La ville de Bayeux : ses remparts et sa cathédrale
La ville antique de Bayeux était connue autrefois sous le
nom de « Augustodurum ». C’était le chef-lieu de la tribu
des Bajocasses.
Le rempart : L'image 1 montre une
partie des remparts enfouis. Selon un panneau explicatif, « c’est au cours des fouilles
archéologiques que la fortification, ici de 3,5 mètres
d’épaisseur sur environ 24 mètres de longueur, a été
étudiée. ». Le même panneau nous apprend que la
construction de ce rempart, dit gallo-romain, s’est
effectuée à la fin du IIIesiècle de notre ère.
Par ailleurs, le texte ajoute que la structure défensive a
été plusieurs fois restaurée au Moyen-Âge.
La cathédrale Notre-Dame :
les images 2, 3, 4, 9 et
10 montrent une cathédrale apparemment gothique du
XIIIeou du XIVesiècle. En
conséquence, elle ne devrait pas faire partie de notre
étude.
Néanmoins, nous avons repéré quelques sujets de réflexion.
Ainsi, sur l'image
5, on repère de part et d’autre de la grande
verrière, dans les écoinçons, des rosaces aveugles. Ces
rosaces apparaissent totalement inutiles. Et incongrues :
leurs formes et leurs dimensions sont différentes. On
pourrait éventuellement penser qu’elles sont là pour la
décoration. Mais voilà ! elles ne décorent rien. Quelle est
donc la finalité de ces rosaces ? Nous ne connaissons pas
suffisamment l’art gothique pour savoir s’il existe d’autres
églises gothiques possédant des rosaces analogues.
Remarquons cependant que, dans l’art roman, on trouve des
décorations en forme de disques circulaires : dans les
Asturies (Santa Maria de Naranco, San Miguel de Lillo, San
Cristina de Lena), en Sicile (Cathédrale de Palerme), en
Normandie (Saint-Pierre de Jumièges). Il est possible que ce
type de décoration soit normand.
Sur les images
6 puis 7, on peut voir que les fenêtres en plein
cintre de l’étage intermédiaire (étage 4) ont été
obstruées par une structure en glacis (ou en plan incliné).
En dessous, ces fenêtres sont surmontées d’un arc brisé
tandis qu’au-dessus (image
8, étage 5), les fenêtres sont en plein cintre.
La situation apparaît surprenante : l’art gothique (arcs
brisés) aurait-il précédé l’art roman (arcs en plein cintre)
? En fait, il n’y a là aucun mystère : la tour qui était
primitivement romane a été renforcée à l’époque gothique. On
a plaqué sur le mur roman un autre mur afin de renforcer ce
mur roman. Cette opération a obturé les fenêtres romanes des
étages 3 et 4. Sur l’étage 3, on a construit au niveau de
l’ancienne fenêtre romane, une fenêtre gothique, en arc
brisé.
La même observation peut être faite côté Ouest (image
9). Sur la tour de gauche, on remarque que les
fenêtres romanes de l’étage 4 n’ont pas été obstruées. Mais
par contre, de puissants contreforts atteignent cet étage.
Dans l’étage inférieur, on note la présence d’arcs brisés de
fenêtres gothiques mais, à travers ces fenêtres, on peut
observer les arcs en plein cintre des fenêtres romanes. Là
encore le mur roman a été renforcé.
En conséquence, cette cathédrale qui apparaissait gothique
au premier abord laisse apparaître des structures romanes.
Et à une grande hauteur, puisque les deux derniers étages 4
eet 5ème, à arcs en plein cintre, datables des
alentours du XIIesiècle, sont nettement
au-dessus des nefs.
Les portails d’entrée (images
10 et 11) placés en avant de la façade Ouest sont
gothiques. Mais, au vu de ce qui vient d’être dit, on peut
penser qu’ils ont été plaqués contre une façade romane.
Les images
10, 12 et 14 ainsi que le plan de l'image
13 font apparaître l’existence de deux parties.
D’une part, une nef relativement courte telle que les murs
latéraux du vaisseau central sont soutenus par une arcade
d’arcs en plein cintre. D’autre part, un transept et un
chevet de grandes dimensions reposant sur des arcs brisés.
Nous allons plus particulièrement étudier la nef et les
arcades formées d’arcs en plein cintre (images
16 et 22). Lorsque nous avons vu pour la première
fois ces arcs dans le livre Normandie
Romane 2 de la collection Zodiaque,
nous avons été très surpris par l’originalité des
sculptures. Et nous avons pensé que cette partie pouvait
être plus ancienne que l’époque gothique. Voire antérieure à
l’an 1000.
On constate que les arcs des arcades (image
22) sont multiples. Ils sont formés d’au moins 4
archivoltes superposées. Ces arcs permettent de supporter
les galeries ou triforiums ainsi que les fenêtres gothiques
du dessus (image 12).
