Diverses églises de Haute-Loire susceptibles de dater du Ier millénaire (page 2/3) 

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Les trois édifices étudiés dans cette page sont : l’abbatiale Saint-Chaffre du Monastier-sur-Gazeille, l’église Saint-Jean-Baptiste du Monastier-sur-Gazeille, l’église Saint-André de Prades.



La légende de Saint Chaffre

Avant d’étudier l’abbatiale Saint-Chaffre, il nous faut parler de la légende de Saint Chaffre qui nous est donnée par la page du site Internet Wikipedia qui lui est consacrée. Thicfridus ou Theofridus, dont le nom a évolué en Tchaffré, pour devenir Chaffre, était issu d’une famille gallo-romaine aisée d’Orange. Il est accueilli par son oncle Eudes, premier abbé du monastère Saint-Pierre de Calmilllac (ancien nom du Monastier), fondé pat Calminius, comte d’Auvergne en l’an 680. Saint Chaffre succède à son oncle à la mort de celui-ci et acquiert une réputation de sainteté. Lors d’une incursion des sarrasins, il est frappé par ceux-ci et meurt quelques jours après le 19 octobre 728. Il y a une variante à cette légende : « Selon le Père historien Pierre Cubizolle, Théofred serait originaire de Troyes, en Champagne, et aurait été martyrisé par les autochtones alors païens . » (issu du texte de Wikipedia) . Nous invitons le lecteur intéressé par la légende de Saint Chaffre à consulter ce site Internet.

Il s’agit-là bien sûr d’une légende. On aurait cependant trop tendance à s’imaginer que, puisqu’il s’agit d’une légende, l’histoire ne peut être que fausse. Nous pensons le contraire : toute légende est issue d’une histoire vraie. Mais cette histoire vraie a été tellement déformée ou enjolivée qu’elle finit par devenir peu crédible. Dans le cas de la légende de Saint Chaffre, certains détails comme la fondation de l’abbaye en 680, ou la mort de son second abbé Théofred (Saint Chaffre) en 728, sont probablement vrais. Car, contrairement à ce que dit l’auteur du texte de Wikipedia, « Cette fusion s’opère avec quelques anachronismes et confusions, rendus aisés par l’imprécision et le manque de source de cette époque troublée. ». Nous pensons que cette période dispose de plus de sources que les périodes précédentes ... mais, bien sûr, de moins de sources que les périodes suivantes. D’une façon générale, nous accordons plus de crédit aux récits les plus récents et nous pensons qu’une vie de saint martyr des persécutions romaines du IIIesiècle est moins crédible qu’une vie de saint du VIIIesiècle.

Cela étant, il existe dans cette légende d’autres détails probablement faux. Ainsi, il est peu probable que des sarrasins soient venus se perdre dans ce coin du Massif Central. L’hypothèse suggérée par le Père Cubizolle d’un conflit entre l’abbé du monastère et des populations autochtones est beaucoup plus probable.

Nous avons dans une des pages précédentes émis l’idée que la colonisation romaine aurait été beaucoup plus lente que ce que l’on a tendance à imaginer, le discours étant analogue à celui-ci : « Vers l’an 50 avant Jésus-Christ, Jules César a vaincu Vercingétorix et, comme par un claquement de doigts, toute la Gaule, qui n’était autre que la France d’aujourd’hui, est devenue romaine  ». En fait, cette colonisation se serait faite très progressivement. En commençant par les villes qui adoptent les coutumes romaines (langue, législation, organisation politique) et les conservent très longtemps (au moins le VIesiècle pour Clermont et Tours et le VIIIesiècle pour Orange, ville dite gallo-romaine, voir ci-dessus).

Les bourgades de moindre importance sont créées au fur et à mesure, comme le prouvent les écrits de Grégoire de Tours (VIe siècle). Quant aux campagnes, leur colonisation commence par les terres les plus riches, leurs occupants antérieurs étant rejetés vers les terres les plus pauvres. Concernant l’Auvergne, les terres les plus riches se trouvent principalement dans l’Allier et le Puy-de-Dôme. Viendraient ensuite la Haute-Loire, puis la Loire et le Cantal. Nous pensons que, parmi les peuples qui occupaient la région d’Auvergne au premier siècle de notre ère, certains comme les Arvernes devaient être d’origine celte, mais nous ne sommes pas certains que d’autres comme les Vellaves qui occupaient le Velay, les Gabales le Gévaudan, les Ruthènes le Rouergue, étaient eux aussi d’origine celte.




