Notes sur trois églises d’Estella
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L’église
San Miguel d’Estella
Cette église n’apparaît pas à première vue d’une grande
ancienneté. Les seuls éléments typiquement romans sont le
chevet (une abside encadrée de deux absidioles : images
2 , 3, 4 et 5) et le portail de la façade Nord (image 8). Nous
serions donc en présence d’un édifice qui daterait au mieux
du XIIesiècle, comme le disent les divers
commentateurs.
Cependant, de petits détails pourraient permettre de faire
remonter la datation. Il y a d’abord sur l'image
4, la présence de deux cordons horizontaux
continus, dont l’un passe à la base des grandes fenêtres et
l’autre presque au sommet de celles-ci, servant de tailloirs
aux chapiteaux porteurs de l’arc protecteur de la fenêtre.
On constate que, sur ces deux cordons, un seul est prolongé
en continuité sur la portion de mur de droite. Pour le
deuxième, il y a discontinuité. Cette disposition dénote ce
que l’on pourrait appeler une « faute de goût ». Or nous
pensons que, concernant l’architecture romane, il n’y avait
pas de « faute de goût ». Du moins lors de la construction
originale. Mais des modifications ultérieures dûes à
d’autres nécessités pouvaient altérer l’esthétique de la
construction. En conséquence, sur ces deux parties de
l’abside identifiées par les deux cordons, l’une doit être
plus ancienne que l’autre. Nous pensons que c’est celle de
droite. Pour nous, les fenêtres de l’abside, de facture
romane, mais à arcs brisés, auraient été percées
ultérieurement, sans doute en remplacement de fenêtres plus
petites.
La continuité des cordons horizontaux, nous la trouvons dans
les absidioles (image 5). Par contre, nous ne la voyons pas avec les cordons
de l’abside.
En règle générale, ces cordons horizontaux contournent les
piliers. Ce n’est pas le cas ici. Il est donc possible que
les colonnes semi-cylindriques qui supportent les bordures
du toit aient été ajoutées plus tard (image
6).
Jusqu’à présent, nous n’avions pas regardé de plus près ces
cordons horizontaux très dégradés. L'image
7 nous permet d’apprécier la finesse des décors.
L'image 8 nous
montre le très riche portail Nord. Bien que ce portail ne
soit pas doté d’un linteau et d’un tympan séparés, mais
d’une pièce unique faisant à la fois office de linteau et de
tympan, système que nous estimons plus ancien que le
précédent, nous pensons que par son style, ce linteau-tympan
date du XIIesiècle. Notons qu’il est possible
que ce linteau-tympan ait remplacé une pièce ancienne
dégradée ou brisée.
Lorsque nous avons vu le chevet avec l’abside principale
enserrée entre les deux absidioles, nous avons aussitôt
pensé que l’église primitive était à trois nefs avec absides
en prolongement. Et nous avons espéré que cette église
primitive existait encore à l’intérieur. Nous n’avons pas pu
visiter l’intérieur. Mais l'image
9 extraite d’Internet ne nous laisse que peu
d’espoir. La nef semble avoir été entièrement refaite à
l’époque gothique. Seules subsisteraient d’une époque
éventuellement préromane les absidioles et une partie de
l’abside principale. Dans le doute, nous proposons la
datation, pour les parties les plus anciennes : de l’an 1050
avec un écart de 100 ans.
L’église
Santa María Jus del Castillo
Voici ce que dit sur cette église un panneau écrit en
français à l’intention des touristes : « Monument
historico-artistique roman du XIIesiècle,
construit à l’emplacement de l’ancienne synagogue. Elle
présente une nef unique, de robustes contreforts, une
abside romane et une abondante décoration sculptée sur ses
chapiteaux, ses clés de voûte et ses modillons… ».
Plusieurs éléments nous interrogent. Il y a tout d’abord la
différence de style entre la nef aux puissants contreforts à
plan rectangulaire et l’abside aux contreforts plus légers à
plan semi-circulaire. Les deux constructions ont dû être
indépendantes.
Il y a ensuite au sommet de chacun des deux contreforts près
de l’abside les deux pierres superposées. Celles du dessous
semblent les plus anciennes. Leurs décors, très dégradés,
fait penser à celui d’impostes de l’antiquité tardive.
Il semblerait que ces impostes inférieures bordaient un toit
analogue à l’actuel mais plus bas que celui-ci (image
11). Ce toit devait être charpenté.
Ultérieurement, à l’époque gothique, il aurait été voûté en
croisées d’ogives (image
18).
Nous émettons l’hypothèse suivante : la nef serait en fait
l’ancienne synagogue qui aurait été conservée. Cette nef
aurait été christianisée par l’ajout de l’abside
semi-circulaire aux alentours de l’an mille. L’ancienneté de
cette abside apparaît dans l’étroitesse des fenêtres à peine
visibles côté extérieur. Le voûtement de la nef a pu se
faire vers la fin du XIIesiècle, mais seul un
examen détaillé de l’intérieur de l’église pourrait
permettre de conclure.
L’église
San Pedro de la Rúa
Cette église est elle aussi habituellement datée du XIIesiècle.
Nous n’allons pas contester cette datation. Nous n’avons pas
suffisamment d’éléments pour prouver le contraire. Et même
certains autres éléments pourraient faire pencher la balance
vers le XIIIesiècle. Il en est ainsi du très
beau portail surmonté de voussures en arc brisé (images
21 et 22). Il faut comprendre que, à l’époque
gothique, les architectes avaient compris l’intérêt de l’arc
brisé. Mais pour certains types de constructions, ils ont pu
conserver le plein cintre pendant un certain laps de temps.
Cela s’est probablement passé en ce qui concerne les
portails. Ceux-ci, censés symboliser le Ciel, devaient avoir
une forme arrondie. C’est du moins ce que nous pensons, mais
il faudrait faire une étude statistique pour le prouver.
Ce portail est donc gothique. Observons cependant ce que
l’on voit au sommet des voussures de ce portail (image
23) : d’abord tout en bas un chrisme, puis une
sorte d’étoile mal définie, puis l’Agneau Pascal, une autre
figure mal définie (homme ou ange aux mains jointes ?), la
main de Dieu bénissant. Toutes ces représentations font
penser à des œuvres de peu antérieures à l’an mille.
Ont-elles été récupérées sur des portails plus anciens ?
Nous n’avons pas pu pénétrer à l’intérieur de l’église mais
l'image 24,
extraite d’internet, nous en donne une bonne représentation.
Elle vient confirmer ce que nous avons dit précédemment sur
l’arc brisé et l’arc en plein cintre. Nous avons
successivement et de bas en haut des arcs brisés (entrée des
chapelles rayonnantes) puis au dessus, des arcs en plein
cintre (arcs triples encadrant les fenêtres), de nouveau des
arcs en plein cintre protégeant les fenêtres supérieures et
enfin une voûte en cul-de-four prenant appui sur un arc
brisé. Nous aurons l’occasion de rencontrer à plusieurs
reprises ce type de situation montrant que l’arc en plein
cintre et l’arc brisé ont pu coexister dans le même
monument.
Datation de San Pedro de la Rúa : an 1150 avec un écart de
50 ans.