Autres monuments de Creuse susceptibles de dater du Ier millénaire (page 2/2)
Les quatre édifices étudiés dans cette page sont les
suivants : l’église
de la Nativité de la Très Sainte Vierge de La Saunière,
l’église
Notre-Dame de l’Assomption de La Souterraine, l’église
Saint-Médard de Saint-Médard-la-Rochette, l’église
Sainte-Croix-et-Saint-Martial de Toulx-Sainte-Croix.
L’église
de la Nativité de la Très Sainte Vierge de La Saunière
Bien que nous ayons eu l’occasion de
visiter cette église, il nous est difficile de la dater. Il
s’agit d’une église à nef unique (image
3). Le chevet est peu ajouré. Il devait être
éclairé autrefois par une unique fenêtre axiale relativement
étroite. Cette fenêtre a été obstruée et remplacée par une
autre fenêtre au sud de l’abside. La cause probable est
l’installation d’un retable au fond du chœur. L’étroitesse
de la fenêtre axiale et son manque d’ornementation
extérieure témoigneraient en faveur d’une ancienneté dans
l’art roman (XIesiècle). Comparés à d’autres, les
chapiteaux (images 4, 5 et
6) pourraient constituer un élément de datation.
Mais encore faut-il trouver ces autres chapiteaux qui leur
soient comparables ? Un motif en forme de fleur de lys
analogue à celui de l'image
5 a déjà été rencontré, mais la comparaison est
encore assez hasardeuse.
Datation envisagée : an 1050 avec un écart de 100 ans.
L’église
Notre-Dame de l’Assomption de La Souterraine
Cette église possèderait une belle
crypte que nous n’avons pu visiter. En faisant le tour de
l’édifice, nous avons pu voir deux belles fenêtres jumelées
(de la crypte ?)
(image 10). Elles
sont fortement ébrasées vers l’extérieur. En général, ces
fenêtres sont aussi ébrasées vers l’intérieur. Nous
envisageons pour ces fenêtres une datation aux alentours du
Xesiècle.
Les plans des images 11
et 12 font apparaître les travées les plus
anciennes situées à l’Ouest. Nous les numéroterons de gauche
à droite (ou si l’on préfère, d’Ouest vers l’Est).
Le vaisseau central est visible sur l'image
13 et le collatéral Sud sur l'image
14. On remarque que les arcs des piliers reposent
sur des impostes à chanfrein vers l’intrados
(image 15).
Nous avons remarqué ailleurs que cette
configuration (piliers avec impostes à chanfrein vers
l’intrados) caractérisait des églises probablement
antérieures à l’an 1000. Dans ce cas, les arcs entre piliers
sont à simples rouleaux. Plus tard, les arcs sont à double
rouleau et les impostes sont remplacées par le système
chapiteau-tailloir. Nous avons aussi vu ailleurs aussi que
ces églises à piliers à impostes n’étaient pas primitivement
voûtées, mais charpentées. Là encore, on constate que cela a
dû être le cas pour cette église : le voûtement semble avoir
été ultérieur.
Cependant, nous sommes confrontés à un problème : les arcs
entre piliers ne sont pas en plein cintre, mais brisés. Ce
qui pourrait signifier que l’édifice est postérieur à l’an
mille.
Sur l'image 16, on
peut voir à gauche la travée 1, qui soutient le
clocher-porche, et à droite, la travée 2. On constate que,
sur la travée 1, l’arc brisé est soutenu par un chapiteau et
un tailloir alors que, sur la travée 2, l’arc est soutenu
par une imposte. Une telle disposition semble normale : il
est logique que la travée 1 du fond de l’église ait été
faite après la travée 2.
Les images suivantes nous donnent l’occasion de voir la
suite des travées. Ainsi pour l'image
18, la travée 2, couverte d’une voûte en berceau.
Pour l'image 19 ,
la travée 2, à gauche et la travée 3, à droite. La travée 3
est couverte d’une voûte en croisée d’ogives. Remarquer sur
cette image les piliers supportant les arcs de croisée
d’ogives. Et sur l'image
20 le pilier séparant la travée 4 et la travée 5,
différent des précédents. Ces différences sont les témoins
de constructions effectuées à des époques différentes. En
l’occurrence, ces constructions différentes ne
concerneraient pas les murs, mais les voûtes : la nef
primitive devait être charpentée. Les voûtes ont été posées
ultérieurement et travées après travées. Ce qui expliquerait
les différences de voûtes et de pilastres adossés aux
piliers.
