Diverses églises de Haute-Loire susceptibles de dater du Ier millénaire (page 3/3) 

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Les trois édifices étudiés dans cette page sont : l’église Sainte-Marie-des-Chazes de Saint-Julien-des-Chazes, l’église Saint-Paul de Saint-Paul-de-Tartas, l’église Saint-Georges de Saint-Paulien.




L’église Sainte-Marie-des-Chazes de Saint-Julien-des-Chazes


Nous n’avons pas eu l’occasion de visiter cette église : les images sont issues d’Internet. L’église occupe un site exceptionnel, au pied d’un dyke volcanique (images 1, 2 et 3). On remarque en particulier le clocher-porche ouvert sur plusieurs faces. Les arcs qui protègent les baies sont doubles. Nous pensons que ce clocher est de peu postérieur à l’an mille.

La nef est unique. Primitivement, elle devait être charpentée. Elle aurait été voûtée ultérieurement grâce à la pose de grandes arcades contre les murs permettant de poser une voûte en berceau brisé.

Datation envisagée pour l’église Sainte-Marie-des-Chazes : an 1050 avec un écart de 75 ans.





L’église Saint-Paul de Saint-Paul-de-Tartas


Nous avons visité cette église située sur le plateau ardéchois, en Haute-Loire, mais à la limite des départements de la Lozère et de l’Ardèche.

Nous devons reconnaître que, nous qui cherchons à retrouver des églises antérieures à l’an mille, n’avons pas été convaincus de cette antériorité en ce qui concerne cette église. Le clocher-peigne semble relativement récent (image 7). En est-il de même en ce qui concerne la nef (image 10) ?

Il s’agit d’une nef unique. Ce qui est pour nous un signe de construction relativement tardive. L’examen des murs est peu révélateur. Leur grande épaisseur pourrait être le résultat d’une fortification. Mais si fortification il y a eu, elle ne peut être dûe à une quelconque période troublée : le caractère isolé de cette église justifie pleinement cette fortification.

En fait, le seul élément qui permette d’envisager une datation est le chapiteau de l'image 11. La scène que l’on y voit est celle des sirènes bifides. C’est une scène très fréquente dans la région. Elle mériterait une étude spécifique très élaborée. Les chapiteaux qui la représentent seraient romans (XIe- XIIesiècle).

Quelques sculptures ont attiré notre attention. Tout d’abord, le renard qui orne l’oculus de l'image 8 qui, selon nous, est contemporain du clocher-peigne. Par contre, la croix placée au faîte du toit de ce clocher (image 9) n’est pas forcément contemporaine de ce clocher. Elle pourrait avoir été récupérée ailleurs (croix de carrefour ?). Il s’agit d’une croix pattée. On trouve des croix analogues dans d’autres régions d’Europe (Irlande, Bretagne ) . Nous pensons que ces croix sont anciennes, du VIe ou
VIIesiècle. Et, au moins en ce qui concerne la Bretagne, elles devaient servir à marquer les chemins ou les carrefours. Elles auraient succédé aux bornes miliaires des romains. Cette croix est-elle unique dans la région ?

Sur le socle de la croix, au centre de l'image 7 vue précédemment, est incrusté un petit bas-relief représentant une autre croix (image 12). Nous ne connaissons pas la datation de cette croix.

Voilà ce que nous avions écrit sur cette église de Saint-Paul-de-Tartas. Ce n’est qu’après que nous avons pensé à consulter la page Internet de Saint-Paul-de-Tartas sans trop espérer trouver des renseignements sur cette église. Ce en quoi nous nous trompions. Voilà ce qui est écrit sur cette page : « Église Saint-Paul, du XIIe siècle : église fortifiée, construite en 1095 par le prieuré des moines de La Chaise-Dieu. Les prêtres de Saint-Huon viennent y célébrer les sacrements. Durant les guerres de religion, elle sera incendiée, de même que le village, par les troupes du Huguenot “Charles de Barjac”. À sa reconstruction en 1647, l'église sera dotée d'un clocher à peigne Elle sera classée monument historique le 22 janvier 1910. »

Datation envisagée pour l’église de Saint-Paul-de-Tartas : an 1100 avec un écart de 50 ans.





L’église Saint-Georges de Saint-Paulien











Concernant cette église Saint-Georges, nous n’avons visité que l’extérieur. Les images de l’intérieur sont extraites d’Internet.

