L'église Saint-Michel de Hildesheim  

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Nous n'avons pas visité cette église. Notre étude de l'édifice s'est inspirée de pages d'Internet (ex : Wikipédia) et de l'analyse de galeries d'images issues d'Internet.

Nous nous sommes plus particulièrement intéressés à cet édifice après avoir lu le livre Haut Moyen-Âge de André Corboz (Office du Livre; Fribourg; 1970). Dans ce livre, André Corboz s'efforce de décrire une quarantaine d'édifices d'Europe censés dater du Haut Moyen-Âge. Bien que la carte de l'Europe de ces édifices qu'il a établie en page 47 de ce livre soit bien moins documentée que la nôtre (plus de 2000 édifices), nous estimons que ce livre apporte des idées nouvelles sur une période méconnue.

L'église Saint-Michel d'Hildesheim occupe une bonne place dans ce livre (les plans des images 5, 6, 7, 14 et 15 en sont extraits). Et ce, alors même que d'autres églises (plusieurs dizaines) du Nord de l'Europe ont une architecture comparable à celle de Saint-Michel et ne sont pas citées. Nous essaierons de comprendre les raisons de cette préférence accordée à Saint-Michel d'Hildesheim.

La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église nous apprend ceci :

« L'église abbatiale Saint-Michel de Hildesheim est l'une des églises de la ville allemande de Hildesheim, non loin de Hanovre, en Basse-Saxe. Elle est l'un des éléments du monastère bénédictin fondé par l'évêque Bernward en 996. La pierre de consécration indique la date de début de construction de l'église : 1010. En 1015, Bernward consacre la crypte et y dédie un autel à la Vierge. Le 29 septembre 1022, sentant la mort venir et désirant être enterré dans l'édifice, l'évêque fait une consécration anticipée de l'église, et meurt le 29 novembre. La consécration de l'ensemble par son successeur, l'évêque Gothard, date de 1033. En 1193, Bernward est canonisé, et son culte a lieu dans la crypte de l'église. Depuis 1542, l'église sert pour le culte luthérien , mais la crypte est réservée au culte catholique, faisant de Saint-Michel une des églises simultanées d'Allemagne.

L'église a été construite par le prieur Gonderamnus que l'évêque Bernwald avait fait venir de Cologne pour s'occuper du chantier de l'abbatiale. Il est considéré comme le maître d'œuvre du massif occidental de l'église Saint-Pantaléon (de Cologne). Elle a la particularité d'avoir possédé un manuscrit du De Architectura de Vitruve qu'il a signé à la dernière page (manuscrit Harleianus 2767 du British Museum de Londres). Certains historiens ont fait de l'évêque Bernwald l'architectus sapiens, concepteur de l'ensemble de l'édifice, et du prieur Gonderamnus, l'architectus cementarius, dirigeant le chantier de l'abbatiale. Il se trouve aussi dans le trésor de la cathédrale de Hildesheim le Liber mathematicalis de l'évêque Bernwald, qui est une copie du De institutione arithmetica de Boèce. On peut supposer que ce livre a été consulté par Gonderamnus d'où viendrait la disposition de l'axe longitudinal de l'église suivant la série du tétraèdre développée à partir des nombres triangulaires.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'église Saint-Michel est très gravement endommagée par un raid aérien le 22 mars 1945, mais la reconstruction débute en 1950 pour s'achever en 1957. L'église a été reconstituée dans son aspect initial par le Service de l'Entretien des Monuments en enlevant tous les apports faits au cours du temps. En 1985, l'église, ainsi que la cathédrale de Hildesheim sont inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. [...] »


Commentaires sur cette première partie de texte

Nous remarquons d'abord la précision de certaines dates : 996, 1010, 1015, 29 septembre 1022, 1033, 1193. Pourquoi des dates aussi précises ? Tout simplement parce qu'on a recueilli des textes relatant des actes passés à ces dates. On aimerait bien sûr en connaître un peu plus en ayant à chaque fois le texte exact et sa traduction pour savoir en quoi consiste exactement le déroulement des faits. Cependant, il faut nous contenter de ce dont on dispose.

Mais nous remarquons aussi autre chose : il n'y a pas de date précédant celle de 996. Ni même d'allusion concernant des événements précédents. On en déduit deux possibilités. La première est qu'il ne s'est rien passé avant 996. La seconde est qu'il s'est passé quelque chose mais qu'il n'existe aucun document racontant ce qui s'est passé. En fait, il s'est toujours passé quelque chose avant 996 c'est à dire avant le « monastère bénédictin fondé par l'évêque Bernward en 996 ». L'emplacement était peut-être occupé par un terrain en friche, ou par les habitations d'un quartier de ville, ou encore par les bâtiments d'un monastère précédent. Mais on ne sait rien de tout cela et, dans un telle situation, tout chercheur a tendance à dire que l'histoire de l'abbaye Saint-Michel d'Hildesheim commence à l'an 996 en négligeant tout ce qui a pu être fait auparavant. Nous mettons ici l'accent sur une règle que nous avons érigée en principe : la fondation d'une abbaye ne doit pas être considérée comme la construction ex nihilo de cette abbaye.

