L'église La Trinita d'Aregno (Haute-Corse) 

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Petite information concernant les églises de Corse

La Corse est une des régions de France que nous ne connaissons que très peu : un seul séjour d'une semaine, principalement consacré à des occupations familiales. En conséquence, les principaux renseignements ou images que nous avons sur les monuments de cette région sont issus de sites Internet. Lire la suite...



L'église La Trinita d'Aregno

Nous n'avons pas visité cette église. Les images de cette page sont extraites de divers sites Internet accessibles par les applications Google.

Selon le site Corse Romane : « Située un peu à l’écart du village dans le cimetière, la chapelle Trinita e San Giovanni Battista [...] répond à un plan conforme à celui des chapelles pisanes : nef unique, ici de 16,60 m x 6,30 m, avec une abside semi-circulaire orientée à l’est, au toit de teghie.

C’est surtout son décor qui la caractérise : polychromie des blocs de couleurs différentes ainsi que les éléments sculptés qui scandent les murs extérieurs, surtout sur la façade occidentale. »

Ce site Internet date cette église de la seconde moitié du XIIe siècle. Cependant, certaines des sculptures comme celles des images 8 et 9 seraient des copies (à l'identique?) du XIXe siècle.


Notre site Premier Millénaire est censé ne s'intéresser qu'aux monuments supposés antérieurs à l'an mille. Mais plusieurs raisons nous conduisent à relativiser cette date. La première d'entre elles est que cette date de l'an 1000 est purement symbolique. Comme l'a été, pour ceux qui l'ont vécu, l'autre date, de l'an 2000. Une deuxième raison tient au fait que les textes anciens ne permettant pas de dater avec précision la quasi totalité des constructions, le seul recours possible est l'analyse de l'architecture (plan, appareil de maçonnerie, iconographie). Or cette datation par le style architectural est, elle aussi, entachée d'imprécision. Il suffit pour cela d'examiner l'architecture contemporaine. Ainsi un examen superficiel ferait estimer récentes des œuvres de Gropius ou de Le Corbusier, pourtant vieilles de près d'un siècle, et anciennes de plus d'un siècle des réalisations telles que l'immeuble Antigone, de Ricardo Bofill, à Montpellier. En conséquence de ces observations, la barre de l'an 1000 peut être dépassée jusqu'à 1100. Par ailleurs, l'étude de l'iconographie du XIIe siècle peut permettre une meilleure connaissance des thèmes iconographiques antérieurs à cette période ... et cela semble être le cas ici.

Ainsi regardons de plus près les images 1, 2 et 4 puis l'image 5. Sur les images 1 et 2, on peut voir la façade Sud de l'église, et sur l'image 4, le chevet. Chacun des murs est décoré d'arcatures lombardes. Mais un détail distingue ces arcatures. Sur la façade Sud, des pilastres ou lésènes scandent la façade tous les trois arcs. Alors que sur le chevet, il n'y a pas de lésène. La comparaison de s'arrête pas là. Les modillons sculptés qui portent les arcs de la façade Sud et du chevet semblent être différents, de forme et de matériau. Arrêtons nous aux trois modillons du chevet visibles sur l'image 5. Leur décor, géométrique, semble être préroman. Il en es de même pour le panneau sculpté de l'image 15 représentant un lion à queue feuillue (remarque : ce n'est pas l'image classique du lion à queue feuillue pour laquelle la queue passe entre les pattes arrière pour remonter le long du corps). Revenant à l'image 5, nous remarquons que l'entablement des modillons est plus large que la base des arcs de l'arcature. Tout semble induire que ces modillons devaient servir à porter les poutres d’un toit charpenté. L'arcature lombarde aurait été installée sur ces modillons au moment du voûtement en cul-de-four du chevet.

D'autre sculptures semblent aussi préromanes. Ce sont celles qui ornent les linteaux échancrés des images 7, 8 et 9. Les thèmes sont inhabituels.

Image 7 : une cordelière encadrée par un bras levé et une crosse d'évêque ou d'abbé. La main levée ou baissée n'est pas rare mais le plus souvent la main est représentée avec 3 doigts levés et deux doigts baissés, signe symbolique. Ce n'est pas le cas ici. De plus, c'est la première fois que nous voyons l'association de la cordelière, du bras et de la crosse.

Image 8 : deux paons opposés. C'est le thème classique des « oiseaux au canthare ». Mais ici ce n'est pas du tout classique : les oiseaux ne sont pas symétriques et ils n'encadrent pas un objet (vase, croix, arbre de vie, ...).

Image 9 : croix latine et arbre de vie. Là encore, le thème de l'association entre croix et arbre de vie est vu pour la première fois, alors que le symbolisme sous-jacent (la croix source de vie) est quant à lui fréquemment évoqué.

Notons enfin que le portail Nord est surmonté d'un linteau en bâtière (non visible sur ces images).


Les images suivantes 10, 11, 12, 13 et 14 développent des thèmes moins symboliques. Ainsi, l'homme qui semble se tirer une épine du pied (image 11), l'homme nu accroupi (image 12), ou les quadrupèdes (images 13 et 14). Le thème du lion dévorant un homme (image 12) est assez fréquent. Mais la représentation des deux quadrupèdes fortement sexués l'est beaucoup moins. Nous pensons que ces sculptures de la façade Sud témoigneraient d'une période de transition entre le roman et le gothique.


Datation envisagée pour l'église La Trinita d'Aregno

Nous pensons que l'aspect actuel témoigne d'une construction en deux étapes. La première étape de construction aurait eu leu peu avant l'an 1000 (an 950 avec un écart de 100 ans) : le linteau en bâtière de la porte Nord, les linteaux échancrés (images 7, 8 et 9), ainsi que les modillons du chevet (images 5 et 15) témoigneraient de cette étape. Durant la deuxième période de construction, on aurait installé les arcatures lombardes de la nef et du chevet et décoré la façade occidentale (an 1200 avec un écart de 100 ans).