Autres églises de Sicile susceptibles de dater du 1er millénaire 

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Nous n'avons pas visité les églises ou abbayes citées dans cette page : la chiesetta di San Salvatore de Caltabellotta, la chiesa Santo Spirito de Caltanissetta, la cuba di Santa Domenica de Castiglione di Sicilia, l'abbazia San Filippo di Fragalà de Frazzano, la chiesa Santa Maria de Mili à Mili San Pietro.

Les commentaires en italique et les images ci-dessous sont extraits d'Internet.



La chiesetta di San Salvatore de Caltabellotta

Pour cette église, nous n'avons pas rencontré de site Internet qui en parle d'une façon précise.

Cependant, la vue aérienne de l'image 2 permet d'envisager que cette église a subi plusieurs campagnes de construction. En conséquence, une grande ancienneté est envisagée.

De plus, on remarque que le plan vertical Est-Ouest qui traverse la porte principale est plan de symétrie de trois corps de bâtiments de plus en plus élevés lorsqu'on va en direction de l'Est. Nous pensons qu'un des deux corps de bâtiments les plus proches (probablement le second) est l'ancienne nef. Comme il arrive souvent, le chœur de cette nef aurait été remplacé par un ensemble choeur-transept plus important. Mais tout cela reste à vérifier.

Datation envisagée pour la chiesetta di San Salvatore de Caltabellotta : an 1050 avec un écart de 200 ans.




La chiesa Santo Spirito de Caltanissetta

La page du site Internet prolococaltanissetta.com relative à cette église nous apprend ceci :

« À quelques kilomètres de la ville, une ancienne église datant de la civilisation arabe normande est dédiée au Saint-Esprit. À cet endroit, au Xe siècle, les Arabes avaient érigé une ferme fortifiée, de construction rectangulaire massive, défendue par une tour d’angle, pour la surveillance et la défense des riches terres agricoles environnantes.

À gauche du hall d’entrée, une porte ogivale mène à la tour : les deux pièces superposées, de plan carré, sont chacune soutenues par un grand arc pointu en pierre sculptée.

Le long des murs de la tour, il y a plusieurs meurtrières et un corps de garde dans le coin extérieur, plus exposé.
[...]  »

Nous n'apprenons pas grand-chose de plus sur ce site.

Les données architecturales sont aussi parcellaires. Le chevet (image 5) est décoré de belles arcatures lombardes. Mais des arcatures de 2e, voire 3e génération (sur les absidioles, les arcs sont brisés).

Le chevet est formé de trois absides accolées. À l'intérieur (images 7 et 8), les trois absides et surtout les trois fenêtres qui les surmontent, font envisager que la nef primitive était à trois vaisseaux, avec les trois absides actuelles en prolongement. Ultérieurement, le vaisseau central aurait été supprimé, les murs extérieurs étant conservés.

Datation envisagée pour l'église Santo Spirito de Caltanisetta : an 1050 avec un écart de 100 ans.

À remarquer les très beaux fonts baptismaux (image 9). Nous les estimons préromans (sans de grandes certitudes).




La cuba di Santa Domenica de Castiglione di Sicilia

La page du site Internet www.italyra.com (qui semble ne plus exister) relative à cette église nous apprend ceci :

« La Cuba de Santa Domenica est une chapelle rurale située dans la campagne de Castiglione di Sicilia, près de la rivière Alcantara, et très probablement datable entre le Xe et le XIe siècle. Initialement, Elle était considéré comme un bâtiment byzantin, appelé par les habitants « cubola » (un terme qui reprend les formes géométriques de la structure cubique), probablement érigé par les moines basiliens après le passage de la Sicile sous le patriarcat de Constantinople en 732. Elle partage avec les structures byzantines à la fois la rigidité géométrique basée sur des formes substantiellement cubiques et la présence du dôme et d’un plan central. Inversement, cependant, aux églises byzantines généralement avec une croix grecque, le Cuba de Castiglione a une croix latine et une seule abside par opposition aux trois canoniques. En fait, aujourd’hui, on croit, en raison de la proximité physique et conceptuelle de l’église des Saints Pierre et Paul d’Agrò, qu’il s’agit d’une réduction carrée de la disposition classique de la basilique latine. Pour soutenir cette hypothèse, contribue la présence des trois nefs du Cuba de Santa Domenica ainsi que d’un transept et de la chapelle de l’abside. »

Nous n'avons que peu de compléments à ajouter à cette description mais peut-être une explication. Les archéologues qui ont étudié cet édifice ont remarqué qu'il n'était pas à plan centré comme le sont les églises orthodoxes de type byzantin, ici appelées basiliennes. Effectivement, les travées identiques (image 14), les collatéraux étroits (image 15), font plus penser à une église orientée à nef à trois vaisseaux qu'à une église à plan centré. Cependant, il ne faut pas s'imaginer que toutes les églises orthodoxes étaient à plan centré. La construction d'une église à plan centré correspondrait selon nous à une manifestation d'autonomie de son célébrant. Il est possible qu'initialement, les évêques dépendant du patriarcat de Constantinople n'aient pas tous eu ce réflexe d'autonomie.

