Diverses églises de la Haute-Vienne (page 3/3)
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effectué le 11/12/2024
À la suite de ses visites en Nouvelle Aquitaine durant l'été
2024, M. Clive Kenyon nous a fait parvenir une série
d'images nous permettant de réaliser l'analyse des monuments
décrits ci-dessous : l'église
Saint-Pierre-ès-Liens de Cussac, l'église
Saint-Sulpice de Dournazac.
Nous terminerons cette page par une brève conclusion
sur les monuments de Nouvelle Aquitaine.
L'église
Saint-Pierre-ès-Liens de Cussac
La page du site Internet Wikipédia décrivant le village de
Cussac donne cette seule indication :
« L'église
de Cussac date du XIe siècle. »
Commentaires divers
L'édifice apparaît de peu d'intérêt. En ce qui concerne
l'extérieur, nous ne voyons aucun signe d'ancienneté.
À l'intérieur, on identifie des parties anciennes. Ainsi il
est facile de repérer des arcs brisés et des voûtes en
croisées d'ogives caractéristiques du gothique flamboyant
dans le transept (images
5, 7 et 8). Mais cela ne concerne que les parties
hautes. Les piliers massifs qui supportent la voûte de
croisée du transept pourraient être nettement plus anciens.
On relève d'autres indices d'ancienneté. Ainsi, le chapiteau
de l'image 6 qui
porte un décor de zigzags pourrait être préroman. Ce
chapiteau est un des quatre situés dans la nef (images
4 et 5). Ces chapiteaux placés sur des colonnes
semi-cylindriques sont censés porter quelque chose (un arc
doubleau ? une poutre de charpente ?). Mais ils ne portent
rien. Il y a eu sans-doute plusieurs étapes de travaux.
Un autre indice d'ancienneté se trouve dans les trois
fenêtres du chevet (image
9). Nous pensons les avoir déjà vues dans des
monuments d'Aquitaine. Il y a en Aquitaine un style très
particulier de chevet carré et de grande hauteur, un peu
comme une tour.
Mais c'est surtout la fosse située
derrière l'autel qui a retenu notre attention (images
10 et 11). Cette fosse profonde d'environ un mètre
contient une banquette disposée en arc de cercle. Il est
possible que cette banquette soit le reste d'un de ces bancs
de justice disposés au fond des absides des basiliques
paléochrétiennes. Des notables y siégeaient, entourant le
trône de l'évêque.
Nous n'en savons pas plus.
L'image
12 montre ce qui semble être une Vierge à
l'Enfant. Bien que très dégradée, cette Vierge apparaît
archaïque. Elle a probablement été sculptée durant une
période préromane.
Datation
La fosse dont il est question ci-dessus mériterait un examen
particulier. Il est d'ailleurs possible qu'une étude ait été
faite là-dessus. Cependant, la connaissance que nous en
avons est insuffisante pour avancer une datation. En
conséquence, nous baserons celle-ci sur l'examen des autres
parties de l'édifice.
Datation envisagée
pour l'église Saint-Pierre-ès-Liens de Cussac : an 1100 avec
un écart de 50 ans.
L'église
Saint-Sulpice de Dournazac
La page du site Internet Wikipédia décrivant l'église
Saint-Sulpice de Dournazac est peu explicite :
« Historique : Bâti au
XIIe siècle, fortement remanié par la suite,
l'édifice est inscrit au titre des monuments historiques
le 6 février 1926.
Description :
L'église présente un portail gothique de style limousin,
et, dans son chœur, des chapiteaux sculptés. »
Commentaires divers
Tout comme pour l'église précédente, nous n'aurions
probablement pas procédé à l'analyse de cet édifice s'il n'y
avait pas eu les chapiteaux du chœur.
Remarquons tout d'abord sur l'image
18 les restes d'une fenêtre qui a été murée.
L'emplacement de cette fenêtre en haut d'un des murs
latéraux, l'aspect primitif des montants, font envisager
plusieurs étapes de travaux et une nef peut être plus
ancienne que le chevet.
Celui-ci apparaît roman (image
20). On note cependant qu'il y a eu au moins deux
périodes de travaux dans ce chevet. On note la succession
d'arcades encerclant l'abside. Mais cette succession est
interrompue au niveau de la fenêtre axiale. Nous présumons
qu'il y a eu deux campagnes de travaux. Au cours de la
première campagne, les arcades faisaient tout le tour du
fond d'abside. La partie située sur le pan de mur au-dessous
du crucifix a été supprimée lors de la deuxième campagne
pour permettre le percement ou l'agrandissement de la
fenêtre axiale.
