Diverses églises de la Nièvre susceptibles de dater du 1er millénaire (page 3/4) 

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Les édifices étudiés dans cette page, ainsi que dans trois autres du même chapitre concernant le département de la Nièvre, n’ont pas été visités. Leurs images, en général des copies d’écran Internet, servent à expliquer et à justifier les datations. Ces images ne peuvent remplacer une visite in situ.

Remarque : Ce site n’est pas seulement destiné à fournir des informations à un visiteur éventuel. Il sert aussi à usage interne en vue de faciliter nos propres recherches. En conséquence, on ne s’étonnera pas que l’étude de certains monuments s’écarte parfois du cadre préalablement fixé.

Les quatre églises décrites dans cette page sont : l’église Saint-Sylvestre de Jailly, l’église Saint-Julien de Mars-sur-Allier, l’église Saint-Sauveur de Nevers, l’église Saint-Germain d'Auxerre à Rouy.




L'église Saint-Sylvestre de Jailly

Le site Internet « Bourgogne Romane » consacré à cet édifice nous apprend ceci :  « Le petit bourg déserté de Jailly nous offre une remarquable église priorale dans un site vallonné plein de charme. Il s’agit d’un ancien prieuré clunisien fondé au XIe siècle et dépendant de La Charité. Le seul vestige du prieuré est sa belle église romane, partiellement en ruine depuis le XVIIIee siècle, mais aujourd’hui bien restaurée et parmi les plus importantes de la Nièvre. Commencée à la fin du XIe siècle et construite en plusieurs étapes jusqu’au siècle suivant, elle conserve encore sa façade, la dernière travée de la nef, le transept et le chœur à trois absides. L’ensemble est couronné d’un clocher octogonal particulièrement beau, ajouré de baies géminées. Le portail Ouest, ouvrant sur le vide, est décoré de chapiteaux feuillagés et de médaillons fleuris. Une façade moderne permet de pénétrer à l’intérieur vers le chœur, par un accès en gradins. La coupole de la croisée en est la partie centrale, entourée par la travée de nef, les croisillons, le chœur et les bas-côtés. Les piliers cruciformes à colonnes engagées et les grandes arcades en plein cintre sont typiquement romans. Le chœur est la partie la plus ancienne, présentant une abside polygonale, courant dans cette partie du Nivernais, avec trois baies flanquées de colonnettes. Les chapiteaux des piliers sont sobrement décorés de feuilles et de motifs géométriques. Il faut enfin visiter le cimetière derrière l’église pour admirer les jolies vues sur le chevet et sur les environs [...]

L’église ne fut conservée qu’en partie, puisque les deux premières travées de la nef ont été détruites. De la nef, il ne reste que la troisième travée, le mur Nord et l’entrée occidentale. Les autres parties conservées sont le transept saillant, le clocher central, le chœur, l’abside et les deux absidioles. Il en résulte donc un plan en croix grecque centré autour de la croisée du transept. L’église fut construite d’Est en Ouest en plusieurs campagnes successives, probablement à partir de la fin du XIe siècle pour le chevet, achevée par la façade au XIIe siècle. La construction en gradins de l’édifice est remarquable et correspond à la déclivité du terrain. Des remaniements tardifs sont visibles à l'intérieur au niveau des murs et des voûtes
. »

Nous n’avons pas visité cette église. Si l’on se réfère à son plan (image 3), l’édifice primitif semble être une église à nef à trois vaisseaux avec trois absides en prolongement de ces trois vaisseaux. Le transept aurait été aménagé ultérieurement à l’emplacement de la deuxième travée. Les arcs de ce transept sont doubles. Par ailleurs, ils apparaissent outrepassés par outrepassement des tailloirs des chapiteaux (images 4, 5 et 6). Mais bien sûr, tout cela mérite vérification par une visite plus approfondie.

Le chapiteau de l'image 7 représente un masque crachant des ramures encadrant une pomme de pin. On peut le comparer avec un chapiteau de Mars-sur-Allier (image 23).

Une suite de rosaces a été placée comme frise au-dessus d’un portail. Il semblerait que ces rosaces soient plus nombreuses en Bourgogne qu’ailleurs. Nous ne connaissons pas leur datation.

Datation envisagée pour l’église Saint-Sylvestre de Jailly : an 950 avec un écart de 100 ans.






