L’abbatiale Saint-André de Lavaudieu  

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Concernant l’histoire de l’abbaye de Lavaudieu, voici quelques informations extraites de la page « L’abbaye de Lavaudieu » du site Internet Wikipedia. Nous avons limité ces informations à l’année 1100. Le lecteur désireux d’en savoir davantage sur cette abbaye, en particulier sur son cloître ou sur ses fresques du XIVesiècle, est invité à consulter cette page de Wikipedia : « Première mention en 909 du site qui s'appelle alors Comps. La terre est donnée vers 1050 par Raoul de Lugeac, seigneur de Lugeac à l’abbaye de La Chaise-Dieu, qui doit répondre au nombre important de vocations féminines. Il cherchait à créer un prieuré conventuel de moniales dans un site moins froid que le plateau du Livradois. Un monastère de religieuses bénédictines est fondé en 1057 par Saint Robert de Thurlande, fondateur de l'abbaye de la Chaise-Dieu. »

Le texte de Wikipedia nous apprend ensuite que la donation est confirmée en 1050, en 1052, en 1066. Il nous révèle aussi que, en 1070, Judith, fille du Comte d’Auvergne, se retire à Lavaudieu. En 1077 et après cette date, plusieurs prieurés sont rattachés à cette abbaye.

Concernant les bâtiments, le texte de Wkipedia nous donne ces précisions : « L'église prieurale, le cloître et des bâtiments du prieuré sont réalisés au XIIe siècle. La partie la plus ancienne du cloître est celle située sur le côté Ouest. »

La phrase : « Un monastère de religieuses bénédictines est fondé en 1057 par Saint Robert de Turlande fondateur de l'abbaye de la Chaise-Dieu ». nous a créé un problème de logique. Si un monastère est créé à la Chaise-Dieu en 1057, comment se fait-il que 7 ans auparavant, en 1050, un terrain soit donné à la même abbaye de la Chaise-Dieu ?

En fait, il n’y a pas de problème de logique, mais de compréhension du mot « monastère ». À l’heure actuelle, nous l’interprétons comme étant un ensemble de bâtiments abritant des moines. Nous devons l’interpréter comme étant une communauté de moines indépendante des bâtiments qui l’abritent. Dans le cas présent, rien n’empêche que Robert de Turlande, qui avait fondé une communauté d’hommes et avait installé cette communauté à la Chaise-Dieu avant l’an 1050, ait décidé en 1057 de créer une communauté de femmes ... et de ne pas l’installer à la Chaise-Dieu pour des raisons que nous sommes tous capables de comprendre.


La remarque précédente - la fondation d’un monastère est celle d’une communauté monacale et non l’édification de bâtiments accueillant cette communauté - a été évoquée à plusieurs reprises dans ce site pour montrer que, lorsque l’on veut effectuer une datation des bâtiments, on doit effectuer une prise de distance avec des textes de fondation.

Inversement, d’autres textes apparemment anodins peuvent se révéler plus importants concernant une église donnée. Ainsi la phrase, « Première mention en 909 du site qui s'appelle alors Comps. », nous fait concevoir le raisonnement suivant : si le site de Comps est mentionné en 909 - période de rareté des documents - cela signifie qu’il devait avoir une certaine importance. Ce devait être un village ou une petite ville. Dans ce village, il devait y avoir un lieu de culte, temple ou église. Bien sûr, il ne s’agit là que d’une hypothèse. Mais l’avantage que nous avons est de pouvoir évaluer la véracité de cette hypothèse et de dire quelque chose comme ceci : « Il y a plus de 80% de chances qu’il y ait eu en l’an 909 une église sur le site de Comps », et de poursuivre : « Il y a plus de 20% de chances qu’il y ait des restes de cette église dans l’actuelle église de Comps. »


Cependant, nous ne pouvons nous baser sur cette date de 909 pour en déduire une datation. Nous avons en effet décidé dès le début d’effectuer notre étude à partir des seules données architecturales, et non des sources écrites même si, au final, on sera fatalement amené à les consulter.

L'image 5 est caractéristique d’une nef à trois vaisseaux, le vaisseau en premier plan étant le vaisseau central, et le vaisseau en arrière-plan étant le collatéral Nord. Cependant les images 13, 14 et 15 du mur Sud de la nef font apparaître qu’il n’y a pas de collatéral Sud. Nous sommes en présence d’une nef à deux vaisseaux et non à trois vaisseaux ! Le fait est exceptionnel et mérite d’être souligné. En fait, deux possibilités s’offrent à nous. Soit la nef primitive était à un vaisseau ; un vaisseau supplémentaire a été ajouté par la suite. Soit la nef primitive était à trois vaisseaux. Il y a eu par la suite suppression du collatéral Sud.

Le plan de l'image 6 peut apporter un élément de réponse. D’après ce plan, nous estimons que la nef primitive était à trois vaisseaux et que les trois absides se situaient en prolongement de ces trois vaisseaux. Nous estimons de plus que seul le vaisseau central a été conservé. Le collatéral Sud a été détruit au moment de la construction du cloître. L’aile Nord de ce cloître occupe son emplacement. Le collatéral Nord considéré comme trop étroit a été élargi et voûté.

