Le tétramorphe
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La plupart des images de cette page sont extraites de notre
site.
Nous conseillons vivement la lecture très documentée de la
page de Wikipédia concernant le Tétramorphe.
Le tétramorphe dans
l'Antiquité
Selon le texte de Wikipédia concernant le Tétramorphe
(extraits) :
« Pour la Mésopotamie
Avant la Bible, on trouve ces quatre figures des quatre
vivants en Égypte et à Babylone, en Mésopotamie. Ce sont
sans doute les légendes babyloniennes qui ont influencé
les visions d'Ézéchiel dont s'est vraisemblablement
inspiré l'auteur de l'Apocalypse. C'est saint Irénée de
Lyon au IIe siècle, soit de nombreux siècles
après leurs premières apparitions, qui le premier a
identifié ces quatre vivants aux quatre évangélistes.
Irénée ouvre la veine d'interprétation des Pères Grecs :
l'aigle c'est Jean; le lion c'est Marc; le taureau c'est
Luc; le visage d'homme c'est Matthieu.
Pour l’Égypte,
voici le texte de Nadine Guilhou :
“De
son côté, pressentant lui aussi des combats, le créateur
résolut de créer à partir de lui-même quatre gardiens.
L'un avait les apparences d'un rapace. Le visage encadré
d'ailes, il portait un harpon. On le nomma Seigneur du
harpon. Le deuxième était un lion puissant ; il portait un
couteau. C'était le Seigneur du couteau. Le troisième, un
serpent, brandissait un poignard. On le dénomma « celui
dont la terreur est grande ». Le quatrième, enfin, portait
aussi un couteau, c'était un taureau et son nom fut :
celui dont le mugissement est puissant.”
À
Babylone, ils représentaient quatre divinités secondaires.
Ils figuraient les quatre points cardinaux (Lion-Nord,
Serpent-Est, Aigle-Sud et Taureau-Ouest) et en astrologie,
science inventée par les civilisations mésopotamiennes,
ils symbolisent les quatre signes fixes du zodiaque.
Il y a aussi l'association traditionnelle des quatre
Évangélistes aux quatre signes fixes : Luc et le Taureau,
Marc et le Lion, Jean et le Scorpion (représenté sous la
forme transfigurée de l'aigle) et Matthieu et le Verseau
(l'Homme déversant le flot de la connaissance), composant
ainsi le Tétramorphe. Cette symbolique est sans doute
issue d'une tradition plus ancienne symbolisant les quatre
saisons, d'après la concordance entre ces différentes
saisons et la position du Soleil dans ces différentes
constellations :
•
le Taureau pour le printemps (symbole de fertilité).
• le Lion pour l'été (symbole de la puissance, due à la
chaleur écrasante).
• le Scorpion pour l'automne (symbole de la mort qui
arrive, l'empoisonneur).
• le Verseau pour l'hiver (saison des pluies). »
Commentaires sur ces
textes
Le tétramorphe est une image symbolique issue de textes
bibliques, les visions d’Ézéchiel et l'Apocalypse de Saint
Jean. Ces textes, rapportés ci-dessus, parlent de quatre
Vivants, un lion, un taureau, un aigle et un homme qui, par
la suite, auraient été associés aux évangélistes Marc, Luc,
Jean et Mathieu. Ézéchiel et Saint Jean auraient été
inspirés par des divinités de cultes orientaux.
Concernant la Mésopotamie, on retrouve les représentations
de certaines de ces divinités dans des bas-reliefs de la
porte d'Ishtar (image 1)
avec le lion (image 2),
le taureau (image 3),
l'homme à visage et ailes d'aigle (image
4), le taureau androcéphale (image
5). Nous n'avons cependant pas trouvé dans les
représentations de Mésopotamie de figure assimilable au
tétramorphe. C'est-à-dire une composition contenant
simultanément les quatre formes.
Par contre, dans l'image des quatre vents du temple égyptien
de Kom Ombo (image 6),
sont associées trois de ces quatre formes (un lion ailé, un
taureau et un aigle).
Passons aux textes bibliques décrivant
le tétramorphe :
La vision d’Ézéchiel
Texte de l'AELF, Association
Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones
:
« 04 J’ai vu : un vent
de tempête venant du nord, un gros nuage, un feu
jaillissant et, autour, une clarté ; au milieu, comme un
scintillement de vermeil du milieu du feu.