L'église Saint-Julien de Mars-sur-Allier

Le site Internet « Bourgogne Romane » consacré à cet édifice nous apprend ceci : « Ce petit village nivernais aux confins du Bourbonnais possède une église romane tout à fait exceptionnelle, par son architecture remarquable ainsi que par son décor sculpté. C'est le seul vestige d'un prieuré clunisien dépendant de l'abbaye de Souvigny (Allier). Le portail de la façade est très intéressant avec son tympan du milieu du XIIe siècle, se composant de deux registres superposés. Au-dessus d'une tête de monstre vomissant des rinceaux, l'artiste local a sculpté un Christ bénissant dans une mandorle, entouré des symboles des évangélistes et de six apôtres, le tout d'un style singulier. Le plan de l'église dessine une nef de trois travées à collatéraux, un transept non saillant et une vaste abside au chevet heptagonal curieux. La nef est voûtée en berceau brisé sur doubleaux reposant sur des piliers ronds par l'intermédiaire de pilastres, qui rappellent les piliers lointains de Tournus et quelques églises des pays de la Loire. La croisée est supportée par des piliers de section carrée à demi-colonnes par d'étranges demi-arcs. La travée de chœur en berceau brisé précède la grande abside, dont les dispositions sont rares, décorée d'arcatures et de baies. Les chapiteaux de la croisée et l'abside méritent l'attention par leurs sculptures aux feuillages stylisés, animaux fantastiques affrontés, têtes de monstres, serpents et dessins géométriques. À l'extérieur de l'église, on pourra admirer des modillons sculptés d'animaux et surtout le haut clocher dominant l'ensemble avec ses baies géminées richement décorées. Enfin, le linteau du petit portail latéral présente une belle rosace [...}

L’église est romane dans son ensemble et d’aspect homogène, même si elle fut probablement construite en deux campagnes au XIIe siècle, puis fortement restaurée au XIXe siècle. Son plan est presque rectangulaire avec une nef de trois travées avec bas-côtés, un transept non saillant sous clocher et un chœur avec une ample abside enveloppante à cinq pans. La construction est d’aspect soigné avec des parties en petit et en moyen appareil régulier. La nef daterait du deuxième quart du XIIe siècle, tandis que l’agrandissement du chœur et la construction du clocher se situent probablement dans la deuxième moitié du XIIe siècle. La sacristie au Nord du chœur est tardive.
»

Extérieurement, l’église Saint-Julien de Mars-sur-Allier apparaît comme une église à nef unique (images 10 et 11). On peut y voir deux portails décorés. Le tympan du portail Ouest présente un profil architectural inusité (image 12). Nous avons en effet l’habitude de rencontrer des parties supérieures de portes constituées de deux parties : en dessous, le linteau de forme quadrangulaire et au-dessus, le tympan de forme demi-circulaire. Ici ce n’est pas le cas : on a bien deux pièces, l’une qui pourraient être le linteau et l’autre qui le complète. Mais c’est le tout qui a une forme demi-circulaire.

La pierre du dessus est sculptée de rameaux entrelacés à feuillages très stylisés. Le décor peut être mis en relation avec celui des chapiteaux de la nef.

Quant à la pierre du dessous, elle représente la scène bien connue du Christ en Gloire entouré par les symboles des Évangélistes. La scène nous apparait archaïque mais pas rudimentaire. Les traits des personnages sont bien dessinés, des détails comme le nimbe crucifère entourant la tête du Christ, ou les coiffures des apôtres, ou la clé de Saint-Pierre ont fait l’objet d’un grand soin dans l’exécution. Sa facture s’apparente à celle du tympan de Saint-Génis des Fontaines (Pyrénées-Orientales). Il daterait des environs de l’an 1000.


L’autre portail moins décoré est surmonté d’un linteau en bâtière. En plein milieu de ce linteau apparaît une rosace analogue à celles vues sur l'image 9. Cette rose nous apparaît incongrue. C’est la première fois que nous en voyons sur un linteau en bâtière (image 13).

À l’intérieur, nous découvrons que contrairement à ce que nous avions envisagé, la nef est à trois vaisseaux (image 14).

Nous observons qu’il y a une alternance de piliers rectangulaires et cylindriques. Les arcs reliant les piliers sont simples.

Sur l'image 16, on constate que les arcs doubleaux soutenant la voûte reposent sur les piliers cylindriques par l’intermédiaire de chapiteaux. L’ensemble apparaît un peu maladroit. D’où l’idée que, primitivement, les vaisseaux étaient charpentés. Les murs porteurs du vaisseau central étaient posés sur des arcs en plein-cintre eux-mêmes portés par des colonnes cylindriques et des piliers de type R1010 en alternance.

La plupart des chapiteaux des images suivantes de 18 à 27 représentent des feuillages très stylisés. Nous essayons de réaliser une classification de ces chapiteaux à feuillages, mais pour le moment nous n’y sommes pas arrivés tant la variété des décors est importante.

Une exception toutefois : le chapiteau de l'image 26. Il s’agit d’un chapiteau à lions dressés sur leurs pattes arrière. Ils sont caractéristiques de la forme « lions à queues feuillues » : leurs queues passent entre leurs pattes puis remonte le long du corps et s’épanouit sous la forme d’une feuille. On remarque le bol posé entre les deux lions. Il s’agit là selon nous d’un avatar de la scène que nous avons appelée « les oiseaux au canthare ».

