L'église Santa Maria della Libera d'Aquino  

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Nous n'avons pas visité cette église. Les images ci-dessous sont extraites d'Internet.

Ce monument a fait l'objet d'une monographie succincte écrite par Serena Romano dans le livre « Rome et Latium romans » de la Collection Zodiaque. En voici de longs extraits : « Le plan de l'édifice, qui conserve probablement des sections de fondement d'un temple romain, reprend en bonne partie celui de l'abbaye cassinaise (Abbaye du Mont-Cassin) : trois nefs, trois absides, transept d'un seul tenant, façade à trois portails « campaniens » (semblables au premier état de la cathédrale d'Agnani par exemple), précédée d'un porche à trois arcades et d'un escalier... Par contre, le système des supports est différent : non des colonnes mais des piliers, qui, selon Carbonara et avant lui Berthaux et Krönig, rappellent des églises de la région (San Liberatore à la Maiella, Saint-Dominique à Sora), mais aussi des exemples des Pouilles et de Calabre et, par leur intermédiaire, des solutions propres aux églises ottoniennes et romanes du Nord de l'Europe. Mais c'est de saveur classique que devait être la corniche sur petits modillons (exemples dans les images 8 et 9) qui marquait horizontalement la nef et qui fut martelée et supprimée pendant la restauration de 1940
(image 6). Une parenté avec celui de la cathédrale d'Anagni se révèle dans le décor extérieur de l'abside de l'abside, avec arceaux et lésènes (remarque : nous n'avons pas d'image de ce décor d'arcatures lombardes pour Aquino ; cela correspond à l'image 4 de la page d'Anagni). Cette église devait suivre de près dans le temps le modèle cassinais : vers 1070-1080. Mais c'est plus tard, déjà en plein XIIIesiècle et sans doute par des ateliers cisterciens, que furent réalisées des voûtes d'arêtes dans les allées latérales, que des demi-colonnes furent adossées aux piliers, les fenêtres transformées en ouvertures polylobées de type bourguignon et qu'à l'extérieur, des contreforts vinrent épauler la construction. »

Effectuons rapidement notre propre analyse de ce monument pour pouvoir par la suite commenter celle de Serena Romano.

Il s'agit d'une église à nef à trois vaisseaux. Le vaisseau central est charpenté. Les deux vaisseaux secondaires sont voûtés en voûtes d'arêtes (comme l'explique Serena Romano ).

Les piliers porteurs du vaisseau central devaient être primitivement à section rectangulaire de type R0000. Ultérieurement, des demi-colonnes auraient été adossées aux piliers côté collatéraux, transformant ceux-ci en piliers de type R0100. Ces demi-colonnes auraient servi à supporter les arcs doubleaux supports des voûtes d'arêtes des collatéraux. Les trois vaisseaux de l'église primitive devaient donc être charpentés (ce que Serena Romano a bien décelé). Les arcs reliant ces piliers sont simples. Les impostes qui supportent ces arcs devaient être primitivement à chanfrein dans toutes les directions (image 6). Le modèle de référence est l'église Sainte-Madeleine de Béziers (et aussi la nef de Saint-Aphrodise de Béziers) que nous estimons antérieure à l'an 800.


Revenons au texte de Serena Romano. Tout d'abord pour l'apprécier tel qu'il est. Cette dame s'est efforcée d'étudier l'évolution du bâtiment. Elle a en particulier bien compris que le voûtement des collatéraux pouvait être postérieur à la construction d'origine. Dans bien des cas, l'historien de l'art se contente d'affirmations du style
« église du XIIesiècle » sans chercher à en savoir davantage.

Mais allons plus loin. Tout d'abord pour exprimer notre autosatisfaction. Lorsque nous avons démarré cette recherche sur les édifices du Premier Millénaire, nous avons voulu l'étendre à l'ensemble de l'Europe en pensant que la solution à un problème découvert sur un monument de la ville de Béziers (Hérault/Occitanie/France) pouvait être trouvée à des centaines de kilomètres de ce lieu. Nous avons ici la confirmation que nous ne nous sommes pas trompés de stratégie. Selon Serena Romano, le modèle de l'église Santa Maria della Libera d'Aquino est semblable à d'autres situés à proximité (Abruzzes, Campanie, Pouilles). Nous en ajoutons d'autres situés à plus d'un millier de kilomètres d'Aquino. Beaucoup d'autres. Ce n'est plus un édifice que l'on étudie, mais tout un ensemble.

Nous voudrions cependant apporter une critique au texte de Serena Romano. Il nous semble en effet que cette spécialiste n'arrive pas à se détacher de ce que nous appelons les « terreurs de l'an mille » des historiens de l'art qui n'arrivent pas à concevoir qu'un édifice puisse être antérieur à l'an mille.

Ainsi, en ce qui concerne la corniche à petits modillons (images 6, 8 et 9), elle nous apprend qu'elle est de « saveur classique ». Cela signifie sans doute (c'est en tout cas ce que pensent bon nombre d'historiens de l'art) que ce type de corniche est une copie par des ouvriers du Moyen-Âge (après l'an mille) de corniches romaines. Au risque de heurter nos lecteurs, nous affirmons ceci : si l'un des deux fragments de corniche des images 8 et 9 était exposé dans un musée indépendamment des constructions qui l'entourent, il serait daté du IIesiècle. Et, qui plus est , s'il était mentionné comme étant du XIIesiècle, cela provoquerait la réaction horrifiée des historiens de l'art :  « Vous n'y connaissez rien ! ».


Cette corniche constitue un élément important de notre recherche. En effet, jusqu'à présent, nous avons hésité sur la datation de ce type d'église. Elles paraissaient postérieures aux basiliques romaines à colonnes monolithes. Nous pensions donc les dater de l'an 600 voire même après. La présence de cette forme typiquement romaine de corniche fait remonter la datation.

Datation envisagée pour l'église Santa Maria della Libera d'Aquino : an 500 avec un écart de 200 ans.