La collégiale Saint-Pancrace de Am Grossen Bruch (Abbatiale de Hamersleben)
Nous n'avons pas visité cette
collégiale. Notre étude de cet édifice s'est inspirée de
pages d'Internet (ex : Wikipédia) et de l'analyse de
galeries d'images issues d'Internet. Nous avons en
particulier abondamment consulté le site Internet http
: //romanische-schaetze.blogspot.com/ qui a recueilli
les images de plusieurs centaines de monuments. Notre site
traitant seulement du premier millénaire, nous n'avons
conservé que les monuments susceptibles d'appartenir à cette
période, mais ce site, dont le nom se traduit en français
par « Trésors
romans », est beaucoup plus riche en monuments et
nous en conseillons la lecture.
La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église
nous apprend ceci :
« L’abbaye
de Hamersleben est un ancien monastère augustinien situé
dans le diocèse de Halberstadt à Hamersleben, en
Allemagne. L’ancien monastère est situé sur la route
romane en Saxe-Anhalt. [...]
Histoire
Fondée en 1108 à Osterwieck par l'évêque Reinhard, de
riches donations de terres par les nobles dames de
Thietburg et de leur fille Mathilde ont provoqué le
transfert à Hamersleben en 1112. Les deux fondateurs
étaient issus de la famille Bottendorf-Stadisch
Veckenstedt et, en raison de leurs origines, avaient accès
à d’importants domaines. [...] Cette
propriété importante et lucrative a été l’une des bases du
fonctionnement du monastère, qui se reflèta dans la
construction de l’église collégiale (achevée avant 1271)
et dans son scriptorium exceptionnel. [...] Bien
qu’il ait existé dès sa fondation en tant que monastère
dit double, qu’il ait également été richement doté par des
dames nobles et qu’il en ait grandement bénéficié en tant
que scriptorium, l’évêque Ludolf Ier de
Halberstadt a interdit en 1238 l’admission de nouvelles
femmes, comme dans d’autres monastères doubles. [...]
Architecture
La collégiale de Hamersleben est une basilique à colonnes
avec chœur et chœurs latéraux voûtés en berceau, transept
et nef avec plafonds plats, mais sans crypte. Elle montre
les particularités du programme de construction des
églises qui ont succédé à l'église du monastère de Hirsau.
Étant donné que l’église du monastère de Hirsau et la
plupart des bâtiments qui lui ont succédé n’existent plus
dans leur forme d’origine, l’église de Hamersleben est une
bonne illustration d’une église monastique de l'école
d'architecture de Hirsau. Elle se caractérise par les
proportions élancées de la nef centrale et une perfection
particulière dans le traitement de la pierre.
Une
particularité de l’église de Hamersleben est qu’il y a
deux tours à l’Est, mais la paire de tours prévue à
l’origine à l’Ouest n’a pas été construite. S’écartant du
modèle présumé, les bras du transept sont plus bas que la
nef centrale. Les bras du transept sont en outre séparés
de la nef centrale par une double arcade et barrières de
chœur. Une caractéristique typique, d’autre part, est la
frise en damier qui court le long de sept arcades de la
nef. Les arcades orientales de la nef sont soutenues par
une paire de piliers qui marquent la limite du chœur
mineur, qui était à l’origine également séparé de la
partie occidentale par une barrière de chœur traversant la
nef centrale. Cette limite est structurellement accentuée
par le fait que la frise horizontale en damier est ici
plus basse. L’ornementation des chapiteaux cubiques datant
d’environ 1130 est particulièrement remarquable, largement
appréciée dans la littérature d’histoire de l’art. Ils
montrent des représentations symboliques de créatures, de
personnes et d’animaux mythiques, la plupart du temps en
bataille les uns contre les autres, ainsi que des
ornements végétaux stylisés. L’ornementation du chapiteau
est attribuée à des suggestions françaises. En termes de
richesse et de qualité d'exécution de cette ornementation,
l'église de Hamersleben n'est surpassée que par la
collégiale de Königslutter. L'église de Hamersleben est
considérée comme l'édifice roman élevé le plus noble
d'Allemagne centrale. »
Commentaires
sur le texte ci-dessus
Ce texte n'échappe pas à tous les poncifs constamment
dénoncés dans le présent site Internet. Le premier de ces
poncifs consiste à dire systématiquement : « C'est une
église à arcs en plein cintre, donc c'est une église romane,
donc elle est du XIIe siècle. ». Quand au
deuxième poncif, il survient dans le cas où la mention la
plus ancienne est antérieure à l'an 1000, voire 1050. Dans
ce cas, la réponse est : « Une église existait avant l'an
mille, mais ce n'est pas l'église que l'on voit puisque
l'église que l’on voit est du XIIe siècle. ».