Datation envisagée pour l’église Saint-Julien de Mars-sur-Allier : an 850 avec un écart de 150 ans.






L'église Saint-Sauveur de Nevers

Le site Internet « Bourgogne Romane » consacré à cet édifice nous apprend ceci : « De l’ancienne église Saint-Sauveur, près du pont de la Loire, ne sont visibles que le porche roman et quelques arcades de la nef détruite. Sous le porche, un double portail présente des chapiteaux sculptés d’animaux. Une arcature aveugle du mur Sud est conservée dans une maison privée. Ancien prieuré bénédictin rattaché à Cluny, c’était une église romane importante avant sa démolition en 1838, avec nef à trois niveaux, piliers circulaires, trois absides et crypte. C’est au musée archéologique de la Porte du Croux que sont conservés les trésors de la sculpture de Saint-Sauveur, dont l’important tympan du Christ remettant les clefs à Saint-Pierre et plusieurs chapiteaux au bestiaire fantastique. »

Les quelques images que nous avons ne permettent pas de dater avec certitude les restes de cette église. Il semblerait cependant que les grands arcs situés en arrière-plan de l'image 28, ainsi que les arcs situés à droite sur l'image 29 soient portés par des piliers de type R0000.

Datation envisagée pour l’église Saint-Sauveur de Nevers : an 750 avec un écart de 250 ans.






L'église Saint-Germain d'Auxerre à Rouy

Le site Internet « Bourgogne Romane » consacré à cet édifice nous apprend ceci : « Rouy, village sur la route de Nevers à Autun, conserve une belle église romane au centre du bourg. La paroisse de Saint-Germain existait déjà au VIIe siècle, puis un prieuré clunisien s’y est établi dépendant de La Charité. L’ancienne église priorale, bien que sévèrement restaurée aux XVIIIe et XIXe siècles, a été intégralement conservée et présente un bel ensemble de roman tardif du XIIe siècle. Son plan traditionnel présente une nef de trois travées flanquées de bas-côtés, un transept saillant et un chœur avec abside entre absidioles. L’ensemble est couronné par un clocher central particulièrement beau, ajouré de baies géminées et décoré d’arcatures polylobées du type de La Charité. La nef, très sobre et dépouillée, est directement éclairée par des fenêtres hautes et conserve ses piliers carrés à pilastres et ses grandes arcades de profil brisé. La voûte en berceau brisé a été refaite au XIXe siècle suite à un incendie en 1714, les bas-côtés ont été remaniés également. La croisée du transept est couverte d’une belle coupole élevée sur arcs brisés et piliers cruciformes, les croisillons s’ouvrent sur des absidioles remaniées. Le chœur présente une travée en berceau brisé et une abside avec fresque gothique du Christ en Majesté dans le cul-de-four. Cette partie est décorée d’arcatures avec colonnettes, pilastres sculptés, et chapiteaux feuillagés. D’autres chapiteaux sont à voir dans la croisée et les bas-côtés, ils sont décorés sobrement de feuilles, d’entrelacs, de fleurs et d’un cheval. Le portail Sud présente également un modeste décor roman avec voussures et chapiteaux. »

La nef de cette église est à trois vaisseaux (image 31). Les images 33, 34 et 35 font apparaître les piliers de cette nef. On constate une certaine disparité dans la constitution de ces piliers. Ainsi, sur l'image 35, on voit un pilier à plan rectangulaire auquel est associée une demi-colonne demi-cylindrique. Il n’y a pas de symétrie dans cette association. Ajoutons que le pilier rectangulaire porte une imposte, alors que la colonne demi-cylindrique porte un chapiteau et un tailloir. Sur les images 33 et 34, on peut voir les piliers. Côté vaisseau central, les impostes sont interrompues par de massifs pilastres qui soutiennent les arcs doubleaux qui portent les voûtes en berceau brisé. Remarquer par ailleurs que, au fond, les voûtes recoupent en partie la grande baie. Preuve que ces voûtes ont remplacé une couverture préexistante, probablement charpentée.

Notre hypothèse est la suivante : initialement, la nef devait être charpentée, les murs porteurs du vaisseau central étaient soutenus par des piliers de type R0000. Plus tard, on a décidé de voûter les bas-côtés. Pour ce faire, on a adossé aux piliers les colonnes demi-cylindriques afin de porter les doubleaux servant à soutenir les voûtes des bas-côtés. En conséquence, les piliers sont devenus de type R1110. Au cours d’une troisième étape, on a adossé aux piliers, côté vaisseau central, les pilastres servant à soutenir les voûtes de ce vaisseau central. Les piliers sont devenus de type R1111.

Datation envisagée pour l’église Saint-Germain d'Auxerre à Rouy : an 750 avec un écart de 150 ans.