L'église Saint-André de Saint-Just-Saint-Rambert 

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Nous avions étudié très partiellement cette église en octobre 2018. Voici ce que nous avions écrit à ce moment-là :

«Nous n’avons pas eu l’occasion de visiter et les seules images dont nous disposons sont issues d’Internet. C’est d’Internet aussi que nous avons recueilli les renseignements suivants : “L’église Saint-André de Saint-Rambert des XIe et XIIe siècles a été classée monument historique le 2 juillet 1891. L’église du quartier de Saint-Rambert qui a connu de nombreuses modifications au cours des siècles, et le prieuré qui la prolonge sur le côté, forment un ensemble qui était à l’origine un monastère fondé à Occiacum (premier nom de Saint-Rambert) par douze moines venus de l’Île-Barbe, près de Lyon, entre 603 et 608.

Il s’agit là de biens maigres renseignements qui ne permettent pas de juger de l’intérêt que pourrait représenter cette église. Il nous faut tout d’abord constater que le discours est analogue à celui récité comme un leitmotiv dans presque tous les édifices de France que nous avons visités : “L’église ….. des XIe et XIIe siècles…” Et, comme il arrive aussi très souvent, le leitmotiv est en partie contredit par les phrases suivantes. C’est le cas ici : “était à l’origine un monastère fondé à Occiacum (premier nom de Saint-Rambert) par douze moines venus de l’Île-Barbe, près de Lyon, entre 603 et 608.” Bien sûr, il n’y a pas là une vraie contradiction, mais si douze moines se sont installés en 608, qu’est devenue l’église de leur communauté ? Avant de certifier que l’église date du XIe siècle, ne serait-il pas plus judicieux de savoir si elle contient des éléments plus anciens?

L'image 1 de la façade Nord montre un appareil de moellons irréguliers avec, semble-t-il, une alternance de lits de pierres. Cet appareil est peu compatible avec l’appareil régulier des églises romanes des XIe et XIIe siècles.

La façade Ouest (image 2) montre de nombreuses traces de travaux. Néanmoins, certains détails (porte principale au centre, portes secondaires sur chacun des bas- côtés, fenêtre au-dessus de la porte centrale) font penser aux façades Ouest des basiliques romaines des premiers siècles du christianisme. La petite porte de droite est surmontée d’un tympan que nous pensons être celui de l'image 6. Nous estimons que cet ensemble formé d’un linteau en bâtière, d’un tympan en treillis de pierres et d’un arc de décharge est antérieur à l’an mille.

Mais ce sont surtout les images de la nef (en premier plan sur l'image 3, en arrière-plan sur les images 4 et 5) qui, pour nous, se révèlent les plus éclairantes. Cette nef était probablement charpentée à l’origine. Les piliers sont de type R1010 ou R1110. Les arcs reliant les piliers sont doubles. Les impostes sont à chanfrein vers l’intrados. Le modèle serait celui de l’église de Bourg-Saint-Andéol (Ardèche, Auvergne-Rhône-Alpes).

Au premier plan de l'image 5, on voit un pilier porteur de la croisée du transept. Bien que de type R0000, il pourrait être plus récent que les précédents.

La datation envisagée pour l‘église de Bourg-Saint-Andéol était l’an 825 avec un écart de 30 ans.

Nous proposons pour cette église une datation moins restreinte : an 825 avec un écart de plus 100 ans. Il reste que, même avec une fourchette aussi large, cette église ne pourrait être celle qu’ont connue les moines venus en 608, ce qui devrait inciter à poursuivre les recherches.»


Voilà donc l'analyse que nous avions faite il y a plus de deux ans. Une analyse très succincte et affectée d'une erreur : la porte dont le tympan est représenté sur l'image 6 n'est pas celle de droite de la façade Ouest, mais sur la façade Nord (images 15 et 16). Nous avons cependant l'excuse de ne pas avoir visité cette église.

Grâce à Dominique Robert qui a pu y pénétrer et prendre de belles photographies (images de 7 à 36), nous pouvons reprendre l'analyse de cet édifice.

Et d'emblée nous exprimons notre déception, car malgré les importantes avancées dues à la visites de M. Robert, l'architecture de cet édifice continue à nous poser question.

L'intérieur de la nef (image 7) est bien celui que nous avions décrit en octobre 2018. Nous pouvons même préciser grâce à la vue du collatéral Nord (image 9) que les piliers sont de type R1010 (et non R1110 aussi envisagé auparavant ; rappel : le sigle R1o10 signifie que les piliers sont à plan carré avec saillie côtés Est et Ouest). Les arcs joignant les piliers sont doubles.

