La basilique Saint-Apollinaire in Classe de Ravenne
La page du site Internet Wikipedia
consacrée à cet édifice nous apprend ceci :
« La
basilique Saint-Apollinaire in Classe est une
basilique du VIesiècle, située à Classis (en
italien Classe), ancien port antique de Ravenne,
aujourd'hui ensablé. [...]
Histoire : Commencée
par l'évêque Ursicinus, l'église fut inaugurée le 9 mai
549 par l'évêque Maximien. Les travaux ont été financés
par le banquier Julianus Argentarius. [...] La ville (de
Ravenne) était en partie peuplée par des Byzantins, dont
beaucoup venaient des provinces orientales de l’empire, et
dont faisait partie Apollinaire de Ravenne, venu
d'Antioche à la fin du I er ou au début du IIesiècle.
Apollinaire rassembla la première communauté chrétienne de
Ravenne et en fut le premier évêque. La basilique de
Classis fut bâtie sur son tombeau, mais ses ossements
furent transférés au milieu du IXesiècle à
Saint-Apollinaire-le-Neuf dont la position centrale près
du palais offrait une meilleure sécurité, à l'abri
d'éventuelles incursions ou pillages.
Extérieur
: Les murs extérieurs de l'église, très simples,
sont composés de briques rouges très plates (48 x 4 cm),
caractéristiques des édifices de Julianus Argentarius,
comportant des joints de mortier blanc, eux-mêmes de 4 cm
d'épaisseur, qui donnent à l'église son aspect bicolore.
L'entrée est surmontée d'une fenêtre à trois arcs. Elle
est précédée d'un narthex, qui succède au quadriportique
d'origine. Le campanile cylindrique du Xesiècle
comporte des ouvertures à un, deux et trois arcs. »
Nous avons deux remarques à faire au sujet du texte
ci-dessus. Pour la première, on nous dit que «
La ville (de Ravenne) était en partie peuplée par des
Byzantins,
[...] dont faisait partie Apollinaire [...] à
la fin du I er ou au début du IIesiècle.
». Bien que la ville ait probablement existé au
début du IIesiècle, son importance était
négligeable en cette période. La période dite « byzantine »
est nettement plus tardive, à partir du Vesiècle.
Seconde remarque : nous ne connaissions pas le texte de
l'acte mentionnant le nom de Julianus Argentarius. mais nous
pensons qu'il peut y avoir eu confusion sur le mot
Argentarius, qui pourrait désigner non pas un nom de famille
mais une fonction : argentier. Julianus ne serait pas un
financier mais un fonctionnaire chargé de lever les fonds.
Poursuivons notre lecture de la page de
Wikipedia :
«
Intérieur : L'intérieur (55,58 × 30,30 m) est à
trois nefs délimitées par deux rangées de 12 colonnes de
marbre grec, surmontées de chapiteaux byzantins. Le
plafond a perdu ses caissons d'origine, et les anciennes
mosaïques de sol ont disparu. [...] »
Nous avons visité cette église, ... mais c'était il y a près
de trente ans ! Autant dire que les souvenirs que nous en
avons sont flous et les photos que nous avons prises sont
définitivement perdues. Les images de cette page sont
extraites d'Internet.
Comme le dit le texte d'Internet, sa nef est à trois
vaisseaux. Les trois vaisseaux sont charpentés.
Les piliers porteurs du vaisseau central sont cylindriques
(de type C0000).
Ce sont des colonnes monolithes en marbre. Les chapiteaux
sont corinthiens. Les arcs reliant les piliers sont simples
(images 6, 7 et 8).
À cela il faut ajouter le fait que le chevet est constitué
d'une grande abside. Il existe aussi deux absidioles
accolées à deux salles rectangulaires situées dans le
prolongement des collatéraux, mais il est possible que ces
absidioles soient un ajout ultérieur (image
5).
Enfin on note qu'il n'y a pas de transept. Tous ces éléments
permettent d'envisager une très haute datation selon les
critères que nous nous sommes fixés. Certes, comme on nous
le dira : « on le savait déjà ». Cela étant dit, nous
rappelons que nous nous fions aux données architecturales et
non aux données scripturaires.
