La cathédrale San Nicola Pellegrino de Trani 

• Italie    • Pouilles    • Article précédent    • Article suivant   


Nous avons effectué une visite rapide de cette église, en moins d'une heure, en avril 2015. La plupart des images de cette page ont été prises lors de cette visite. Les autres images proviennent des galeries d'Internet.

Selon la page du site Internet Wikipédia relative à cette église (extraits) :

« Historique : L’histoire décrit comment Nicola Pellegrino a débarqué à Trani dans l’imminence de sa mort, après quoi plusieurs miracles ont eu lieu, de sorte qu’il a été canonisé à l’initiative de l’archevêque Byzance, avec l’autorisation du pape Urbain II.

Commencée en 1099, l’église a été construite sur la base de l’ancienne de Santa Maria della Scala. Un premier édifice de culte datant du IVe siècle, comme en témoignent les récentes fouilles archéologiques, se serait élevé sur la zone où se trouve actuellement la cathédrale. Par la suite, l’église de Santa Maria a été construite. À l’intérieur de celle-ci, un sanctuaire a été creusé pour abriter les reliques de San Leucio, volées à Brindisi au VIIIe siècle.

Les reliques de Saint Nicolas ont été placées dans la crypte transversale, ou
soccorpo de Saint-Nicolas, placée exactement sous le transept de l’église supérieure.

La cathédrale a été consacrée en 1143 avant même d’être achevée. La phase décisive de la construction a eu lieu vraisemblablement entre 1159 et 1186 sous l’impulsion de l’évêque Bertrand II, tandis que vers 1200 l’achèvement devait être considéré comme atteint, à l’exception du clocher.

Extérieur : Le bâtiment, important d’un point de vue urbain, bénéficie d’une position relativement isolée par rapport aux bâtiments environnants
. [...].On y accède par un escalier double qui mène au portail, puisque le rez-de-chaussée est situé dans une position légèrement surélevée, à 5 mètres du niveau actuel de la rue.

La double rampe mène à une galerie située devant la façade, où au centre d’un arc aveugle, se trouve un portail roman soigneusement décoré. Le style trahit l'influence architecturale arabe. La porte centrale en bronze est l’œuvre de Barizano da Trani et a été construite en 1175 : c’est aussi l’un des exemples les plus intéressants de son genre dans le sud de l'Ialie. La porte d’origine est exposée à l’intérieur du bâtiment, tandis qu’à l’extérieur une réplique fidèle a été placée, inaugurée en 2012.
[...]

Intérieur : [...] Le caractère sobre et presque sans fioritures de la cathédrale (autrefois beaucoup plus somptueuse qu’aujourd’hui) est dû aux rénovations continues des décors (chapiteaux, voûte, stuc), y compris ceux du XIXe siècle et ceux de conservation de la première moitié du XXe siècle. À l’occasion de ces derniers, effectués entre 1939 et 1942 sous la direction d'Alfredo Barbacci, il a été décidé de préserver les éléments médiévaux et de supprimer, dans la mesure du possible, tous les ajouts des époques ultérieures. C’est le cas, par exemple, du plafond en bois peint du transept et de la nef principale, enlevés pour ramener les fermes à la vue. [...] »


Commentaire du texte précédent

Arrêtons nous d'abord aux questions concenant la datation de l'édifice initial : « Commencée en 1099, l’église a été construite [...] La cathédrale a été consacrée en 1143 avant même d’être achevée. La phase décisive de la construction a eu lieu vraisemblablement entre 1159 et 1186 [...] tandis que vers 1200 l’achèvement devait être considéré comme atteint, à l’exception du clocher. [...] ». Nous sommes convaincus que les dates de 1099, 1143, 1159, 1186 n'ont pas été inventées. Il doit exister des documents (chartes ou textes épigraphiques) qui les confirment. Nous sommes moins convaincus du reste : que la date de 1099 soit celle du commencement de construction et 1200 la date de la fin de la construction. Pour quelles raisons sommes nous si peu convancues ? La première des raisons est le constat que nous avons fait de l'imprécision des textes anciens et de la fréquente sur-interprétation de ceux-ci. Une autre raison est de simple bon sens : selon le texte ci-dessus, l'église aurait été construite en près de cent ans. On ne réalise pas un projet en 100 ans, mais en 10 ou au maximum 20 ans. Le concepteur d'un projet d'envergure veut voir son projet terminé. Certes, il est possible que des travaux soient réalisés sur un bâtiment vieux de plusieurs siècles. Mais ce sont soit des travaux de restauration, soit des ajouts de corps de bâtiments non prévus dans le programme initial.


Les principaux éléments qui caractérisent cet édifice sont les suivants :

1. Sa nef est formée de trois vaisseaux. Le vaisseau central est charpenté. Les vaisseaux secondaires sont voûtés d'arêtes.