Ce qui pose question dans cette organisation est le fait que les trois vaisseaux soient voûtés. Cela ne cadre pas tout à fait avec notre théorie selon laquelle les nefs à piliers de type R1010 devaient toutes être charpentées… et antérieures à l'an mille. Bien sûr, il y a toujours pour vous, ami lecteur, la possibilité de répondre  «Ça prouve que tu t'es trompé». Mais on doit auparavant envisager toutes les possibilités.

L'une d'entre elles était de comparer cette nef avec celle de l'église de Pommiers vue sur la page précédente : elle est aussi voûtée avec des piliers analogues à celle-ci. Mais dans l'église de Pommiers, les arcs ne sont pas doubles (à double révolution). Il existe bien deux arcs superposés mais non concentriques. Pour l'église de Pommiers, nous avons envisagé une nef primitive à piliers de type R0000 (rectangulaires). Ce ne peut être le cas ici : les arcs sont vraiment doubles et les impostes qui portent ces arcs semblent constituer un ensemble homogène (image 10 ; le manque de netteté de l'image est dû à l'éclairage intempestif du projecteur tout proche).


Laissons provisoirement cette question en suspens pour passer à un examen rapide du transept et du chœur. Les images 12, du chœur, 13, du transept, et 14, de la coupole de croisée ne fournissent pas une information suffisante. Dans l'analyse précédente, nous avions envisagé que les piliers de croisée du transept, de section rectangulaire, dotés d'impostes, pouvaient être plus anciens que la nef. Nous sommes beaucoup moins favorables à cette idée. La tour de croisée étant romane (images 15 et 17), ces piliers sont cependant anciens. Leur aspect extérieur peu caractéristique du roman est peut-être dû à un rhabillage de consolidation. De toute façon, on est là dans le domaine de l'hypothèse vis-à-vis de laquelle une conclusion serait trop hâtive.

Nous avions noté auparavant que l'aspect extérieur des murs révélait diverses étapes de construction. C'est ce que nous essayons de faire apparaître par des traits de couleur sur les images 17 (le changement d'appareil des murs est peu clair) et 18 (changement plus apparent). On déduit de ces observations que les murs extérieurs des collatéraux ont été probablement rehaussés à une certaine période. En revenant à l'intérieur du collatéral Nord (image 9), on n'observe pas de trace de ce rehaussement. Si le collatéral primitif avait été voûté, on observerait à mi-hauteur des restes d'arrachement des voûtes. Comme ce n'est pas le cas, on en déduit que le collatéral primitif devait être charpenté et à un niveau plus bas que la voûte actuelle

Mais l'objection arrive immédiatement : ce n'est pas possible ! Si les murs de la nef primitive ont été conçus pour porter une charpente et un toit relativement léger, ils ne pouvaient supporter en l'état le poids d'une voûte de pierre. Des solutions existent certes, comme renforcer les murs ou les rabaisser. Mais ici, on ne voit rien de tel alors qu'au contraire, la voûte du collatéral reposerait sur des murs rehauussés.

Une solution existe cependant: il est possible que les voûtes des trois vaisseaux soient constituées de matériaux légers comme le bois ou le stuc. Ici ce n'est pas le bois mais ce pourrait être le stuc. Il faudrait donc vérifier cela sur place en visitant les combles. On risque d'y découvrir les restes des fenêtres supérieures qui, avant l'installation des voûtes, éclairaient le vaisseau central.


Le clocher de croisée de transept (image 19) est, nous l’avons dit, roman. Le modèle de la rangée de fenêtres en claire-voie entre les frontons des grandes baies, nous semble original. Quelle était sa fonction (image 20) ? On remarque sur la même image que les chapiteaux des baies géminées semblent surdimensionnés par rapport à leurs tailloirs. Ces chapiteaux seraient-ils de remploi?

La tour de la façade Ouest apparaît quant à elle plus récente, ou plus restaurée (image 21). On voit également cette tour sur l’image 22: elle est intégrée à la façade Ouest, encadrée par deux ailes couvertes d’un toit en pente. On remarque de nombreuses traces de réfection.

Nous nous sommes efforcés de reconstituer les phases de réfection en traçant des lignes colorées sur cette image 22. On obtient l’image 23.

On distingue d’abord les deux lignes verticales rouges qui isolent la tour centrale des deux ailes latérales. À l’origine, cette tour devait être accolée à la façade occidentale de la nef. Les deux ailes latérales qui prolongent les collatéraux de la nef auraient été ajoutées par la suite, venant encadrer cette tour.

On repère ensuite plusieurs lignes horizontales permettant d’isoler des étapes de travaux opérés sur la tour elle-même : de bas en haut, une ligne droite rouge, puis une ligne brisée jaune, une ligne ondulée bleue, une ligne ondulée verte.

La partie située sous la ligne rouge permet d’identifier des travaux effectués en sous-œuvre au XVIIe siècle : remplacement des ouvertures.

