La cathédrale Sainte Marie d'Anagni
Nous avons effectué une visite rapide de
cette église en 2007. C'est-à-dire bien avant que nous
envisagions de rédiger l'actuel site Internet ... et que
nous ayons élaboré les méthodes de recherche et
d'investigation. Certaines des images de cette page ont été
réalisées lors de cette visite. Pour d'autres, comme celles
de la crypte que nous n'avons pas eu l'occasion de visiter
en 2007, nous avons procédé à une capture sur Internet.
Ce monument a fait l'objet d'une étude approfondie et très
intéressante par Serena Romano dans le livre « Rome
et Latium romans » de la Collection
Zodiaque.
En voici quelques extraits : « Sur
une première période de la vie de la cathédrale, à
l'époque du Haut Moyen-Âge, on ne possède aucun
renseignement certain. Les fragments de cette époque
remployés dans la façade doivent être considérés comme des
restes de l'ancienne église ( images
de 7 à 13 ). [...] ».
« [...] En 1072,
l'évêque Pierre de Salerne ayant constaté l'état de ruine
où se trouvait l'église, et profitant, semble-t-il, de
moyens et de main d’œuvre mis à la disposition par
l'empereur byzantin, entreprend une nouvelle construction
dont le dessin lui avait été indiqué par Saint Magne
lui-même. Le premier acte de l'évêque Pierre est de
déposer les reliques du saint “in postremis Ecclesiae
Catacumbis” et de placer le sarcophage avec le corps de
Saint Magne - qui auparavant “quiescebat in porte
septentrionali Ecclesiae” - “sub altari in honore
Trinitatis ac ipsius nomine ab occidente tribunali
superstructo recondidit veneranter”. Il semblerait en
somme que le sarcophage contenant le corps de Saint Magne
n'ait pas alors été apporté dans la crypte mais ait été
laissé dans l'église supérieure où justement il avait été
trouvé, cependant à un certain moment le transfert dût
avoir lieu [...] »
« [...] L'église
de Pierre de Salerne était une basilique à trois nefs, aux
supports alternés, avec un transept sans divisions et une
crypte-salle ; son implantation générale était sans doute
la même que l'église actuelle. La façade ( image
7 ) doit, elle
aussi ,être restée à peu près semblable à la façade
romaine avec trois portails de style campanien.
[...] ».
Commençons notre argumentation à cette dernière phrase de
Serena Romano : « La
façade ( image 7
) doit, elle
aussi, être restée à peu près semblable à la façade
romaine [...] ». Cette phrase peut induire l'idée
suivante : cette façade n'est pas la façade de l'église
romaine, mais une autre façade semblable à la précédente et
donc construite ultérieurement. Nous ignorons si c'est bien
là l'idée de Serena Romano. Nous ne prétendons certainement
pas connaître l'architecture des églises du Latium ou d'une
façon générale de toute l'Italie, mais nous pensons que dans
de nombreux cas, les façades Ouest sont en fait les façades
d'origine du bâtiment et non des copies ultérieures de ces
façades. Toutes en effet présentent le même ordonnancement :
trois portes en rez-de-chaussée, trois fenêtres au-dessus de
ces portes. Ce modèle s'est perpétué pendant des siècles,
voire plus d'un millénaire, puisqu'on le retrouve à l'époque
baroque. Il faut cependant convenir que ces façades ont pu
subir des modifications importantes (ouvertures agrandies,
surélévations ou abaissements des parois, etc).
Les bas-reliefs qui décorent la façade (
images de 8 à 13 )
ne sont pas forcément issus d'un bâtiment plus ancien que
celle-ci. Certains d'entre eux pourraient être des éléments
de décor de chancels chrétiens antérieurs de peu à l'an
mille. On note cependant la présence de protomés de taureaux
( images 8, 11, 13 )
pouvant provenir d'un temple païen.
Examinons à présent la nef à trois
vaisseaux ( images de 15 à
20 ).
Le vaisseau central est charpenté. Il est porté par des arcs
doubleaux brisés ( image
15 ). Nous ne pensons pas que ces arcs brisés sont
d'origine. Ils auraient été installés plus tard durant la
période gothique.
Les deux vaisseaux secondaires sont voûtés. en croisée
d'ogives ( image 15 ).
Les piliers porteurs du vaisseau central sont en alternance
cylindriques et rectangulaires (de type R0102).
Les arcs reliant ces piliers sont simples.
Nous pensons que, primitivement, les trois nefs étaient
charpentées. Les piliers étaient en alternance cylindriques
et rectangulaires : mais de type R0000.