Il est cependant une réflexion que nous devons faire : « La
mariée ne serait-elle pas trop belle ? ». Nous sommes en
présence d'une belle église avec des colonnes toutes
identiques et des chapiteaux tous identiques. Une église qui
serait vieille de pus de 1500 ans. Et à côté de cela, en
faisant le récapitulatif des pages précédentes décrivant des
monuments d'Italie, on découvre des églises exactement
pareilles à celle-ci (nefs à trois vaisseaux charpentés,
vaisseau central porté par des colonnes cylindriques en
marbre, absence de transept; etc.). La plupart du temps ces
églises sont datées du XIesiècle (sans que
l'on sache exactement pourquoi). Donc des églises supposées
être vieilles de 800 ans. Et des églises en mauvais état
(colonnes et chapiteaux dépareillés, présence de
contreforts, ajouts postérieurs). Nous sommes donc autorisés
à nous poser des questions. Non pas sur ces églises en
mauvais état, car nous trouvons naturel qu'un bâtiment vieux
de 1500 ans (et non 800) ait subi des modifications au cours
des siècles, mais sur Saint-Apollinaire in Classe et aussi
Saint-Apollinaire-le-Neuf, que nous examinerons dans la page
suivante. En conséquence, nous pensons que ces deux églises
ont été très probablement fortement restaurées.
Reprenons notre lecture de la page de Wikipedia :
« Abside
: La mosaïque de l'abside comporte deux parties (image
7). La partie supérieure (images
9, 10, 12) présente au spectateur une version
très élaborée de la Transfiguration. Au centre de la
composition, une croix gemmée est inscrite dans un grand
médaillon sur un fond de ciel étoilé. Au croisement des
bras de la croix, figure un petit médaillon qui représente
la tête du Christ (image
13). À son sommet, le mot grec ????? (poisson)
est l'acrostiche bien connu de l'expression « Jésus-Christ
Fils de Dieu Sauveur ». Au pied de la croix, on peut lire
l'inscription latine « Salus Mundi » (le salut du monde).
Au-dessus du grand médaillon, la main de Dieu émerge d'un
ciel rempli de nuages. Les prophètes Élie et Moïse qui
apparaissent sur les côtés de la croix, font partie du
récit de la Transfiguration dans l’évangile selon Saint
Mathieu. Sous le médaillon, trois agneaux dans une prairie
verdoyante, le museau levé vers la croix, symbolisent les
apôtres Pierre et les deux frères Jacques le Majeur et
Jean, qui se trouvaient aux côtés de Jésus lors de la
Transfiguration.
Dans la partie
inférieure, au milieu d'un pré fleuri, saint Apollinaire
est représenté dans l'attitude de l'orant, les bras levés
et les mains ouvertes, dans une prière d'intercession vers
le ciel. L'évêque, vêtu de l'habit sacerdotal et portant
le pallium épiscopal, est entouré de douze agneaux,
figurant les fidèles qui suivent leur berger
(image 11).
Entre les fenêtres de
l'abside, quatre évêques ravennates, Severus, Ecclesius,
Ursus et Ursinus (image
21), sont représentés dans des niches à
coquille. De part et d'autre des fenêtres, se trouvent
deux panneaux datant de la seconde moitié du VIIe
siècle. Le premier réunit autour d'un autel trois
personnages de l'Ancien Testament, le roi-prêtre
Melchisedech tenant un pain, Abel tenant un agneau et
Abraham prêt à sacrifier son fils Isaac (image
19). Le deuxième représente l'empereur
Constantin IV flanqué de ses frères Heraclius et Tiberius,
remettant au diacre Reparatus un document conférant
l'autocéphalie à l'église de Ravenne. »
Nous n'avons pas grand-chose à ajouter à cette description.
Nous renouvelons cependant notre hypothèse selon laquelle
cette église a été fortement restaurée. En conséquence, il
est possible que des pans entiers de mosaïques aient été
entièrement refaits. Nous pensons que ce doit être le cas en
ce qui concerne les processions d'agneaux. Il est fréquent
de rencontrer dans l'iconographie byzantine des processions
de serviteurs, de saints ou de saintes. La restauration des
mosaïques de ces scènes de procession est relativement
facile, puisqu'il suffit de reproduire une image de
personnage conservée intacte. Cependant, à l'origine, les
images n'étaient pas absolument identiques : elles se
différenciaient par de menus détails.