Les parties situées entre, d’une part la ligne rouge et la ligne jaune, et d’autre part la ligne bleue et la ligne verte, seraient des parties restantes de la construction d’origine.

La partie située entre la ligne jaune et la ligne bleue serait une autre réfection en sous-œuvre : le remplacement des baies. À remarquer la corniche de billettes au-dessus, et parfois traversée par la ligne bleue, endommagée par les travaux sur les baies.

Le parement au-dessus de la ligne verte témoigne d’une autre étape de travaux.


Nous passons à présent aux deux images 24 et 25 qui nous semblent importantes. Les deux prises de vue ont été effectuées à partir des collatéraux accolés à la tour Ouest que nous venons de décrire, le collatéral Nord pour la première, le collatéral Sud pour la seconde. Elles sont situées sur les faces extérieures Nord et Sud de la tour à environ 2,5 mètres au-dessus du sol.

Les deux bandes sont toutes deux recouvertes par des arcs. Recouvertes et non pas insérées sous les arcs comme on pourrait le penser. Ce qui signifie que le mur sur lequel elles se trouvent existait avant la pose de l’arc, lequel a été installé pour soutenir la voûte en plein cintre du collatéral.

Nous sommes donc en présence de deux bandes placées sur les murs Nord et Sud de la tour, les deux bandes étant à la même hauteur. Il est raisonnable de penser que primitivement, il existait une seule bande ceinturant la tour. En l’état de ce que l’on peut voir à l’heure actuelle, il ne semble pas qu’un tel bandeau sculpté ait été conservé du côté intérieur de l’église, au fond de la nef (image 11). Toutefois, certains éléments de même provenance semblent avoir été conservés ou remployés en façade, sous les fenêtres (images 29 et 30).

Nous sommes en présence de quelque chose de relativement rare. Nous n'avons rencontré que très peu d'exemplaires de bandeaux sculptés entourant les faces extérieures d'un bâtiment. Qui plus est, il existe une diversité de cas. Certains entourent la totalité du bâtiment (Quintanilla de las Vinas), d'autres une partie du chevet (Selles-sur-Cher) et d'autres encore l'ouvrage Ouest (Andlau dans le Bas-Rhin, cathédrale de Stasbourg, Saint-Restitut dans la Drôme)… et nous les avons presque toutes citées.

La seconde de ces bandes développe trois scènes historiées qui méritent toute notre attention. On y devine ainsi :

L'Adoration des Mages (image 26)): la scène très naïve représente à l'extrême gauche la Vierge assise tenant du bout des bras le Christ, la tête entourée de son nimbe crucifère, debout comme un enfant (et non un bébé), puis deux mages seulement apportant des cadeaux.

Une scène biblique (image 27): deux saints reconnaissables à leurs auréoles sont en présence du Christ (nimbe crucifère). À droite, un enfant tend les bras vers le Christ. Nous pensons qu'il doit s »agir de l'épisode « Laissez venir à moi les petits enfants ». C'est la première fois que nous rencontrons une telle scène.

Le Péché Originel (image 28). La scène est classique : Adam, Dieu et le Serpent. Ce qui l'est moins, c'est l'absence d'Ėve.

Ces trois œuvres sont selon nous préromanes. Hormis pour la deuxième, l’apparente liberté d’interprétation par rapport aux usages serait en fait un signe d’ancienneté, des règles précises n’ayant pas encore été édictées (trois rois mages, présence d’Ève, etc.) à l’époque où ces œuvres ont été réalisées.


Les chapiteaux des images 31, 32 et 33 sont disposés aux angles intérieurs de l'ouvrage Ouest (il en existe un quatrième analogue à celui de l'image 31). Par leur facture, ces chapiteaux seraient aussi préromans.

Dominique Robert a joint d'autres images concernant des objets liturgiques.

Concernant la pierre sculptée de l'image 34, nous avouons notre méconnaissance de ce type d'objet qui fait penser à un autel antique.

Une notice vue sur place donne l'indication suivante pour l'image 35 : «Bénitier du XIe siècle en marbre. Il est classé monument historique. Il est posé sur une colonne romaine antérieure au Ve siècle».

Pour le bénitier de l'image 36, Dominique Robert précise : «bénitier que je crois être un remploi gallo-romain».

Nous ne pouvons ni confirmer ni infirmer ces deux dernières estimations de datation. Nous ne connaissons pas les textes conciliaires ayant autorisé l'usage de bénitiers, et nous cherchons à trouver des éléments de comparaison.


La datation envisagée pour l’église Saint-André de Saint-Just-Saint-Rambert a un peu changé par rapport à l'estimation précédente. Elle est devenue l'an 900 avec un écart de 100 ans.

Même estimation pour la tour Ouest: an 900 avec un écart de 100 ans.



   Images 7 à 36 de Dominique Robert : http://www.drobert-photo.com