Le château-prieuré Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Pommiers-en-Forez
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La page du site Internet Wikipedia relative à cette église
nous apprend ceci : « Les
premiers documents qui concernent Pommiers ont disparu. Il
semble que vers la fin du IXe siècle, peut-être vers 878
ou 891, des moines venant de l'abbaye de Nantua
s'installent et fondent un monastère bénédictin à
Pommiers. Celui-ci passe en 960 sous l'autorité de
l'abbaye de Cluny, puisque Nantua et ses dépendances sont
absorbées par l'ordre de Cluny qui devient de plus en plus
puissant à cette époque.
Le prieuré se développe, l'église abbatiale est construite
entre le XIe siècle et le XIIe siècle, sous le vocable de
Saint-Pierre et Saint-Paul, comme l'abbatiale de Cluny à
laquelle le prieuré est rattaché. L'ancienne église
paroissiale Saint-Julien, aujourd'hui maison particulière,
servait d'église paroissiale puisque les moines étaient
cloîtrés au sein du village. ».
Remarque:
nous avons écrit à de nombreuses reprises dans ce site que
nous n’avions plus du tout confiance dans des affirmations
telles que celle-ci, «
l'église abbatiale est construite entre le XIe
siècle et le XIIe siècle
», qui tendent à rendre caducs ou inexistants les travaux
effectués durant les siècles précédents l'an mille. On
retrouve d'ailleurs dans ce texte les mêmes ingrédients déjà
rencontrés ailleurs : la mention de documents témoignant de
l'existence d'une communauté monastique bien avant l'an
mille, la construction de l'église de cette communauté bien
après l'an mille, et le silence absolu sur le lieu de culte
de cette communauté entre ces deux moments.
Toutes les photographies de cette page ont été réalisées par
Dominique Robert (http://www.drobert-photo.com)
lors de sa visite en mars 2021.
Notre propre système de datation repose
sur l'analyse de l'architecture du bâtiment.
Observons tout d'abord l'image
2 du cloître. La nef prolongée par le clocher de
croisée du transept se présente face à nous. On repère
immédiatement à la forme des toits qu'on doit se trouver en
présence d'une nef d'origine à plan basilical, à trois
vaisseaux. On constate une nette différence entre les trois
fenêtres inférieures (collatéral Sud) et les fenêtres
supérieures. On retrouve ces fenêtres, côté intérieur, sur
l'image 8.
Nous verrons un peu plus loin que les fenêtres
supérieures sont, malgré leur aspect fruste, plus tardives.
Les fenêtres inférieures présentent un profil
caractéristique: fortement ébrasées vers l'intérieur, elles
sont en ressaut vers l'extérieur. Nous pensons que ce type
de fenêtre est antérieur à la fenêtre romane richement
décorée (encadrée de colonnettes supportant un tore
mouluré). Notre problème est de savoir de combien d'années
ce modèle de fenêtre est antérieur à l'autre, datable du XIIe siècle. Une réponse peut être provisoirement
apportée: ces trois fenêtres ouvertes dans le collatéral Sud
pourraient appartenir à la construction d'origine.
Les images
9 et 10 font apparaître des différences
importantes entre les deux collatéraux. Celui du Nord (image 9) semble à
première vue plus large que celui du Sud
(image 10). Mais
surtout, le mur Nord a ceci de particulier qu'il est soutenu
par des arcades. Nous pensons (sans certitude cependant) que
ces arcades sont de style classique (XVIIe siècle).
On remarque immédiatement certains éléments
caractéristiques. Les piliers de la nef sont de type R0101. Les arcs reliant
ces piliers sont à simple rouleau. Ils sont portés par des
impostes à chanfrein vers l'intrados.
Les trois phrases précédentes peuvent paraître obscures pour
un lecteur qui aborderait notre site pour la première fois.
Nous conseillons de lire sur notre site le chapitre Les
évolutions dans l’architecture des monuments du Premier
Millénaire sous l'onglet Datation,
et plus particulièrement la partie B.
Première approche : La nef basilicale à trois vaisseaux.
Il ressort de cette étude que les nefs à piliers de type R0101 auraient été,
pour la plupart d'entre elles, réalisées en deux temps bien
distincts. Elles devaient être à l'origine charpentées avec
des piliers de type R0000
(à section rectangulaire). Elles auraient été ultérieurement
voûtées grâce à la pose de pilastres adossés aux piliers,
les transformant en piliers de type R0101.
Par ailleurs, nous attribuons à l'art roman l'utilisation du
système à «chapiteau-tailloir». Bien que l'on puisse
retrouver le système à «imposte» durant les siècles suivant
la période romane, nous pensons qu'il est préroman. Là
encore, nous déduisons cela à la suite d'un grand nombre
d'observations.
Concernant cette église de Pommiers-en-Forez, il convient de
remarquer que si le système à «imposte» est présent dans la
nef, l'autre système à «chapiteau-tailloir» est utilisé dans
le transept et, peut-être, le chœur. Cela ne nous gêne pas :
nous avons constaté en de nombreuses occasions que le
transept pouvait-être postérieur à la nef.
L'hypothèse d'un voûtement postérieur à la construction
initiale nous semble confirmée par l'analyse de
l'architecture de l'édifice. Notre idée est la suivante, qui
découle de l'idée de perfection. La religion chrétienne est,
du moins pour les gens de l'époque, parfaite. Cette
perfection doit se retrouver dans la construction des
églises. La symétrie du plan de l'église exprime cette
perfection. Notre idée consiste donc à rechercher la
perfection due à la symétrie à travers l'imperfection afin
de retrouver le plan de l'église primitive. Ainsi la façade
occidentale (image 3)
apparaît asymétrique. Les traits rouges tracés sur la même
façade (image 21)
font apparaître une symétrie certes un peu empirique si on
ne considère que les simples tracés, mais beaucoup moins
empirique si on réalise que la porte occidentale, la fenêtre
qui la surmonte et les fenêtres latérales s'inscrivent dans
cette symétrie.
Nous voyons un autre signe d'imperfection dans l'image
8. Prenons
par exemple la travée de droite. on y voit deux grands arcs,
l'un au-dessus de l'autre. Ces arcs sont décalés l'un par
rapport à l'autre; les points de départ de ces arcs
repérables par leurs impostes (voir le détail sur l'image
19) sont aussi décalés. Il y là une sorte de faute
de goût. Un peu comme si l'architecte avait loupé son plan.
Nous ne pensons pourtant pas qu'il ait loupé son plan. Tout
simplement, les arcades supérieures ainsi que le mur
qu'elles portent ont été ajoutés après afin de porter la
voûte.
Des baies ont été percées dans cette voûte afin d 'éclairer
la nef (image 20).
À remarquer que ces baies ont été percées côté Sud mais pas
côté Nord. De ce côté-là, le toit couvre à la fois la nef et
le collatéral Nord. Il était inutile de percer dans cette
partie de voûte, sauf à faire passer l'ouverture à travers
le toit.
Les chapiteaux des images
15, 16 et 17 semblent très endommagés. Ils ont
peut-être été utilisés en remploi.
La table d'autel de l'image
18 est un couvercle de sarcophage à acrotères
antique. Elle prouve l'ancienneté du lieu.
Datation envisagée
Pour la nef primitive charpentée de l'église
Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Pommiers-en-Forez: an 750 avec
un écart de 150 ans.
Pour le transept et (probablement) le chevet de l'église
Saint-Pierre-et-Saint-Paul: an 950 avec un écart de 100 ans.
Pour le voûtement de la nef de l'église
Saint-Pierre-et-Saint-Paul: an 1650 avec un écart de 100
ans.