La cathédrale Santa Maria Assunta de Troia  

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Enfin quelque chose de concret !

C'est la réaction que nous avons eue en lisant la page du site Internet Wikipédia relative à cette église. Cela ne signifie pas pour autant qu'il n'y a rien de concret dans les pages de Wikipédia, mais il faut dire que nous avons été souvent déçus par des conclusions trop hâtives. D'autre part, les sources permettant d'aboutir à des conclusions vraiment fiables sur la datation de l'architecture des églises sont d'une grande rareté.

Nous n'avons pas visité cette église, les images de cette page ont donc été recueillies sur Internet.

Voici donc des extraits de cette page du site Wikipédia :

« Histoire : Une église byzantine se trouvait autrefois sur le site, apparemment construite en grande partie à partir des restes de bâtiments romains. Les travaux d’une nouvelle cathédrale ont commencé dans le dernier quart du XIe siècle. L’année 1073 est souvent donnée mais la date exacte du début de la construction n’est en fait pas confirmée. On croyait à une époque que les fouilles des années 1950 avaient établi que le transept actuel était à l’origine la nef de l’ancien bâtiment de l’église, mais cela est maintenant contesté. Il est cependant certain que les noyaux des deux piliers occidentaux du passage à niveau datent de la toute première phase de construction, et ont peut-être servi le même but dans l’église d’origine.

L’église a reçu son plan actuel cependant dans le premier quart du XIIe siècle grâce aux agrandissements substantiels de l’évêque Guillaume II de Troia, qui à partir de 1093 a fait construire la nef actuelle. La construction de l'abside actuelle pourrait bien dater également de cette période. Une inscription sur les portes en bronze du portail principal indique que celle-ci a été achevée en 1119, date à laquelle la construction de la nef était clairement plus ou moins terminée. En 1107, les travaux commencèrent sur la partie inférieure de la façade Ouest. D’autres travaux, en particulier sur la partie supérieure de la façade Ouest, ont eu lieu au XIIIe siècle.
[...]

Façade Ouest et rosace : La façade Ouest de la cathédrale est richement décorée. La partie inférieure a été construite dans le cadre des travaux de l’évêque Guillaume qui ont eu lieu entre 1107 et 1120 ; la partie supérieure a été redessinée environ 100 ans plus tard, mais a été révisée, tout en conservant les travaux plus anciens, à partir de 1229. [...]

La rosace (image 2) est célèbre comme l’une des plus belles des Pouilles. Elle se compose de onze colonnes élancées assemblées dans une roue, les espaces entre elles remplis de grilles décoratives en pierre sculptée (transenne ou claustra), une forme très rare de rosace. Chaque transenne est travaillée différemment, et certaines ont un effet oriental) [...]

Les portes de bronze

Portail principal : Les célèbres portes du portail principal ont été réalisées par l’un des plus célèbres fondeurs de bronze du XIIe siècle, Oderisio de Bénévent ; selon l'inscription (voir ci-dessous), elles ont été achevées en 1119. Elles contiennent 28 panneaux en ouvrage de nielle (incrustation noire sur métal). Les heurtoirs de porte en gueules de lions et les petites figures de dragons ailés, représentant la peur et le désir sont des originaux, petits chefs-d’œuvre de la sculpture médiévale. De nombreux panneaux ont été remplacés au cours des XVIe et XVIIe siècles, mais les quatre le long de la rangée supérieure sont toujours les originaux. Ils représentent, de gauche à droite : l’artiste, Oderisio ; le Christ au Jugement Dernier ; le comte Berard de Sangro ; et Mgr Guillaume II. L’inscription sur les quatre panneaux ci-dessous se lit comme suit :

(1) - Dans la 1119e année de l’incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ et dans la douzième indiction.

(2) - Dans la première année du pontificat du Seigneur Pape Calixte II, et la neuvième année du règne du Duc Guillaume, fils de Roger le Glorieux.

(3) - Guillaume II, qui était évêque du siège de Troia, dans sa douzième année, a fait faire ces portes.

(4) - De sa propre richesse pour l’église et la trame de celle-ci à élever presque des fondations.

Portail Sud : la porte dans le portail sur le côté sud de la cathédrale
fut aussi réalisée par Oderisio de Bénévent. L’inscription commence dans le panneau supérieur par les mots d’ouverture : Princeps patronv[m]/Petre Troia[m] suvspice/donv[m], qua[m] leta/bvndvs Gvilelm[us]/dono svndvs, qui enregistre le don du duc Guillaume de la ville de Troia à l’apôtre Pierre. À côté, se trouve une représentation de l’évêque à côté de la ville, entre les saints Pierre et Paul. Les huit panneaux suivants contiennent des représentations des huit évêques précédents, qui ont été remarquablement individualisés. La rangée en-dessous contient d’autres heurtoirs de porte insérés, la gueule des lions, sous lesquels suivent huit autres panneaux avec une longue inscription, enregistrant que les habitants de Troia, afin de recouvrer leur liberté après la mort du duc Guillaume, ont détruit le château et fortifié la ville avec un mur et un fossé, à l’époque de l’évêque Guillaume, qui se décrit comme le gardien de la justice et le libérateur de son pays. [...]

Cette porte est nettement plus simple dans le style que les portes du portail principal. »


Commentaires de ce texte de Wikipédia

Concernant les phrases « Les travaux d’une nouvelle cathédrale ont commencé dans le dernier quart du XIe siècle. L’année 1073 est souvent donnée [...] » et «  En 1107, les travaux commencèrent sur la partie inférieure de la façade Ouest. D’autres travaux, en particulier sur la partie supérieure de la façade Ouest, ont eu lieu au XIIIe siècle. [...] », nous n'avons aucune justification des dates avancées : 1073, 1107. Il existe sans doute des textes épigraphiques ou des chartes mentionnant ces dates mais nous n'en connaissons pas la teneur ; à l'inverse de ce qui se passe pour les portes de bronze.