05
Au milieu, la forme de quatre Vivants ; elle paraissait
une forme humaine.
06
Ils avaient chacun quatre faces et chacun quatre ailes.
07 Leurs
jambes étaient droites ; leurs pieds, pareils aux sabots
d’un veau, étincelaient comme scintille le bronze poli.
08
Des mains humaines, sous leurs ailes, étaient tournées
dans les quatre directions, ainsi que leurs visages et
leurs ailes à tous les quatre.
09
Leurs ailes étaient jointes l’une à l’autre ; ils ne se
tournaient pas en marchant : ils allaient chacun droit
devant soi.
10 La
forme de leurs visages, c’était visage d’homme et, vers la
droite, visage de lion pour tous les quatre, visage de
taureau à gauche pour tous les quatre, et
visage
d’aigle pour
tous les quatre.
11
Leurs ailes étaient déployées vers le haut ; deux se
rejoignaient l’une l’autre, et deux couvraient leur corps.
12
Chacun allait droit devant soi ; là où l’esprit voulait
aller, ils allaient. Ils avançaient sans s’écarter.
13
Ils avaient une forme de vivants. Leur aspect était celui
de brandons enflammés, une certaine apparence de torches
allait et venait entre les Vivants. Il y avait la clarté
du feu, et des
éclairs sortant du feu.
14 Et
les Vivants s’élançaient en tous sens : leur aspect était
celui de l’éclair.
…
25 On
entendit un bruit venant de plus haut que le firmament qui
était au-dessus de leurs têtes.
26
Au-dessus de ce firmament, il y avait une forme de trône,
qui ressemblait à du saphir ; et, sur ce trône, quelqu’un
qui avait l’aspect d’un être humain, au-dessus, tout
en haut.
...
28
Comme l’arc apparaît dans la nuée un jour de pluie, ainsi
cette clarté à l’entour : c’était l’aspect, la forme de la
gloire du Seigneur. À cette vue, je tombai face contre
terre, et
j’entendis une voix qui me parlait. [...] »
Texte de l'Apocalypse
de Saint-Jean par le site Architecture
Religieuse en Occident (extraits) :
« Après
cela, je regardai, et voici, une porte était ouverte dans
le ciel. La première voix que j'avais entendue, comme le
son d'une trompette, et qui me parlait, dit : “Monte ici,
et je te ferai voir ce qui doit arriver dans la suite”.
Aussitôt je fus ravi en esprit. Et voici : il y avait un
trône dans le ciel, et sur ce trône quelqu'un était assis.
Celui qui était assis avait l'aspect d'une pierre de jaspe
et de sardoine; et le trône était environné d'un
arc-en-ciel semblable à de l'émeraude. Autour du trône je
vis vingt-quatre trônes, et sur ces trônes vingt-quatre
vieillards assis, revêtus de vêtements blancs, et sur
leurs têtes des couronnes d'or. [...] Au
milieu du trône et autour du trône, il y a quatre êtres
vivants remplis d'yeux devant et derrière. Le premier être
vivant est semblable à un lion, le second être vivant est
semblable à un veau, le troisième être vivant a la face
d'un homme, et le quatrième être vivant est semblable à un
aigle qui vole. Les quatre êtres vivants ont chacun six
ailes, et ils sont remplis d'yeux tout autour et au
dedans. Ils ne cessent de dire jour et nuit : “Saint,
saint, saint est le Seigneur Dieu, le Tout Puisant, qui
était, qui est, et qui vient!” »
Commentaires de ces textes
Autant le dire tout de suite, nous n'avons pas de compétence
en théologie. Et nous trouvons ces textes obscurs et peu
rationnels. Nous aurions envie de dire que leurs auteurs ont
« fumé un joint ». Le texte de l'Apocalypse aurait pu faire
partie des écrits apocryphes qui ont fait foison durant la
période paléochrétienne et qui ont été exclus du corpus
ecclésiastique. Il ne l'a pas été. Pour des raisons que nous
ne connaîtrons peut-être jamais. Il est possible que ces
textes aient voulu s'adresser à des peuples attachés à des
cultes divers (exemple : Mithra pour le taureau).
