La cathédrale Notre-Dame-de-l’Annonciation du Puy-en-Velay
La cathédrale du
Puy-en-Velay est un monument très connu. Le Puy-en-Velay est
un grand site de pèlerinage. C’est aussi le point de départ
d’un des Chemins de Compostelle. En conséquence, les
descriptions sont nombreuses et bien documentées. Nous
conseillons au lecteur intéressé de se reporter à ces
descriptions. En particulier, à celle donnée pat la page «
Cathédrale Notre-Dame-de-l’Annonciation du Puy-en-Velay » du
site Internet Wikipedia. Quant à nous, nous ne commenterons
que les parties de ce bâtiment susceptibles de dater du
premier millénaire.
L’extérieur de la
cathédrale
Nous savons par les sites Internet que cette cathédrale a
été profondément remaniée au XIXesiècle.
Certains de ces sites disent même « presque
totalement reconstruite à l’identique ».
Nous allons essayer de voir, dans la mesure de notre
possible, quelle pourrait être la vérité de ces
affirmations.
L'image 6 montre
quel était l’état de la façade Ouest avant les
restaurations. Par comparaison avec les images
3, 4 et 5, on réalise que ces deux façades,
l’ancienne et la nouvelle, sont pratiquement identiques.
Reste à savoir si on est en présence de la façade originale
ou de sa reproduction à l’identique. Nous examinerons cette
question un peu plus loin.
Par comparaison entre les images
8 et 10, on réalise que les deux travées les plus
proches du transept ainsi que le transept et la tour
octogonale de croisée ont été conservées. Par contre, les
travées Ouest partiellement arasées ont été rétablies au
niveau primitif.
L'image 7 est une
vue en coupe de l’église. La particularité de cette église,
c’est qu’on n’y rentre pas au niveau de la nef, mais par
dessous et au milieu de la nef. Considérons l'image
7 : l’entrée s’effectue à gauche au niveau le
plus bas. On gravit des escaliers pour accéder à une
première salle au plafond élevé (salle aux
« Évangélistes » : image
11). On gravit de nouveau des escaliers pour
accéder à une deuxième salle (image
13). On gravit encore des escaliers pour une
troisième salle. Puis une quatrième salle ... et on se
retrouve au milieu de la nef, face à la partie la mieux
conservée.
Le porche Ouest
Revenons à l'image 11 :
on y voit à gauche, porté sur une console, le lion symbole
de l’évangéliste Saint Marc et, à droite, toujours porté sur
une console, l’ange, symbole de Saint Mathieu. Et sur l'image 12,
c’est le symbole de l’évangéliste Saint Jean. Ces
sculptures datent selon nous du XIVesiècle.
Par contre, les chapiteaux situés à côté sont nettement
antérieurs. Nous pensons donc qu’il y a eu deux étapes dans
la construction de cette salle. Dans un premier temps, cette
salle n’était probablement pas voûtée. Elle aurait été
voûtée ultérieurement après avoir installé les symboles des
évangélistes sur les corniches ou les tailloirs des
chapiteaux. On aurait fait porter les voûtes sur des
croisées-ogives posées sur les symboles des évangélistes.
Ces seuls aménagements permettent d’affirmer que cette
partie est d’origine et n’a pas été « refaite
à l’identique ». Une réfection «
à l’identique » n’aurait pas été faite exactement à
l’identique. Sur l'image
12, la
corniche supportant l’aigle aurait été alignée avec les
corniches voisines.
Mais ce n’est pas tout : les fresques dites « byzantines »
des images 14 et 15 sont
datables du XIIeou du XIIIesiècle.
Mais c’est l'image 16 qui
est la plus révélatrice. Que voit-on en effet : trois arcs
décentrés. Nous pensons que le deuxième arc est le plus
ancien. Notre idée est que la première travée côté Ouest est
postérieure à la deuxième travée. Le troisième arc situé en
premier plan aurait été superposé au second avec un décalage
des deux arcs, qui se retrouvent entrecroisés.
Primitivement, il ne devait pas y avoir de fermeture de la
baie. On a décidé d’installer une porte. Cette porte, on l’a
mise au centre de la baie. Mais ce centre n’est pas le même
que celui de chacun des deux autres arcs. Ceci explique que
l’arc situé au-dessus de la porte n’est pas concentrique
avec les deux autres arcs.
On retrouve le même type d’anomalie sur la baie suivante (images 17 et 18).
