La basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf de Ravenne 

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Nous avons, dans les pages précédentes, abondamment décrit les divers problèmes concernant les monuments de Ravenne. Nous ne reviendrons pas là-dessus.

La page du site Internet Wikipedia consacrée à cet édifice nous apprend ceci :

« La basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf (Sant'Apollinare Nuovo) est un des édifices religieux de la ville de Ravenne, construite au début du VIesiècle par Théodoric le Grand, à proximité de son palais, à l'origine pour le culte arien, religion de sa cour et de son peuple. Elle tenait lieu d'église palatine et était alors dédiée au Sauveur.

La conquête de Ravenne par les Byzantins, en 540, vit le début d'une restauration de l'orthodoxie catholique, au cours de laquelle les édifices précédemment liés aux Goths et à l'arianisme furent fermés ou reconvertis.

De ce point de vue, la basilique est emblématique, puisque le bandeau continu situé au-dessus des arcs de la nef présentait, sur toute sa longueur, un immense cycle de mosaïques illustrant des thèmes propres à l'arianisme. L'évêque Agnellus ordonna donc leur destruction et une redécoration radicale, dans laquelle ne furent conservés que les ordres les plus hauts, représentant la Vie du Christ, les saints et les prophètes, alors que ne subsistèrent dans la partie basse, la plus visible pour l'observateur, que les deux vues du port de Classis et du Palatium de Théodoric. Tous les portraits, représentant probablement le roi et sa cour, ont disparu. [...]  »


L'existence de deux basiliques dédiées à Saint Apollinaire permet d'envisager la situation suivante. D'une part, les villes de l'Antiquité tardive et du Haut-Moyen-Âge rassemblaient des populations d'origines diverses réparties sur des quartiers distincts. Ainsi Ausone dit de Toulouse que cette ville a réussi l'exploit de réunir cinq villes en une seule. On peut envisager la situation suivante. Si, parait-il, l'empereur Constantin premier était proche de l'hérésie arienne sans pour autant y adhérer totalement, certains de ses successeurs ont favorisé cette hérésie. Les empereurs étaient en charge de l'armée. Il se pourrait donc que le port militaire de Classe et sa basilique Saint-Apollinaire aient été acquis à l'hérésie arienne. Mais plus tard, les empereurs byzantins sont revenus à l'orthodoxie chrétienne. Par contre, les Goths peuples auxiliaires, étaient restés ariens. Il y aurait eu déménagement des reliques de Saint Apollinaire vers le quartier réservé aux Goths et construction d'une nouvelle basilique réservée au culte arien, Saint-Apollinaire-le-Neuf.


Nous poursuivons la lecture de la page de Wikipedia :

« Description : La basilique est bâtie sur un plan à trois nefs. Elle est dépourvue de portique et précédée du seul narthex. [...] À droite du narthex, se détache un campanile haut de plus de 38 m, de brique, de plan circulaire, ajouré de fenêtres simples, puis doubles, enfin triples, selon une disposition classique de la région.

La nef centrale donne accès à deux bas-côtés par douze paires d'arcs soutenus par des colonnes. Elle se termine par une abside semi-circulaire, en cul-de-four.

L'abside : détruite par un séisme, a été reconstruite, et se trouve donc entièrement privée des mosaïques qui l'ornaient, sans doute dans le style de celles que l'on peut encore admirer dans la basilique Saint-Apollinaire in Classe. »


Nous retrouvons ici toutes les caractéristiques d'une basilique du VIesiècle, décrites dans la page précédente sur Saint Apollinaire in Classe (images 1, 2, 3 , 4, 6).

Remarque : nous n'avons pas visité cette église. Les images de cette page proviennent d'Internet.


« Mosaïques

Comme toutes les églises de Ravenne de la période impériale (jusqu'en 476), ostrogothique (jusqu'en 540) et justinienne (à partir de 540), la basilique Sant'Apollinare Nuovo est ornée de merveilleuses mosaïques polychromes. Ces mosaïques n'appartiennent pas toutes à la même époque : les unes remontent à Théodoric, et d'autres à la redécoration voulue par l'évêque Agnello, lors de la conversion de l'édifice au culte catholique.

Les murs de la nef centrale présentent trois zones bien distinctes de décoration en mosaïques.

Mosaïques du registre inférieur

Le palais de Théodoric : (image 13) Le registre inférieur des mosaïques est le plus important, mais aussi le plus altéré. Le bandeau droit (en regardant vers l'abside) s'ouvre par une figure du fameux palais de Théodoric, identifiable par l'inscription latine PALATIVM (palais) lisible au bas du fronton.


L'intérieur du palais est représenté en perspective rabattue : ce que l'on voit correspond à trois faces du péristyle, juxtaposées de face sur un seul plan, comme si elles étaient dépliées. Entre les colonnes sont disposés des rideaux blancs brodés d'or qui remplacent des personnages effacés, voués à ce que les Anciens appelaient damnatio memoriae : ont ainsi disparu, laissant à peine, çà et là, quelques différences de couleurs dans la mosaïque, Théodoric (de manière quasi certaine), mais aussi son entourage et les membres de sa cour. Plusieurs des colonnes ont même conservé leurs mains que, curieusement, l'on n'a pas pris la peine d'effacer (image 17).