Bien que romans (et donc postérieurs à la période que nous
étudions), les chapiteaux reproduisent des thèmes initiés
dans la période précédente.
Image 21. Chapiteau
de gauche : homme nu accroupi. Nous pensons que le thème est
celui, « revisité », du torse d'homme émergeant des
feuillages. Chapiteau de droite : autre adaptation du même
thème.
Image 22. Chapiteau
de gauche : masques grimaçants. Chapiteau de droite :
entrelacs. La forme de ceux-ci semble inspirée des entrelacs
barbares.
Image 23. Chapiteau
de gauche : masque. Chapiteau du centre : entrelacs.
Chapiteau de droite : torse d'homme émergeant des
feuillages.
Hormis les masques, ces chapiteaux semblent inspirés de
modèles archaïques.
Datation
envisagée pour l'église Saint-Sulpice de Dournazac
: an 1100 avec un écart de 50 ans.
Nous pouvons constater tout d’abord l’absence de monument dans les zones côtières (hormis à l’embouchure de la Gironde). Une explication plausible : la modification du littoral. On le sait pour le département des Landes, dont les terrains n’ont été stabilisés qu’au XIXesiècle. Ce pourrait être aussi le cas du département de Charente-Maritime, où l’on trouve beaucoup de marécages. La ville de Saintes située sur la Charente était probablement un port à l’époque romaine. Peut-être un port d’estuaire. Nous connaissons un autre port d’estuaire sur la Charente. Il s’agit de Rochefort , dit Rochefort-sur-Mer, dont on sait qu’il a été créé au XVIIesiècle. L’embouchure de la Charente est actuellement à environ 15 km de Rochefort. L’hypothèse que la ville de Saintes, bien que située à une distance beaucoup plus importante de la mer, ait été un port d’estuaire, n’est donc pas négligeable. De même, on peut envisager qu’il y ait eu dans ces zones côtières des monuments à jamais enfouis sous des mètres d’alluvions.
Nous avons éprouvé quelques difficultés à étudier cette région. Nous n’avons pas visité certains départements. En particulier, ceux qui possèderaient le plus grand nombre de monuments dits romans, en Charente, Charente-Maritime ou Gironde. Et les renseignements récoltés sur Internet se sont révélés insuffisants.
En conséquence, tôt ou tard, il faudra reprendre cette étude et le faire d’une façon plus approfondie.
On peut néanmoins faire quelques remarques.
De nombreux édifices ont été datés de la période romane, parce que nous n’avions pas d’autre choix : les images dont nous disposions ne concernaient que les chevets ou les ouvrages Ouest. Or les chevets font partie des ouvrages les plus souvent remplacés. Nombre d’entre eux sont plus récents que le reste de l’édifice. Quant aux ouvrages Ouest, ils sont en général construits en dernier.
De nombreux chevets de cette région sont à déambulatoire et à chapelles rayonnantes. Cela explique certaines de nos datations estimées au XIIesiècle.
Nous avons constaté qu’il existait deux types d’ouvrages Ouest (lorsqu’ils existaient, ce qui n’est pas toujours le cas).
Il y avait tout d’abord les façades Ouest l’on trouve principalement en Poitou-Saintonge. Ces façades Ouest sont décorées en relief (fenêtres, colonnes, arcades, statues) mais sur une faible épaisseur ne permettant pas d’abriter de véritables pièces d’habitation. Ces façades Ouest sont datables du XIeou du XIIesiècle, mais certaines peuvent recouvrir des façades antérieures.
Le deuxième groupe de façades Ouest est formé des clochers-porches. On les trouve plutôt vers l’intérieur du pays, en Creuse ou en Dordogne pour ce qui concerne la Nouvelle Aquitaine, mais aussi plus à l’Est en Occitanie, voire ailleurs en Europe. Ils pourraient dans de nombreux cas être antérieurs à l’an mille.
Nous avons aussi constaté dans cette région de Nouvelle Aquitaine qu’il existait de vastes zones ne possédant aucun monument roman ou préroman (ou très peu). Nous en avons déjà parlé en ce qui concerne le Pays Basque situé dans le Département des Pyrénées-Atlantiques. C’est aussi le cas pour le Département de la Haute-Vienne, que nous venons d’étudier. Il y a là un véritable mystère que nous n’arrivons pas à percer.