La cathédrale Saint-Pierre de Worms
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Nous avons visité cette cathédrale, mais en 2006,
c'est-à-dire bien avant d'avoir réalisé que l'analyse
architecturale pouvait être révélatrice.
Actuellement, notre étude de l'édifice s'est inspirée de
pages d'Internet (ex : Wikipédia) et de l'analyse de
galeries d'images issues d'Internet. Nous avons en
particulier abondamment consulté le site Internet http
: //romanische-schaetze.blogspot.com/ qui a recueilli
les images de plusieurs centaines de monuments. Notre site
traitant seulement du premier millénaire, nous n'avons
conservé que les monuments susceptibles d'appartenir à cette
période, mais ce site, dont le nom se traduit en français
par « Trésors
romans », est beaucoup plus riche en monuments et
nous en conseillons la lecture. Certaines images ci-dessous
sont extraites de ce site Internet.
Nous nous sommes aussi en partie inspirés du livre Palatinat
Roman de la collection Zodiaque,
écrit par Dithard von Winterfeld, Professeur de l'Histoire
de l'Art de l'Université de Mayence. Nous en conseillons la
lecture.
La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette
cathédrale nous apprend ceci :
« Historique
Histoire première de la
cathédrale. La cathédrale de Worms se dresse sur
la plus haute colline de la ville. Comme cette colline
était à l’abri des inondations, des hommes s’y sont
installés depuis le troisième millénaire avant J.-C. C’est
probablement à l'époque d'Auguste que les Romains ont
colonisé la tribu des Vangions, dont l’affiliation aux
tribus germaniques ou celtiques n’est pas claire. Le nom
de Wonnegau pour
la région de Worms le rappelle encore aujourd'hui. À
Borbetomagus,
la ville principale de la Civitas Vangonium,
un centre administratif et une enceinte de temple ont été
construits sur la colline. Le déclin de l’Empire romain
affecte également Worms en 401, lorsque les troupes de la
garnison romaine se retirent. Douze ans plus tard, les
Burgondes s’installent à Worms ; ils ont été colonisés par
les Romains avec la tâche de sécuriser les frontières de
l’empire. Cependant, lorsqu’ils ont essayé de se
débarrasser de la suprématie romaine, ils ont été vaincus
par les Romains lors d’une bataille en 435. Un an plus
tard, les Huns envahissent la plaine du Rhin et
anéantissent la majeure partie du peuple burgonde.
Premier bâtiment d'église
sous Brunehilde. Après la bataille des Champs
Catalauniques, les Francs s’enfoncèrent dans la plaine du
Rhin et prirent le pouvoir dans la région de Worms. En
même temps, le christianisme se répandait. Lorsque
l’empire franc des Mérovingiens se désintégra en trois
parties, Worms appartenait à l'Austrasie. Après que les
souverains d’Austrasie et de Neustrie eurent épousé des
sœurs, une guerre familiale éclata, dont les deux rois et
l’une des deux sœurs furent victimes. La douairière
austrasienne survivante, Brunehilde (connue des français
sous le nom de Brunehaut), résidait à Worms vers 600.
Selon des sources médiévales, elle et son successeur
Dagobert Ier ont fait construire une église
sur les fondations du forum romain. Cette église est
considérée comme l’ancêtre de la cathédrale. Il n’y a
aucune preuve archéologique de cette transmission. Les
fouilles effectuées sous la cathédrale au début du XXe
siècle suggèrent un bâtiment plus grand, probablement
carolingien, en termes de dimensions. Cependant, il n’est
plus possible de déterminer s’il s’agissait d’une
extension d’un complexe mérovingien en raison du nombre
limité de preuves disponibles.
Construction de la
cathédrale sous l'évêque Burchard de Worms. En
614, Berthulf est le premier évêque de Worms. À partir du
début du XIe siècle, la cathédrale a été
fondamentalement reconstruite dans ses dimensions
actuelles sous l’évêque Burchard de Worms, car Burchard Ier
est devenu évêque de Worms en l’an 1000 et a immédiatement
commencé la réorganisation ecclésiastique de la ville. Il
réussit à persuader les Saliens d’abandonner leur château,
à la place duquel fut construite l’abbaye Saint-Paul à
partir de 1002/1003. Il fit également démolir l’ancienne
église principale et commencer la cathédrale, qui porte
probablement encore les contours de la planification du XIe
siècle : une basilique cruciforme à deux chœurs
semi-circulaires, construite dans une direction
sud-est-nord-ouest. Dès 1018, la cathédrale est consacrée
en présence de l’empereur, mais la structure occidentale
s’effondre deux ans plus tard et doit être rénovée.