Forme issue de la
description d’Ézéchiel
Les images 7 et 8 s'inspirent
très probablement de la vision d’Ézéchiel : une seule forme
recouvrant les quatre attributs (lion, taureau, aigle,
homme). À remarquer que si, sur l'image
7, les
vivants portent des évangiles, ceux de l'image
8 n'en ont pas. Sur l'image
9, les
vivants sont associés aux quatre archanges portant chacun 6
ailes. Là encore l'image est sans doute inspirée d’Ézéchiel.
Nous en sommes moins sûrs en ce qui concerne l'image
10. La mosaïque du chœur de Saint-Apollinaire de
Ravenne est probablement restée intacte dans sa partie
inférieure. Mais la bande supérieure contenant les symboles
des quatre évangélistes a été restaurée. Il est possible
cependant que ce décor reconstitue un modèle ancien (image
11). Il est possible qu'il en soit de même pour l'image 12.
Le modèle des images
7 et 8 est surtout présent dans les églises
d'Orient. Ce serait le plus ancien.
Forme
issue de la description dans l'apocalypse de Saint-Jean
Il s'agit de la représentation que l'on peut examiner à un
grand nombre d''exemplaires dans les églises d'Occident. La
forme caractéristique est celle d'un cercle entouré des
symboles des quatre vivants. Mais il s'agit là d'une forme
première qui a pu évoluer au cours du temps. Ainsi, le
cercle symbole du cosmos a été transformé en deux cercles
sécants, celui du dessous représentant le ciel terrestre,
celui du dessus le Ciel, domaine de Dieu. Puis l'ensemble
aurait pris une forme d'amande, la mandorle. L'intérieur du
cercle est soit resté vide, soit occupé par le trône de Dieu
et Dieu lui-même. À l'extérieur, les Vivants sont devenus
les quatre évangélistes. Mais la grande question est de
savoir comment cette forme a pu s'imposer.
Image 13 : C'est
le décor d'une lampe à huile romaine. Bien que la
représentation soit très proche de celles, chrétiennes, que
l'on verra ci-dessous, on n'y voit aucun signe vraiment
chrétien. La femme, couronnée, pose dans l'attitude des
déesses-mères quémandant des offrandes. Il y a bien quatre
personnages mais ils sont à l'intérieur du cercle et non
autour. Le taureau a été remplacé par un lion. L'homme porte
un bonnet phrygien. Nous pensons que ce décor constitue une
partie de la réponse à la grande question posée ci-dessus :
la forme pouvait exister dans des religions orientales avant
d'être adoptée par les chrétiens.
Image 14 : La
Grande Téophanie du Beatus
de Facundus (nous vous conseillons la lecture de la
page intitulée « Beatus
» de Wikipédia). Beatus était un moine de l'abbaye de
Liebana en Cantabrie. Il a écrit vers l'an 780 un Commentaire
sur l'Apocalypse. En fait, l'ouvrage contiendrait
la traduction de l'Apocalypse, les commentaires n'occupant
qu'une place modérée. L'ouvrage était destiné à combattre
les hérésies issues de l'hérésie arienne influencées par la
religion islamique. Il a eu un grand retentissement,
particulièrement en Espagne durant la Reconquista, sans
doute dans le but d'arrêter l'avancée arabe. Les copies de
ce document datables du Xe ou XIe
siècle sont appelées des Beatus.
On remarque cependant que les enluminures de ces documents
ne concernent pas seulement le tétramorphe dans la forme
évoquée ci-dessus, mais d'autres passages de l'Apocalypse :
l'ouverture de chacun des sceaux, la Femme, l'Agneau, la
Jérusalem Céleste, les cavaliers. En conséquence, on doit
envisager que les Beatus
n'ont pas été des créateurs et des propagateurs de
cette forme qui devait exister auparavant.
Image 15 : Tympan
de l'église Notre-Dame de l'Assomption de Bossòst.
Bossòst est situé dans le Val d'Aran, en Catalogne
espagnole. Le tympan a sans doute été influencé par le Beatus.
On constate l'absence de mandorle et la présence d'une femme
au centre de la composition (et non de l'image de Dieu sous
la forme du Père, du Fils, de la Trinité ou de l'Agneau).