Il y a aussi dans ce texte autre chose de remarquable. Relisons-le : « La pierre de consécration indique la date de début de construction de l'église : 1010. En 1015, Bernward consacre la crypte et y dédie un autel à la Vierge. Le 29 septembre 1022, sentant la mort venir et désirant être enterré dans l'édifice, l'évêque fait une consécration anticipée de l'église, et meurt le 29 novembre. La consécration de l'ensemble par son successeur, l'évêque Gothard, date de 1033. [...] ». On note trois consécrations successives en 1015, 1022 et 1033. Et peut-être une quatrième si la pierre de consécration, signalée en tout début, date de l'année 1010. À ce sujet, nous énonçons une autre règle, érigée en principe : une consécration ne doit pas être considérée comme l'inauguration d'un bâtiment nouveau. Parmi les édifices que nous avons étudiés, pour certains nous n'avons pas de date de consécration, pour d'autres, nous en avons une. Rares sont ceux qui comme ici ont plusieurs dates de consécration. Le fait qu'il y ait plusieurs dates de consécration minimise le rapport pouvant exister entre l'achèvement des travaux et la consécration. Le mot « consécration » est issu des deux mots latins cum et sacrare. La consécration est l'acte liturgique permettant d'affirmer qu'un objet (autel, reliquaire, crypte, église) contenant un objet sacré (relique) est aussi sacré.


Revenons au texte de la page Internet de Wikipédia :

« Description et analyse de l'édifice :

L'église se rattache à l'art roman du début du XIe siècle, avec des particularités de l'art carolingien ou de son successeur, l'art ottonien, d'où ce plan roman rhénan avec des tours absidiales et un double transept.

La bipolarisation des édifices apparaît avec l'architecture carolingienne, à la fin du VIIIe siècle, par la cathédrale de Cologne. Les deux transepts disposés face à face, l'un à l'est, l'autre à l'ouest, figurent dans une parfaite symétrie et d'égales proportions grâce à l'apport ottonien.

La nef à trois vaisseaux est divisée en trois travées, elles-mêmes subdivisées en trois arcades. Les supports y sont alternés dans un rythme complexe : une pile quadrangulaire pour deux colonnes. Les collatéraux sont très larges, et les entrées se font sur le côté de la nef.

L'église est le premier exemple de croisée régulière de plan carré. On en compte deux de par la présence de deux transepts. Ces croisées sont donc de plan carré à piles cruciformes, et ouverte sur des arcs diaphragmes. Seule une croisée a été conservée.

Des escaliers à vis placés aux extrémités des bras des transepts, dans des tourelles extérieures polygonales, donnent accès à l'élévation.

On constate également un développement de la crypte-halle de plain-pied avec la nef : autel dédié à la Vierge et à tous les Saints, la salle centrale est subdivisée par huit colonnes. De grosses piles maçonnées délimitent le déambulatoire. L'accès à la crypte se fait par deux entrées latérales, au nord et au sud. De petites niches régulières sont formées dans les murs du déambulatoire. Des salles annexes sont visibles dans l'élévation.

Le chœur occidental est plus développé, par une grande abside à l'ouest, en opposition avec une abside pourvue de deux absides latérales à l'est.
»


Commentaires sur cette seconde partie de texte

Nous n'aimons pas les mots « art mérovingien », « art carolingien » et « art ottonien » qui attribuent la paternité de ces inventions à des rois ou des dynasties de rois (Mérovée, Charlemagne, Otton). Ce qui est contraire à la vérité. Mais leur usage est rentré dans les mœurs. Passons à l'examen du texte.

« L'église se rattache à l'art roman du début du XIe siècle... ». Il semblerait que l'auteur s'inspire de l'historique. Le monastère a été fondé en 996. La pierre de consécration donne l'année 1010 pour le début de construction. Tout est donc apparemment clair et donc il semble logique que la construction date des débuts du XIe siècle. Cependant, outre le fait que l'on ne sait rien de ce qu'il y avait en 996, aucune précision n'est apportée sur les consécrations. Il est possible en effet que ces consécrations ne concernent qu'une partie des bâtiments.

« ...avec des particularités de l'art carolingien ou de son successeur, l'art ottonien,... ». Ici commencent les difficultés. En effet, imaginons la transposition suivante pour une autre église que celle-ci : « L'église se rattache à l'art de la Renaissance du début du XVIe siècle, avec des particularités de l'art roman ou de son successeur l'art gothique ».
Si nous devions rencontrer une telle phrase, nous poserions aussitôt la question : cette église est-elle romane ? gothique ? ou Renaissance ? Et, dans le doute, nous accepterions plutôt la phrase : « Cette église est romane, avec des ajouts effectués dans les périodes gothique et Rrenaissance ».

