Les chapelles Saint-Gabriel et Saint-Victor de Tarascon 

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La chapelle Saint-Gabriel

Voici les renseignements fournis par un panneau explicatif situé à l’extérieur de l’église : « Sur le site antique réputé d’Ernaginum, placé au carrefour des voies aggripienne et domitienne, devenu par la suite place forte médiévale, la chapelle Saint-Gabriel du XIIesiècle et l’ancien château du XIVesiècle témoignent encore aujourd’hui du passé prestigieux des lieux. Chef-d’œuvre de l’art roman méridional, la chapelle offre aux visiteurs un riche décor sculpté qui n’a pas encore livré tous ses mystères…

Au VIIIeou IXesiècle, une chapelle dédiée à Saint-Philippe, détruite lors de l’aménagement de la D33 (parking actuel), aurait été édifiée antérieurement à la chapelle Saint-Gabriel. Les vestiges d’une nécropole ayant livré une centaine de sarcophages laissent penser à une réhabilitation d’importance du site à la période médiévale. Enfin l’implantation, à l’époque moderne, de carrières de pierre au Sud et au Nord du site, a sans doute détruit nombre de vestiges ...

La façade de la chapelle Saint-Gabriel
(image 2) est inspirée des décorations romaines du Bas-Empire. Elle est datée de 1180 par comparaison de son oculus avec la voussure du portail occidental de la cathédrale de Saint-Paul-Trois-Châteaux, de la même main.

Dans la partie supérieure
(image 3), une archivolte originale entoure un oculus formé de feuilles ou de masques, et flanqué des symboles des quatre évangélistes, ... est une réminiscence carolingienne. Cet oculus est modifié vers 1180 : précédemment, l’oculus était fermé par une plaque sur laquelle se trouvait l’Agneau Pascal (aujourd’hui sur le fronton) contemplé par les têtes sur la bordure. Il s’agissait d’une représentation de la Jérusalem Céleste. »

Dans ces informations données par le panneau explicatif, nous repérons deux phrases contradictoires entre elles : dans le paragraphe 3, on nous dit que la façade date de 1180 par comparaison d’un oculus, et dans le paragraphe 5, on nous dit que le même oculus a été modifié vers 1180. S’il a été modifié en 1180, cela signifie qu’il existait avant cette période.

Mais ne nous arrêtons pas à cette remarque. Nous ne savons pas ce qui a conduit à penser que l’oculus avait été modifié et à établir qu’auparavant il était fermé par une plaque supportant l’Agneau Pascal. En fait, nous ne pensons même pas qu’il a été modifié. Pour nous, ce type d’oculus de grand diamètre préfigure les grandes rosaces gothiques. Il est caractéristique d’une évolution d’un ensemble de techniques permettant l’ouverture de grandes baies (taille des pierres, fabrication du verre de vitrail, assemblage des éléments, cadre du vitrail). Il ne peut être que postérieur à l’an 1100. Bien que non sûre, la date de 1180 est envisageable. D’autant plus que l’oculus est associé à l’arc brisé caractéristique du deuxième âge de l’art roman.

Cependant, cette date de 1180 ne prouve rien. Nous estimons que les rédacteurs de ce texte sont tombés dans un travers fort répandu. Pour eux, la datation d’une partie de monument correspond à la datation de l’ensemble du monument. Ainsi, le fait que l’oculus date de 1180 - ce dont nous ne sommes pas certains - entraîne que le monument dans son ensemble est du XIIesiècle. Ils n’envisagent pas la possibilité que le bas du monument ait pu être construit bien avant le haut du monument. Ce qui semble bien être le cas ici.


Voyons à présent la partie inférieure de la façade occidentale.. Nous commençons par le tympan (image 5). La première scène sur la gauche représente le prophète Daniel entre les lions (image 6). Il y a dans la Bible deux relations de cette scène. Celle-ci est issue de la deuxième relation : le prophète a été jeté dans la fosse aux lions par le roi Cyrus le Jeune. Les lions préservent Daniel. L’ange du Seigneur saisit le prophète Habacuc par la tête et le conduit vers Daniel à qui Habacuc amène un panier de victuailles qui lui permet de rester en vie jusqu’à sa libération définitive (image 8).