La voûte de croisée du transept est apparente sur l'image
21.
Nous avons présenté plusieurs chapiteaux
qui pourraient dater du XIesiècle (images
22 à 24).
La datation de l’église est délicate. C’est la première fois
que nous rencontrons une église ayant à la fois ce type à
piliers à impostes (estimés aux alentours de l’an 800) et
les arcs entre piliers brisés (estimés aux alentours de l’an
1100). Plusieurs hypothèses sont envisagées, mais aucune ne
nous satisfait pleinement. Dans cette incertitude, nous
proposons la datation suivante : an 1025 avec un écart de
plus de 150 ans.
L’église
Saint-Médard de Saint-Médard-la-Rochette
L’église de Saint-Médard-la-Rochette est
installée au sommet d’une colline. C’est une église à nef
unique. Sa datation est donc difficile, car il n’y a aucun
élément architectural remarquable.
Par contre, du point de vue iconographique, on dispose de
quelques sculptures intéressantes. Il y a d’abord la
sculpture d’une tête placée à côté du portail d’entrée,
probablement en remploi (image
26). Puis les chapiteaux (images
28, 29, 30), d’apparence très primitive. Ils
dateraient des alentours de l’an 1000.
Il y a enfin les pierres déposées à l’intérieur de l’église.
Tout d’abord, les fonts baptismaux décorés d’arcades (image 31). Nous avons
vu dans les pages précédentes de tels fonts baptismaux. Nous
les datons des environs de l’an 800.
L’autre cuve (image 32)
pourrait être plus récente. Elle fait penser à des bénitiers
à godrons datés du XVIIIesiècle.
Quant à la pierre de l'image
33, bien qu’elle soit décorée d’une femme levant
les bras (une sorte d’orante), la taille biseautée du
support fait penser à une base de pilier du XVesiècle.
Datation envisagée pour l’église : an 1025 avec un écart de
75 ans.
L’église
Sainte-Croix-et-Saint-Martial de Toulx-Sainte-Croix
Nous n’avons pas visité ce village que
nous connaissons grâce à quelques images issues d’Internet.
Le site installé sur une colline est probablement ancien.
Les restes d’un bâtiment ont été fouillés sur la commune (image 38). Peut-être
est-ce la chapelle du cimetière ? Des tombes sont visibles
tout à côté. Par ailleurs, la vue aérienne montre que
l’église se trouve dans un enclos de forme presque
elliptique, actuellement limité par des rues, mais autrefois
probablement fortifié. Des sarcophages du haut moyen-âge, à
couvercle en forme de toit ont été déposés dans l’église.
Ils constituent un autre témoignage de ce passé ancien (image 39).
Parlons à présent de l’église (image
34) . Elle est détachée de son clocher (image
35). Ce n’était pas le cas primitivement comme en
témoigne le plan de l'image
36.
Ce plan indique les datations du XIesiècle pour
le chevet et du XIIesiècle pour la nef et le
transept.
Au vu du plan et de l'image
37 de l’intérieur de la nef, nous envisageons une
datation totalement différente. Tout d’abord, nous estimons
que les chevets à déambulatoire ont été « à la mode » à
partir de la fin du XIesiècle. Vers cette époque,
bon nombre de chevets anciens auraient été remplacés par des
chevets à déambulatoire. Et ce, en prolongement d’une nef
préexistante.
Le chevet de l’église Sainte-Croix pourrait donc dater du
XIIesiècle. La nef serait quant à elle beaucoup
plus ancienne. De type basilical, elle devait être
primitivement charpentée. Le vaisseau principal était porté
sur des piliers à base rectangulaire. Les arcs à simple
rouleau étaient portés par des piliers à impostes (nous ne
sommes pas en mesure d’identifier le type de chanfrein).
À l’origine, il ne devait pas y avoir de transept. Plus
tard, des chapelles latérales ont été ajoutées au niveau de
la première travée du coté du chœur. Ce, afin de créer un
transept.
La datation envisagée pour la nef primitive de l’église
Sainte-Croix-et-Saint-Martial est l’an 700 avec un écart de
150 ans.