La chapelle Sainte-Marguerite d'Epfig 

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Nous avons visité cet édifice en novembre 2015. La plupart des images de cette page ont été prises lors de cette visite.

Un panneau mis à la disposition des visiteurs fournissait l'information suivante :

« Chapelle Sainte-Marguerite -XIe et XIIe siècle

Datant du XIe siècle pour ses parties les plus anciennes, Sainte-Marguerite est un des rares édifices romans alsaciens originairement construits sur un plan cruciforme.

Configuration générale

Sainte-Marguerite est le résultat de deux périodes de constructions romanes. L'ensemble formé des quatre bras surmontés par la tour est du XIe siècle. La galerie est postérieure (XIIe siècle). C'est autour du carré central que s'organise l'édifice primitif, reproduisant une croix latine. L'aile occidentale s'allonge pour former une nef. Les bras du transept, la croisée et le chœur possèdent la même dimension. La chapelle gothique au Sud-Est est du XVIe siècle et l'ossuaire est une reconstruction du XVIIIe siècle sur des fondations plus anciennes. Une sacristie, construite au XIXe siècle, aujourd'hui détruite, se trouvait au Nord-Est.
[...] »

Apparemment, le rédacteur de ce texte insiste sur le plan en forme de croix de cette église. En ce qui nous concerne, nous avons surtout été attirés par les anomalies de la nef : premier plan de l'image 6 et images suivantes. À quoi peuvent servir des grands arcs de la partie inférieure (images 8 et 9) ? A épaissir les purs afin de porter la voûte (image 7) ? Certes, on voit parfois cela : dans une nef unique de grands arcs, dits « formerets », sont plaqués contre les parois latérales. Les voûtes sont posées sur une corniche horizontale placée au-dessus des arcs. Mais, dans le cas présent, les arcs placés nettement en dessous du départ de la voûte n'ont pas cette utilité. De plus, on peut voir, entre et au-dessus des arcs, une fenêtre actuellement murée (images 7, 8 et 9).

Par contre, en émettant l’hypothèse d'une nef initiale à trois vaisseaux, tout s'éclaire.Dans cette église primitive à trois vaisseaux, les grands arcs servaient à protéger le passage entre le vaisseau principal (nef actuelle) et les collatéraux. Ceux-ci ont disparu mais il est possible que des restes subsistent dans les fondations des galeries extérieures.

Plusieurs remarques peuvent être faites.

Pour la première d'entre elles : contrairement à ce que dit l'auteur du texte ci-dessus, le plan primitif n'est pas un plan en croix. C'est un plan de basilique. Il est issu de l'Antiquité Romaine (nef à trois vaisseaux charpentés, le vaisseau central étant détaché nettement au-dessus des vaisseaux latéraux, ce qui permet l'utilisation de fenêtres supérieures pour éclairer cette nef).

Une deuxième remarque peut être ajoutée. Cette chapelle primitive a été construite à trois vaisseaux . Elle est (et elle a été) de petites dimensions. Au point que, en conservant les mêmes dimensions, elle aurait pu être à un seul vaisseau.

Posons la question suivante : pour quelles raisons a-t-on construit des nefs à trois vaisseaux ? La réponse la plus logique est la suivante : pour rassembler un nombre plus important de fidèles. Un vaisseau d'église est une salle de réunion rectangulaire. Cette salle n'est pas limitée en longueur, mais en largeur, car il faut des poutres suffisamment longues et épaisses pour supporter le toit (nous pensons que la longueur maximum est 14 mètres pour une poutre taillée dans un tronc d'arbre). Il existe cependant une limite en longueur (portée de la voix humaine). En conclusion, le fait d'ajouter deux collatéraux permet de doubler la largeur de l'église et donc sa superficie. Tout cela est parfaitement logique.

Mais cette chapelle Sainte-Marguerite (et avec elle beaucoup d'autres) vient troubler cette logique. Car, à cause de ses petites dimensions, elle aurait pu être à un seul vaisseau. Et donc faire l'économie de murs intermédiaires, mais aussi de piliers, d'arcs. Il faut donc envisager que la construction d'une nef à trois vaisseaux a fait partie d'une démarche volontariste dans un but liturgique ou symbolique.

Une troisième remarque. Mais celle-là est développée tout au long de ce site Internet : le refus de l'auteur du texte ci-dessus d'envisager une datation antérieure à l'an mille. Il a constaté l'existence de deux périodes de constructions dans cette église, l'une pour le porche, l'autre pour la nef. Pour les deux, la présence d'arcs en plein cintre était caractéristique de l'art roman. Or l'art roman, c'est le XIe (après l'an 1050) ou le XIIe siècle (avant 1150). La nef d'aspect plus primitif que le portique ne peut être que plus ancienne. Donc la nef est du XIe siècle et le portique du XIIe siècle.


Datation envisagée pour la chapelle Sainte-Marguerite d'Epfig : an 700 avec un écart de 200 ans.



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