Divers édifices de Gironde susceptibles de dater du Ier millénaire (page 1/5) 

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Les édifices décrits dans cette page et les quatre suivantes n’ont pu être visités par nous. Toutes les images ont été extraites d’Internet. Nous avons sélectionné ces édifices parmi d’autres qualifiés de « romans » parce qu’ils étaient susceptibles d’avoir été construits avant l’an mille. Nous rappelons cependant que les estimations sont délicates : il est difficile de dater un objet en dehors de son contexte. Il arrive parfois que certaines parties d’un édifice ne suscitent aucun intérêt alors qu'elles sont essentielles pour sa compréhension.

Les deux églises étudiées dans cette page sont : l’église Saint-Seurin d’Artigues, l’église Saint-Pierre de Mons de Belin-Béliet.




Église Saint-Seurin d’Artigues


A priori, notre choix ne devait pas se porter sur l’église Saint-Seurin d’Artigues. Extérieurement, cette église apparaît d’une grande simplicité : elle est à nef unique et son chevet est de grandes dimensions et éclairé par de larges fenêtres à colonnettes (image 1). Toutes caractéristiques qui font envisager une église du XIeou du
XIIesiècle. De plus le fait que, à l’intérieur (image 5), l’arc triomphal soit brisé, fait aussi envisager la même datation. Cependant, il est toujours possible qu’un arc brisé soit installé sur une structure plus ancienne.

La scène de l'image 2 est celle des « oiseaux au canthare », une scène connue dès l’antiquité tardive. Il semblerait que cette scène se soit perpétuée au long des siècles. L'image 3 pourrait représenter une évolution de cette scène.

Il existe cependant un indice d’ancienneté du lieu : le sarcophage de l'image 6. Il est attribuable au Haut Moyen-Âge. Mais cela ne signifie pas que l’église elle-même date de la même période.


Sans les chapiteaux des images de 7 à 12, cette église aurait été rejetée de notre sélection. En fait, seul deux chapiteaux seulement sont concernés, chacun d’entre eux étant vu sur trois faces. Le premier (images 7, 8, 9) présente sur sa corbeille des personnages vêtus de longues robes évasées, avec de longues manches. Ces robes ont des sortes de rayures. On retrouve les mêmes uniformes sur les images 10, 11 et 12. Avec en plus sur l'image 12, une tête humaine grimaçante.

Ces deux chapiteaux, très originaux, sont énigmatiques. Que représentent-ils ? Il y a là un ou plusieurs thèmes élaborés très mystérieux qui semblent différents des représentations symboliques chrétiennes. On a déjà eu l’occasion de rencontrer des chapiteaux surprenants. Ainsi à Saint-Papoul dans l’Aude, ou à Lespignan (Saint-Pierre), dans l’Hérault. On peut certes court-circuiter leur signification en les traitant de « diableries ». On peut aussi évoquer l’imagination de l’artiste comme on le fait pour les œuvres du XXesiècle.. Cependant, aucune de ces deux interprétations ne nous convient. Nous pensons que ces deux œuvres ainsi que beaucoup d’autres vues ailleurs ont une signification profonde dont le sens nous échappe. Leur originalité n’est pas dûe à l’indépendance d’esprit d’un seul homme, mais à un mythe connu par une collectivité. Ces œuvres énigmatiques ne nous parlent pas, mais elles étaient comprises par tous au moment de leur création. Ce qui les caractérise, c’est leur rareté et les différences entre elles. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces œuvres nous font penser à l’art africain : des sculptures que nous autres occidentaux trouvons « jolies » mais sans nous poser la question de leur sens. Or un tel sens existe, puisque chaque tribu a sa production spécifique : un masque dogon est différent d’un masque baoulé. Et il y a des raisons à cela.

En poursuivant cette comparaison avec l’Afrique du XIXesiècle, on pourrait imaginer que les français des premiers siècles de notre ère ne constituaient pas un peuple unipolaire - les gaulois -, ou bipolaire - les gallo-romains -, mais multipolaire. L’appellation de Novempopulanie (neufs peuples) attribuée aux territoires au Sud de la Garonne, confirme cette hypothèse. Les chapiteaux de Saint-Seurin d’Artigues pourraient provenir d’un de ces peuples dont le souvenir a pu subsister jusqu’aux environs de l’an mille.