Concernant la datation, hormis le fait que nous sommes probablement en présence d'une église dont le plan basilical est proche de celui des premiers édifices romains, nous faisons les constations suivantes :

– Avec un petit effort d'imagination, la façade occidentale (image 11) est typique de celle des premières basiliques romaines (structure en trois parties copiant la coupe transversale de la nef triple. Pour chacune des parties, une porte au rez-de-chaussée, au-dessus de celle-ci, une fenêtre et, au-dessus encore, les corniches du toit à quatre pentes). Il manque à cette façade la porte de droite. La fenêtre centrale était divisée en trois par deux colonnettes qui ont disparu. Les arcs que supportaient ces colonnettes ont été conservés; ils sont polychromes. Ces particularités nous font envisager pour cette fenêtre une datation autour de l'an mille (an 1025 avec un écart de 75 ans).

– Mais cette fenêtre a été peut-être installée ultérieurement. En effet, la vue aérienne (image 12) fait apparaître que la travée Ouest portant coupole est un peu plus large que la travée centrale. Très probablement, les murs de cette travée Ouest ont été renforcés afin de porter la coupole lors d'une deuxième campagne de travaux.

– Existe-t-il des restes des constructions initiales ? Nous pensons les avoir découvertes sur l'image 14. Le pilier situé au centre de la photo, portant simultanément les deux arcs est de type R0001. Ce qui signifie qu'il est flanqué d'un pilastre côté vaisseau central. Ce pilastre est massif, presque aussi gros que le pilier contre lequel il est adossé. Plusieurs indices, comme le fait qu'il soit installé sur une base, font penser que ce pilastre est un ajout ultérieur. Ce pilastre porte un puissant doubleau, lequel doubleau sert en partie à porter la coupole.

– Nous envisageons donc la situation suivante : initialement, l'édifice était entièrement charpenté. On a ultérieurement décidé d'installer une coupole sur une travée de nef. Pour pouvoir porter cette coupole, on a renforcé les murs extérieurs, et, côté intérieur, on a accolé des pilastres aux deux piliers opposés et construit un arc doubleau au-dessus de ces pilastres.

Datation envisagée pour la cuba di Santa Domenica de Castiglione di Sicilia : an 750 avec un écart de 150 ans.




L'abbazia San Filippo di Fragalà de Frazzano

La page du site Internet Wikipédia relative à cette église nous apprend ceci :

« Historique : À quelques kilomètres de la ville [...] se trouve l’ancien monastère italo-grec de San Filippo di Fragalà. De part sa position, il domine les vallées des monts Nebrodi  [...] Institut cénobitique basilien d’origine très ancienne, probablement dédié à saint Nicolas de Mira, son existence remonte à 495. Les religieux, de rite byzantin, reconnaissaient l’autorité du pape. À l'époque arabe, bien que n’ayant pas fait l'objet de tracasseries excessives, l’institution frazzanaise a connu une période de déclin.

La reconstruction de l’abbaye fut l’œuvre de l'abbé higoumène Grégoire en 1090, grâce aux vœux et aux faveurs accordés par le comte Roger et la reine Adelasia, privilèges inscrits dans un diplôme de refondation établi en 1145. Dispositions et concessions largement documentées par l’historien bénédictin Goffredo Malaterra et le voyageur, le cartographe arabe Muhammad al-Idrisi.

Centre culturel italo-grec, l’un des plus importants du sud normand. Patronnés par les fonctionnaires de la cour grecque, ses moines louaient et élevaient des “prières incessantes” au nom du comte Roger et de son épouse. Le régent et les dirigeants normands ultérieurs confirmèrent leur soutien à cette institution qui fut placée sous leur autorité directe.

