L'église Saint-Sulpice de Marignac
Petite introduction à l'étude de ce monument de Saintonge
Cher ami lecteur attaché au patrimoine de la Saintonge, ce
petit préambule s'adresse à vous. Notre site Internet a été
créé dans le but d'identifier et de dater des édifices
principalement antérieurs à l'an mille. Lire
la suite...
L'église Saint-Sulpice de
Marignac
Nous avons effectué une courte visite de ce monument. La
majorité des images de cette page est issue de cette visite.
La page du site Internet Wikipédia consacrée à cet édifice
nous apprend ceci : « L'église
Saint-Sulpice fut construite en style roman au XIIe
siècle. Ce qui fait l'originalité de l'église est un
transept avec des bras qui sont en forme d'absides ; ce
qui donne un plan en forme de trèfle, dit aussi
“triconque”. »
François Eygun, auteur du livre Saintonge
Romane de la collection Zodiaque
est nettement plus explicite, car il décrit abondamment les
sculptures ornant ce chevet triconque. Notre intention n'est
pas de rivaliser avec son ouvrage. Nous rappelons que notre
projet est d'identifier et de décrire des édifices
susceptibles d'être antérieurs à l'an mille (« l'an mille »
dont nous parlons doit être conçu, non dans sa précision,
mais avec une marge d'erreur : une date aux alentours de
l'an mille). En conséquence, des édifices manifestement
romans comme semble l'être celui-ci devraient être exclus de
notre recherche. Cependant, il nous arrive de les ajouter.
Et ce, pour diverses raisons : présence envisagée d'un
établissement antérieur, plan particulier, thèmes
iconographiques comparables à des thèmes antérieurs ...
Cette église semble accumuler un peu toutes ces raisons.
Venons-en tout d'abord au plan de
l'église (image 1),
ou plus exactement au plan de son chevet. Comme il est écrit
plus haut, il s'agit d'un chevet triconque ou encore, une
église à plan tréflé. Le plan tréflé est relativement rare
dans l'Ouest de l'Europe. En général, ce plan est en forme
de croix grecque. C'est-à-dire en forme de croix à branches
de mêmes longueurs. Ce n'est pas le cas ici : la nef est
nettement plus grande que chacune des absides. Mais on peut
envisager que cette nef a été allongée ultérieurement.
Ce chevet tréflé pose problème. Nous avons eu l'occasion
d'examiner quelques églises triconques. Mais d'abord :
pourquoi « triconques » ? et, pas ou très peu, de «
quadriconques » ? Il y a d'abord une question de commodité.
Il faut faire entrer les fidèles. En général l'entrée se
situe à l'Ouest. S'il y a des « conques », c’est parce qu'il
y a un autel (sanctuaire) sous chacune des conques. On ne
peut pas faire rentrer un fidèle sous le nez du prêtre qui
célèbre sa messe. Si bien qu'il ne doit pas y avoir de
sanctuaire à l'emplacement de l'entrée. Une deuxième
tentative d'explication est d'ordre symbolique. L'ensemble
des trois conques est affecté à une triade : la Trinité, ou
Jésus-Marie-Joseph. La quatrième aile, située à l'Ouest,
représenterait la Terre des hommes, symboliquement carrée.
Les églises triconques que nous avons étudiées précédemment
semblaient antérieures à l'an mille (an 850 avec un écart de
150 ans). Ce ne serait pas le cas de celle-ci : le décor
extérieur utilise des arcatures lombardes, selon nous de
deuxième génération (images
2, 3, 6, 14, 15), qui dateraient du XIIe
siècle (an 1125 avec un écart de 50 ans). Il en serait de
même pour les fenêtres encadrées de colonnettes comme celle
de l'image 5.
Il est indiqué dans le plan de l'image
1 que la façade occidentale (image
9) daterait du XIIe siècle. Nous le
pensons aussi : le décor de l'étage supérieur imitant les
encadrements de 5 fenêtres dont une seule, la centrale,
existe dans la réalité, semble bien dater de cette période.
Les sculptures du portail (image
10), malheureusement dégradées par le temps, sont
devenues illisibles.
Entre le chevet et la façade Occidentale, se trouve la nef (image 16). Sur le plan
de l'image 1, il est indiqué que,
dans son ensemble, cette nef daterait du XIIe
siècle mais qu'elle aurait été remaniée plus tard à l'époque
gothique. Nous ne voyons rien de tel sur les images tant à
l'extérieur (travée à l’extrême droite de l'image
6), qu'à l'intérieur (image
16). La plus grande partie de cette nef semble être
entièrement gothique. La voûte qui devait être en croisée
d'ogives s'est totalement effondrée.
Il existe cependant une petite travée de
nef répondant partiellement à la question. Elle est coincée
entre le chevet et la nef gothique. On peut la voir à
l'extérieur :
pour le mur Nord, à l'extérieur : au centre de l'image
6.
pour le mur Nord, à l'intérieur : image
18.
pour le mur Sud, à l'extérieur : image
11.
pour le mur Nord, à l'intérieur : image
17.
Nous avons surtout voulu examiner quelques détails de ces
images. Ainsi les images
7 et 8 sont des vues détaillées de l'image
6. Et les images
12 et 13 sont des vues détaillées de l'image
11.
