Autres églises de la Vienne susceptibles de dater du Ier millénaire (page 1/2) 

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Les édifices étudiés dans cette page sont : l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul d’Ingrandes, la crypte Sainte-Catherine de Montmorillon, l'église Saint-Laurent et la Maison-Dieu de Montmorillon, l'octogone de la Maison-Dieu de Montmorillon,  l’abbatiale Saint-Junien de Nouaillé-Maupertuis.




L’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul d’Ingrandes-sur-Vienne


Nous n’avons pas eu l’occasion de visiter cette église considérée comme une des plus anciennes du département de la Vienne. Certaines parties dateraient du
Xesiècle. C’est probablement le cas de la façade Ouest construite en petit appareil (image 3). À l’intérieur, les arcs entre les piliers sont à double rouleau, signe d’un art architectural relativement développé probablement postérieur à l’an 900 (image 5) . Inversement, le fait que le vaisseau central et les collatéraux soient réunis sous un même toit à deux pentes milite en faveur d’une église primitivement charpentée puis voûtée ultérieurement. L’église primitive pourrait donc être antérieure à l’an mille.

Datation envisagée : an 950 avec un écart de plus de 100 ans.




Les fresques de la crypte Sainte-Catherine à Montmorillon


Les fresques romanes de Montmorillon sont bien connues des amateurs d’art roman. Nous sommes étonnés que les divers sites Internet ne les mentionnent pas. Ou très peu. Nous n’avons pas pu visiter la crypte Sainte-Catherine et les quelques images recueillies sur la toile sont insuffisantes pour une description détaillée.

Tout au plus peut-on remarquer que cette crypte Sainte-Catherine n’est pas une crypte. On observe sur l'image 8, derrière le maître autel, une fenêtre ébrasée. Assurément, cette abside n’était pas enterrée à l’origine. Il y avait là une chapelle située au dessus du sol. On remarque que la fenêtre n’a pas été modifiée depuis la pose des fresques. Bien souvent en effet, les fenêtres subissent des transformations. Ce n’est pas le cas ici : cette fenêtre clairement délimitée s’intègre bien au décor qui l’entoure. L’existence d’une fenêtre unique et axiale, l’étroitesse de cette fenêtre et l’absence de décor sculpté sont les signes d’une ancienneté dans l’art roman. D’autres éléments militent aussi en faveur d’une ancienneté. Tel par exemple l’Agnus Dei de l'image 9. Il est représenté associé à une croix pattée. Des images analogues sont présentes à Ravenne au VIIeou VIIIesiècle. Remarquer au passage que cet agneau ressemble plus à un cheval qu’à un agneau. Y a-t-il là une symbolique que nous ignorons ?

Inversement, d’autres figures de cette fresque font penser à des œuvres plus tardives. Ainsi les traits de la Vierge Marie ou de saintes femmes font penser à des créations du XIIIe, voire du XIVe siècle. Nous sommes donc un peu dans l’expectative.

Datation envisagée pour les fresques de la crypte Sainte-Catherine à Montmorillon : an 1100 avec un écart de 200 ans.


Ajout postérieur (octobre 2022)

Nous avons profité d'un court voyage dans le Centre de la France, en septembre 2022, pour visiter la petite ville de Montmorillon. Plus exactement, tenter de visiter.
Car dans cette agglomération qui se proclame être la « Cité du Livre » et qui, effectivement, accueille bon nombre de librairies, les églises sont fermées au visiteur occasionnel. Nous n'avons pas pu entrer dans l'église Notre-Dame et sa crypte Sainte-Catherine décorée de fresques romanes. De même, nous n'avons pu pénétrer dans l'église Saint-Laurent. Quant à l'Octogone de la Maison-Dieu, but de notre visite, nous n'avons pu le voir qu'à travers une grille (image 19) et seules quelques images issues d'Internet permettent de le visualiser (images de 20 à 24).




