L'église Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Rhuis
À l'occasion d'un voyage dans l'Oise,
nous sommes passés par le village de Rhuis. Nous n'avons pu
entrer dans l'église. C'est pourquoi les
images de 12 à 21 ci-dessous de l'intérieur sont
extraites d'Internet.
Concernant cette église, la page très documentée du site
internet Wikipédia nous apprend ceci : « Les origines : Rhuis
a toujours été un village fort petit, mais occupait une
place stratégique dans le réseau de transport de l'époque
gallo-romaine et du Moyen-Âge. À l'Antiquité, pendant une
période non précisée, et à un endroit que l'on se sait pas
préciser davantage, le pont du Rouanne traversait l'Oise
au nord du village de Rhuis.
Les campagnes de
construction de l'église : Aucun document ne
renseignant sur la construction ne s'étant conservé dans
les archives, l'analyse archéologique est le seul moyen
d'explorer l'histoire de l'édifice, et d'identifier les
différentes campagnes de construction. Considérée
longtemps comme datant du Xe siècle, la nef a
été correctement datée par Eugène Lefèvre-Portalis au
cours des années 1880. Les grandes arcades la faisant
communiquer avec les bas-côtés évoquent l'église
Notre-Dame-de-la-Basse-Oeuvre de Beauvais, qui date
effectivement du Xe siècle, mais les tailloirs
sculptés se retrouvent sous le clocher-porche de
Morienval, qui est postérieur au milieu du XIe
siècle. À cette époque, l'on élève donc à Rhuis une nef de
plan basilical de quatre travées, accompagnée de deux
bas-côtés de longueur identique. »
Nous retrouvons dans ces explications les mêmes « clichés »
que ceux rencontrés dans les pages précédentes concernant
les monuments de l'Oise. Le premier d'entre eux apparaît
dans la phrase « Aucun
document ne renseignant sur la construction ne s'étant
conservé dans les archives, l'analyse archéologique est le
seul moyen d'explorer l'histoire de l'édifice ».
Cette phrase montre que les historiens de l'art privilégient
l'analyse à partir des textes historiques, l'analyse
archéologique étant mise en second plan. Une autre critique
peut être faite à partir de la phrase : « Considérée
longtemps comme datant du Xe siècle, la nef a
été correctement datée par Eugène Lefèvre-Portalis au
cours des années 1880. ». On peut en effet
remarquer que la recherche n'a pas évolué en un peu moins de
150 ans alors qu'elle l'a été en bien d'autres domaines.
Concernant la datation de l'église
Notre-Dame-de-la-Basse-Oeuvre de Beauvais qui, selon la page
de Wikipédia, « date
effectivement du Xe siècle », nous
l'avons estimée antérieure à cette date, aux alentours du
VIIIe siècle. Quant aux « tailloirs
sculptés
(qui)
se retrouvent sous le clocher-porche (narthex) de
Morienval », ils dateraient pour nous des alentours
de l'an 900. L'importance des marges d'incertitude rend
possible la contemporanéité des deux monuments.
Dès l'extérieur, l'agencement des toits
permet d'envisager l'existence d'une nef à trois vaisseaux
(plan basilical), et, en conséquence de cette observation,
une probable ancienneté de cet édifice. Cette ancienneté est
en partie confirmée par l'existence de fenêtres à linteau
échancrées. Sur celle de l'image
6, des
stries ont été gravées sur le linteau monolithe. Cette
pratique destinée à imiter un arc est relativement fréquente
et probablement postérieure à la création initiale.
Lors de notre visite; notre regard a été attiré par les
fenêtres du premier étage du clocher (images
1, 2 et 3). Ces baies, protégées par des arcs en
plein cintre supportés par des impostes à chanfrein tourné
vers l'intrados, nous ont semblé préromanes. Cette idée a
été confortée par l''examen du plan de l'image
11. On
constate en effet sur ce plan que le clocher est installé
sur le collatéral Nord de la travée de nef la plus proche du
chœur. Le collatéral Sud qui lui fait face a été renforcé
par des contreforts. Il est écrit sur a page du site
Internet Wikipédia qu'il pouvait y avoir eu là, à l'origine,
un clocher symétrique du clocher actuel. Cette idée est très
intéressante. Dans notre recherche sur les monuments du
premier millénaire, nous avons un peu négligé l'étude des
clochers car leur datation s'avérait très difficile,
notamment en raison de la diversité de leurs emplacements.
Depuis, nous avons constaté que les emplacements pouvaient
permettre d'envisager une datation. Dans le cas présent,
nous effectuons un rapprochement avec l'église
Sainte-Madeleine de Béziers que nous avons eu l'occasion
d'étudier plus particulièrement. Cette église
Sainte-Madeleine a selon nous, fait l'objet d'une opération
de transeptisation. Cette opération consiste à transformer
en transept une travée de nef, en général la travée la plus
proche du chœur. Au cours de cette opération, le vaisseau
central de cette travée est relativement préservé alors que
les collatéraux sont transformés en des corps de bâtiment,
les murs étant renforcés. Ces collatéraux, devenus des
petites tours symétriques, ont sans doute servi de logements
aux clercs. Nous pensons que cette opération de
transeptisation s'est opérée durant le premier millénaire
sur une nef plus ancienne.
Sur le plan de l'image
11, on
constate que l’avant-chœur semble être non aligné avec la
nef. Il est possible que cela soit dû à une erreur
occasionnelle. Nous avons cependant constaté pour d'autres
édifices que ce décalage nettement plus flagrant devait être
volontaire. Sur l'image 7, on note la présence
sur le mur Sud de cet avant-chœur de trois fenêtres
différentes : celle de gauche, de largeur moyenne ; celle du
milieu plus étroite ; celle de droite, encadrée par deux
colonnettes. Nous estimons que la troisième (image
8) est romane (an 1150 avec un écart de 50 ans).
Ce plan de l'image 11 pose
un autre problème. L'absidiole, dont les restes sont
visibles sur l'image 10,
semble surdimensionnée par rapport au collatéral Nord de la
nef. Nous ne pouvons donner une explication cohérente à
cette anomalie.
Les images 12 à 18 font
apparaître une nef à trois vaisseaux charpentés. Les piliers
porteurs des murs gouttereaux du vaisseau principal sont
rectangulaires de type R0000.
Les arcs qui les relient sont à simple rouleau. Ces arcs
sont portés par les piliers, par des impostes à saillie vers
l'intrados de l'arc. Ces impostes sont ornées de décors
géométriques (images 19,
20, 21). Des décors analogues sur des impostes
semblables ont été observés sur d'autres églises de l'Oise
décrites dans ce site, à Catenoy, Cinqueux, Morienval et
peut-être aussi Marolles.
Datation envisagée
Pour la nef de l'église Saint-Gervais-et-Saint-Protais de
Rhuis : an 750 avec un écart de 150 ans.
Pour le transept et le premier étage du clocher de l'église
Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Rhuis : an 950 avec un
écart de 75 ans.