Nivelles : les églises préromanes et la collégiale Sainte-Gertrude
Les
églises préromanes
Nous n'avons pas visité ces églises, ni d'ailleurs la
collégiale Sainte-Gertrude. Les images ci-dessous sont
extraites d'Internet.
Selon Xavier Barral i Altet, auteur du livre Belgique
romane de la Collection Zodiaque
:
«
La fondation du monastère de Nivelles est liée à
l'évangélisation qui se répandit dans le bassin de
l'Escaut et de la Meuse au cours du VIIe
siècle. Saint Amand, évêque de Maastricht dès 647, de
passage à Nivelles, aurait rencontré la veuve de Pépin de
Landen, et l’aurait convaincue d'y fonder une abbaye.
C'est dans l'église Sainte-Marie que sa fille Gertrude
aurait pris le voile ; par la suite, elle serait devenue
abbesse du premier monastère. [...] Gertrude
y fut enterrée en 653 ou 659. L'abbaye qu'elle y avait
fondée était une abbaye double, d'hommes et de femmes,
placée sous les Règles de saint Colomban et de saint
Benoît. Dans la seconde moitié du VIIe siècle,
l'abbaye comptait plusieurs lieux de culte. L'église
Saint-Pierre était une église funéraire qui abritait les
tombeaux d'Irte, de Gertrude et de Vulfetrude qui lui
avait succédé dans la charge abbatiale. Cette église
devint plus tard l'édifice principal de l'abbaye. Une
deuxième église, Saint-Paul, constitua plus tard
l'oratoire de l'abbaye aux hommes. Le lieu de culte
principal était alors l'église Notre-Dame. Cette pluralité
de sanctuaires explique les confusions qui sont
quelquefois intervenues dans le choix du vocable de
l'abbaye. Celle-ci a connu au cours du Moyen-Âge trois
étapes principales : abbaye régulière jusqu'au IXe
siècle, chapitre de chanoinesses-moniales du type
d'Aix-la-Chapelle jusqu'au XIe siècle, et
chapitre séculier noble jusqu'à la fin du XIVe
siècle. [...] »
L'auteur décrit ensuite l'histoire de l'abbaye après l'an
mille, puis parle des édifices antérieurs à l'an mille : «
À l'époque mérovingienne, l'abbaye de Nivelles comprenait
trois édifices de dimensions relativement importantes :
Saint-Paul, petite salle rectangulaire, couronnée par une
modeste abside de même plan qui constituait l'église des
moines (en haut sur l'image
2), Sainte-Marie,
édifice à trois nefs et doté d'une abside semi-circulaire,
dans lequel était célébré l'office abbatial (au
centre sur l'image 2),
et Saint-Pierre, salle rectangulaire à fonction funéraire
(en bas sur l'image 2).
Cette disposition triple est alors courante dans des
monastères importants. ». La présence dans cette
dernière église du corps de Sainte Gertrude aurait provoqué
la construction de la collégiale autour de ce lieu de culte
(image 3).
Commentaires sur ce texte
La présence de ces trois églises voisines les unes des
autres fait penser aux groupes cathédraux que nous avons eu
l'occasion de rencontrer à plusieurs reprises. Un groupe
cathédral est formé de plusieurs églises dont la cathédrale,
en général dédiée à la Vierge Marie, et un baptistère. Nous
avons bien un édifice (qui plus est l'édifice principal),
consacré à la Vierge Marie, qui pourrait avoir été une
cathédrale. Mais rien qui ressemble à un baptistère ! Il est
cependant possible qu'il y ait eu là un groupe cathédral,
créé avant la fondation du monastère.
La création de ce monastère pose question d'un point de vue
historique. Comment se fait-il qu'il y ait eu à l'origine
une abbaye double d'hommes et de femmes dirigée par une
femme ou un petit groupe de femmes (chanoinesses) ? D'autant
que le phénomène ne semble pas isolé. On le retrouve à
Fontevraud, abbaye double dirigée par une abbesse (mais, il
faut le dire, plusieurs siècles après Nivelles). Ou encore
au monastère Sainte-Croix de Poitiers dirigé successivement
par Sainte Radegonde et Sainte Agnès : Grégoire de Tours y
décrit de fortes tensions entre des hommes armés. Faut-il en
déduire qu'à l'époque, le sexisme était orienté dans un sens
inverse au nôtre ? Nous ne le pensons pas. Il faut envisager
une situation plus complexe que ce qu'on imagine. Il faut
savoir que les enclos de cathédrales ou de monastères
bénéficiaient de privilèges d'extra-territorialité. Un
ennemi pourchassé peut sauver sa tête en se réfugiant dans
un monastère et en prenant l'habit de moine. En se plaçant
sous les ordres d'une femme, il témoignait de son humilité.
Nous sommes un peu surpris par les images que nous avons de
ces trois églises. Saint-Paul a un chevet plat alors que
celui de Notre-Dame est arrondi. Et à Saint-Pierre, il n'y a
pas de chevet du tout. Ajoutons à cela que la nef de
Notre-Dame est triple alors que pour les deux autres, elle
est unique. Pour des églises censées être contemporaines,
ces différences sont surprenantes.