Nous décelons une contradiction dans la succession des phrases, « Les travaux d’une nouvelle cathédrale ont commencé dans le dernier quart du XIe siècle. L’année 1073 est souvent donnée [...] » et « L’église a reçu son plan actuel cependant dans le premier quart du XIIe siècle ». À l'heure actuelle, lorsqu'on a décidé de réaliser une construction d'immeuble, on établit d'abord un plan et on s'y tient. La construction doit être faite dans un délai d'au plus vingt ans (le commanditaire tient à assister à son achèvement) et, sauf vice de forme, on ne change rien dans les trente ans (et plus) qui suivent parce qu'on tient d'abord à rembourser l'emprunt initial d'une durée de 25 ans, puis à épargner un peu en attendant de réaliser de nouvelles constructions (en général pas des reconstructions au même endroit). C'est ce qui se passe actuellement autour de nous. Et nous sommes persuadés qu'il devait en être de même dans les temps anciens.

La rosace : Ce qui est dit sur la rosace se révèle fort intéressant. Nous sommes persuadés que le vitrail qui est apparu en fin de période romane et s'est rapidement répandu, n'est pas né spontanément. Il y a eu une période de maturation, probablement assez longue Les transennes ou claustras ont dû jouer un rôle dans cette création. Nous pensons que cette rosace devait contenir des morceaux de verres colorés.

La porte de bronze du portail principal (images 12, 13, 14 et 15). Nous ne pensons pas que les heurtoirs ont appartenu à la porte d'origine (1119). Ils dateraient selon nous du XIVe ou du XVe siècle. L'image du dragon à queue de serpent et ailes est typique de la période gothique. En revanche, le texte épigraphique cité ci-dessus (s'il est conforme à la réalité car nous n'avons pas vu d'image de ce texte) peut se révéler essentiel. En premier lieu, il permet de dater la porte. Mais aussi la porte du portail Sud réalisée par le même maître graveur. Et aussi la technique de la nielle lorsqu'elle est employée sur des panneaux de décoration (portes, châsses, reliquaires, etc.). Et enfin l'église elle-même puisqu'il est écrit : « De sa propre richesse pour l’église et la trame de celle-ci à élever presque des fondations.. ». Cette phrase signifierait donc qu'au moment où cette inscription est rédigée (en 1119), l'évêque est en train de reprendre la construction de l'église presque à partir de ses anciennes fondations. Une telle interprétation serait au moins en partie conforme à ce que nous avions envisagé : une première église à plan basilical préromane (nef à trois vaisseaux, le vaisseau central étant porté par des colonnes cylindriques) ; on décide de refaire l'église devenue délabrée et dangereuse. Cependant on garde les fondations et probablement aussi des piliers en marbre et des restes de murs. Les sous-structures anciennes étant conservées, on ne peut pas faire les changements radicaux réalisés par l'art roman (voûtes diverses) et l'église garde son aspect de basilique romaine. Cependant la phrase de l'inscription, « DE PROPRIO ECCLESIAE AERARIO IPSAMQUE FABRICAM A FUNDAMENTIS FERE EXIT », pourrait avoir une tout autre signification si le mot « ECCLESIA » doit être traduit par « assemblée de fidèles » et non par « lieu de culte des fidèles ». Nous ne sommes pas suffisamment compétents pour trancher sur la question.

La porte du portail Sud : les images suivantes 16, 17, et 18 en montrent les panneaux. La première (image 16) répond à la description du texte : «  L’inscription commence dans le panneau supérieur par les mots d’ouverture : Princeps patronv[m]/Petre Troia[m] suvspice/donv[m], qua[m] leta/bvndvs Gvilelm[us]/dono svndvs, qui enregistre le don du duc Guillaume de la ville de Troia à l’apôtre Pierre. À côté, se trouve une représentation de l’évêque à côté de la ville (à droite sur l'image 16) entre les saints Pierre et Paul. (NON, ce n’est pas « entre » car Saint Pierre et Saint Paul se trouvent sur le panneau voisin  image 17). ». N'étant pas épigraphistes, nous n'avons pas pu transcrire le texte des panneaux de l'image 18, hormis toutefois l'étroite bande supérieure où il est écrit : «FACTOBRE LABVS FUIT ODERISIVS », preuve que le dénommé Oderisius est le crèateur de cette œuvre.

Description de quelques images :

Image 10 : Très beau chapiteau corinthien … En fait, il date probablement de la période baroque (présence d'un « putti » caractéristique du XVIIIe siècle.

Image 11 : Ce tympan est, selon nous, préroman.


Les principaux éléments qui caractérisent cet édifice sont les suivants :

1. Sa nef (images 6, 7 et 8) est formée de trois vaisseaux. Le vaisseau central est charpenté. Les vaisseaux secondaires sont voûtés d'arêtes.

2. Le vaisseau central est porté par des piliers cylindriques de type C0000.

3. Les arcs reliant les piliers sont à un seul rouleau.

4. Il n'y a pas de galerie au-dessus des collatéraux.

5. Il existe un transept haut et débordant (image 6).

L'abside est peu proéminente par rapport au transept et s'il existe des absidioles, elles sont insérées dans le massif du transept (image 5 et vue par satellite non représentée ici).

Ces éléments sont caractéristiques d'un modèle spécifique à la région des Pouilles.


Datation envisagée pour la cathédrale Santa Maria Assunta de Troia (église primitive antérieure à la restauration probable effectuée par l'évêque Guillaume) : an 850 avec un écart de 150 ans.