Ainsi, sur l'image 18, le chapiteau est en
partie recouvert par une corniche.
L’intérieur de la nef de la cathédrale
Les images 19, 20, 21, 22,
23 et 24 nous donnent une idée de l’intérieur de
cette nef. La partie la plus étonnante est le transept (image 24). En
particulier, le pilier supportant la croisée du transept (image 25). Il s’agit
là de quelque chose d’exceptionnel. Et de totalement
déroutant. Comment se fait-il qu’une colonne cylindrique
soit installée au-dessus d’un arc ? Se peut-il que ce pilier
ne soit pas roman (ou préroman), mais construit au XIXesiècle
? Nous hésitons là-dessus. Mais il nous semble peu probable
que lors des restaurations du XIXesiècle, les
restaurateurs aient décidé de détruire intégralement jusqu’à
la base une tour octogonale qui était encore bien stable (image 8).
Le pilier de l'image 26 est
tout aussi surprenant avec ses colonnes insérées dans la
maçonnerie et d’autres colonnes géminées accolées au pilier.
Cette disposition surprenante a cependant déjà été
rencontrée. Ainsi, les colonnes insérées dans la maçonnerie
se retrouvent dans certains monuments de Provence comme le
prieuré de Carluc à Céreste. Quant aux colonnes géminées
installées sur des massifs quadrangulaires adossées aux
piliers, on les retrouve aussi, mais dans d’autres monuments
comme Nant en Aveyron, ou à Sant Pere de Rodes en Catalogne.
Remarquons que, pour ces deux derniers monuments, nous
envisageons une influence wisigothique.
La comparaison avec ces deux monuments ne s’arrête pas là.
Comme à Nant et à Sant Pere de Rodes, on a ici des arcs
simples, des chapiteaux à feuillages stylisés
(images 27, 28, 29, 30).
À remarquer que les deux chapiteaux de l'image
30 formés de deux parties distinctes sont
probablement le résultat d’une habile restauration.
La comparaison avec Nant et Sant Pere de Rodes pose
néanmoins un problème d’importance. Au vu de certains
éléments d’architecture de ces églises (arcs simples,
étroitesse des travées, ....) nous avions estimé qu’ils
étaient antérieurs à l’an mille. Mais le fait que, dans le
cas du Puy, les piliers soient porteurs d’une voûte à
coupole change la donne, car la coupole est, selon nous
beaucoup plus tardive. Nous proposons l’hypothèse suivante :
à l’origine, il existait bien une croisée de transept. Les
quatre piliers supportaient des arcs, qui eux-mêmes
portaient des pans de murs se prolongeant au-dessus des
toits pour donner une tour à plan carré, puis peut-être,
octogonal. Cette tour était seulement charpentée. Elle
aurait été voûtée en coupole ultérieurement, au XIIesiècle.
Mais bien sûr l’hypothèse doit être vérifiée.
Il reste è étudier à l’intérieur de la
cathédrale les absides des croisillons du transept. Là
encore, on assiste à une particularité. Les absidioles ne
sont pas orientées vers l’Est,, mais vers le Nord pour
celles du croisillon Nord, et vers le Sud pour celles du
croisillon Sud. Les images
32 et 33 sont celles des absidioles situées dans
le croisillon Nord. Les chapiteaux des images
34 et 35 sont analogues à ceux vus précédemment.
Sur l'image 36, on peut voir les
pilastres adossés à la nef. Ils sont surmontés d’impostes à
chanfrein vers l’intrados qui, selon nous, sont
caractéristiques d’une période de peu antérieure à l’an
mille.
On sort de la cathédrale par la porte du
porche Saint-Jean issue du croisillon Nord (images
36 et 37). Cette porte est elle aussi
caractéristique d’une période antérieure à l’an mille. L’arc
qui protège la porte s’appuie sur les côtés d’un linteau en
bâtière. Sur ce linteau très dégradé, on distingue le Christ
entouré de ses apôtres. Il n’y a pas de tympan, mais des
plaques représentant le Christ en gloire et deux anges. Ces
plaques sont insérées dans une marquèterie de pierres.
Le clocher (images 39 à
45)
Ce clocher est à étages successifs, en retrait les uns
vis-à-vis des autres. Nous connaissons des clochers
analogues à celui-ci : ainsi celui de
Saint-Léonard-de-Noblat. Les images de l’intérieur du
clocher permettent de comprendre que les étages ont été
installés par phases successives, les murs de chaque étage
supérieur étant posés sur des arcs accolés aux murs des
étages inférieurs.
