L'église Saint-Médard de Jodoigne 

• Benelux    • Article précédent    • Article suivant   


Selon Xavier Barral i Altet, auteur du livre Belgique romane de la Collection Zodiaque :

« L'église Saint-Médard de Jodoigne est un monument roman et gothique qui, depuis sa réhabilitation, peut être apprécié à sa juste valeur, notamment à l'intérieur. Cédée en 1173 aux Hospitaliers de Saint Jean par le seigneur Gilles de Duras, elle fit l'objet d'une reconstruction après l'annexion de Jodoigne au domaine du duc de Brabant, Henri Ier, en 1184. Henri II, son fils, y fonda en 1233 un obit à la mémoire de son père. Après les incendies et saccages de 1568 et 1578, des travaux de restauration furent entrepris entre 1599 et 1606. Le revêtement de stuc intérieur, qui datait du milieu du XVIIIe siècle et qui masquait l'édifice médiéval, a été retiré lors de la dernière restauration. L'édifice a repris l'aspect hybride romano-gothique qui était le sien à la fin du Moyen-Âge.

Le plan est celui d'une église de peu de longueur par rapport au développement exceptionnel de son chevet, ce qui dénote peut-être un arrêt dans les prévisions des proportions initiales de l'édifice. Trois nefs et une seule grande tour au Sud précèdent un large transept fortement saillant et de même hauteur que la nef principale, et trois absides. [...} Sur chaque bras du transept, est greffée une absidiole voûtée d'ogives et éclairée par deux fenêtres. L'abside principale, profonde et semi-circulaire, fut voûtée dès l'origine contrairement à la nef principale, qui, suivant la tradition régionale, reçut un plafond plat. L'élévation à deux niveaux des fenêtres de l'abside principale se poursuit dans le transept. »

Nous n'avons pas visité cette église. Les images ci-après proviennent d'Internet.


Quelques commentaires sur le texte précédent

Tout d'abord, une définition : un obit est un service religieux célébré à la mémoire d'un mort.

Le premier paragraphe du texte constitue un historique de cette église. À la lecture de cet historique, on aurait tendance à s'imaginer que l'édifice a été construit après 1184, puisque l'auteur parle d'une reconstruction. Cependant, il faut raison garder : les reconstructions intégrales d'églises sont très rares. Dans de nombreux cas, ce n'est qu'une partie de l'édifice qui est reconstruite. Par exemple, la nef. Mais le plus souvent, le chevet, avec, d'une façon concomitante, le transept.

C'est ce qui aurait pu se passer ici. Cette église a un plan très particulier, en forme de T : nous avons constaté pour des plans analogues qu'il avait pu y avoir une construction en deux temps. Dans un premier temps, est construite une nef à trois vaisseaux avec trois absides en prolongement de ces vaisseaux. Cette église est dépourvue de transept. Dans un deuxième temps, on décide de construire un transept en remplacement de l'ancien chevet et d'une ou deux travées de nef. L'abside principale est greffée sur ce transept en prolongement du vaisseau principal de la nef. Les absides secondaires sont greffées sur le transept mais pas dans le prolongement des collatéraux. Ce, sans doute, afin d'éviter des effets de gêne mutuelle durant les célébrations.

Compte tenu des nombreuses modifications constatées, il est possible qu'il y ait eu plusieurs constructions ou reconstructions partielles successives : la première église construite n'ayant pas de transept, on construit un transept et des absides au détriment de l'ancien chevet et d'une partie de nef. Puis plus tard, on décide de refaire la nef restante en reprenant les arcs et en voûtant les collatéraux. Et ainsi de suite... Retrouver l'église primitive dans ce dédale de restauration doit s'avérer un exercice délicat.

« L'abside principale, ..., fut voûtée dès l'origine ». Au vu de l'image 7 faisant apparaître des fenêtres en plein cintre romanes et des ogives supportant une voûte gothique, nous ne pensons pas que ce soit le cas : le voûtement de l'abside serait ultérieur.

«  L'élévation à deux niveaux des fenêtres de l'abside principale se poursuit dans le transept. ». Il y a là une anomalie qui n'a pas été relevée. Pourquoi une « élévation à deux niveaux des fenêtres »? C'est pourtant simple ! Lorsqu'on visite une ville pour la première fois et que l'on voit les grands immeubles, on a tendance à compter les étages. Et ce décompte, on le fait à partir du niveau de fenêtres : il y a autant d'étages que de niveaux de fenêtres ! En conséquence, on devrait en déduire que dans le cas de cette église Saint-Médard, l'abside et le transept devaient être divisés en deux étages, peut-être par un plancher. Nous ignorons si c'est le cas. Nous constatons cependant sur l'image 8 du croisillon Sud du transept et sur l'image 9 du croisillon Nord, la présence d'ouvertures murées.


Datation envisagée pour l'église Saint-Médard de Jodoigne : an 1050 avec un écart de 100 ans.