L’intérieur de l’église avait un plafond plat en bois.
Selon la biographie de Burchard, datant d’environ
1030/1040, la cathédrale de Worms était magnifiquement
décorée. Il est question de colonnes à chapiteaux dorés,
qui, cependant, ne pouvaient guère être les principaux
piliers de l’église. Au contraire, la cathédrale de
Burchard était selon toute vraisemblance une basilique à
piliers, car on n’a trouvé nulle part les restes de
colonnes (qui étaient de toute façon plus difficiles à
obtenir au XIe siècle). Dans les
reconstructions ultérieures, seuls les sous-sols des tours
ouest et le trésor au nord du chœur, qui date probablement
de la fin du XIe siècle, ont été conservés. En
1110, la cathédrale est consacrée pour la deuxième fois.
Des dommages importants peuvent avoir été causés. Leur
élimination s'est achevée par une nouvelle consécration.
Construction de la
cathédrale sous l'évêque Burchard II de Worms. Le
nouvel édifice du XIIe siècle correspond
essentiellement à la cathédrale d’aujourd’hui. Vers 1130,
l’évêque Burchard II commença à démolir la cathédrale, qui
avait été construite sous son prédécesseur Burchard Ier,
et à la remplacer par un nouveau bâtiment, probablement en
raison de graves dommages structurels. Ainsi, jusqu’en
1144 environ, l’ensemble du bâtiment oriental avec les
tours de flanc et la tour de croisée octogonale telle que
nous la connaissons aujourd’hui a été construit sous sa
direction. La nef et le bâtiment ouest ont été construits
entre 1160 et 1181 sous ses successeurs Conrad Ier
et Conrad II ; ce dernier la consacra le 2 mai 1181.
La
cathédrale est principalement de style roman tardif et est
entièrement voûtée. Les sections du chœur, le transept et
les tours sont richement décorés, tandis que les côtés de
la nef sont remarquablement dépourvus d’ornements. De
nombreux édifices sacrés de la région ont reçu des formes
ornementales similaires basées sur son modèle, de sorte
qu’il a été qualifié d’école d’architecture de Worms. De
plus, l’élévation de la nef, qui varie légèrement de l’une
à l’autre, est dérivée de celle des cathédrales impériales
de Spire et de Mayence. L’évolution progressive du nouveau
bâtiment peut être retracée par l’examen
dendrochronologique des poutres d'échafaudage restantes
dans la maçonnerie. En 1172, des lampes ont été données
pour le chœur Ouest et en 1192, l’évêque Conrad II y a été
enterré. [...] »
Commentaires
du texte ci-dessus
« En
614, Berthulf est le premier évêque de Worms. » NON
! Berthulf n'est certainement pas le premier évêque de
Worms. Nous n'avons pas de preuve là-dessus mais des
certitudes liées à la logique et aux statistiques. À la
logique d'abord : si les romains ont occupé la ville de Borbotomagus
dès le premier siècle de notre ère, alors la
christianisation de cette ville a dû s'opérer à partir du
deuxième siècle et dès le début du troisième siècle, les
communautés chrétiennes devaient être suffisamment
importantes pour désigner des responsables, les
episcopi. Il n'y a là rien d'exceptionnel. Ce
devait être le cas de toutes les villes issues de la
romanité. Qui plus est, aux premiers temps du christianisme,
chaque communauté chrétienne pouvait avoir son évêque. Il
pouvait donc y avoir plusieurs évêques dans la même ville :
un évêque pour les Romains, un évêque pour les Vangions, un
évêque pour les Burgondes. Par ailleurs, sachant que la
liste des papes, évêques de Rome, est constituée de 266
noms, et ce, en 20 siècles, on peut estimer à 13 le nombre
d'évêques se succédant sur un siège de diocèse en un siècle.
Et donc, en trois siècles, de l'an 314 à l'an 614, on peut
estimer à 3 x 13= 39 le nombre d'évêques ayant précédé
Berthulf à Worms. Bien sûr, ce nombre de 39 n'est
certainement pas le nombre exact, mais c'est le plus proche
de la réalité.
En fait, selon nous, l'erreur vient de l'oubli du mot « connu ». La
phrase aurait dû être : « En
614, Berthulf est le premier évêque connu
(ou bien
identifié par la
documentation) de
Worms. ». Mais y a-t-il bien eu oubli ? Ne
serait-ce pas plutôt le résultat d'une méconnaissance ? Ou
d'une attitude généralisée chez les historiens consistant à
privilégier le document écrit : s'il existe un document
écrit rapportant un événement quelconque, cet événement est
vrai ; s'il n'existe pas de document écrit, alors non
seulement l’événement n'est pas vrai, mais il n'a pas
existé. Et c'est ce qui se serait passé ici : les
historiens, ne disposant d'aucun document écrit citant le
nom d'un prédécesseur de Berthulf, en ont déduit que celui
ci n'avait pas de prédécesseur. Et donc qu'il était le
premier évêque de Worms.