Datation envisagée
pour les églises préromanes de Nivelles : an 750 avec un
écart de 200 ans. Remarque
: il n'y a pas une datation unique pour l'ensemble des
églises préromanes : ces églises ont pu être construites à
des époques différentes, toutes néanmoins antérieures à l'an
mille.
La
collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles
Nous conseillons la lecture de la page du site Internet
Wikipédia consacrée à cet édifice. En voici des extraits :
« Historique :
Cinq églises successives, bâties du VIIe au Xe
siècle ont précédé l'église romane. Sous la nef principale
de celle-ci, un sous-sol archéologique permet d'en visiter
les ruines. La première église mérovingienne, bâtie vers
650, abrite les caveaux funéraires de la première
communauté religieuse de l'abbaye de Nivelles. La dernière
église, carolingienne, contient la tombe d'Ermentrude,
petite-fille de Hugues Capet.
Après un incendie, la communauté religieuse fondée par Sainte
Gertrude bâtit, de 992 à 1046, l'église actuelle. Par son
plan bicéphale, elle appartient au style roman rhénan de
tradition ottonienne : l'édifice comporte deux transepts
et deux chœurs opposés. Les dimensions sont importantes :
plus de 100m d'un chœur à l'autre, 25m de large au
vaisseau, plus de 44m au transept oriental. La pointe du
clocher culmine à 50m.
Aujourd'hui, l’église est devenue paroissiale : les
bâtiments conventuels ont disparu dans les bombardements
allemands lors de la Campagne des 18 jours en mai 1940
durant la Seconde Guerre mondiale. [...] »
L'auteur poursuit son article par une
critique des restaurations effectuées après 1945 et par une
description minutieuse de l'édifice.
Nous restons cependant un peu « sur notre faim » car il y a
des choses que nous ne comprenons pas. On nous parle de « Cinq
églises successives, bâties du VIIe au Xe
siècle ». En précisant un peu plus loin que la
première a été construite en 650 et que l'ensemble a été
entièrement rebâti à partir de l'an 992. Donc cinq églises
bâties en un même lieu en 352 ans. Soit une église
construite tous les 70 ans ! On construit une église. Puis
70 ans après, on la démolit et on en bâtit une autre au même
endroit. On recommence le même scénario 70 après, et ainsi
de suite. En tout cinq fois. Ces cinq opérations sont
représentées en plan dans le livre Belgique
romane (p 78). Nous avouons ne pas avoir compris
grand chose à ces cinq plans.
A contrario, l'auteur se révèle peu disert sur la suite des
constructions. Après la phrase « Après
un incendie, la communauté religieuse fondée par Sainte
Gertrude bâtit, de 992 à 1046, l'église actuelle.
», aucune allusion à des constructions éventuelles, hormis
celles effectuées après la seconde guerre mondiale.
Il fait cependant état de l'une d'entre elles lorsqu'il
passe à la description de massif occidental : « À
l'ouest, l'église présente un puissant massif occidental
(ou avant-corps) édifié à l'époque romane tardive (vers
1160-1170) à l'emplacement du “Westbau” de l'édifice
carolingien antérieur ».
Regardons à présent le plan de l'image
4. Nous
repérons à gauche le massif occidental et constatons la
présence de deux corps de bâtiment. Le plus petit des deux
en tracé foncé est encadré par le plus grand, en tracé
clair. Le premier serait donc le bâti dit « carolingien ».
Le second serait la construction romane tardive. Il reste le
tracé en traits noirs. Ce tracé concernerait la nef, les
deux transepts et le chevet. Daté du XIe siècle,
il concernerait la construction dite « ottonienne »
effectuée entre 992 et 1046.
À la seule vue de ce tracé homogène, on devrait en déduire
que cet ensemble fait partie d'un seul programme de
construction. Or l'étude attentive du plan et des images
montre que ce n'est pas le cas. Ainsi le transept Ouest est
moins large (image 4)
et moins haut (image 5)
que le transept Est. Le parement et les fenêtres de l'abside
Est (image 12) sont
différents de ceux de la nef ou des transepts (image
11). Le décor intérieur des parois du chœur (image 17) est différent
de celui de la nef (image
15). Pour toutes ces raisons, nous pensons que
l'église Sainte-Gertrude n'a pas été faite en une seule
étape, de 992 à 1046, mais en plusieurs étapes. La première
de ces étapes, qui aurait consisté à construire la nef,
serait antérieure à l'an mille.
Les particularités de cette nef (nef triple charpentée,
piliers de type R0000,
arcs simples reliant les piliers) la font remonter à une
date aux alentours de l'an 800.
Quelques
précisions sur certains décors
Le pignon, dit de Saint-Pierre, du croisillon Sud du
transept (image 9)
est décoré d'arcatures. S'agit-il réellement d'un décor ?
Nous pensons que les arcades, souvent représentées sur des
sarcophages ou des baptistères devaient avoir un sens
symbolique fort. Portes d'entrée au Paradis ?
Un linteau en bâtière porte au centre la représentation de
la scène biblique « Samson et le lion ». Nous n'avons pu
identifier les deux autres scènes.
Datation envisagée
pour la collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles : an 800 avec
un écart de 150 ans.