Les piliers auraient été renforcés ultérieurement pour
pouvoir supporter les arcs doubleaux, et de là, les voûtes.
Serena Romano nous apprend que cette alternance de colonnes
et de piliers est caractéristique du « lombard ». Cette
appellation est peut-être italienne. Nous avons remarqué que
l'alternance des colonnes et des piliers était plutôt
caractéristique du bassin rhénan. Cette alternance pourrait
être inspirée par les créations des grandes cathédrales par
les empereurs francs successeurs de Charlemagne.
Si la nef est peut-être antérieure à
l'an mille, le transept quant à lui semble être de création
plus récente, aux alentours de l'an 1200 ( voir les
chapiteaux des images 19
et 20 ).
Revenons à la nef. Nous avons dit qu'elle pouvait être
antérieure à l'an mille. Ce n'est certainement pas ce qu'en
a pensé Madame Romano qui doute même que la nef actuelle
soit celle que l'évêque de Salerne aurait construite à
partir de 1070 ( « L'église
de Pierre de Salerne ... était sans doute la même que
l'église actuelle » : la « même
» mais pas « l'actuelle »).
Nous pensons que, comme cela arrive pour la plupart des
textes qui nous sont parvenus du Moyen-Âge, la charte
relatant les travaux de l'évêque Pierre ne constitue qu'une
partie infime des documents rédigés à l'époque, les autres
ayant été définitivement perdus. Souvent aussi, ces
documents sont secondaires. Ils ont été précieusement
conservés non pour leur importance mais parce qu'ils
pouvaient servir de preuves en cas de litiges.
Ainsi prenons l'exemple qui nous est ici avancé. Vers l'an
1070, l'évêque Pierre de Salerne envisage de reconstruire
l'église d'Agnani. Parmi tous les scénarios possibles, nous
en proposons deux, diamétralement opposés. Pour le premier,
l'évêque de Salerne réalise le plan qu'il s'était fixé et
crée une nouvelle église : l'église
actuelle, ou « la même que l'église actuelle »
(C'est la démarche envisagée par Serena Roman). Pour le
second scénario, l'évêque de Salerne ne réalise pas le plan
qu'il s'était fixé (décès? changement d'affectation?) et son
successeur ne le réalise pas non plus, consacrant les sommes
investies à un autre usage. Contrairement à ce que l'on
pourrait penser, ce deuxième scénario, aussi hypothétique
soit-il, est plus crédible que le premier. Car il reste le
charte. Si le projet de l'évêque Pierre a été réalisé, elle
ne sert à rien : on peut la jeter. Si au contraire, le
projet n'a pas été réalisé, les partisans de ce projet
peuvent demander des comptes à son successeur en lui
demandant où est passé l'argent. En conséquence, la charte
devient un élément de preuve des intentions de l'évêque
Pierre et, en conséquence, un élément précieux à conserver.
Les images
21 et 22 sont celles d'un trône épiscopal. Il est
situé en fond d'abside comme l'étaient ceux des églises
primitives. Cependant, ce trône épiscopal semble plus
récent, décoré d'incrustations cosmates (art roman tardif :
XIIe - XIIIesiècle).
La crypte ( images 23, 24
et 25 ) a très probablement été créée à l'intérieur
de l'édifice ancien, peut-être préroman ? Cette crypte est
décorée de très belles fresques
( images de 23 à 30
). De quand datent-elles ? Serena Romano et, plus
généralement, les spécialistes de l'art roman les attribuent
au XIIesiècle. Nous ne prétendons pas
connaître la peinture romane. Il est d'alleurs probable que
certaines des fresques représentées ici soient effectivement
du XIIeou du XIIIesiècle.
Cependant, l'une d'entre elles nous interpelle. C'est la
fresque de l'image 28 qui
représente un tétramorphe. Mais le tétramorphe que nous
avons ici n'est pas celui que nous connaissons par ailleurs
: 4 personnages ailés distincts à corps d'aigle, de lion, de
taureau, d'homme. Ici c'est un seul personnage qui possède
les 4 attrinuts. Les images représentant ce type de
tétramorphe seraient rares, très anciennes, peut-être
paléochrétiennes. Une telle constatation pose question. Il
est cependant possible que l'artiste, œuvrant au XIIesiècle,
ait recopié un modèle plus ancien ?
Datation envisagée
pour la cathédrale Sainte Marie d'Anagni : an 1025 avec un
écart de de 150 ans.