L'église Saint-Laurent et la Maison-Dieu de Montmorillon

L'image 10 permet d'avoir une vue d'ensemble de la Maison-Dieu avec, en haut à gauche, le chauffoir et l'église Saint-Laurent, au milieu, les anciens bâtiments monastiques, et, en bas à gauche, l'Octogone de la Maison-Dieu, église qui serait dédiée à Notre-Dame.

Image 11 : l'église Saint-Laurent.

Image 12 : Plan de l'église Saint-Laurent. On constate que la façade Ouest est oblique par rapport à la nef.

Image 13 : La façade occidentale. Si le portail est roman (un art roman tardif), la grande fenêtre supérieure semble être le résultat d'une restauration moderne. Au-dessus de cette fenêtre et en dessous du pignon du toit, une frise formée de bas-reliefs rectangulaires court sur toute la largeur de la façade.

Image 14 : Détail de la frise de la façade occidentale. Elle est très dégradée et les différentes scènes sont difficiles à identifier. Le style semble être celui de transition entre le roman et le gothique (XIIe-XIIIe siècles). À l'inverse, la corniche à modillons aux têtes grimaçantes apparaît nettement postérieure, de tradition baroque. On déduit de ces observations que, très probablement, cette façade occidentale est le résultat d'une restauration relativement récente, les panneaux romans de la frise ayant fait l'objet d'un réemploi. Ce genre de décor extérieur par une frise continue est relativement rare. On le trouve à Saint-Restitut (Drôme), à Beaucaire (Gard), à la cathédrale de Strasbourg (Bas-Rhin), à Andlau (Bas-Rhin),... Il est le plus souvent posé sur le pourtour d'un ouvrage Ouest. Initialement, la rareté de ce décor nous avait fait envisager une grande ancienneté. Mais le style de la plupart de ces panneaux relève du XIIe ou XIIIe siècle.

Image 15 : La présence d'un grand arc au rez-de-chaussée du clocher permet de penser qu'initialement, il y avait là un porche. Le clocher, dont la partie inférieure devait être accessible à tous, était donc probablement isolé par rapport à la façade primitive.


Image 16 : Sur la façade Sud de l'église, tout à côté du clocher, on peut voir deux grands arcs. Selon nous, ces arcs témoigneraient de l'existence d'une nef primitive à trois vaisseaux. Cette nef aurait été transformée en une nef à un seul vaisseau par suppression des collatéraux et remplissage des grandes baies des murs porteurs du vaisseau central.

Image 17 : Cette porte est située à l'intérieur de la baie murée de gauche de l'image précédente. Il s'agit d'une porte manifestement romane. On en conclut que la nef primitive à trois vaisseaux est antérieure à la période romane.

Datation envisagée pour l'église Saint-Laurent de Montmorillon : an 800 avec un écart de 200 ans.


Image 18 : Le chauffoir. Il daterait du XVIIe siècle. Cela nous surprend un peu car nous ne connaissons pas d’œuvre semblable datée du XVIIe siècle. Pat contre, il ressemble aux cuisines de Fontevraud, bâtiment quant à lui daté du XIIe siècle. Par manque de connaissances sur ce monument, nous ne pouvons cependant pas contester la datation.




L'octogone de la Maison-Dieu de Montmorillon (images de 19 à 24)

Voici ce qu'en dit la page du site Internet Wikipédia qui lui est consacrée (extraits) :

« L'octogone de Montmorillon est une chapelle romane cimétériale du XIIe siècle de la ville de Montmorillon (Vienne). Elle possède une double élévation, étant construite sur un ossuaire. Elle fait l’objet d’un classement au titre de monument historique, par la liste de 1840.

