La chapelle Notre-Dame de Saux à Montpezat-de-Quercy
Ami lecteur, nous vous faisons une confidence : l’église
décrite dans cette page N'EXISTE PAS ! Plus exactement, elle
ne devrait pas exister. En effet, on est bien obligés
d'admettre qu'elle existe puisqu'on en a des photos.
L'affirmation que nous venons de donner : «
elle ne devrait pas exister » est un peu forte.
Nous verrons d'ailleurs qu'on peut la corriger. Mais en
attendant des justifications, regardons ce que nous raconte
le texte du
site Internet « Notes sur Notre-Dame de Saux » .
« Cette église, jadis
centre d'une paroisse dont l'importance est attestée par
les remaniements de l'édifice, fut progressivement
abandonnée dès après la Révolution. Il n'y eut plus de
service régulier après 1835, et faisant suite à la
réfection des toitures, une importante cérémonie
religieuse en 1912 demeura sans lendemain. L'édifice fut
classé parmi les Monuments Historiques à cause de son
ensemble et de ses voûtes. Celles-ci en forme de coupoles
se rapprochent par leur technique des cabanes de bergers
des Causses du Lot. Un curé de Saux les fit reconstruire,
en partie seulement, sans doute en 1742. [...] » .
Le texte se poursuit par une description des fresques du XIVe ou XVesiècle (voir plus loin).
Nous constatons tout d'abord que si le
texte d'Internet est très prolixe concernant les fresques,
il l'est beaucoup moins en ce qui concerne les datations. La
seule remarque qui est faite est que l'église était, avant
la Révolution, « centre
d'une paroisse ». Cette information surprend
quelque peu. Car on ne voit rien de cette paroisse. L'église
est isolée en pleine campagne.
Un autre site Internet nous apporte l'information suivante :
« Historique
: Le gros oeuvre
de l'édifice a été construit en pleine période gothique.
Ce fut, autrefois, une église paroissiale, flanquée d'un
vaste presbytère et entourée d'un grand nombre de maisons.
Vers 1830, après le concordat, tout service religieux y
fut suspendu et le cimetière abandonné. Style
: roman du XIV° siècle. »
Nous n'avons pas vu aux alentours les restes « d'un
grand nombre de maisons. ». et, en admettant qu'il
y ait eu effectivement un grand nombre de maisons avant la
Révolution, la question devrait se poser de leur
disparition. Certes, il n'est pas rare de voir des églises
isolées en pleine campagne, mais dans la plupart des cas, ce
sont des édifices de petites dimensions.. Dans la plupart
des cas aussi c'étaient, selon les historiens, des centres
de hameaux qui auraient été abandonnés à partir du
XIVesiècle pour causes d’épidémies ou de
guerres. Or dans le cas présent, l'église est de dimensions
respectables et il n'a pas été abandonné au XIVesiècle,
comme en témoignent les fresques de grande valeur.
Il est possible que dans le passé, cette église ait été le
centre d'une paroisse d'habitat dispersé. La dédicace à la
Vierge Marie nous fait envisager que cette paroisse devait
être importante.
Mais venons-en à présent à notre
principal argumentaire : en toute logique, cette église ne
devrait pas exister !
Il est déjà un point qu'il nous faut relever dans le texte
extrait d'Internet : « Style : roman du
XIV° siècle . ». Le style roman du XIVesiècle
n'existe pas ! La définition du Petit Larousse nous apprend
que l'art roman se restreint aux XIeet XIIesiècles.
Mais il n'y a pas seulement cette définition qu'il est
toujours possible de contester.
Il faut comprendre que l'art gothique constitue une
innovation architecturale majeure par rapport à l'art roman.
À titre de comparaison, c'est le viaduc de Millau (pont
suspendu du XXIesiècle) par rapport au pont de
Gignac (pont à arche de pierre du XVIIIesiècle).
Les architectes actuels sont parfaitement capables de
construire des ponts à arches de pierre. Mais ils ne le font
pas car, pour un coût inférieur, ils peuvent faire beaucoup
mieux. Il devait en être de même au XIVesiècle.
Les architectes étaient capables de construire des voûtes
romanes. Mais ils avaient beaucoup mieux : les voûtes
gothiques. Si l'église avait été, dans son ensemble,
construite au
XIVesiècle, elle aurait été construite avec
des voûtes gothiques. Sauf bien sûr si les constructeurs
n'avaient pas les moyens financiers ou les compétences
techniques de leurs ambitions. Mais l'existence des fresques
de grande qualité montre bien qu'ils disposaient bien à la
fois des moyens et des compétences.