Les styles sont différents entre les parties supérieures
(fenêtres) et les parties inférieures (arcades). On peut
donc penser que les arcades ont été bâties avant. Néanmoins,
il nous est difficile d’admettre que la construction se soit
faite en deux étapes bien séparées, la partie inférieure
d’abord, la partie supérieure après. Il y a donc là un petit
mystère que nous n’arrivons pas à résoudre.
Passons maintenant aux sculptures situées dans les écoinçons
(images de 17 à 23).
Certaines d’entre elles semblent relativement récentes, du
XIIeou même du XIIIesiècle. C’est
le cas de la sculpture de la Vierge et l’Enfant (image
21). Ce doit être aussi le cas de la scène du «
serment d’Harold » (image
23). Cette scène est tout à fait analogue à celle
que l’on voit sur la Tapisserie de Bayeux, datée du XIesiècle
(voir dans une des pages suivantes, « Autres édifices du
Calvados », la description de cette tapisserie. La
ressemblance entre les deux scènes est telle qu’on peut
imaginer que l’une a été copiée sur l’autre. Et nous pensons
qu’on est ici en présence de la copie.
En conséquence, ces deux scènes pourraient dater du deuxième
millénaire.
Par contre, nous sommes plus sur
l’expectative en ce qui concerne d’autres sculptures. Ainsi,
nous n’avons pas vu jusqu’à présent une scène identique à
celle de l'image 17 (homme
tenant un hybride enchaîné). Il en est de même pour celles
des images 19 et 24. On
voit assez souvent des lions, plus rarement des aigles. Mais
l’association du lion et de l’aigle ne se rencontre que dans
les « totems » des évangélistes. Ce qui n’est pas le cas
ici.
Plus intéressants encore sont les bas-reliefs des images
25 et 27. On se trouve en effet en présence de
représentations très proches de celles des vikings.
Une vérité doit bien se dégager de cette situation complexe.
Notre hypothèse : la nef a été construite à l’époque
gothique, aux alentours de l’an 1200, mais pour une raison
que nous ignorons, les concepteurs ont voulu construire les
parties inférieures dans le style roman. Ils auraient par
ailleurs préféré décorer les écoinçons plutôt que les
chapiteaux. Pour cela ils auraient récupéré des bas-reliefs
sur un monument plus ancien. Ces sculptures en remploi
seraient : les deux évêques (images
18 et 20), l’hybride enchaîné (image
17), la figure « lion et aigle » (images
19 et 24), les entrelacs « Vikings » (images
25 et 27).
La Vierge et l’Enfant (image
21), le serment de Harold (image
23), le flûtiste (image
26) pourraient être des ajouts lors de la
construction.
La crypte
L’étude de la crypte (images 28 et 29) ne nous apprendrait sans doute pas
grand-chose de plus. Ses chapiteaux à crochets ne permettent
pas de la dater. Quant aux fresques qui surmontent ces
chapiteaux, elles semblent dater du XVesiècle.
Datation
Voici ce qu’en disent « Les Amis de la Cathédrale de Bayeux
» selon la publication rédigée sur leur site Internet : « La
Cathédrale de Bayeux. Chronologie :
Construction de la cathédrale romane sous les évêques
Hugues d’Ivry (1011-1049) et Odon de Conteville
(1050-1097) demi-frère de Guillaume le Batard, duc de
Normandie ; la construction bénéficie des retombées de la
conquête de l’Angleterre (1066) ; 14 juillet 1077 :
dédicace solennelle en présence de Guillaume le Conquérant
; de cette époque, il reste les tours de la façade
occidentale et la crypte XIIe siècle (sic) ; 1105 :
destruction de la cathédrale lors de la guerre civile
opposant les fils de Guillaume le Conquérant,
reconstruction en style roman. De cette campagne, il reste
les grandes arcades de la nef (et surtout leur décor) ; 2emoitié du XIIesiècle :
construction des bas-côtés et de la salle du chapitre en
style gothique premier ; 1204 : conquête de la Normandie
par le roi de France Philippe Auguste. La Normandie
devient française et subit de plus en plus l’influence
gothique de l’Ile-de-France ; 1225-1240 : construction du
chœur en style gothique « normand » ; 1240-1260 :
Construction du second niveau de la nef en style gothique
rayonnant ; 2emoitié du XIIIesiècle
: décor intérieur du transept en style rayonnant.
Construction des chapelles du bas-côté Sud. La cathédrale
est terminée pour l’essentiel. C’est un édifice du XIIIesiècle.
»
Le texte ci-dessus semble bien informé. On aimerait
cependant y répondre à la manière de Wikipedia : « Le
texte ne cite pas suffisamment ses sources ». Nous
y trouvons en effet plusieurs éléments susceptibles de nous
faire douter.
