement, les textes relatant
cette histoire sont de beaucoup postérieurs à la période que
nous étudions.
Toujours est-il qu’en visitant ces ruines, on ne repère rien
de ce qui constituait une abbaye au Moyen-Âge (abbatiale,
cloître, salle capitulaire, réfectoire, etc.).
Par contre, on retrouve dans ces vestiges semi-troglodytes
le même fouillis inextricable rencontré dans d’autres sites
religieux enterrés comme Subiaco en Italie, ou Vardzia en
Géorgie. Ces sites ainsi que d’autres en Cappadoce ou en
Grèce sont tous datés du Premier Millénaire.
Il existe une grosse différence entre
les structures aériennes et les structures souterraines.
Ainsi, concernant les structures aériennes, les bâtisseurs
ont tendance à ajouter des constructions. Bien sûr il peut
leur arriver de détruire des constructions antérieures afin
de faire place à de nouvelles constructions meilleures et
plus adaptées. Mais, d’une façon générale, les constructions
les plus anciennes se situent sous, ou parfois à la base
même, des constructions plus récentes.
Concernant les structures souterraines ou troglodytes, la
démarche est diamétralement opposée. L’occupant dispose d’un
toit qu’il conserve en l’état. S’il veut agrandir son lieu
de vie, il est obligé de creuser dans les parois latérales.
Mais ce, sans élargir la distance entre ces parois
latérales. Ce qui pourrait provoquer l’effondrement du toit.
Il a donc deux solutions : soit il creuse des niches dans
ces parois, soit il aménage une salle plus loin après avoir
creusé un couloir d’accès. Il a enfin une autre possibilité
: creuser dans le sol même de la salle qu’il occupe. Et
donc, à l’inverse de ce qui se passe pour les constructions
aériennes, pour les structures souterraines, les nouveaux
aménagements sont en général destructeurs des états anciens.
Bien sûr, il peut y avoir quelques ajouts comme, par exemple
des piliers ou des arcs pour soutenir une voûte défaillante
(images 3 et 4).
Et donc, dans le cas de constructions souterraines, les
parties les plus anciennes sont, en général situées
au-dessus. C’est sans doute ce qui s’est passé pour la
grande salle (images 1 et
2). La niche située au fond fait partie d’un
aménagement plus ancien. Cette salle a été creusée au fur et
à mesure sous la protection d’un toit naturel. Et finalement
elle a été transformée en église. On voit sur ces images
1 et 2, sous la niche, les restes de deux arcs, et
sous les baies éclairées par la lumière du jour, les restes
d’une voûte en plein cintre.
Il faudrait sans doute avoir un plan
détaillé des lieux pour démêler l’imbroglio que révèlent les
images 3, 4 et 5.
Il semblerait néanmoins que l'image
5 soit celle d’une église à 3 vaisseaux avec, sur
la droite 3 absides dont deux seulement sont visibles. Le
sol a été sur creusé. Il devait primitivement atteindre le
niveau du sol de la niche que l’on voit au fond. On
distingue l’emplacement de deux tombes. Sur l’abside de
droite on distingue des sortes de banquettes. Cette
disposition est analogue à celle que l’on voit sur des
absides chrétiennes primitives comme celle de la Cathédrale
de Vaison-la-Romaine (prochainement sur ce site).
Le chapiteau de l'image 6
est difficilement identifiable et datable. Il
s’apparenterait à de rares autres chapiteaux de l’Antiquité
tardive (du Ve au VIIIesiècle).
Les images 7 et 8 nous
montrent deux trônes (ou « chaires ») dont l’un (image
7) est plus imposant et décoré que le second. Le
motif de décoration d’arcades visible sous le siège se
retrouve sur divers objets datés du Premier Millénaire. Il
est fréquent dans les enluminures. On le retrouve aussi dans
certaines sculptures (voir sur ce site à
Monuments/Allemagne/Trèves Musée Archéologique/image 8 ;
l’objet est daté du VIe- VIIesiècle).
On conviendra que la datation des deux trônes est aussi de
l’antiquité tardive, du Ve au VIIIesiècle.
