L'église Saint-Vaast de Saint-Vaast-de-Longmont
Lors d'un déplacement dans l'Oise, nous
avons effectué une visite rapide de ce monument mais nous
n'avons pas pu accéder à l'intérieur. Les images
de 9 à 15 ci-dessous de cet intérieur sont
extraites d'Internet.
Voici des extraits de la page du site Internet Wikipédia
consacrée à cet édifice : « La
paroisse de Saint-Vaast-de-Longmont est l'une des
premières qui aient été formées dans le Valois. L'on
ignore la date de sa fondation, que l'on a tendance à
attribuer à l'abbaye Saint-Vaast d'Arras et son prévôté
d'Angicourt. La tradition orale locale veut que la
chapelle du nord remonte au VIIIe
siècle, croyance inexacte qui indique toutefois
l'ancienneté du lieu. [...} En
l'absence de sources écrites sur la construction de
l'église et ses agrandissements successifs au cours du XIIe
siècle, il faut se tenir à l'analyse archéologique. Bien
que très ancienne, ce n'est plus l'église primitive mais
au moins la seconde ou la troisième bâtie au même endroit.
Sa construction commence à la fin du XIe
siècle, et la première campagne de
construction, datable d'autour de 1100, porte sur une nef
non voûtée, un clocher dont la base sert de première
travée du chœur, et une abside en hémicycle voûtée
probablement en cul-de-four. Subsistent de cette époque,
les murs nord, est et sud de la nef (sans le portail, sans
les fenêtres et sans les arcades au nord) et le clocher
(sans la voûte d'ogives de sa base). [...} »
On retrouve dans ce discours les mêmes ingrédients que ceux
que nous avons rencontrés auparavant, non seulement dans le
département de l'Oise, mais dans la quasi- totalité de
l'Europe : l'affirmation de l'ancienneté du site et de
l'existence avant l'an mille (voire même 1050) d'une église
(voire de deux églises successives) qui aurait totalement
disparu, l'attribution presque systématique de la
construction au XIIe siècle, avec quelques
légères concessions (« commence
à la fin du XIe
siècle », « première
campagne de construction, datable d'autour de 1100
»). Nous notons cependant, dans le cas présent, une
évolution du discours : l’auteur qui date certaines parties
de l'édifice du XIIe siècle exclut certains
éléments de ces parties (« sans
les fenêtres et sans les arcades au nord [...} sans
la voûte d'ogives de sa base »). Mais il ne s'agit
là que d'une simple remarque : notre propre évaluation est
fort différente de celle qui est proposée ci-dessus. Elle
est tout aussi différente de celle proposée sur le plan de
l'image 8 : une
datation irréaliste ! Qu'on en juge par le texte des
légendes : « roman … vers 1100 », « roman … vers 1120-1130
», « roman … vers 1140-1150 », « gothique … vers 1160-1170
». De l'aveu même des auteurs, il n'existe aucun document
relatant la construction de ces édifices datés du XIIe
siècle. Et l'auteur de ce plan se déclare capable de dater,
à la seule vue de l'architecture, avec une précision de
l'ordre d'une vingtaine d'années. Qu'il commence à montrer
qu'il est capable de le faire avec des édifices du XXe
siècle, édifices qu'il a vus en construction. Et, s'il s'en
révèle capable, qu'il date des édifices du XIXe
siècle (à titre personnel, je m'y suis exercé : le résultat
n'est vraiment pas fameux !).
Lors de notre visite, nous avons plus
particulièrement observé l'étage du clocher visible dans la
partie supérieure de l'image
4. Au
milieu de cet arc, une colonne de forme cylindrique soutient
deux arcs retombant de part et d'autre sur deux autres
colonnes, tout aussi cylindriques, mais de diamètre
nettement plus restreint. L'espace entre piliers est muré
mais, à l'origine, il devait être ouvert. La forme
cylindrique du pilier central est ici rencontrée pour la
première fois. Cette structure avec des arcs en plein cintre
apparaît romane. Mais elle est de beaucoup postérieure à la
période romane. La scène sculptée sur le chapiteau de l'image 5 représente des
masques grimaçants plutôt caractéristiques d'un gothique
tardif. Les personnages accroupis sont souvent représentés
dans la sculpture romane, mais ils sont en général nus,
alors que celui de l'image
6 est habillé. En ce qui concerne les chapiteaux
de l'image 7, l'appartenance au XVe
siècle est moins évidente.