2. Le vaisseau central est porté par des piliers, chacun étant formé d'une paire de colonnes cylindriques de type C0000. Nous avons déjà vu cela à San Nicola de Bari. La différence est qu'à Bari, les colonnes, les chapiteaux et les tailloirs étaient différents. Ici, les colonnes et les chapiteaux sont identiques mais il n'y qu'un seul tailloir qui couvre les deux chapiteaux. Pour San Nicola de Bari, nous avions émis l'hypothèse qu'il n'y avait à l'origine qu'une colonne à chaque pilier. L'autre colonne avait été ajoutée pour compenser la poussée latérale due aux voûtes d'arêtes des collatéraux. Nous avons le même problême de poussée ici. Mais ici l'architecte a anticipé le problême. Sans doute parce qu'il avait vu la solution à Bari. Nous en déduisons que San Nicola de Bari doit être antérieur à San Nicola de Trani. Un autre indice de plus grande ancienneté de Bari est le fait, qu'à Trani, on a bien deux églises construites l'une sur l'autre (image 3). Ce qui n'est pas le cas à San Nicola de Bari : à Trani, on a anticipé la construction de la crypte.

3. Les arcs reliant les piliers sont à deux rouleaux.

4. Le vaisseau central est haut et une galerie (ou triforium) court au-dessus des collatéraux.

5. Il existe un transept haut et débordant.

Les absides sont greffées directement sur le transept et sont peu proéminentes. En particulier, on ne voit pas d'avant-chœur rectangulaire comme dans le Nord de l'Europe.

Ces éléments sont caractéristiques d'un modèle spécifique à la région des Pouilles.


Les portes de bronze

Selon le texte ci-dessus : « La porte centrale en bronze est l’œuvre de Barizano da Trani et a été construite en 1175. »

Nous sommes allés voir la page Wikipédia consacrée à Barizano de Trani. Deux portes de bronze ont été signées par lui : celles de Trani et celles de Monreale (Sicile). Une autre porte lui est attribuée à Ravello. C'est la seule qui soit datée (1179). On a évalué la datation des autres à partir de celle-là.


Description de cette porte à deux vantaux (image 23).

Dans la partie haute sous l'arrondi de l'arc, chacun des deux vantaux contient une image du Christ en Gloire entouré de la mandorles et des symboles des Évangélistes. Les deux représentations sont en partie visible en haut et à gauche de l'image 24. En dessous de ces scènes, chacun des deux vantaux est subdivisé en 7 lignes et 3 colonnes. Chacune des lignes contient 3 panneaux rectangulaires dont deux sont historiés. Les panneaux rectangulaires sont séparés entre eux par des bandes horizontales et verticales très ouvragées contenant des médaillons crculaires eux-mêmes gravés de scènes historiées.

Image 24 : Au-dessous des deux panneaux représentant le Christ en Gloire, on peut voir 3 panneaux historiés. À gauche, la Vierge et l'Enfant. Dans chacun des deux panneaux de droite, un saint (non identifié) est représenté. Le bandeau vertical entre les deux saints contient trois madaillons. Sur celui du haut : la scène de Samson et le lion ; sur celui du bas : centaure tirant à l'arc.

Image 25 : Les deux saints sont différents de ceux vus précédemment mais la bande verticale qui les sépare est identique (avec des mêmes scènes de Samson et et le lion et celle du centaure chasseur).

Image 26 : Toujours les mêmes scènes sur la bande verticale intermédiaire. Mais cette fois-ci, l'image plus nette permet d'identifier la scène du médaillon médian. Il s'agit d'une sirène à deux queues, image aussi très classique comme les précédentes. Sur la bande verticale à l'extrême droite, trois représentations de cavaliers. Le panneau de gauche est énigmatique : un saint. Sur celui de droite, représentation d'une déposition de croix.

Image 27 : Autre représentation de deux saints. Celui de gauche, pauvrement vêtu,  doit être un ermite. Celui de droite, tenant un livre, doit être un Évangéliste ou un Père de l'Eglise.

Image 28 : À gauche, un saint pourchassant un démon (Saint Georges ?). À droite, au dessus de la poignée, la scène classique des « oiseaux au canthare ».

Image 29 :
À gauche, la même scène que ci-dessus. À droite, un ange à cheval : Saint Michel ?

Le lecteur attentif pourra s'étonner que nous nous soyons attachés à décrire assez munutieusement une porte qui date très probablement de la seconde moitié du XIIe siècle et donc devrait se situer hors de notre cadre d'étude du Premier Millénaire de notre ère. Nous pensons qu'une meilleure connaissance de la période ayant suivi de peu le Premier Millénaire devrait se répercuter sur les périodes précédentes.

Image 30 : Sarcophage déposé à l'entrée. La cuve et le couvercle sont probablement antiques. Mais le couvercle a selon nous été retravaillé en gisant au Moyen-Âge, afin d'accueillir la dépouille d'un abbé.


Comme nous l'avons écrit précédemment, la cathédrale de Trani est très probablement postérieure à Saint Nicola de Bari.

Datation envisagée pour la cathédrale San Nicola Pellegrino de Trani : an 1050 avec un écart de 75 ans.