Certains points de détail viennent en appui de cette thèse. Ainsi, le pilier de l'image 8 (vu en détail dans l'image 9) présente deux parties bien distinctes. Sur la partie droite, le tailloir situé sur le chapiteau s’arrête brusquement sur son côté gauche. Inversement, sur la partie gauche, la corniche s’arrête brusquement à droite. La discontinuité entre corniche et tailloir montre qu‘il y a eu deux étapes de travaux : la première correspondant à la construction d’un pilier (partie droite), la seconde correspondant à l’élargissement de ce pilier afin de porter l’arc doubleau soutien de la voûte du collatéral Nord. Les images 10 et 11 d’un autre pilier confirment cette analyse. Cette modification permet de penser que les piliers primitifs étaient de type R1010. Et non de type R1110. Ce qui signifierait que l’église est antérieure à l’an 1000.


Il existe cependant des zones d’ombre. En effet, sur l'image 5, les deux travées de gauche correspondent à la description que nous venons de donner. Mais celle de droite est différente des deux précédentes. Pour cette travée, une question se pose : l’arc inférieur est-il antérieur ou postérieur à l’arc supérieur ?

Autre question : si les arcs adossés au mur Sud de l'image 13 sont analogues à ceux de l'image 5, comment se fait-il qu’ils soient simples et non doubles ?

Image 18 : deux chapiteaux. Celui de gauche est historié. Il représente des animaux hybrides dans une scène difficilement compréhensible. Le chapiteau de droite est lui aussi difficilement compréhensible (détail sur l'image 19).




Image 20 : chapiteau représentant Adam et Ève.

Image 21 : détail de l'image 18.

Image 23 : chapiteau au décor très simplifié. Difficile à interpréter.

Image 24 : même style de chapiteau que précédemment. Et tout aussi difficile à interpréter.

Datation envisagée : an 900 avec un écart de 100 ans.




Ajout effectué (Février 2021) : le cloître de Lavaudieu

Lorsque nous avions effectué la visite de cette abbaye en août 2016, nous n'avions pas songé à pénétrer dans le cloître (image 25). Il y avait deux raisons à cela. La première était que nous étions pressés par le temps. La seconde de ces raisons résidait dans le fait que nous sommes moins intéressés à l'étude des cloîtres. Nous estimions en effet que la construction des cloîtres est plus tardive que celle des églises et que, même si certaines galeries de communication (des sortes de pré-cloîtres) ont pu exister avant l'an mille, la plupart des «vrais» cloîtres sont postérieurs à l'an 1000 et, probablement même, à l'an 1100. Donc en dehors du cadre de notre étude.

Cependant, nous avons depuis ce moment-là un peu révisé notre position. C'est le cas ici. Récemment, M. Dominique Robert nous a fait parvenir une série de photographies de ce cloître (images 25 à 33). Nous y avons découvert une série de chapiteaux de style archaïque. Ces chapiteaux pourraient avoir été utilisés en remploi. Et, en admettant même que ce ne soit pas le cas, et qu'ils soient contemporains au cloître que nous datons du XIIesiècle, les principaux thèmes représentés (la sirène, l'orant, l'ange) font partie intégrante de notre étude.

Nous allons étudier cela en détail.

Notons auparavant que certains chapiteaux comme celui de l'ange (image 30) semblent en partie tronqués.

Les allées du cloître sont recouvertes par des toitures portées par des colonnettes en alternance simples et doubles (image 26). Et bien entendu, la forme des chapiteaux des colonnettes simples est différente de celle des chapiteaux des colonnettes doubles. On constate, au vu des seules images qui sont à notre disposition, que seuls les chapiteaux des colonnettes simples semblent se distinguer des autres par la naïveté de leur exécution. Cela pourrait signifier que ces chapiteaux sont de remploi. Ils pouvaient appartenir à un édifice précédent. Peut-être un cloître mais de plus petites dimensions que celui-ci ? Ce cloître aurait été refait et agrandi.

Image 27 : Sur le chapiteau on peut voir un masque (de lion?) juché sur des feuilles dressées. Apparentées à des bras, des branches surgissent sous le masque et s'épanouissent en volutes. Un orant ?

Image 28 : Lion à queue feuillue. Il est possible que cette représentation soit plus ancienne que d'autres caractérisées par le fait que, pour ces représentations, la queue passe entre les pattes arrière, puis sous le corps du lion pour remonter ensuite sur le corps du lion.

Image 29 : Sirène à deux queues. La facture est très archaïque. C'est une sirène féminine. Les queues ne sont pas des queues de poisson. Nous pensons que ce type de sirène a précédé la sirène à une queue.

Image 30. Ange faisant le signe très particulier que nous avons appelé «la main divine» : annulaire et auriculaire pliés ; pouce index et majeur relevés.

Images 31, 32 et 33 : Chapiteaux de la procession des moines. Les moines font la procession autour du chapiteau en suivant le sens des aiguilles d'une montre, sens de la course apparente du soleil. On observe successivement un porteur de calice puis un autre portant un objet (reliquaire (image 31), puis un moine portant une couronne et un autre tenant une lanterne (image 32) et enfin deux porteurs de lanternes (image 33).

Datation envisagée pour ces chapiteaux : an 1025 avec un écart de 100 ans.

Le reste du cloître nous semble plus tardif : an 1150 avec écart de 50 ans.


Images 25 à 33 de Dominique Robert : http://www.drobert-photo.com.