A priori, cette remise en question que nous venons de faire
peut sembler totalement dépourvue d'intérêt : à quoi sert-il
de savoir que Berthulf n'est pas le premier évêque de Worms
mais le quarantième ? Mais cette remise en question met
l'accent sur une tendance chez les historiens à exagérer
l'importance des documents écrits. Et cela s'applique en
particulier à la datation des monuments. Là encore, on peut
se demander quel peut être l'intérêt de dater les monuments.
Mais d'une part, l'histoire même d'un monument et de son
évolution au cours du temps est souvent résolue comme on le
fait d'une énigme policière. Et tout comme le récit en
général fictif d'un roman policier peut susciter l'intérêt,
l'histoire d'un monument qui, elle, est basée sur la
réalité, devrait susciter l'intérêt. À condition toutefois
de disposer des bases. Ce que nous n'avons pas jusqu'à
présent, quand on nous apprend que toute forme, de la plus
archaïque à la plus développée, date du XIIe
siècle. Mais il y a plus encore que l'intérêt de la
découverte. Car l'histoire générale des monuments fait
partie de la grande histoire. On le sait en ce qui concerne
les civilisations anciennes dont l'histoire a été révélée
par les seuls monuments qu'elles ont construits, bien avant
que les textes les concernant puissent être déchiffrés.
Datation de cette
cathédrale
Concernant cette datation, le texte ci-dessus nous donne
trois informations.
Commençons par celle-ci : « Le
nouvel édifice du XIIe siècle correspond
essentiellement à la cathédrale d’aujourd’hui. Vers
1130, l’évêque Burchard II commença à démolir la
cathédrale,...
et à la remplacer par un nouveau bâtiment,.. Ainsi,
jusqu’en 1144 environ, l’ensemble du bâtiment oriental
avec les tours de flanc et la tour de croisée octogonale
telle que nous la connaissons aujourd’hui a été construit
sous sa direction. La nef et le bâtiment ouest ont été
construits entre 1160 et 1181 sous ses successeurs Conrad
Ier et Conrad II ;
ce dernier la consacra le 2 mai 1181. ». Cette
explication fait immédiatement envisager que l'ensemble de
l'église a été construit entre 1130 et 1181. Soit en 51 ans.
Ce point de vue ne nous convient pas. Essayons de prendre le
problème à l'envers. En 1130, les chanoines du chapitre (âge
moyen 50 ans) se réunissent pour établir le plan de
construction. Ils prévoient donc de faire « l’ensemble
du bâtiment oriental avec les tours de flanc et la tour de
croisée octogonale », puis, « la
nef et le bâtiment ouest ». Une fois cela réalisé,
ils pourront assister à l'inauguration 51 ans plus tard,
soit à l'âge moyen de 101 ans, lorsque la plupart d'entre
eux seront morts. Il y a dans cette explication quelque
chose qui ne colle pas. La raison, on la devine : un projet,
quel qui soit, doit être réalisé (ou abandonné) au plus tard
dans les 15 ans qui suivent sa mise en chantier. Lorsque la
construction est effectuée sur des périodes plus longues,
cela signifie qu'il y a eu plusieurs projets successifs.
Examinons à présent la seconde information : « L’évolution
progressive du nouveau bâtiment peut être retracée par
l’examen dendrochronologique des poutres d'échafaudage
restantes dans la maçonnerie. ». Tout en
reconnaissant tout l'intérêt que peut représenter un examen
dendrochronologique dans une recherche en datation, nous
devons être conscients des incertitudes inhérentes à ce type
de recherche : les poutres peuvent provenir d'un édifice
plus ancien, l'échafaudage a pu être installé à une époque
plus récente. Par ailleurs, nous avons observé la présence
dans des façades romanes de » trous de boulin » qui
servaient probablement à permettre la pose d'échafaudages.
Mais, d'une part, ces trous de boulin sont relativement
rares, et, d'autre part, nous ignorons à quoi devaient
servir les échafaudages : pose d'une toiture ? pose d'un
enduit ? réfection de peintures ?