S'agit-il de la Femme de l'Apocalypse ? de la Vierge de
l'Assomption ? D'un « mix » des deux ? Les vivants quant à
eux sont sous leurs formes humaine ou animales, avec parfois
des bizarreries difficilement interprétables. Sont-ils
identifiables avec les évangélistes ? Chacun tient un livre,
hormis le lion qui crache quelque chose. Peut-être s'agit-il
d'un livre ? Ce qui signifierait une transmission orale. Le
livre, que tient aussi la Femme, semble être un volumen,
c'est à dire un livre sous forme de rouleau, à l'usage des
romains, ultérieurement remplacé par le codex,
sa forme actuelle. L'ensemble du tympan donne l'impression
d'une grande ancienneté.
Image 16. Un examen
rapide devrait attribuer ce tympan, inséré dans des arcs
brisés, à la période gothique. En fait, on s'aperçoit vite
qu'il s'agit d'un assemblage de pièces, parfaitement
ajustées, mais un peu hétéroclites, et ayant probablement
été récupérées sur des bas-reliefs différents : la mandorle
a été rognée dans sa partie supérieure, le lion et le
taureau sont en fait deux hybrides presque symétriques.
L'homme symbole de Saint Mathieu est un ange porteur de
mandorle analogue aux deux autres placés au-dessous.
Image 17 : Ici,
Dieu le Père trône entre deux colonnes. Mais il n'y a pas de
mandorle et aucun signe, pas même un livre, n'associe les
vivants aux évangélistes.
Image 18 : Ici
aussi, aucun signe, pas même un livre, n'associe les vivants
aux évangélistes.
Image
20 : Chacun des vivants a été sculpté en
bas-relief dans une plaque rectangulaire. Ils encadrent sans
l'entourer un bas-relief contenant l'Agnus Dei. Tous
tiennent un
codex entre les pattes.
Image 22 : Les
quatre vivants encadrent le grand cercle vide de l'oculus.
Nous ne pensons pas que ce vide soit symbolique du néant
mais de l'incommensurabilité de Dieu. Les images précédentes
montraient Dieu comme un être matériel, accessible, même
sous la forme symbolique de l'Agneau. Cette image le
présenterait sous la forme d'un être invisible mais toujours
présent ?
Images 23 et 24 :
Ce n'est pas seulement sur des tympans que le tétramorphe
est représenté. On le voit aussi sur des tombeaux (image
23), des devants d'autel (image
24), des enluminures (image
14), des reliquaires.
Carte
interactive et conclusions sur cette page
La carte interactive ci-dessous a été éditée pour la
première fois en mars 2025 à partir de données établies sur
l'étude de plus de 2500 monuments. Il faut comprendre que le
fichier Excel ayant permis d'enregistrer ces données n'a été
installé qu(en cours d'étude et que, de plus, nous n'avions
pas prévu lors de la création du site de collecter des
données sur l'iconographie, au vu de la complexité de la
recherche sur ce thème. En conséquence, dans la carte
interactive ci-dessous, des représentations du tétramorphe
peuvent avoir été ignorées. Il y a aussi des « trous » dans
cette carte : à la date de Mars 2025, des régions comme
l'Île-de-France en Franee, La Toscane, le
Trentin-Haut-Adige, la Vallée d'Aoste, la Vénétie en Italie,
la Suisse n'avaient pas été étudiées et devraient l'être
progressivement.
Il y a aussi très certainement des erreurs d'attribution.
Enfin il faut comprendre que notre recherche est en pleine
évolution. À l'origine, nous n'avions pas prévu d'étudier le
tétramorphe. Après avoir abordé cette étude, nous avons
commencé à distinguer deux formes de tétramorphe : le
tétramorphe de type oriental, personnage unique à 6 ailes
portant les quatre attributs, et le tétramorphe de type
occidental formé de quatre « vivants », le lion, le taureau,
l'aigle et l'homme. Et nous pensons qu'il pourrait y en
avoir d'autres.
Par conséquent, la carte interactive ci-dessous ne peut
servir que pour donner des pistes de recherches. Nous
espérons que d'autres que nous prendront le relais et
réaliseront une étude beaucoup plus étoffée que celle-ci.
Notre carte interactive cite 98 tétramorphes, la page de
Wikipédia en mentionne environ 105, dont un bon nombre
commun aux deux. En tenant compte de ceux qui n'ont pas été
encore étudiés ou même identifiés, nous pensons qu'il doit y
en avoir au moins 300.