Dans le cas présent, le plus ancien document signalant
l'existence d'un monastère semble être celui de 1108. Donc
l'auteur du texte n'a pas de problème pour conclure que
l'église est du XIIe siècle. Mais si un monastère
existait ou a été créé en 1108, l'église de ce monastère
existait ou a été construite peu de temps après... et
achevée en 1271. Et on a là un troisième poncif : l'église
aurait été construite en 60 ans ! C'est contraire à toutes
les observations : tout monument doit être achevé dans les
dix ans qui suivent sa mise en chantier, car le concepteur
du projet veut être présent lors de l'inauguration.
Mais revenons aux dates proposées. L'auteur semble évoquer
la première moitié du XIIe siècle. Mais il ne
voit pas l'archaïsme de la construction. Au même moment, les
architectes étaient capables de faire beaucoup mieux, et, en
particulier, de voûter les églises. On peut certes penser
que le voûtement en berceau plein cintre des nefs d'églises
a été effectué plus tard, au XIIIe siècle. Mais
dans ce cas, il faut retarder les innovations gothiques,
puis les innovations suivantes et il arrive bien un moment
où la datation est vérifiable par des documents
authentiques.
L'auteur a remarquablement observé les
anomalies de construction : « Les
arcades orientales de la nef sont soutenues par une paire
de piliers qui marquent la limite du chœur mineur, qui
était à l’origine également séparé de la partie
occidentale par une barrière de chœur traversant la nef
centrale. Cette limite est structurellement accentuée par
le fait que la frise horizontale en damier est ici plus
basse. ». Ces anomalies sont visibles sur les images 8 et 11.
Ainsi, sur l'image
8, la frise horizontale qui court sur le mur de
gauche au dessus des arcades décroche brusquement au niveau
du 3e pilier à partir de la gauche. On retrouve
cette frise sur l'image 11, mais au pilier
suivant, il y a à nouveau discontinuité de cette frise.
C’est ce que l'auteur a constaté. Mais il n'en a pas tiré
les leçons. Il n'a pas non plus tiré de leçon du fait que,
dans la nef, tous les piliers sont cylindriques et surmontés
de chapiteaux, hormis les deux piliers proches du chœur qui
sont à section rectangulaire et surmontés d'impostes.
Nous pensons que ces anomalies témoignent de la succession
de campagnes de travaux. L'évolution que nous envisageons
est la suivante : au cours d'une première campagne de
travaux, la nef est bâtie sur des piliers rectangulaires (de
type R0000). Puis,
ultérieurement, on décide de construire un transept. Mais il
s'agit d'un transept bas, antérieur, selon nous, au transept
haut (de même hauteur que le vaisseau central de la nef).
Pour le transept et le reste de la nef, on utilise des
piliers cylindriques.
Image
6 : Tympan du portail Sud. En fait, il s'agirait
plutôt de ce que l'on pourrait appeler un linteau-tympan :
une pièce unique faisant à la fois office de linteau (pierre
rectangulaire au-dessus de la porte) et de tympan (pierre
semi-circulaire occupant la lunette comprise entre le
linteau et l'archivolte). Nous pensons que ces
linteaux-tympans sont préromans. Celui-ci est décoré par
deux lions à queue feuillue à têtes presque humaines.
Image 7 : Portail
Ouest. Les portes très endommagées sont en bronze : il reste
des fragments de sculptures. On retrouve un linteau-tympan.
Celui-ci porte deux animaux hybrides (dragons ? basilics ?)
crachant des feuillages ou des pampres de vigne. Le tympan
est décoré de palmettes.
Images de 14 à 18 :
Série de chapiteaux cubiques. Les scènes présentent des
monstres hybrides se dévorant mutuellement ; animaux
affrontés sur un fond de feuilles entrelacées, de rosaces,
de palmettes.
Datation envisagée
Pour la nef d'origine de la collégiale Saint-Pancrace de Am
Grossen Bruch : an 850 avec un écart de 150 ans.
Pour la deuxième campagne de travaux (colonnes cylindriques
de la nef, transept et chevet) : an 1050 avec un écart de
100 ans.