Le duomo San Giusto de Trieste  

• Italie    • Frioul-Vénétie Julienne    • Article précédent    • Article suivant   



Nous n'avons pas visité cette église. Les images ci-dessous sont extraites d'Internet.

La page du site internet Wikipedia consacrée à cet édifice nous apprend ceci : « Cathédrale catholique de San Giusto : Elle se trouve située sur la colline homonyme. Elle présente le plan d'une basilique paléochrétienne à cinq nefs, avec presbytère en abside et sol en mosaïques. Quelques vestiges antiques sont insérés dans la construction. Elle a été construite au Ve siècle sur le site d’une basilique civile et d’un ancien temple romain dédié à la triade Jupiter, Junon et Minerve. Au cours des siècles, l'église primitive à trois nefs a subi de nombreux et substantiels changements pour des raisons inconnues de nous. Une première restauration a lieu en 547 par le premier évêque de Trieste connu, répondant au nom de Frugifero. Deux autres édifices religieux lui ont été rajoutés : une petite cathédrale dédiée à la Vierge puis au
Xe siècle, la chapelle destinée à recueillir les reliques de saint Juste (san Giusto). Des trois nefs de l'ancienne cathédrale, ne subsiste aujourd'hui que la nef centrale le long de laquelle il y a deux rangées de colonnes d’origine byzantine. Du presbytère subsiste la magnifique mosaïque du XIIe siècle représentant le Christ, saint Giusto et saint Servolo, œuvre probable de maîtres originaires de Vénétie, ainsi qu’en abside la chapelle dédiée à saint Apollinaire. À noter également un baptistère d’origine romane. La nef de la cathédrale actuelle vit le jour au XIVe siècle, à la suite de la fusion de l'ancienne cathédrale et de la chapelle par la volonté de l’évêque Roberto Pedrazzani de Robecco. Le bâtiment est orné d'une magnifique rosace gothique en calcaire triestin, insérée dans le grès de la façade. Le clocher est construit sur un propylée du I er siècle et comporte divers vestiges antiques. Une statue de saint Juste y figure en bonne place. [...]
»

Nous avouons être un peu perdus par cette description. Il nous manque un plan d'ensemble qui devrait permettre de mieux comprendre les évolutions. S'agit-il d'une basilique à cinq nefs ? (« Elle présente le plan d'une basilique paléochrétienne à cinq nefs »), ou à trois nefs ? (« l'église primitive à trois nefs »). Nous pensons que, comme il arrive assez souvent, l'auteur du texte de la page Wikipedia a puisé ses informations auprès de deux sources différentes sans vérifier si elles s'accordaient mutuellement. Une des deux sources parlait d'une basilique à 5 nefs. L'auteur de l'autre source avait constaté l'existence de cinq vaisseaux parallèles. Il les a justifiés en parlant d'une basilique initiale à trois vaisseaux, avec ajouts postérieurs de deux chapelles.


Mais étudions ce monument. Et ce, en commençant par observer les restes d'un monument attenant à la basilique. Il s'agit d'une autre basilique perpendiculaire à San Giusto (images 1 et 2). Cette basilique, orientée Nord-Sud, n'est peut-être pas chrétienne. On sait que les premières basiliques sont antérieures à l'ère chrétienne. C'étaient selon les historiens des monuments publics. Il faut cependant prendre garde au mot « édifice public », qui, pour nous, peut entrer en opposition avec « édifice religieux ». En fait, en cette période, tout monument était religieux. Même ceux qui s'occupaient des affaires civiles.

La façade occidentale (image 1) ne présente pas les traits caractéristiques des basiliques paléochrétiennes. Mais il faut dire que les signes de réfection à des époques diverses sont nombreux.


Les images 4, 5, 6, 7, 8 font apparaître que nous sommes bien en présence d'une basilique paléochrétienne à cinq vaisseaux (et non trois). Ces cinq vaisseaux ont subi des changements comme le prouvent les vues extérieures (images 2 et 3). À l'origine, les bâtiments devaient apparaître en dégradé (vaisseau central plus haut que les collatéraux lesquels sont plus hauts que les vaisseaux extrêmes). Ce dégradé apparaît au niveau des colonnes : celles qui soutiennent le vaisseau central sont plus hautes que celles qui soutiennent les vaisseaux secondaires.

Il faut cependant remarquer que même si le plan au sol est resté le même depuis l'époque paléochrétienne, le bâtiment a subi de nombreuses transformations. À l'origine il devait y avoir homogénéité des constructions (colonnes identiques, bases identiques, chapiteaux identiques). Ce n'est pas le cas actuellement.

Les absides sont décorées de très belles mosaïques. Celle de l'abside principale aux tons à dominante bleu est moderne (image 11). Celles des deux absides secondaires encadrant l'abside principale apparaissent nettement plus anciennes.

Image 10 : Vierge en Majesté encadrée par les archanges Michel et Gabriel.

Image 14 : Christ en Majesté encadré par les Saint Juste et Servolo.

Ces deux mosaïques sont sur fond d'or et analogues entre elles. Il est donc surprenant que seule la seconde soit estimée du XIIesiècle. Nous sommes tout aussi surpris par la datation en elle-même, du XIIesiècle. Nous ne prétendons surtout pas nous y connaître en datation de mosaïques, mais il nous semble que d'un point de vue esthétique, cette œuvre est fort différente d'une œuvre romane (du XIe ou du XIIesiècle). Il est vrai que ce type de représentation est fort inspiré de l'art byzantin. Mais les mosaïques à font d'or de l'art byzantin sont plutôt datées du VIe ou VIIesiècle (mosaïques de Justinien et de Théodora à Saint Vital de Ravenne). Par ailleurs, on constate que pour ces mosaïques, les traits des visages des personnages sont très fins. Ils font plus penser à des œuvres postérieures au XIVesiècle. Nous envisageons le scénario suivant : à l'origine, ces mosaïques ont été installées aux alentours du VIesiècle mais, très endommagées, elles ont été restaurées beaucoup plus tard. Peut-être au XVIIe ou XVIIIesiècle.


Datation envisagée pour le duomo San Giusto de Trieste : an 550 avec un écart de 200 ans.