Les images
46, 47 et 48 sont celles du mur extérieur de
l’abside principale et de l’absidiole Sud. Ce mur a été
fortement restauré. Les bases de ce mur sont ornées de
bas-reliefs d’origine antique.
Porche du For
Lesimages 49, 50, 51, 52,
53, 54 sont celles du porche du For. L'image
53 est celle d’une porte qui, de fait, aurait été
reconstituée. Lors de fouilles, le linteau en bâtière aurait
été découvert. La porte aurait été constituée à partir de ce
linteau. Le chrisme gravé sur ce linteau pourrait peut-être
permettre de la dater.
L’arc situé au-dessus de la porte (image
50) a une forme inusitée. Il pourrait y avoir eu
superposition de plusieurs arcs. De même, on peut voir des
piliers superposés témoins de plusieurs campagnes de travaux
(image 34).
Datation envisagée pour la
Cathédrale du Puy
Cette datation est très délicate dans la mesure où certaines
parties comme le chevet plat pourrait remonter à l’antiquité
tardive. Cependant, ce chevet, très restauré voire trop
restauré, est insuffisamment lisible.
Nous établirons notre estimation de datation à partir des
piliers de croisée du transept : an 900 avec un écart de 150
ans.
Les portes de cèdre
Lorsque nous avons franchi les porche de la façade Ouest,
nous avons eu l’occasion de passer devant deux portes qui
permettent d’accéder à des chapelles (images
16 et 17).
Ces portes se révèlent d’un intérêt exceptionnel. Nous
connaissions auparavant l’existence de ces portes à cause
des caractères « coufiques » qui y seraient représentés.
Certains motifs de décoration font immédiatement penser à de
la calligraphie « arabe » (image
60). Ce n’est pas la première fois que nous
rencontrons une décoration apparentée à la calligraphie
arabe (voir à ce sujet le linteau de Saint-Pierre-de-Rhèdes
à Lamalou-les-Bains dans l’Hérault).
Remarquons tout d’abord que l’auteur de la page Internet du
site Wikipedia semble douter de l’influence arabe sur les
productions artistiques du Puy-en-Velay. Ainsi, il doute de
cette influence concernant les arcs polylobés (Saint-Michel
d’Aiguilhe), la décoration par polychromie de pierres des
façades. Pour cette décoration, il évoque des origines non
arabes comme le porche de Lorsch. Il doute aussi de
l’influence arabe au travers de l’expérience d’un croisé de
retour de Terre Sainte. Nous sommes entièrement d’accord
avec lui sur ce point.
Nous sommes aussi d’accord avec lui sur ses doutes,
d’ailleurs très peu exprimés, concernant la calligraphie
dite « arabe » de ces portes. Par contre, nous ne sommes pas
du tout d’accord avec la conclusion qui en est tirée. Une
conclusion qui n‘est pas du tout exprimée sur le site -
conclusion qui n’est d’ailleurs peut-être pas partagée par
l’auteur - mais qui est flagrante au vu des images : elles
nous apprennent que ces portes n’ont aucun intérêt ! Car si
elles avaient un certain intérêt, elles seraient à l’abri
dans un musée, remplacées par d’autres portes plus neuves.
Plus que cela ! Elles seraient les pièces centrales de ce
musée, assorties de commentaires et d’explications. On
viendrait les voir de très loin.
Car nous sommes en présence d’œuvres méritant une étude
poussée. La première des deux portes contient des scènes de
la vie du Christ (image
55). On repère en haut à gauche la scène du «
Tétramorphe » : le Christ en gloire, tenant une croix hastée
(croix pattée sur une hampe) est entouré des symboles des
évangélistes. À droite, des saints auréolés le désignent de
la main (image 56).
À l’étage inférieur, la scène de gauche pourrait être celle
d’un Portement de Croix. À droite, on identifie facilement
une crucifixion entourée par le Soleil et la Lune sur les
branches de la Croix et, au dessous de ces branches, la
Vierge et, probablement Saint Jean. Notons que ce type de
représentation, le Tétramorphe et la Crucifixion se retrouve
à l’identique sur des miniatures datées du Xeou
XIesiècle. Les scènes sont entourées d’un
décor en entrelacs caractéristique de la même période, voire
antérieur à celle-ci.