Selon nous, les trois grandes baies de cette partie
inférieure de l'abside ne sont pas d'origine. Les absides
paléochrétiennes étaient entièrement recouvertes de fresques
ou de mosaïques. Pour nombre d'entre elles - et ce doit être
le cas de Saint Apollinaire in Classe - des fenêtres ont été
percées ultérieurement. Dans le cas présent, il devait y
avoir non pas 4 évêques représentés mais 12. Disposés non
dans des niches mais sous des arcades. Les 8 mosaïques
d'évêques auraient disparu lors du percement des fenêtres.
Bien sûr, ce que nous disons là ne sont que des hypothèses
devant être soumises à discussions et à vérifications.
Reprenons la lecture du site Internet :
« Arc
triomphal : La décoration de l'immense arc
triomphal a été modifiée à une date inconnue, entre le VII
e et le IXe siècle. Le médaillon
central montre une image du Christ bénissant, au regard
fixe, fronçant le sourcil (image
16). En arrière-plan, sur fond de ciel aux
nuages alternativement bleus et rouges, flottent les
symboles des quatre évangélistes : l'aigle de Jean (image 14), l'homme
ailé de Mathieu (image
15), le lion de Marc (image
17) et le taureau de Luc (image
18). Au registre inférieur, douze agneaux,
symbolisant les apôtres, quittent les cités de Jérusalem
et de Bethléem pour rejoindre le Christ. À la naissance de
l'arc, se détachent des palmiers chargés de dattes sur
fond de ciel bleu foncé. Ces représentations, ainsi que
celles des archanges Michel et Gabriel (image
20), visibles sur les montants de l'arc, sont
caractéristiques de l'art du VIe siècle,
tandis que les évangélistes Matthieu et Luc, qui
apparaissent sous la forme de symboles personnifiés, ne
sont probablement pas antérieurs au XIIe
siècle. »
Là encore, nous n’avons pas grand chose à ajouter. Si ce
n'est une question de date. Les auteurs du texte de
Wikipedia ont, semble-t-il, bien vu que la décoration de cet
arc triomphal ne pouvait dater du VIesiècle
(hormis les parties situées à la naissance de l'arc,
palmiers et archanges). En effet, le tétramorphe (Christ
entouré des symboles des évangélistes) n'est pas représenté
au VIesiècle. Du moins pas sous cette forme,
mais sous la forme d'un seul être hybride à la fois homme,
taureau, lion et aigle. Le tétramorphe sous la forme de
personnages séparés apparaîtra plus tard à partir du IXesiècle
après les Commentaires
sur l'Apocalypse du moine Beatus de Liebana.
Cependant, les datations qui sont proposées (entre
le VIIe et le IXe siècle, pas
antérieurs au XIIe siècle) sont
contradictoires et accréditent l'idée que ces mosaïques
pourraient dater du Moyen-Âge. Nous pensons que, dans sa
globalité, cette représentation du tétramorphe ne date pas
du Moyen-Âge. En effet, les représentation moyenâgeuses du
tétramorphe obéissent à un stéréotype : le Christ est assis
ou debout, inscrit dans une mandorle symbolisant le Ciel. Il
est entouré par les quatre symboles disposés en cercle. Or
ici, pas de mandorle, pas de cercle, pas de structure
organisée autour du Christ. Nous ne retrouvons pas la
représentation classique du tétramorphe telle qu'on peut la
voir sur nombre de pages de notre site. Par contre on peut
voir, y compris sur notre site, des images de symboles
d’évangélistes isolés, indépendants entre eux et détachés de
la figure centrale du Christ. Ils se trouvent sur des
chaires à prêcher du XVIIIesiècle. Nous pensons
donc que ces mosaïques du tétramorphe pourraient dater du XVIIe ou XVIIIesiècle.
Datation
envisagée pour la basilique Saint-Apollinaire in
Classe de Ravenne : an 550 avec un écart de 150 ans.