Les colonnes qui soutiennent les arcs de l'édifice sont blanches et élancées, évoquant le marbre, et sont surmontées de chapiteaux corinthiens. Au-dessus des arcs, sont figurés des anges qui tendent des festons de rameaux et de fleurs, en une longue ligne de basses arches protégées par des garde-corps et surmontées de tuiles. Il s'agit probablement d'une longue terrasse couverte.

À la partie supérieure du panneau, au-dessus des toits du palais, sont figurés des monuments circulaires ou à plan basilical, qui représentent symboliquement la ville de Ravenne.


Le port de Classis : Le bandeau gauche s'ouvre par un grand panneau figurant le port de Classis (ancien port de Ravenne, aujourd'hui ensablé à l'intérieur des terres), qui était à l'époque le plus important de tous les ports de l'Adriatique et une des places principales de la flotte impériale romaine. À gauche, trois navires superposés sont amarrés au calme, dans une inhabituelle perspective aérienne, sur un fond d'eau azuré.

Ils sont protégés des deux côtés par un haut rempart de maçonnerie bardé de tours ; puis la muraille crénelée se prolonge, abritant différents bâtiments stylisés : un amphithéâtre, un portique, un autre bâtiment civil de plan circulaire, couvert d'un toit conique, et une église à narthex. À droite, au-dessus de l'entrée de la ville, on peut lire les mots latins : CIVI(tas) CLASSIS (cité de Classis) (images 5 et 6).


Les vierges et martyrs : Les deux longues processions des saints martyrs (images 12, 14, 15, 16) et vierges (images 7,8, 9, 10) qui se font face, toujours au registre inférieur, réalisées lors la domination byzantine (alors que Ravenne était un exarchat dépendant de Constantinople), mettent en évidence les traits du style byzantin de l'Empire d'Orient : répétition des gestes et des attitudes, préciosité de l'habillement, absence de volumes et aplatissement des figures en deux dimensions, et aussi vue de front, fixité du regard, fonds monochromes éblouissants d'or, utilisation de motifs végétaux purement décoratifs et absence de plans de soutien des personnages, qui apparaissent comme flottant dans l'espace. Au bas des vêtements des martyrs, figurent des lettres dont le sens n'a pas été élucidé (images 14 et 15). »

À remarquer la procession des mages en direction de la Vierge (images 10 et 11 ). Ces mages ainsi nommés SCS BALTHASSAR, SCS MELCHIOR, SCS GASPAR sont considérés comme des saints bien que ne portant pas d'auréoles (SCS= Sanctus). De même ils ne sont pas coiffés d'une couronne mais d'une sorte de bonnet phrygien : ce ne sont pas encore les « rois mages ».

À observer aussi que les saints et vierges de cette procession portent chacun une couronne. Toutes les couronnes sont différentes. Nous pensons que ces images de processions de porteurs sont descriptives d'une réalité. De telles cérémonies devaient exister en leur temps. Nous avons même envisagé qu'elles auraient pu donner naissance aux légendes de saints céphalophores (saints décapités portant leurs propres têtes) : les prêtres processionnaires portant des couronnes, mais aussi peut-être des globes ou des têtes en marbre (empereurs romains), ou des chefs reliquaires, auraient été décrits comme des saints portant leurs propres têtes.


« Mosaïques du registre médian

Le registre médian alterne avec les fenêtres qui encadrent de solides figures de saints et de prophètes aux longues robes ombragées et délicatement drapées. Ils apparaissent nettement en perspective, malgré le fond d'or indéfini sur lequel ils se détachent (images 4, 7 et 9).


Mosaïques du registre supérieur

Le registre le plus élevé est décoré de panneaux alternant des motifs à deux colombes et des scènes du Nouveau Testament (au-dessus des fenêtres), montrant la Vie du Christ. Celles-ci sont traitées en détail, alors que leur situation n'en rend pas la lecture aisée. Certaines de ces scènes donnent une idée de l'évolution de l'art de la mosaïque au temps de Théodoric. La scène du Christ séparant les chèvres des brebis rappelle celle du Bon Pasteur du Mauisolée de Galla Placidia, mais, à un siècle de distance, les différences sont notables : elles ne sont plus disposées dans un espace en profondeur, mais semblent plaquées les unes sur les autres, avec de nombreuses simplifications ; par exemple, certains animaux n'ont pas de pattes (image 18).


La frontalité rigide et la perte de la perception des volumes donnent au Christ et aux anges une allure hiératique. Dans le panneau figurant la Cène, le Christ et les apôtres traités à la manière des représentations paléochrétiennes romaines, et les personnages sont proportionnés en raison de leur importance hiérarchique, comme dans l'art tardif « provincial » ou « plébéien » (image 19).  »

À voir aussi :

Image 21 : Le miracle de la guérison par Jésus du paralytique.

Image 22 : Le Baiser de Judas.

Image 24 : Le miracle de la Multiplication des pains et des poissons.

Entre ces scènes bibliques sont intercalées des représentations de coupoles avec vue sur l'intérieur éclairé par un lustre. Une croix encadrée par deux oiseaux (rappel du symbole classique des « oiseaux au canthare ») est placée au sommet de la coupole (image 20).


Datation envisagée pour la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf de Ravenne : an 550 avec un écart de 150 ans.