On en vient aux dernières
images 9, 10, 11, 12, représentant une série de
tombes creusées dans le roc. Bien sûr cela fait belle
lurette que ces tombes ont été fouillées. Et il n’y a
certainement pas grand-chose à en tirer. Sauf qu’on peut
sans doute tirer des renseignements très intéressants de la
position et de la forme de chacune d’entre elles. (Il est
d’ailleurs possible que cela ait été déjà fait). La
détermination de la position et de l’orientation permet
d’envisager l’évolution de la nécropole. Celle-ci évolue en
effet autour d’un ou plusieurs points centraux, un peu comme
les cernes d’un arbre. L’exercice est difficile et doit être
réalisé simultanément sur plusieurs sites similaires.
Conclusion
Des sites similaires contenant une nécropole formée de
tombes creusées dans le roc, il en existe plusieurs dans la
région : à Lunel-Viel (Hérault ; en cours de fouilles), à
Montmajour près d’Arles, à Fos sur Mer, et, dans une moindre
mesure, à Carluc et Ganagobie en Provence. Ces lieux
antiques ont des traits caractéristiques en commun. Tout
d’abord ils ne semblent pas avoir été entourés de murailles
antiques. Et ce, bien qu’ils soient situés dans des
emplacements élevés et que le grand nombre de tombes soit
synonyme d’une forte densité de populations impliquant
l’existence d’une ville. Mais on ne voit pas trace de cette
ville. Ce qui frappe aussi c’est l’accumulation des tombes
en un même endroit, toutes identiques ou presque. Il ne
semble pas y avoir de riches. Mais il ne semble pas non plus
y avoir de pauvres, car, si tel était le cas, on verrait
entre les tombes des espaces réservés aux pauvres. Ou bien
alors, une tombe de plus grandes dimensions servait de fosse
commune.
L’hypothèse de sépultures de moines est envisageable. Elle
est cependant peu convaincante, les moines ayant fait vœu de
pauvreté. Et ces tombes représentent une certaine richesse.
Une autre hypothèse nous semble plus crédible. Mais avant de
la proposer, il nous faut accepter l’idée que les «
envahisseurs barbares » n’ont peut-être pas été aussi «
envahisseurs » que l’on imagine. Certes les textes latins
décrivent bien des incursions de barbares ayant ravagé des
zones frontalières. Mais ils parlent aussi de révoltes
paysannes ou urbaines, de conflits entre villes ou régions
anciennement romanisées. Et, dans les conflits, les barbares
sont souvent cités comme auxiliaires ou fédérés,
c’est-à-dire alliés des romains.
Prenons le cas d’un peuple fédéré allié des romains. Ce
peuple a conclu un contrat avec les romains. En fait il
s’agit plus que d’un contrat mais d’un engagement quasi
religieux. Le peuple barbare accepte de venir prêter
assistance aux romains et de défendre leur territoire. Bien
sûr cette assistance est rémunérée. Par ailleurs, chacun des
peuples à sa propre loi. Ceci signifie, en particulier, sa
propre organisation politique, sa propre religion.
Mais, ne serait-ce que pour des questions d’organisation les
deux peuples ne devaient pas être, du moins dans un premier
temps, intimement mêlés. Et, d’ailleurs c’est ce que l’on
constate dans les villes du Haut-Moyen-Âge, divisées en
plusieurs parties bien distinctes. Par ailleurs les barbares
ne devaient pas avoir l’autorisation de construire des
citadelles hors des villes. Ils devaient vivre, soit dans
des quartiers proches des villes, soit dans des campements
hors de celles-ci. Mais, par un réflexe naturel, pour
montrer que la terre leur appartenait, et ce, malgré toutes
les interdictions de construire, ils ont eu l’idée d’y
insérer leurs morts.
Voilà donc quelle est notre hypothèse : ces tombes seraient
celles de soldats de tribus barbares dont la mission était
de protéger le couloir rhodanien et la province de la
Narbonnaise. Les églises ou chapelles à destination
funéraire auraient été creusées par la suite. Si cette
hypothèse est valable, l’installation de la nécropole aurait
pu commencer dès l’arrivée des wisigoths au Vesiècle,
avec un développement maximum aux VIeet VIIesiècles.
Pour terminer, nous ajoutons ce lien vers la
page Internet dédiée à cette abbaye.