Le problème de la datation
de chaque partie de l'édifice
Nous avons écrit auparavant que la datation suggérée par le
plan de l'image 8 était
irréaliste en soulignant le fait qu'il nous semblait
impossible de dater l'architecture d'un édifice avec une
précision de l'ordre d'une dizaine d'années (en plus ou en
moins). Mais il est autre chose qui apparaît irréaliste : le
fait que l'architecture d'un immeuble soit profondément
modifiée tous les 20 ans. À l'heure actuelle, lorsqu'un
simple particulier ou un organisme public décide de
construire un immeuble, il passe beaucoup de temps à réunir
les fonds et à réfléchir à ce qu'il va faire. Et une fois la
construction effectuée, il ne fait aucune modification
importante au cours des décennies suivantes. Nous pensons
que ce qui est vrai maintenant devait l'être tout autant il
y mille ans.
Cette constatation de simple bon sens en amène une autre.
Répétons la phrase précédente : « il passe beaucoup de temps
... à réfléchir à ce qu'il va faire ». Elle signifie que le
plan du premier ouvrage est un plan réfléchi, mesuré,
idéalisé. Pour la suite, lorsqu'il y a des adjonctions, des
destructions, des réparations, le plan initial subit des
modifications. Mais retenons l'idée de base : le plan de
l'église primitive est un plan parfait. Notre analyse
consiste à rechercher quel pourrait être le plan initial
dans le plan de l'image 8.
Nous estimons que les architectes des églises anciennes ont
recherché la perfection en pratiquant la symétrie par
rapport à l'axe Est-Ouest. Il pourrait y avoir une quasi-
infinité de plans d'églises présentant une telle symétrie.
Pourtant, dans la pratique, nous n'avons observé qu'un
nombre très limité de tels plans : moins d'une dizaine. Sur
le plan de l'image 8, nous ne voyons que
des dissymétries et des incohérences. La seul lien que nous
observons est celui entre la chapelle Nord, terminée par une
abside semi circulaire, et la base du clocher faisant office
d’avant-chœur. Nous pensons qu'initialement, l'église était
constituée d'une nef à trois vaisseaux avec trois absides
semi-circulaires en prolongement de ces vaisseaux. Ne
resterait de cette église que l'absidiole Nord et une partie
de la première travée côté chœur (vaisseau central et
collatéral Nord). Le reste de l'édifice d'origine aurait
disparu. Pour reconstituer le plan de l'édifice d'origine,
il suffirait de reprendre le plan actuel. Puis prendre le
symétrique de l'absidiole Nord pour avoir l'absidiole Sud,
tracer l'abside principale semi-circulaire, et prolonger les
murs extérieurs des absidioles Sud et Nord de façon à
retrouver les murs extérieurs de la nef. On constate que,
hormis le mur Nord (image
11), et peut-être le mur Ouest, les autres parties
(images 9 et 10) ne
sont pas dans ce prolongement. Elles seraient donc plus
récentes. Il ne faut pas trop se fier à l’archaïsme des
structures. Il faut savoir qu'après les guerres de religion,
de nombreuses paroisses ne disposaient pas des moyens pour
rénover avantageusement les églises.
Ne disposant pas d'image suffisamment évocatrice de
l'absidiole Nord, il nous est difficile de dater cette
église. Le seul indice d'ancienneté se trouverait dans l'arc
triomphal visible sur l'image
12 et surtout son imposte ornée d'incisions
géométriques (image 13).
Selon nous, cette imposte apparentée à d'autres impostes
d'églises de l'Oise, pourrait être préromane. Cependant
l'indice est insuffisant pour assurer l'ancienneté de
l'édifice.
Datation
envisagée pour l'église Saint-Vaast de
Saint-Vaast-de-Longmont : an 1050 avec un écart de 100 ans.