Elle faisait partie des monuments de l'enceinte d'une Maison-Dieu fondée vers 1080-1085. Enfin, diverses sources font état – à l'endroit même de l'Octogone – d'un lieu déjà sacralisé, sous la Gaule romaine, voire à des périodes antérieures. Mais, jusqu'à présent, aucune fouille sérieuse n'a jamais été effectuée en ces lieux qui infirmerait ou confirmerait ces possibilités, bien que nombre de passionnés y aillent de leurs interprétations personnelles
. [...] »

Nous conseillons au lecteur de lire la suite qui contient des détails intéressants. Cependant, nous sommes en désaccord avec certaines des conclusions, comme si rien n'avait été construit entre le IIIe siècle et le XIe siècle, soit en tout 8 siècles. Concernant ce monument, nous estimons qu'il s'apparente à de nombreux monuments identifiés en Europe : les édifices à plan centré circulaire ou polygonal à deux étages, dont l'exemple le plus important est la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle. Nous pensons que ces monuments étaient à l'origine des parlements. C'est-à-dire des endroits où l'on se parle. Ces édifices étant considérés comme essentiels à la communauté, ils ont pu par la suite être employés pour d'autres fonctions (tombeau du fondateur, baptêmes collectifs).

Datation envisagée pour l'octogone de Montmorillon : an 800 avec un écart de 200 ans.




L’abbatiale Saint-Junien de Nouaillé-Maupertuis


Le site Internet Wikipedia nous fournit ces quelques renseignements sur l’histoire de cette église : « À la fin du VIIe siècle, des religieux provenant de Saint-Hilaire de Poitiers quittèrent la ville pour chercher le silence à une quinzaine de kilomètres de Poitiers. Ils s'installèrent près d'un cours d'eau : Le Miosson.

Au début du IXe siècle, les moines adoptèrent la vie communautaire. À partir de 808, ils se séparèrent de l'abbaye de Saint Hilaire, en adoptant la règle de Saint Benoît.

Dès cette origine, l'abbaye est conçue comme un édifice imposant et indépendant. De ce premier établissement monastique, il a été retrouvé un pavage en terre cuite aux motifs imprimés avec des poinçons en bois gravés. Des plaques gravées d'entrelacs, insérées dans les murs de la crypte, datent aussi de cette époque.

En effet, au début de ce IXe siècle, l'abbé Godelin avait fait construire une nouvelle église qui a été dotée d'une crypte pour recevoir le tombeau de Saint-Junien (ou Saint Julien), fondateur du monastère poitevin de Marié-Lévescault. La translation des reliques a lieu en 830. Cette crypte aménagée sous le choeur de l'église en reprendrait probablement le plan. Elle possède un chevet plat où s'inscrivent l’abside en hémicycle et les absidioles séparées par deux petites salles rectangulaires qui s'apparentent aux «secretaria» que l'on trouve dans les basiliques orientales.
»


La façade Nord de l’abbatiale, visible sur l'image 26, présente les traces de plusieurs transformations que l’on doit arriver à repérer grâce à cette image 26. Cette façade devait se développer sur trois niveaux. Pour chaque travée, on trouve au niveau inférieur deux grands arcs. Au niveau moyen, deux baies aveugles géminées. Au niveau supérieur, une grande baie protégée par un arc en plein cintre. Cette structure harmonieuse a été perturbée par le percement d‘une grande porte au niveau de la deuxième travée. Puis, nouvelle modification, de puissants contreforts sont accolés au mur de façade. Ils sont surmontés d’arcs brisés. Ces contreforts et arcs ont servi à doubler l’épaisseur des murs. Sans doute pour permettre l’installation de voûtes.

La partie du plan de l'image 28 correspondant au chevet, reproduirait, si l’on en croit le texte ci-dessus, le plan de la crypte. Les parties extérieures des absides seraient à plan carré. Les parties intérieures seraient circulaires. Ce type de chevet est, selon nous, très rare. En conséquence, il pourrait caractériser une église bien plus ancienne que le IXesiècle.

Cependant parmi les images que nous avons recueillies, aucune ne confirme une telle ancienneté. Aussi, dans l’attente d’une meilleure connaissance de cette église, nous proposons la datation suivante : an 1050 avec un écart de 100 ans.