Autres monuments de Charente susceptibles de dater du 1er millénaire (page 3/3) 

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Dans cette page, nous étudions deux églises visitées par Clive Kenyon, l'église Saint-Martin de Pressignac et l’église Saint-Sigismond de Saint-Simon, dont il nous a transmis les images ci-dessous. Nous le remercions.



L'église Saint-Martin de Pressignac

La page du site Internet Wikipédia décrivant cette église nous apprend ceci :

« Église Saint-Martin : XIIe et XIIIe siècles. Style roman, chapelle gothique du XVe siècle. C’est une des rares églises de France à être bâtie en brèche d'impact, roche issue de la chute d'une météorite. Elle est composée d'une nef en berceau brisée, suivie d'une travée entre doubleaux, devant un chœur à chevet plat, éclairée par un triplet. Le clocher massif est contrebuté par deux gros contreforts, sur lequel s'ouvre le portail des fidèles à deux rouleaux garnis d'un boudin, et encadré par un cordon. Au-dessus il existe une baie, avec appui sur consoles, pouvant former une bretèche. »

À l'intérieur de l'édifice, deux panneaux nous ont fourni des informaions complémentaires dont nous donnons ici des extraits.

Premier panneau : « Saint-Martin de Pressignac, situé autrefois dans le diocèse de Limoges, était un prieuré-cure de l'abbaye de Lesterps. L'église fut bâtie à la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe siècle. [...] À l'origine, l'édifice devait être composé d'un vaisseau unique simplement terminé par un chevet plat. [...] L'église fut agrandie par l'adjonction, à la fin du Moyen-Âge, de vastes chapelles latérales bâties en moellons. [...] La communication entre la nef et les chapelles s'effectue par de grandes arcades percées dans des murs extrêmement épais. [...] »

Deuxième panneau : « Une première église fut bâtie aux XIe-XIIe siècles avec une toiture de lauzes reposant sur une charpente apparente. L'édifice actuel est en grande partie des XIIe-XIIIe siècles, de style roman limousin. »


Commentaires sur ces textes

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'y a pas concordance entre les textes des deux panneaux. Pour le premier : une date précise (fin XIIe-début XIIIe), une deuxième construction avec transformation de nef unique en nef triple. Pour le second : des dates moins précises (XIe-XIIe) et (XIIe-XIIIe) et transformation d'une nef charpentée (en trois vaisseaux au lieu d'un ?) en nef voûtée.

Donc deux positions divergentes. Nous sommes plutôt en faveur de la seconde. Nous pensons en effet qu'à l'origine, la nef devait être charpentée et à trois vaisseaux. Elle aurait été ultérieurement voûtée. Nous estimons en effet que l'hypothèse évoquée dans la première version (« À l'origine, l'édifice devait être composé d'un vaisseau unique...  L'église fut agrandie par l'adjonction,..., de vastes chapelles latérales... La communication entre la nef et les chapelles s'effectue par de grandes arcades percées dans des murs extrêmement épais. [...] ») est fausse. Ou, plus exactement, illogique sur le plan de la mise en œuvre. Essayons en effet de mettre en application ce qui est écrit. À l'origine, la nef est unique. Concrètement, cela signifie que le plan de cette nef est celui d'un rectangle avec côtés Nord et Sud deux grands murs pleins. Au XVe siècle, on décide d'agrandir cette église sur les côtés Sud et Nord et pour faire communiquer la nef unique on décide de « percer » les murs Sud et Nord. L'idée est excellente … lorsque le trou que l'on perce est de 1cm de diamètre. Mais si le trou est de 6 mètres de diamètre, on est à peu près certain que le pan de mur situé au-dessus du maçon s'effondre sur lui. Afin d'éviter cela, il faut commencer par faire des trous un peu moins grands pour installer dans ces trous les piliers, puis de proche en proche, faire des trous pour installer des étais qui porteront les arcs ou les linteaux destinés à supporter le poids des parties supérieures. Avant de réaliser tout ce travail, le maçon vous dit : « Moi je veux bien vous le faire, mais pour moi, le plus simple est de détruire ces deux murs, de tout dégager, de construire des piliers sur de nouvelles bases, puis, au-dessus de ces piliers, des arcs ou des linteaux et, au-dessus encore, de bâtir de nouveaux murs : cela vous coûtera moins cher et ce sera plus solide ! ». C'est là une réaction totalement logique et c'est cette méthode qui aurait été utilisée si, à l'origine, la nef avait été unique puis transformée par la suite en nef triple.

Nous pensons donc qu'à l'origine, la nef était triple et que les piliers actuels sont les piliers d'origine. Nous verrons cependant que ces piliers ont subi des changements. Les murs extérieurs ont pu aussi avoir subi des changements. En effet, il arrive que des églises à nef à trois vaisseaux aient périclité. Une partie de l'église a été désaffectée. Et souvent, ce sont les collatéraux qui ont été concernés. Ils ont pu être détruits ou transformés en maisons d'habitation. Les murs extérieurs ont été déplacés. Il est donc possible que c'est ce qui s'est passé concernant cette église.