Vers 1131, Roger II d'Hauteville le plaça, avec les autres monastères siciliens de rite grec, sous l’autorité de l'archimandrite du monastère du Très Saint Sauveur de Messine.
[...] »

Nous ne disposons malheureusement que de peu d'éléments architecturaux permettant d'évaluer ces édifices, la plupart d'entre eux ayant été restaurés ou ajoutés à l'époque moderne. La seule image qui pourrait donner des renseignements est l'image 21. Le chevet formé de trois absides semi-circulaires accolées, de tailles différentes, est probablement très ancien (les absidioles ont été construites à des époques différentes ; sinon elles seraient semblables). Il est probable qu'il y a deux étages dans ce chevet, l'étage inférieur étant réservé au culte. Il faudrait pouvoir disposer d'images de l'intérieur : la présence de voûtes ou leur absence pourrait constituer un signe d'ancienneté.

Datation envisagée pour l'abbazia San Filippo di Fragalà de Frazzano : an 1025 avec un écart de 200 ans.




La chiesa Santa Maria de Mili à Mili San Pietro

La page du site Internet Wikipédia relative à cette église nous apprend ceci :

« Histoire : Construite, vers 1090, par le grand comte Roger Ier de Sicile (qui, en 1092, y fit inhumer son fils naturel Giordano, mort au combat à Syracuse) et confiée par lui, dans la même année 1092, aux moines basiliens dirigés par l’higoumène Michel, l’église se dresse probablement sur le site d’un ancien monastère byzantin.

L'abbaye basilienne, l’une des plus importantes de la Sicile médiévale, a connu des périodes de splendeur et de déclin qui ont alterné jusqu’en 1542, l’année du transfert, par Charles Quint, de l’abbaye au Grand Hôpital de Messine nouvellement créé.

En 1866, à la suite de la promulgation des lois subversives de l’État unitaire, le monastère et l’église ont été confisqués par la propriété de l’État ; le monastère a été vendu à des particuliers, tandis que l’église est toujours le patrimoine du Fonds pour les édifices religieux du ministère de l’Intérieur.

Architecture : La partie la plus remarquable de l’église est l’abside, dans laquelle se détachent les trois dômes hémisphériques, le plus grand et les deux mineurs, d'origine clairement islamique, et l’abside centrale, la seule émergeant à l’extérieur, de style roman. L’église a été agrandie dans la première moitié du XVIe siècle, subissant un allongement longitudinal qui entraîna la construction d'une nouvelle façade et le rehaussement du niveau de la toiture.
»


Commentaires sur ce texte :
Nous découvrons à la lecture de ce texte (« En 1866, à la suite de la promulgation des lois subversives de l’État unitaire, le monastère et l’église ont été confisqués par la propriété de l’État ») qu'il y a eu en Italie des lois « subversives » de confiscation de biens d'Église, et ce, près de 40 ans avant les lois françaises de séparation de l'Église et de l'État, lois dites « scélérates ». Les expressions « subversives » et «  scélérates » sont comparables. Elles sont là pour montrer, qu'au moins pour la Sicile, et 150 ans après, pour certains, la pilule n'est toujours pas passée.

Concernant la datation, la variété des éléments de décor montre qu'il y a eu plusieurs campagnes de travaux sur la seule église. Ainsi, les arcs entrecroisés de la façade Sud (images 24 et 25), tout à fait différents des arcatures lombardes de l'abside Est (image 26), font envisager qu'il y a eu deux étapes de construction distantes de plus d'un siècle. L'existence d'un chevet à une seule abside, les absidioles étant insérées dans la maçonnerie, serait pour nous un signe de plus grande ancienneté par rapport aux chevets à trois absides apparentes. Enfin, l'image 27 de l'intérieur, présentant une triple arcade, fait envisager que la nef primitive était à trois vaisseaux.

La succession des travaux pourrait être la suivante : une nef primitive à trois vaisseaux avec trois absides en prolongement, l'abside centrale étant seule visible de l'extérieur. Au cours d'une deuxième étape de travaux, l'abside centrale aurait été voûtée en cul-de-four. Ce qui aurait nécessité de renforcer les murs et bords de toit par la pose d'arcatures lombardes. Une troisième étape de travaux aurait permis de transformer la nef triple en nef unique. C'est à ce moment-là que les murs extérieurs auraient été consolidés par les arcs renforcés. Enfin, au XVIIe ou XVIIIe siècle, la nef aurait été prolongée en direction de l'Ouest. Le portail Ouest date de cette période (image 24). Mais tout cela reste à vérifier sur place.

Datation envisagée pour la chiesa Santa Maria de Mili à Mili San Pietro : an 850 avec un écart de 150 ans.