Autres églises du Vaucluse susceptibles de dater du Ier millénaire (page 1/4)
Les édifices décrits dans cette page et les trois pages
suivantes ont été identifiés comme pouvant dater du premier
millénaire. Mais rien n’est certain. Plus exactement,
sachant que pour tous les monuments que nous étudions, la
certitude absolue n’existe pas, dans le cas présent l’indice
de probabilité est moins fort. Il y a plusieurs raisons à
cela. D’une part, nombre de ces édifices ne nous sont connus
que par quelques images extraites d’Internet. Seule une
visite approfondie pourrait permettre une meilleure
évaluation. Pour d’autres monuments, comme les églises à nef
unique, l’évaluation est plus délicate que pour les églises
à nef triple.
Dans cette page, les cinq édifices étudiés sont les suivants
: la chapelle
Saint-Pierre d'Auribeau, l'église
Notre-Dame d’Aubune à Beaumes-de-Venise, la
chapelle Saint-Sixte d'Aubignan, la
chapelle du Saint-Sépulcre à Beaumont-du-Ventoux, la chapelle de la
Madeleine à Bédoin.
La
chapelle Saint-Pierre d’Auribeau
Peu de choses à dire sur cette chapelle à nef unique. Le
seul indice permettant d’envisager une haute datation est
l’absence d’éclairage de la nef et du chevet. Il existe une
seule fenêtre au chevet, de petites dimensions. Cependant,
l’indice est insuffisant pour s’opposer à l’opinion
couramment répandue d’un édifice postérieur à l’an mille. En
conséquence, nous préférons proposer la datation : an 1050
avec un écart de 150 ans.
L’église
Notre-Dame d’Aubune à Beaumes-de-Venise
Le chevet de cette église est à trois absides
semi-circulaires accolées. Son plan (image
4) fait envisager qu‘elle était primitivement à
trois nefs. Pour le vérifier, il faudrait étudier plus
précisément les piliers. Si les absides sont en prolongement
des vaisseaux primitifs, cela sera un signe d’ancienneté.
Nous proposons la datation suivante : an 900 avec un écart
de 200 ans.
La
chapelle Saint-Sixte du Château Saint-Sauveur à Aubignan
La chapelle Saint-Sixte a été aménagée en caveau pour le
Château Saint-Sauveur à Aubignan. Les propriétaires ont
effectué un excellent travail de restauration de l’édifice.
Nous n’avons malheureusement pas eu l’autorisation de
photographier l’intérieur de l’édifice. C’est vraiment
dommage car, au niveau de l’arc triomphal, on peut voir des
restes de modifications avec des traces de chapiteaux ou
impostes. L’église serait datée, d’après des spécialistes,
du XIesiècle. Ce serait sur la foi de
documents. Nous avons déjà eu l’occasion de mettre en doute
une datation trop systématique du XIeou du XIIe siècle. En tout cas, l’église a été voûtée au
XIIIesiècle. Et ce voûtement a exigé le
renforcement des murs par la pose d’arcs brisés. Au point
que l’on pourrait se méprendre en s’imaginant que cette
église est gothique. En fait, le chevet est bien roman. Plus
exactement, il est préroman (présence d’une seule fenêtre
axiale de petites dimensions). Nous pensons qu’il en est de
même pour la nef qui, à l’origine, devait être charpentée.
La façade Ouest (image
10) montre deux types d’appareil. Très
probablemnt cette façade a été renforcée à une période
ancienne. Peut-être au XIIIesiècle lors du
voûtement ? En tous cas, la fenêtre supérieure (image
12) semble avoir été faite en au moins deux
étapes : une baie surmontée d’un arc formé de sept claveaux
de pierre grise protège une fenêtre de plus petites
dimensions aux pierres de couleur ocre. Cette deuxième
fenêtre semble nettement plus ancienne. Elle est surmontée,
non d’un arc, mais d’un linteau retaillé en forme d’arc.
Nous pensons que ce dernier type de construction est
préroman.
En conséquence, nous proposons la datation suivante pour
l’édifice primitif : an 900 avec un écart de 150 ans.
La chapelle du Saint-Sépulcre à Beaumont-du-Ventoux
Nous n’avons pas visité la chapelle du Saint-Sépulcre. Les
images montrent une église à nef unique et abside
semi-circulaire. Deux pierres sculptées en bas-relief
attirent notre attention. Toutes deux ont été utilisées en
remploi. La première (image
19) semble avoir appartenu à un linteau en
bâtière. La seconde (images
20 et 21) sert de linteau en bâtière. Cependant,
il s’agit d’une pierre plus ancienne retaillée pour
l’occasion. De quand date-t-elle ? Il faut tout d’abord
noter la présence de croix pattées hampées (VIeou
VIIesiècle). La composition est symétrique ; le
personnage central levant la main en signe de bénédiction
est-il Dieu ? le Christ ? un saint ? En tout cas, il ne
porte pas d’auréole. Il est chauve, doté d’une barbe à
pointe. Remarquer aussi que parmi les claveaux de l’arc sous
lequel il se trouve, trois seulement sont décorés d’un
fleuron. On est ici en présence d’une pierre très
mystérieuse. Elle n’est probablement pas romaine. Peut-être
inspirée de l’hérésie arienne (croix pattée) ?
Cette pierre qui a été retaillée en forme de linteau en
bâtière devait faire partie d’un monument du VIeou
VIIesiècle, situé très probablement à
proximité. Ce monument est-il l’église du Saint-Sépulcre qui
serait donc du VIeou VIIesiècle ?
Ou bien l’église du Saint-Sépulcre serait-elle moins
ancienne, du Xesiècle lorsque la pierre a
été retaillée pour former un linteau en bâtière ? En
attendant une meilleure connaissance, nous proposons la
datation suivante pour cette chapelle : an 850 avec un écart
de 200 ans.
La
chapelle de la Madeleine à Bédoin
Nous n’avons malheureusement pas visité la chapelle
Sainte-Madeleine située isolée sur le territoire de la
commune de Bédoin. Et nous le regrettons, parce que nous
pensons que cette chapelle présente un grand intérêt pour
l’évaluation des églises du premier millénaire.
Notons tout d’abord que le chevet est formé de trois absides
accolées. Ce qui est pour nous signe d’ancienneté, car
immédiatement nous envisageons l’absence de transept et
l’existence d’une nef à trois vaisseaux avec les trois
absides dans le prolongement des vaisseaux. C’est exactement
ce que nous constatons sur le plan de l'image
26. Mais nous constatons en plus de cela que le
plan des absides est de forme demi-circulaire outrepassé. On
retrouve le caractère outrepassé dans les arcs
(images 24 et 25).
Ils sont outrepassés principalement par saillie des
impostes. Ces impostes très sobrement décorées s’apparentent
à celles d’autres églises comme Saint-Aphrodise de Béziers.
L’ensemble pourrait donc être très ancien. Cependant, nous
n’excluons pas qu’il y ait eu plusieurs étapes de
constructions. Datation envisagée : an 750 avec un écart de
200 ans. Remarque : par suite de l’absence d’images
extraites d’Internet concernant cette église, nous avons été
contraints de reproduire certaines issues du livre Provence
Romane II de la collection
Zodiaque.