La scène a été représentée dès l’Antiquité. Le prophète Daniel y figure sous la forme d’un orant avec les deux lions disposés symétriquement de part et d’autre de lui.  C’est le cas ici. Cette scène est aussi présente dans l’art roman, mais la représentation de Daniel sous forme d’orant est pratiquement absente.

Nous estimons que le Daniel de Saint-Gabriel date du VIeou du VIIesiècle (an 600 avec un écart de 150 ans).

L’autre scène est celle du Péché Originel avec Adam et Ève autour de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. Cette scène est aussi connue dès l’Antiquité. On la trouve sur des sarcophages paléochrétiens au musée lapidaire de Narbonne ou au musée antique d’Arles.

Nous pensons que le tympan dans son ensemble doit être daté des environs de l’an 600.


Les images 10, 11 et 12 ci-dessous sont celles de la Visitation et de l’Annonciation avec l’archange Gabriel.

Alors que le tympan précédent était probablement installé au même endroit à l’origine, cette plaque contenant l’Annonciation et la Visitation a peut être été installée ultérieurement en cet endroit. Cependant, la plaque elle-même semble de facture ancienne.


Le mur Sud ainsi que le chevet sont chacun d’eux percés d’une seule étroite fenêtre (images 14 et 16) procurant une faible lumière à l’intérieur de l’édifice. Nous rappelons que cette particularité caractérise une ancienneté (probablement antérieure à l’an 1000). Une autre fenêtre située au dessus de l’abside a été obstruée (image 17). C’est probablement la même fenêtre qu’on retrouve à l’intérieur (image 21). Elle était probablement géminée.


Analysons à présent l'image 20 de l’abside. On y voit de gauche à droite le cordon mouluré qui passe à la base des voûtes. Sur l'image 22, ce cordon continue en contournant le pilier puis s’arrête brusquement ... pour repartir plus loin en contournant le pilier et en s’arrêtant brusquement au niveau du pilastre. On observe le même manège (apparition et interruption) sur l'image 23. Par contre, on voit sur les mêmes images 22, 23 et même 24, que, tout en haut, à la base de la voûte, un cordon continue sans interruption et en contournant les piliers ou les pilastres.

Cette église pourrait avoir été primitivement une basilique à trois vaisseaux charpentés. Les collatéraux auraient été détruits et les ouvertures de communication entre les vaisseaux murés, transformant la nef triple en nef unique. Probablement, au cours de la même opération, l’église aurait été voûtée grâce à la pose de pilastres contre les piliers.

Sur les images 23 et 24, on peut voir que la partie supérieure du fond de l’église où se trouve l’oculus est en retrait pas rapport à l’entrée. On devine ce qui a dû se passer : l’église primitive s’arrêtait à l’entrée. Ultérieurement - très probablement lorsque le voûtement a été effectué - la parte supérieure a été construite en retrait, protégeant le portail d’entrée.

Si cette hypothèse est la bonne, nous pouvons envisager une construction en au moins deux temps. La première église devait être une basilique à trois vaisseaux. Les arcs étaient doubles. Les vaisseaux étaient charpentés. Datation estimée : an 850 avec un écart supérieur à 150 ans. Ultérieurement, les collatéraux sont supprimés et la nef devenue unique est voûtée. Datation estimée de cette transformation : an 1180 avec un écart de 50 ans.




La chapelle Saint-Victor

Nous n‘avons pas eu l’occasion de visiter cette église et nous n’avons même pas d’image de l’intérieur. On voit sur l'image 25 l’existence d’une porte à arc outrepassé sur la salle annexe située côté Sud. L'image 26 montre que le chevet est très peu éclairé, signe d’ancienneté. Cependant, dans l’attente d’en savoir plus, nous datons cette église de l’an 1050 avec un écart de plus de 100 ans.