Quelles sont les « particularités de l'art carolingien » ? Le texte répond en partie à cela : « La bipolarisation des édifices apparaît avec l'architecture carolingienne, à la fin du VIIIe siècle,...». Notons dans ce texte une vraie polarisation sur le personnage de Charlemagne, qui se manifeste à la fin du VIIIe siècle : l'art carolingien, c'est Charlemagne à lui tout seul ! Qu'est-ce que la « bipolarisation » dont il est ici question ? Ce serait le fait qu'il existe deux absides semi-circulaires opposées, l'une à l'Est, l'autre, à l'Ouest. On n'est pas surpris par celle de l'Est, flanquée de deux absidioles : le schéma est classique. Plus surprenante est celle de l'Ouest. Le modèle existe en France dans l'Est et le Nord (Besançon, Centula-Saint-Riquier). Mais il est plus fréquent en Allemagne dans les cathédrales dites « impériales ». L'abside semi-circulaire confère à l'ouvrage Ouest un caractère sacré. Pourquoi donc ? Nous estimons que l'ouvrage Ouest était réservé aux civils : roturiers à l'étage inférieur, princes à l'étage supérieur. Souvent, à cet étage supérieur, il y avait une chapelle dédiée à Saint Michel. Et, dans le cas présent, l'église est dédiée à Saint Michel , l'archange qui procède à la pesée des âmes. Notre hypothèse : cette partie de l'église devait être réservée à des faits de justice humaine.

Quelles sont les « particularités de l'art ottonien » ? Le texte répond en partie à cela : « Les deux transepts disposés face à face, l'un à l'est, l'autre à l'ouest, figurent dans une parfaite symétrie et d'égales proportions grâce à l'apport ottonien.». Une question se pose. Pourquoi (ou comment) l'auteur différencie-t-il un art dit « ottonien » d'un art
« roman », alors que les périodes ottonienne et romane seraient très proches l'une de l'autre : deuxième moitié du Xe siècle pour la première, première moitié du XIe siècle pour la seconde ?


Datation

Le plan de l'image 16 est selon nous très représentatif du programme architectural. On remarque en premier lieu le quadrillage régulier. Tout semble s’inscrire dans ce quadrillage. Il y a d'abord le carré initial de côté 1 unité. La nef rectangulaire de longueur 9 est formée du vaisseau central de largeur 3 encadré par des collatéraux de largeur 2. Il y a deux transepts de côtés 3 dans le sens Est-Ouest et 9 dans le sens Nord-Sud. On constate que les deux transepts ont les mêmes dimensions que la nef. Il reste côté Ouest une abside semi-circulaire de diamètre 3 précédée d'un avant-chœur carré de côté 3 et côté Est, une abside semi-circulaire précédée d'un avant-chœur de dimensions 2 x 1 et deux petites absidioles. Donc quelque chose de très régulier principalement basé sur un module carré de côté 3. Pourquoi citer ce module carré de côté 3 et non le carré initial de côté 1 ? À cause de l'alternance des piliers rectangulaires et cylindriques. Soit un module carré de côté 3 inscrit dans le vaisseau central de la nef et tel qu'à chaque angle, on a un pilier rectangulaire. Sur chacun des côtés de ce carré, on aura deux piliers cylindriques. L'ensemble apparaît donc parfaitement harmonieux.

Concernant la construction de cet édifice, nous pensons que les divers spécialistes ont commis une erreur en estimant que cette construction s'est faite en une seule étape de travaux. Il y aurait eu plusieurs étapes de travaux étalées sur plusieurs siècles. Nous pensons qu'à l'origine, les transepts n'existaient pas. Il devait y avoir une nef à trois vaisseaux et 4 grandes travées, chacune étant partagée en trois travées. Soit en tout, 12 travées. Ces vaisseaux auraient été prolongés côté Est par les trois absides. Par la suite, 2 autres grandes travées auraient été construites côté Ouest dont une pour la nef et une autre pour l’avant-chœur. Ce dernier aurait été prolongé vers l'Ouest, par l'abside semi circulaire (ou 3 petites travées). La dernière étape de travaux aurait permis la construction des transepts, chacun d'eux étant pris sur une grande travée (ou trois petites travées) de nef.

Datation envisagée pour l'église Saint-Michel de Hildesheim : an 800 avec un écart de 150 ans.


Nous terminons cette page par l'analyse des deux dernières images :

Image 17 : Fonts baptismaux en bronze.

Image 18 : Bas-relief cassé en trois morceaux. Il représente la scène classique du tétramorphe. Au centre, une croix pattée inscrite dans un cordon circulaire. À gauche, les symboles de Saint Mathieu (l'ange) et de Saint Marc (le lion), inscrits dans des cercles. À droite, aussi inscrits dans des cercles, les symboles de Saint Jean (l'aigle) et de Saint Luc (le taureau). Mais est-ce bien les symboles des évangélistes que l'on a ici ? En effet, nous ne voyons pas ici de représentation humaine (hormis celle de l'ange). Hormis les ailes sur le dos des animaux, le caractère figuratif est nettement marqué : l'aigle est bien un aigle, le lion un lion, le taureau un taureau, l'homme un homme. Et surtout la caractéristique principale, le livre de l’évangile, n'est pas représenté sur chacun des symboles. Serait-il possible que ce bas-relief, d'aspect antique, ait été fait avant que les évangélistes aient été associés à ces symboles ?