Mais revenons à l'image 56
et à la bande écrite située au dessus de la penture
de porte. On y lit successivement, CET suivi d’un S barré
puis A et P liés, O, S, un T et un O liés. Puis sur l’autre
porte un L et un I plus petit posé sur la branche du L. Nous
ne sommes pas du tout des épigraphistes mais il nous semble
lire dans cet alignement de signes le mot APOSTOLI.
Il s’agit là d’une écriture établie avec des caractères
romains mais elle nous semble différente de l’écriture du 11
eou XIIesiècle. Nous la
comparerions plutôt à des écritures préromanes, telles que
celles des manuscrits irlandais du VIIeou VIIIesiècle.
On peut aussi voir des lettres accolées dans des monogrammes
comme celui de Charlemagne. Nous le répétons : nous ne
sommes pas épigraphistes. Mais nous estimons que ces écrits
mériteraient d’être traduits et datés par d’authentiques
épigraphistes.
La deuxième porte (image
57) présente les mêmes éléments caractéristiques
que la première ; les scènes sont toutefois plus difficiles
à identifier. Et il existe une autre différence : la bande
qui entoure ces scènes n’est pas formée d’entrelacs, mais
d’un alignement de panneaux carrés décorés de motifs à
feuillages très stylisés (images
58, 59, 60). Ce sont là, probablement, les divers
signes, qui ont été interprétés comme « arabes », ou «
coufiques ». Nous n’avons jusqu‘à présent pas eu
connaissance du caractère vraiment arabe de ces signes, de
la traduction de l’un quelconque d’entre eux, et à plus
forte raison, de connaître la traduction de l’ensemble.
Aussi, nous posons à nos lecteurs les questions suivantes :
ces signes sont-ils des caractères arabes ? Et si oui,
quelle est leur traduction ? Mais en admettant que le
caractère arabe ne puisse être prouvé, une deuxième question
se pose : ces signes font-ils partie d’un système d’écriture
et non d’un simple élément de décoration ? une écriture
alphabétique ? une écriture idéographique ? Et dans ce cas,
peut-on rapprocher ce système d’écriture d’autres déjà
identifiés ? : écriture runique ? écriture gotique (cette
écriture, avec « gotique » sans la lettre « h », désigne
l’écriture des anciens goths) ?
Nous ignorons si la datation de ces deux portes a été
réalisée. Si cette datation n’a pas été faite, il est facile
d’y procéder : il existe deux méthodes possibles : la
méthode par le radiocarbone C14, la méthode par
dendrochronologie.
Nous estimons que ces deux portes sont de peu antérieures à
l’an mille.
Le baptistère Saint-Jean-Baptiste (
images 61 à 66)
Disons le tout de suite : nous n’avons pu voir que
l’extérieur de cet édifice (images
61 à 63). Les images de l’intérieur sont
extraites d'Internet (images
64 à 66). En observant l’extérieur, la première
réaction que nous avons eue était que cette église, à nef
semble-t-il unique, et orientée, ne pouvait être un
baptistère : tous les baptistères que nous connaissons sont
à plan centré.
L’examen des images de l’intérieur, en particulier l'image
63 de l’abside, et surtout la lecture du plan de
cette église (bâtiment 11 de l'image
9) nous ont fait réviser totalement notre
position. En effet, le plan de l’abside ne correspond en
rien à celui des absides que nous connaissons. L’abside que
nous avons ici est le reste d’un édifice à plan extérieur
carré et à plan intérieur octogonal obtenu par création de
huit conques semi-circulaires ménagées dans l’épaisseur des
murs. Nous sommes donc bien en présence d’un baptistère.
Ultérieurement, trois de ces conques ont été supprimées. Et
une nef a été créée dans le prolongement.
Nous pensons que cette nef (image
66) devait être à trois vaisseaux, mais que plus
tard, les collatéraux ont été supprimés pour laisser place à
une nef unique. Les piliers de cette nef étaient
rectangulaires de type R0000
à impostes à chanfrein dans toutes les directions. Cette nef
devait donc être du type de Saint-Aphrodise de Béziers. Le
fait que cette nef soit postérieure au baptistère permet de
« caler » les datations de ce type de nef.
Datation
Datation envisagée pour le baptistère Saint Jean : an 475
avec un écart de 150 ans.
Datation pour la nef située en prolongement : an 600 avec un
écart de 150 ans.