L'abbaye Saint-Pierre de Moissac 

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L'abbaye Saint-Pierre de Moissac est bien connue par ses deux joyaux de l'art roman que sont son porche au célèbre tympan (images 2 et 11) et son cloître (image 7). Cependant, nous ne comptons pas décrire ces deux œuvres qui selon nous datent du XIIesiècle. Donc hors des limites de notre étude.

Observons l'image 2. Faisons abstraction du porche roman qui a été très probablement ajouté en placage sur le clocher (ouvrage Ouest). Faisons aussi abstraction des grandes fenêtres en arc brisé situées à droite. Il nous reste les fenêtres en plein cintre situées en-dessous. Ces fenêtres sont romanes. Datent-elles de la période [1140-1180] donnée par la légende du plan de l'image 8 ? Il nous est difficile de confirmer ou d'infirmer cette évaluation. Elle nous semble seulement un peu tardive. Nous aurions plutôt tendance à dater ces fenêtres de la première moitié du XIIesiècle.

En tout cas, on remarque que les travées déduites de ces fenêtres ne sont pas les mêmes que celles des fenêtres supérieures (une des fenêtres romanes est en partie obstruée par le contrefort d'un pilier de travée). On déduit de cela que la nef dans sa globalité (donc hormis les fenêtres inférieures) est gothique. Cette partie gothique est-elle du XVesiècle comme indiqué sur le plan ? Les diverses images (dont l'image 4 et l'image 6) montrent qu'il y a eu, pour cette partie gothique, plusieurs phases de travaux.


Notre attention a surtout été retenue par l'ouvrage Ouest (images 1, 2, 5 et 7 de l'extérieur, plan de l'image 8, images 9 et 10 de l'intérieur). Nous avons déjà eu l'occasion de dire que le porche roman a été plaqué contre la façade Sud de cet ouvrage Ouest. Nous pensons qu'une autre surface de mur a été plaquée sur cet ouvrage Ouest : la façade Ouest surmontée d'un crénelage donnant à cet ouvrage Ouest une allure de forteresse. Par contre la façade Nord de cet ouvrage Ouest, elle aussi surmontée d'un crénelage plus récent, pourrait être celle de l'édifice primitif. Elle est percée d'une porte protégée par un arc en plein cintre. Le tout est dépourvu de décoration. Ce qui distingue cette façade des deux autres (image 1).

Poussons l'investigation un peu plus loin. On peut voir sur les images 1 et 2, au-dessus et en arrière des créneaux et sur chacune des façades, trois grands arcs. Nous verrons un peu plus loin (images 9 et 10) que ces arcs couronnent des baies de grande hauteur seulement visibles de l'intérieur, car en grande partie cachées par les murs plaqués à l'extérieur.

Pour bien comprendre la structure du bâtiment, il faut se rapporter au plan de l'image 8. Primitivement, le plan de cette tour devait être rectangulaire avec une partie centrale carrée. Le côté le plus long du rectangle est orienté Nord-Sud. Il existe donc au premier étage une partie centrale à plan carré (image 9) et deux galeries à plan rectangulaire : l'une au Nord (image 10) et l'autre au Sud. Un escalier en colimaçon permet d'accéder à chacune de ces galeries.

Notons tout d'abord que la partie centrale à plan carré percée de 12 baies (3 baies par côté) fait immédiatement penser à la Jérusalem céleste de l'Apocalypse (cité à plan carrée aux 12 portes). Il y a là selon nous une allusion symbolique indéniable.

Mais nous pensons qu'il y a autre chose. En effet cet ouvrage Ouest nous fait penser à deux autres ouvrages Ouest : Perrecy-les-Forges (Saône-et-Loire) et Saint-Pierre de Bessuéjouls (Aveyron). À Perrecy-les-Forges, il existe au premier étage une galerie entourant un volume à plan carré. Mais ce volume est vide. La galerie surplombe le rez-de-chaussée. À Saint-Pierre de Bessuéjouls, nous avons comme ici deux galeries au premier étage, l'une au Nord et l'autre au Sud. Nous avons montré que, primitivement, la voûte en croisée d'ogives du rez-de-chaussée qui soutient le sol de l'étage supérieur n'existait pas. Elle a été posée ultérieurement (voir les images 10, 12, 13 et 16 de cette page de Bessuéjouls). On peut donc envisager qu'il n'y avait pas de sol à cet étage supérieur. Ou peut-être un plancher de bois. En était-il de même à Saint-Pierre de Moissac ?


On ne peut quitter Moissac sans admirer son tympan (image 11) et son cloître (image 7). Nous avons voulu montrer un chapiteau de ce cloître représentant le prophète Daniel entouré de ses lions. Comment sait-on qu'il s'agit de cette scène ? Il suffit de lire : il y a là une fois le mot « DANIELE » et trois fois le mot « LEO ». La cause est entendue. Et tout semble clair. Pourtant des questions se posent : si, pour nous, ce n'est peut-être pas évident que cette scène soit celle de Daniel et des lions (épisode biblique) comment ce fait-il que, pour les gens de l'époque, ce ne l'ait pas été ? Alors que la scène dite de « Daniel et les Lions » était très fréquente. Plus même que d'autres scènes bibliques comme, par exemple, les scènes de Crucifixion. Notre hypothèse est que cette scène avait un autre sens. Un sens que des prêtres déterminés à chasser une hérésie ont voulu cacher en essayant de le remplacer par l'épisode biblique de « Daniel et les Lions » .


Datation envisagée
pour l'ouvrage Ouest de l'abbatiale Saint Pierre de Moissac :

Il faudrait pouvoir accéder à l'intérieur de cet ouvrage. En absence de plus amples informations, nous proposons la datation suivante : an 1025 avec un écart de plus de 100 ans.


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