Il y a tout d’abord le ton de certitude, ici employé. Ainsi,
par exemple, la phrase, «
1204 : conquête de la Normandie par le roi de France
Philippe Auguste. La Normandie devient française et subit
de plus en plus l’influence gothique de l’Île-de-France. »,
reflète-t-elle bien la réalité ? Nous avons plutôt
l’impression du contraire : les tours jumelles implantées
sur les façades Ouest sont caractéristiques des églises
gothiques. Or, les exemples les plus anciens de ces tours,
nous les trouvons en Normandie, à Jumièges, Caen ou Bayeux,
et non en Île-de- France.
Il y a aussi le défaut de preuves ou de raisonnements
justificatifs. Ainsi la phrase : « Construction
de la cathédrale romane sous les évêques Hugues d’Ivry
(1011-1049) et Odon de Conteville (1050-1097) … »
peut être interprétée de deux façons différentes. Pour la
première des deux, il doit probablement exister des
documents montrant avec précision que des constructions de
parties de la cathédrale ont été effectuées sous les
épiscopats de Hugues d’Ivry ou de Odon de Conteville. Pour
la seconde des deux, les constructions romanes datent du XIe siècle, opinion confirmée par la dédicace du
14 juillet 1077. En conséquence, sachant que cette église
romane date du
XIe, elle ne peut avoir été construite que
sous les épiscopats de Hugues d’Ivry et d’Odon de Conteville
qui totalisent 86 ans sur les 100 ans du siècle.
Quelle est notre propre évaluation ?
La crypte : Nous
revenons ici sur notre première phrase concernant la crypte
: « L’étude de la crypte
(images 28 et 29) ne nous apprendrait sans doute pas grand-chose de plus.
». Elle apparaît un peu abrupte. Il nous faut l’expliquer.
Il faut en effet savoir qu’il existe une sorte de dogme
commun aux historiens de l’art : »- « toute église romane
est du XIIesiècle, la crypte de cette église
étant du XIesiècle ». Certes, il existe des
entorses à ce dogme, mais globalement c’est ainsi qu’il est
vécu. L’origine de ce dogme vient de l’idée primaire que la
construction de la crypte précède celle de la cathédrale qui
la surplombe, et que toute église est postérieure à l’an
mille.
Nous estimons qu’un tel type de raisonnement est simpliste.
De nombreuses cryptes ont été créées après la construction
des églises qui les contiennent par séparation de l’abside
en deux parties par un plancher intermédiaire. L’étage
inférieur permettait d’abriter les reliques de saints ou
martyrs. L’étage supérieur, quant à lui, était réservé à la
célébration du culte. Certains écrits permettent de penser
que de telles créations de « confessions » ont été faites
avant l’an 1000 (par exemple à l’abbaye Sainte-Marie de
Quarante/ Hérault/ Occitanie/ France).
Nous pensons que de telles confessions ont pu être réalisées
longtemps après la première construction de l’édifice. Et
que certaines cryptes, bien que qualifiées de
« romanes », peuvent dater de la période gothique. Pourquoi,
dans ce cas, sont elles qualifiées de « romanes » ? Tout
simplement parce que les arcs sont en plein cintre. Et non
brisés. Mais l’arc brisé qui est utilisé dans les édifices
gothiques sert à construire des voûtes élevées. Or, il n’est
pas nécessaire que les voûtes des cryptes soient élevées.
Bien au contraire : les dimensions des cryptes ne doivent
pas nuire aux édifices supérieurs.
Qu’en est-il de la crypte de la cathédrale de Bayeux ? Selon
un autre site Internet, cette crypte aurait été celle de
l’église primitive du XIesiècle. Elle aurait
été abandonnée au XIIesiècle, puis reprise au
XIVeou au XVesiècle.
Nous pensons qu’il existait une cathédrale primitive ayant
précédé la cathédrale actuelle. Quelle pouvait être sa
datation ? Seules des fouilles permettraient de la préciser.
Cette cathédrale devait avoir une abside. Une crypte
existait-elle à l’emplacement de cette abside ? C’est
possible. Lorsque, au XIIIesiècle, le chœur de
la cathédrale a été refait, le sol a été surélevé,
recouvrant une partie de l’abside antérieure ou de la
crypte. Plus tard, on a décidé de rouvrir la crypte si elle
existait auparavant ou d’en créer une en utilisant les
restes de murs de l’église antérieure.
L’église romane :
Concernant les tours de la façade Ouest, nous pensons
qu’elles sont effectivement romanes, comme le laisse
entendre le texte ci-dessus.
Datation envisagée : an 1075 avec un écart de 50 ans. La
consécration de 1077 ne constitue pas une preuve infaillible
que l’église romane était terminée à cette date. Elle a pu
être consacrée avant l’achèvement complet des travaux.