On remarque immédiatement que les images
7 et 8, côté
extérieur, ont leurs correspondants en l’image
18, côté intérieur. Ainsi le grand arc de gauche de
l'image 7 correspond
à l'arc situé au-dessus de la chaire de l'image
18. Et les arcs situés à droite sur l'image
7 ainsi que sur l'image
8 correspondent (à peu près) aux arcs de gauche de
l'image 18. Ces
arcatures s'apparentent à des « arcatures lombardes ».
Est-ce que ce sont pour autant des arcatures lombardes ? Il
nous semble que le modèle d'arcatures auquel on a donné
l'appellation de « lombardes » obéit à des critères bien
précis : les arcatures sont placées au sommet des murs
gouttereaux d'une nef, en général voûtée, ou bien au sommet
des murs d'un ou plusieurs étages d'une tour. Dans le cas
présent, on ne voit pas comment ces arcatures pourraient se
situer à un sommet de mur. Ces arcatures montrent qu'il y a
bien eu des constructions antérieures à la construction
gothique de la nef et, probablement, à celle du chevet. Un
indice d'ancienneté pourrait se trouver dans le remplage de
la baie située sur la façade Sud (image
13). Il faudrait analyser de plus près la taille
des pierres, mais il nous semble qu'à l'origine, il y avait
une claustra contenanr 6 ouvertures dont 4 circulaires.
Toute la partie intérieure de cette claustra aurait disparu.
Nous pensons que les claustras auraient précédé les vitraux.
Ceux-ci apparaissent au XIe siècle.
Bien que probablement exécutées après
l'an mille, les sculptures du chevet peuvent éventuellement
nous permettre de comprendre des thèmes iconographiques ou
des symboles conceptualisés avant l'an mille. C'est pour
cela qu'il nous a semblé nécessaire d'insérer certaines
images de ces sculptures sur notre site (images
de 19 à 30). Disons-le tout de suite : nous sommes
à l'heure actuelle incapables d'interpréter correctement ces
scènes historiées. Elles ont un sens qui nous échappe
presque totalement. Mais la première question qui devrait
être posée est la suivante : ont-elles réellement un sens ?
Cette question peut paraître stupide. Pour chacun d'entre
nous, toute œuvre d'art a un sens. L'artiste qui l'a créée a
voulu exprimer quelque chose. Pour lui au moins cette œuvre
avait un sens. Lorsqu'on connaît la vie de l'artiste, on
peut espérer retrouver le sens qu'il voulait donner à son
œuvre. Dans de nombreux cas, surtout pour des œuvres
modernes, on n'arrive pas à trouver une signification. Mais
on se dit que l'artiste, lui, la connaît.
Pour une œuvre du Moyen-Âge c'est tout à fait différent. Car
nous ne pensons pas qu'il y ait eu des artistes au
Moyen-Âge. Du moins des artistes au sens où nous, vivant
dans une ère moderne, les connaissons : des êtres libres de
toutes contraintes (hormis les contraintes matérielles),
pouvant choisir les thèmes et les ornementer à leur goût.
Nous pensons - mais peut-être nous trompons nous - que les «
artistes » de cette période étaient plutôt des artisans qui
obéissaient à un cahier des charges très serré et ne
pouvaient pas se permettre de laisser une libre place à leur
imagination. On pourrait penser que, dans un tel cas, c'est
le donneur d'ordre qui fait preuve d'imagination. Mais dans
bien des cas, le donneur d'ordres n'est pas un individu mais
un groupe individus, comme l'étaient les chapitres des
cathédrales ou des monastères. Et dans le cas où il n'y a
qu'un seul donneur d'ordre, celui-ci n'est pas forcément
libre de faire ce qu'il veut.
Dans le cas très concret de la décoration de ce chevet, le
ou les donneurs d'ordre devaient prendre en compte les
réactions des fidèles qui visiteraient cette église. Ce
signifie que, si nous, nous ne comprenons pas grand-chose à
ces sculptures, elles devaient évoquer quelque chose pour
les gens d'alors.
Essayons de donner quelques thèmes particuliers, certains
d'entre eux ayant été vus en d'autres occasions :
Image 22 : deux
lions adossés.
Image 23 : à
gauche, une autre vue du chapiteau précédent; pour chacune
des deux vues, une autruche dévore la patte du lion; au
milieu, un homme dans des entrelacs; à droite, des animaux
adossés.
Image 24 : à
gauche, un homme et une femme s'embrassant; au milieu, un
homme saisissant deux oiseaux par le cou.
Image 25 : à
gauche, un homme saisissant deux hybrides par la gueule; au
milieu et à droite, des animaux entrelacés.
Image 26 : à
gauche, des entrelacs de feuillages; au milieu, un loup
poursuivant un cerf (peut-être un thème d'origine celtique);
chapiteau de droite : deux lions adossés.
Image
27 : chapiteaux et frise du chœur.
Image 28 : frise
du chœur; lion dans un entrelacs.
Image 29 : frise
du chœur; lions affrontés pris dans des entrelacs de
feuillages.
Image 30 : au
milieu, deux grands oiseaux piquent une tête animale
grimaçant posée sur une vasque. C'est peut-être une scène
inspirée de la scène classique que nous avons
intitulée « les oiseaux au canthare ».
Datation envisagée
pour l'église Saint-Sulpice de Marignac : an 1100 avec un
écart de 50 ans.