Ils ne disposaient plus de ces moyens et de ces compétences
plusieurs siècles plus tard (à cause des guerres de
religion?). Il semblerait en effet que la voûte en série de
coupoles du vaisseau central ait été posée après les
fresques. Sur l'image 17,
il semble bien que
la base du doubleau qui supporte la coupole a été insérée
dans le mur, détruisant la partie de fresque correspondante.
Très probablement, le vaisseau central de la nef était à
l'origine charpenté. Le tout reste néanmoins à vérifier.
Mais venons-en au principal en constatant tout d'abord que,
mis à part le clocher qui constitue une sorte de verrue, cet
édifice est un édifice « parfait ». Nous appelons
« édifice parfait », un édifice (le plus souvent une église)
au plan révélant une symétrie parfaite : symétrie centrale
(nefs à plan centré), symétrie axiale (nefs à plan orienté).
Nous estimons que l'architecte du Moyen-Âge qui a conçu les
plans d'un premier édifice a voulu un édifice parfait.
C'est-à-dire parfaitement symétrique. Ultérieurement, il y a
eu des ajouts et des modifications (sacristie, clocher,
chapelles latérales) qui ont modifié la symétrie du plan.
Nous considérons que lorsqu'on a trouvé une symétrie
parfaite dans le plan d'une église (ou une partie du plan),
on a de fortes chances d'être en présence de l'édifice
primitif.
Nous n'avons pas le plan de cette église Notre-Dame de Saux,
mais il est facile de le reconstituer à partir des images
ici reproduites. Il s'agit d'un édifice à nef unique
rectangulaire et à chevet rectangulaire, voire même carré.
De part et d'autre de la nef, on peut voir, tout d'abord et
le plus près du chœur, deux chapelles latérales transverses
parfaitement symétriques ; puis deux autres chapelles
symétriques de dimensions inférieures tant en hauteur qu'en
largeur (mais pas en profondeur).
Et c'est là que nous disons que ce type de plan n'est pas
censé exister. Depuis que nous étudions les églises
antérieures à l'an 1200, nous ne connaissons que deux types
de plans de nefs orientées : les nefs à un vaisseau et les
nefs à trois vaisseaux. Mais pas les nefs à chapelles
latérales transverses.
En fait ce type de plan existe ! Nous l'avons déjà rencontré
: à Saint-Jacques de Béziers (voir cette
page de notre site : le plan de Saint-Jacques y est
sur l'image 7. Sur
la même page, l'image 30 est
celle du plan de l'église San Pedro de la Nave en Espagne.
).
Nous estimons donc que l'église Notre-Dame de Saux pourrait
avoir été, comme les églises Saint-Jacques ou San Pedro de
la Nave, une église de fondation barbare. Peut-être
wisigothique. Par leur archaïsme, les voûtes en plein cintre
non posées sur des doubleaux de l'abside et des 4 chapelles
latérales, pourraient remonter à cette période.
La datation envisagée
est l'an 700 avec un écart de 200 ans.
On ne peut quitter cette église sans
admirer ses magnifiques fresques du XIVeet XVesiècles. En voici un aperçu de description par
le premier site Internet référencé ci-dessus :
« Les peintures de SAUX
ont été exécutées en deux temps et avec des techniques
différentes.
La première tranche, qui s'étendait sur tout le chœur et
les deux premières chapelles, a été faite sur un fond
blanc d'une peinture à l'eau additionnée sans doute de
colle.
La voûte en plein cintre du chœur est ornée d'un Christ en
majesté accompagné des attributs des 4 Évangélistes ; sur
le mur du chevet, se trouve une grande crucifixion, avec
la Vierge et St-Jean ; au registre inférieur, sur tout le
pourtour des murs, sont représentées les scènes de
l’Évangile de l'Enfance ... Les personnages de toute cette
tranche, œuvre du XIVe siècle, se détachent,
soit sur un fond clair quadrillé de noir, soit sur un fond
rouge orné de rinceaux.
La seconde tranche orne le reste de l'édifice. Ce sont des
peintures en lavis, plus légères et peu adhérentes,
réalisées en teintes plates où dominent les couleurs
sombres : rouge brun ou orangé sur un fond très clair ;
cette décoration, depuis longtemps à découvert et plus
fragile, est beaucoup plus effacée ; on n'en distingue
souvent que des fragments qui gardent néanmoins toute leur
valeur. Ces diverses peintures donnent à l'Église de SAUX
un intérêt accru ; elles sont le témoin de la foi de nos
aïeux, comme de leur souci artistique, car, loin d'être
une œuvre populaire comme à Pervillac, elles sont l'œuvre
d'artistes qualifiés ... »