Nous avons parlé des piliers. Observons celui de l'image 9 (détail extrait de l'image 8). Ce large pilier est clairement constitué de deux niveaux verticaux de maçonnerie. Il a été fabriqué en deux étapes distinctes . La phrase du premier panneau, « … de grandes arcades percées dans des murs extrêmement épais... » doit être changée. Les murs n'étaient p. En commençant par les piliers et les arcs.

Il reste à résoudre quelques énigmes concernant cette église. Comment se fait-il que cette église dont le plan (image 1) est assez complexe ait une partie centrale couverte d'une voûte d'apparence simple (images 4, 5, 6 et 7)? Nous pensons que la nef d'origine devait comporter au moins trois travées : la travée du clocher et deux travées de nef. Et peut-être une autre travée vers le chœur. Pour la travée du clocher, le vaisseau central aurait été conservé mais pas les collatéraux. Les travées de la nef étaient primitivement charpentées et, sans doute plus hautes qu'à présent. Ultérieurement, probablement au XIIe siècle, les piliers auraient été épaissis. Ce qui aurait permis de poser des voûtes.


Datation

Cette datation pose problème. Les arcs reliant les piliers semblent être brisés. Ce qui semble relever du gothique. Et lorsqu'on parle du gothique, on évoque immédiatement le XIIIe siècle. Mais ce n'est pas tout à fait exact, car l'arc brisé a pu être inventé plus tôt qu'au XIIIe siècle : au XIIe ? au XIe siècle ?

À l'inverse, les piliers portent des impostes de caractéristiques plus primitives (VIIIe ou IXe siècle).

Il est donc difficile de concilier ces deux datations. Une hypothèse : il est possible qu'à l'origine, ce n'étaient pas des arcs qui reliaient les piliers, mais de puissants linteaux en bois.

Datation envisagée pour l'église Saint-Martin de Pressignac : an 950 avec un écart de 150 ans.




L'église Saint-Sigismond de Saint-Simon

La page du site Internet Wikipédia décrivant cette église nous apprend ceci :

« Église paroissiale Saint-Sigismond : cette petite église, du style roman de transition le plus pur, paraît, d'après son architecture, appartenir à deux campagnes différentes, mais presque de la même époque : la nef, de la fin du XIIe siècle ; la coupole et le chevet, du commencement du XIIIe siècle. Autrefois, cette coupole était surmontée d'une tour carrée, dont il ne reste plus qu'un côté, aménagé en campanile à deux ouvertures, dont l'une renferme la cloche. Les quatre groupes de colonnes qui portent la coupole appartiennent à un édifice plus ancien. Elle est classée monument historique depuis 1974. »


Commentaires de ce texte

Il est rare qu'il y ait convergence de vues entre la description d'un édifice roman ou préroman dans Wikipédia et notre propres analyse. Il faut donc souligner que dans le cas présent, cette convergence existe. L'auteur anonyme du texte ci-dessus a, selon nous, correctement analysé l'architecture de l'édifice. Comme lui, nous avons envisagé qu'il y a eu principalement deux périodes de construction. Nous datons la nef de la période de transition entre le roman et le gothique : pour nous, an 1175 avec un écart de 25 ans ; pour l'auteur du texte, « fin du XIIe siècle ». Selon nous aussi, la construction de la coupole et du chevet serait plus tardive : pour nous, an 1225 avec un écart de 25 ans ; pour l'auteur du texte, « commencement du XIIIe siècle ».

Mais ce qui nous semble plus important est la remarque de fin de texte : « Les quatre groupes de colonnes qui portent la coupole appartiennent à un édifice plus ancien. » Nous ne savons pas sur quelles bases s'appuie l'auteur du texte de Wikipédia pour affirmer cela, mais en ce qui nous concerne, c'est le style des chapiteaux qui a orienté notre choix et nous a conduit à ranger cet édifice parmi ceux susceptibles d'être antérieurs à l'an mille. Ces chapiteaux et tailloirs (images 21, 22, 23, 24) ont les caractéristiques d'un premier art roman, voire d'un art préroman : chapiteaux à feuilles dressées ou feuilles d'eau (images 21 et 22), chapiteaux à entrelacs (images 23 et 24), tailloirs à décors géométriques. Comme l'auteur, nous pensons que ces chapiteaux, situés sur les piliers porteurs de la coupole, ont appartenu à un édifice plus ancien. Cependant, nous ne savons pas quelle pouvait être la forme de cet édifice. On aurait tendance à penser que ces chapiteaux appartenaient à l'origine à la croisée d'un transept. Mais si on examine n'importe laquelle des quatre images, on voit un grand chapiteau encadré pas deux plus petits. Les trois chapiteaux sont dans le même alignement. Dans une croisée de transept, les trois chapiteaux contournent à 90° le pilier : le premier à 0°, le second à 45°, le troisième à 90°.


Datation envisagée pour l'église Saint-Sigismond de Saint-Simon (partie la plus ancienne : les quatre chapiteaux) : an 975 avec un écart de 75 ans.