Mais comment expliquer la rareté de ces œuvres énigmatiques ? D’une part, nous sommes loin de connaître celles qui subsistent. D’autre part, il est fort possible que la plus grande partie de la production ait été réalisée dans un matériau périssable comme le bois.

Ces deux œuvres nous amènent à envisager une autre datation pour l’église Saint-Seurin d’Artigues : an 950 avec un écart de 150 ans.




Église Saint-Pierre de Mons de Belin-Béliet



Extérieurement (images 13, 14, 15), cette église apparaît avoir été remaniée à de nombreuses reprises. Le clocher de la façade Ouest (image 14) pourrait être antérieur à l’an mille. L’appareil grossier, la forme inclinée vers l’intérieur font penser à la tour de Dona Urraca à Covarrubias. L’abside du chevet percée d’une seule étroite ouverture pourrait dater de la même époque (image 15).

Les vues de l’intérieur (images 16, 17 et 18) montrent que la nef est constituée de deux vaisseaux réunis sous un même toit, le vaisseau Sud étant plus bas que le vaisseau principal situé entre le clocher et l’abside. Une arcade formée de trois arcs sépare les deux vaisseaux.

Nous pensons qu’une étude de cet édifice beaucoup plus détaillée que celle-ci est nécessaire. Il est possible que la nef initiale ait été à trois vaisseaux. Il semble en tout cas presque certain que la nef initiale ait été plus haute. L’arcade qui sépare les deux vaisseaux repose sur des piliers à section rectangulaire de type R0000 caractéristiques des premiers siècles du christianisme. Un bémol cependant : nous ne sommes pas certains que ce soient les piliers d’origine. Par ailleurs, on remarque sur l'image 18, à travers les ouvertures de l’arcade, les traces d’une autre arcade sur le mur du fond.

Notons enfin que la base du clocher n’a pas été voûtée (image 17). Cela aussi est un signe d’ancienneté : le voûtement assure une meilleure assise.


Passons à l’étude des chapiteaux. Nous ne les avons pas localisés sur les photos.

La corbeille de l'image 19 est décorée d’entrelacs irréguliers. Nous estimons ce type d’entrelacs plus anciens que les entrelacs réguliers, géométriques ou à forme de cannages. Le décor du tailloir semble plus intéressant encore, bien que très dégradé. On y voit une succession d’oiseaux dont certains sont couchés.

On retrouve des entrelacs dans l'image 20. Pour l'image 21, on repère un décor d’arcades. On a vu dans certaines pages précédentes que le décor d’arcades pouvait avoir une signification symbolique (fonts baptismaux, sarcophages).

Mais c’est le chapiteau représenté sur les images successives 22, 23, 24 qui suscite notre attention. On y voit le même style de chapiteau énigmatique qu’à Saint-Seurin d’Artigues, vu précédemment. Sauf qu'ici les vêtements des personnages (pour la plupart des hommes barbus) sont des jupes très évasées ou des kilts. On a déjà vu ce type de vêtement en Bas-Languedoc sur le tympan de Lapeyre. Les différences entre les vêtements font envisager que les deux localités d’Artigues et de Belin-Béliet ont été occupées par des ethnies différentes.

Le chapiteau des images 25 et 26 est, lui aussi, très énigmatique. Sur l'image 25, on peut voir une sorte de mouton à bec d’oiseau picorant une tête d’homme auréolée d’un nimbe crucifère. Cette tête serait-elle celle du Christ ? En dessous de la tête, la représentation semble être celle d’un corps humain décapité. On connaît d’autres images de monstres picorant ou dévorant des humains par la tête. Mais c’est la première fois que l’on voit un nimbe crucifère.

Sur l’image 26 suivante, il semblerait qu’une femme soit représentée portant une longue robe. L’homme qui l’accompagne à droite porte un « kilt » analogue aux précédents. À remarquer que l’arrondi de l’astragale du chapiteau est supérieur à 90°. Très probablement ce chapiteau, dont la base devait être primitivement circulaire, est de remploi.

Le dernier chapiteau représenté sur l'image 27 a lui aussi une base presque circulaire. Le thème représenté (des sortes de phoques) est aussi très original.

La datation envisagée est la même que pour l’église Saint-Seurin d’Artigues : an 950 avec un écart de 150 ans.


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