Dernière information : après avoir écrit que la cathédrale a
été construite entre 1130 et 1181 et que « Le
nouvel édifice du XIIe siècle correspond
essentiellement à la cathédrale d’aujourd’hui. »,
l'auteur nous dit que « La
cathédrale est principalement de style roman tardif et est
entièrement voûtée.». Cela signifie que les voûtes
(image 7) ont été
construites avant 1181. Or, selon nous, la voûte en croisée
d'ogives est la principale caractéristique des églises
gothiques. Les historiens de l'art estiment que l'art
gothique serait apparu en Île-de-France vers 1150, bien
avant la fin de l'art roman, et d'une façon très précoce par
rapport aux autres pays d'Europe. Nous estimons au contraire
que cette apparition est plus tardive et généralisée, avec
une naissance qui se serait produite au Sud de la France ou
au Nord de l'Espagne. Et donc, selon nous, la voûte en
croisées d'ogives bien élaborée de l'image
7 daterait plutôt du milieu du XIIIe
siècle, soit un siècle après les estimations du texte de
Wikipédia.
Les images 13, 14 et 15 accompagnaient
le texte de Wikipédia. On y voit en gris la cathédrale dans
son état actuel. Les légendes successives sont « La
cathédrale en comparaison avec le forum romain »
pour l'image 13, «
La
cathédrale en comparaison avec la basilique mérovingienne
» pour l'image 14,
« La
cathédrale en comparaison avec la cathédrale de
l'archevêque Burchard » pour l'image
15. En ce
qui concerne la dernière légende, l'archevêque Burchard dont
il est question est très probablement Burchard I, car, selon
le texte de Wikipédia, l'église actuelle, en gris sur les
images, serait celle de Burchard II.
Avant d'exprimer notre désaccord avec les datations du texte
de Wikipédia, nous tenons à effectuer les remarques
suivantes. D'ores et déjà, nous constatons que l'orientation
de l'église actuelle, à 45° part rapport à la direction
Est-Ouest (image 1)
est inhabituelle. Elle devrait poser question (nous n'avons
pas de réponse à cette question). Mais à cela s'ajoute une
constatation : d'après les images
13, 14, 15, le forum romain, la basilique «
mérovingienne
» et la basilique de Burchard I s'inscrivent dans la
même orientation. Cette façon de faire n'est pas normale.
Voici ce qui nous est décrit. Il y avait un forum romain
qu'on a détruit et remplacé par une basilique mérovingienne.
Laquelle a été détruite pour être remplacée par la basilique
de Burchard I. Laquelle a été détruite pour être remplacée
par la basilique de Burchard II. Et pour tous ces monuments,
l'orientation a été la même, à 45° par rapport à la
direction Est-Ouest, sans utiliser à chaque fois les murs
précédents. Si tout cela est vrai, cela mériterait une
explication.
Nos
estimations de datation
Nous avons écrit ci-dessus que les historiens de l'art
privilégiaient trop la lecture des textes anciens en ce qui
concerne l'histoire des bâtiments. C'est probablement ce qui
s'est passé ici. Les historiens ont sans doute découvert des
documents très sibyllins parlant de constructions effectuées
dans la cathédrale par les évêques Burchard I puis Burchard
II. Ils en ont déduit aussitôt que ces évêques avaient
construit successivement deux fois une cathédrale en un même
lieu. Nous avons rencontré ce type de problème en ce qui
concerne la cathédrale de Béziers. Sur le Livre
Noir de la cathédrale, nous avons lu le texte de
trois chartes écrites à trois dates différentes. Dans
chacune de ces chartes, il était écrit qu'une certaine somme
d'argent était destinée à l'« Opus
Sancti Nazari ». Nous aurions pu envisager que la
cathédrale Saint-Nazaire avait été construite à trois
reprises. Mais nous avons pensé à des constructions ou à des
aménagements à l'intérieur de cette cathédrale, ou, dans
l'enclos Saint-Nazaire. Mais il nous a semblé plus probable
que cet « Opus
Sancti Nazari » n'était pas une construction mais
une « Œuvre Saint Nazaire », sorte de caisse bancaire
servant à rémunérer le personnel ou à accumuler une
trésorerie en vue de constructions futures.
Nous pensons que la nef primitive (images
6, 7 et 8) était à trois vaisseaux charpentées
(elle aurait été voûtée ultérieurement au milieu du XIIIe
siècle). À l'origine, les piliers devaient être de type R0000 et les arcs, en
plein cintre et simples. Elle serait donc analogue à de
nombreuses églises d'Allemagne étudiées dans ce site, et que
nous avions datées des alentours de l'an 800-850. Une
différence cependant : le caractère élancé des piliers qui
la rend plus récente que ces dernières.
Datation envisagée pour
la cathédrale Saint-Pierre de Worms : an 900 avec un écart
de 100 ans.