L’abbatiale Saint-Chaffre du Monastier-sur-Gazeille


La page « Monastier-sur-Gazeille » du site Wikipedia nous apprend ceci : « ... En deux siècles, trois églises seront construites, qui s'effondreront à cause de l'instabilité du terrain, dont la « grande église » de l'abbé Vulfade dont il ne reste que quelques vestiges. L'église actuelle fut construite à partir de 1074 sous l'abbé Guillaume III. Les travaux seront continués par Guillaume IV qui fera aussi écrire le cartulaire de l'abbaye, source de bon nombre des connaissances à ce jour. À partir de cette date, le monastère prit une ampleur considérable possédant jusqu'à 235 dépendances à l'Ouest et à l'Est du Rhône jusqu'en Italie. Au XVe siècle, le chœur de l'église s'effondra et fut reconstruit dans le mode gothique par les abbés Vital, Hérailh ... »


Nous n’avons pas visité cette église. Les images sont extraites d’Internet.

Les images 1 , 2, 3 et 4 montrent une façade polychrome. Il nous est difficile d’estimer la datation du décor, en marqueterie polychrome de pierres. Les estimations peuvent s’étaler du Xesiècle au XIIesiècle. Dans le cas présent, par comparaison avec chevets polychromes d’Issoire ou de Brioude, nous estimons que ce décor date de la fin du XIesiècle.

Les images suivantes 5, 6 et 7 montrent là encore l’usage de la polychromie de pierres.

À l’intérieur (images 8 et 9), on découvre une nef à trois vaisseaux voûtée en croisée d’ogives. Mais les arcs doubleaux porteurs de cette croisée d’ogives reposent sur des piliers qui eux-mêmes reposent sur des consoles accolées aux piliers et non sur le sol. Ce seul fait nous fait envisager que le voûtement a été effectué au XIVesiècle, l’église primitive étant charpentée. Les piliers primitifs devaient être soit de type R1010 (nef entièrement charpentée à l’origine), soit de type R1110 (nef dont les collatéraux sont voûtés). Dans le premier cas, l’édifice pourrait être antérieur à l’an 1000. Dans le second cas, il daterait des environs de 1050.

L’édifice contient des éléments sculptés.

Image 10 : chapiteau à scène énigmatique. On distingue un lion à queue feuillue. Ce thème est assez fréquent, mais la représentation que l’on a ici est bien différente de celles vues ailleurs.

Image 11 : bas-relief sculpté. La scène apparaît très archaïque. À droite, Saint Michel procède à la pesée des âmes, tandis qu’à gauche, un démon emporte un homme vers l’enfer.

Image 12 : scène de Crucifixion. Le Christ est représenté entouré, au-dessus, du Soleil et de la Lune, et en dessous, de deux saints. Cette stèle pourrait être contemporaine de l’an 1000.


Datation envisagée pour l’église Saint-Chaffre du Monastier-sur-Gazeille : an 1050 avec un écart de 75 ans.





L’église Saint-Jean-Baptiste du Monastier-sur-Gazeille


Nous n’avons pas eu l’occasion de visiter cette église. Les images 13, 14 et 15 sont issues d’Internet. Il semblerait qu’elle ait une nef unique. La polychromie de pierres des images 13 et 15 fait envisager pour sa construction une période romane.


Datation envisagée pour l’église Saint-Jean-Baptiste du Monastier-sur-Gazeille : an 1100 avec un écart de plus de 100 ans.





L’église Saint-André de Prades


Nous n’avons pas eu l’occasion de visiter cette église. Les images de 16 à 21 proviennent d’Internet.

Extérieurement, la nef de l’église Saint-André fait penser à une nef de basilique à trois vaisseaux (images 16 et 17).

À l’intérieur (images 19 et 20), on retrouve bien une nef à trois vaisseaux. Les piliers sont de type R1111. Le vaisseau central est voûté plein cintre sur doubleaux plein-cintre. C’est tout ce que l’on peut dire sur cette église. Du moins provisoirement.


Datation envisagée pour l’église Saint-André de Prades : an 1100 avec un écart de plus de 75 ans.