La chapelle Sainte-Marie d’Eunate 

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La charmante petite église d’Eunate se trouve à proximité immédiate du Chemin de Saint-Jacques. On peut voir de l’extérieur sa forme de tour octogonale (image 1). Seul le chevet, sur la gauche, rompt l’harmonie de l’ensemble (image 4). Il semble être un ajout postérieur, comme on le verra par la suite. Autre remarque : cette tour octogonale n’apparaît pas comme totalement octogonale dans la mesure où les arcades (en arc brisé) visibles sur la photo ci-dessous n’apparaissent pas sur toutes les faces de ce prisme octogonal (plan de l'image 2).


L’église est entourée d’une galerie (image 3). Ce type de galerie est surprenant car il ne correspond pas à l’idée que nous avons d’une galerie de cloître. De plus, il n’y a pas sur les murs de l’église de traces d’ancrage d’un toit. L’idée exposée dans l’ouvrage « Aragon Roman » de la collection Zodiaque est qu’il y aurait eu des bâtiments extérieurs et que la galerie aurait été liée à ces bâtiments extérieurs. Cette hypothèse est sujette à critique et devrait être soumise à une analyse plus poussée.


En effet, ce type de galerie pratiquement inexistant en France est plus fréquent en Espagne. On ne les appelle d’ailleurs pas « galerie » mais plutôt « portique ». Tout se passe comme s’il n’y avait pas eu de galerie (c’est-à-dire un espace couvert), mais une simple séparation entre deux zones, sans création d’une couverture, d’un toit. De tels portiques sont visibles du coté de Ségovie. Ils entourent partiellement les églises romanes. Rappelons aussi que, à Soria (Castille-León), les arcades du cloître de San Juan de Duero semblaient en totale déconnexion avec les murs extérieurs. Elles semblaient ne pas avoir soutenu des toits de galeries.


Le plan de l’édifice ainsi que de la colonnade qui l’entoure est celui d’un octogone très irrégulier. Il est possible qu’il ait été initialement plus régulier mais, par la suite, la construction du chevet a obligé une reconstruction de la clôture et donc modifié la régularité du plan.

On distingue, en arrière, la nef de l’église et, en avant, son chevet. Il y a semble-t-il unicité de style entre les deux parties : même style de fenêtres surmontées d’un demi- tore lequel soutient une arcade aux arêtes vives, même colonnes demi-cylindriques aux angles. Pourtant on constate une rupture entre les deux parties : la colonne de la nef n’est pas alignée avec la colonne correspondante du chevet. Chevet et nef n’ont pas été construits en même temps (images 6,7 et 8).


Sur l'image 6, on voit que la colonne adossée à la nef repose sur le toit du chevet et passe donc à coté de la colonne du chevet, la rendant inopérante. La chronologie se révèle donc très délicate car plusieurs éléments contradictoires se font jour. L’hypothèse devient la suivante : dans un premier temps on construit la tour octogonale. Puis on décide de la remplacer dans sa totalité par une église. Pour cela, on construit en premier le chevet de cette église qui vient se greffer (maladroitement) sur la tour.


Sur les images 9 et 13, on peut voir deux façades de la nef octogonale. Observons maintenant la corniche qui barre ces deux façades. Elle sert de tailloir au chapiteau d’un pilier cylindrique soutenant l’arc brisé puis se prolonge en direction de la fenêtre et sert de tailloir au chapiteau du pilier soutenant le tore de la fenêtre. Cette corniche forme comme un trait d’union montrant que l’ensemble forme un tout et que tout a été bâti en même temps. On voit que l’arc brisé et l’arc en plein cintre sont contemporains.


A l’intérieur, des arcades rayonnantes permettent de séparer la voûte en huit parties (image 16). On constate que les angles sont différents. Sur les quatre axes convergeant en un même point, deux semblent perpendiculaires et alignés, un autre légèrement divergent et le dernier fortement divergent.

L’abside (images 16 et 17) est ordonnée sur deux étages d’arcades. Celles du dessous, aveugles sont légèrement brisées. Dans celles du dessus, il y a alternance entre arcades aveugles et fenêtres. Le cul-de-four de l’abside est soutenu par quatre arcades rayonnantes adossées à l’arc triomphal. Remarquer que la convergence des arcs n’est pas parfaite. L’ensemble du chevet a dû être réalisé d’un seul jet.


L'image 20 permet d’observer la jonction entre l’abside et la nef. D’une part, la portion d’espace délimitée par les arcades est plus grande en ce qui concerne l’abside. D’autre part, on voit que la corniche intermédiaire qui court le long des murs à travers les fenêtres et sert de tailloir aux chapiteaux s’interrompt brusquement au niveau de l’abside. Ceci montre, une fois de plus, que cette abside, bien que de style analogue à la nef, a été construite à une époque différente, sans doute postérieure.

Tout se passe comme si cet édifice avait été partagé entre deux étages. En effet, il est comparable au Palayo de los Reyes, partagé en plusieurs étages avec au-dessous les communs et, au-dessus les appartements privés, plus riches. Cependant rien ne prouve qu’il ait pu servir à un usage privé.


Les chapiteaux d’Eunate présentent des caractères primitifs nettement marqués. Les images 21 et 22 sont celles d’un même chapiteau : les traits sont grossiers, les visages aplatis et démesurés, la scène difficile à identifier : une danseuse entre deux musiciens jouant sur un instrument à corde ? Quelle est sa signification ? De même, quelle est la signification du chapiteau de l'image 23 représentant un ange jouant de la flute ?


Conclusion

Nous pensons que cet édifice était à l’origine un octogone régulier presque parfait. Son plan est presque identique à celui d’autres édifices à plan centré comme la Chapelle Palatine d’Aix-la-Chapelle ou l’église Saint-Donat de Zadar. Ces deux édifices ont comme celui-ci la particularité d’avoir été primitivement des octogones, puis ultérieurement dotés d’un chœur.

En ce qui concerne Eunate, il y a eu ajout d’un chœur mais aussi, très probablement, renforcement des murs de la nef à la fois à l’intérieur et à l’extérieur par pose des belles arcades.

Estimation de datation pour l’édifice primitif : an 850 avec un écart estimé de 100 ans.