Nous devons reconnaître que, lorsque nous avons visité le village de Saint-Paulien en septembre 2011, nous avons été très déçus. Divers témoignages nous avaient appris que Saint-Paulien avait été, sous le nom de Ruessio (ou Revessione) la capitale de la tribu des Vellaves qui occupaient l’actuel Velay. Cette capitale des Vellaves aurait été transféée au cours du Haut Moyen-Âge à Anicium, actuel Puy-en-Velay. Compte tenu de la richesse du Puy en-Velay en monuments anciens, nous espérions trouver à Saint-Paulien, si ce n’est une richesse analogue, du moins quelques témoignages de ce passé ancien.

Nous avouons qu'à ce moment-là, nous n’avons rien vu de tel. Si bien que nous avons hésité à l’enregistrer sur notre site à côté de monuments qui, eux, dataient presque sûrement du premier millénaire.

Les images que nous avions recueillies ne nous semblaient pas en effet probantes. La polychromie des voussures des arcs que l’on voit sur l'image 18 est présente à Vézelay, église datée autour de l’an 1100.

On sait que le décor polychrome des murs peut être très ancien (VIeou VIIesiècle), mais on sait aussi qu’il s’est poursuivi bien après ces dates. Prenons le cas du décor de l'image 16, détail de l'image 14. Il agrémente beaucoup la façade mais apparaît un peu archaïque. Ou plutôt, il témoigne de nombreuses reprises ou réfections. On compte sur cette image 16 des pavages différents. En particulier, l’absidiole de droite en porte 4 différents. On pourrait penser que ces différences témoignent d’une ancienneté. Or, nous estimons que les chevets à déambulatoire sont les constructions les plus récentes des édifices antérieurs à l’an 1200 (dans de nombreux cas, ces chevets ont été construits en remplacement de chevets plus anciens). Et, lorsqu’elles existent, les chapelles rayonnantes de ces chevets seraient plus récentes encore.

En conséquence, les chapelles rayonnantes de ce chevet dateraient du XIIesiècle. Leur décor serait contemporain de cette période. Nous constatons que les parties hautes de ce chevet ne portent pas, elles, un décor polychrome. Ce qui confirmerait leur ancienneté par rapport aux chapelles rayonnantes.

Jusqu’à ce jour, nous étions persuadés que l’ensemble de l’édifice devait être postérieur à l’an mille. En examinant les images 20 et 21 que nous venions d’extraire d’Internet, nous avons eu la surprise de découvrir un chevet tout à fait différent de celui que nous imaginions. Nous avons évoqué ci-dessus un « chevet à
déambulatoire ». Or les images nous prouvent que ce chevet n’est pas à déambulatoire. Par contre, nous découvrons une très grande abside qui pourrait être à plan demi-circulaire outrepassé. Par ailleurs, en revenant aux images 14 et 19 de l’extérieur, on découvre que l’abside supérieure est disproportionnée par rapport au reste de l’édifice, plus grande que la normale.

Ces constations nous conduisent à réviser nos positions. L’église primitive pourrait avoir été un édifice à plan centré, circulaire ou polygonal. Un édifice analogue à d’autres identifiés par ailleurs : la chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle (Allemagne), l’église d’Ottmarsheim (Alsace), la rotonde de Neuvy-Saint Sépulchre, l'église
Saint-Donat de Zadar (Croatie), etc. Nous pensons que ces églises n’étaient pas primitivement des bâtiments religieux, mais des bâtiments civils (en admettant toutefois que, à l’époque, toute activité humaine baignait dans le religieux ou la superstition). Nous avons même donné le nom de « parlement » à ce type de rotonde. Le mot de
« parlement » signifiant un « endroit où l’on se parle ».

Il faudrait bien sûr revenir sur place afin de vérifier cette hypothèse. Il faudrait aussi disposer d’un plan. Et essayer d’imaginer la succession des travaux. Mais si l’hypothèse s’avérait exacte, ou au moins hautement crédible, nous serions en présence d’un monument d’importance, le parlement des Vellaves, avant que la capitale soit tranférée au Puy-en-Velay. Nous aurions aussi peut-être une explication de ce transfert : les Vellaves siégeant à Ruessium - Saint-Paulien - auraient perdu une partie de leurs pouvoirs au profit des Arvernes établis à Anicium - Le-Puy-en-Velay.

Datation envisagée pour l’église Saint-Georges de Saint-Paulien : an 550 avec un écart de 200 ans.