La chapelle Saint-Martin-de-Fenollar à Maureillas 

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La chapelle Saint-Martin-de-Fenollar contient un très bel ensemble de fresques murales, et très probablement un des plus anciens de France, comme nous allons essayer de le démontrer.

La visite extérieure commence par le chevet (image 1). On remarque immédiatement qu'il s'agit d'un chevet à plan carré caractéristique selon nous d'une architecture préromane. L'impression se confirme avec la constatation d'une rareté et d'une petitesse des ouvertures (images 1, 2 et 3 ).

On a une autre confirmation d'ancienneté avec la présence d'arcs outrepassés (images 4, 5) et de baies en « trous de serrure » (image 7). Notons enfin que l'abbé Giry a estimé que les églises à chevet carré de l'Hérault (mais aussi du Languedoc Méditerranéen) étaient préromanes et que la plupart d'entre elles avaient la particularité suivante : l'arc triomphal, souvent outrepassé, est porté par des impostes (images 5 et 6).


Lisons à présent le texte suivant extrait du livre « Roussillon Roman » de la collection Zodiaque. Il concerne les inscriptions accompagnant les fresques : « Les évangélistes sont accompagnés d'une inscription placée sur les deux plus longues bandes du cadre rectangulaire embrassant la vision apocaluptique. Il s'agit de quatre vers du Carmen paschale du poète Coedius Sedullus qui accordent la vocation particulière de chacun des évangélistes aux qualités et aux caractères des animaux qui les représentent traditionnellement. Le monastère de Ripoll possédait plusieurs exemplaires des œuvres de cet écrivain datés du Vesiècle, et des citations à peu près analogues se rencontrent sur les fresques de Santa Maria de Mur en Catalogne (actuellement au Museum of Arts de Boston) et de l'abside de Saint Plancard ... ».

L'auteur de ce texte poursuit un peu plus loin : « Date : Si l'on accorde à la paléographie des inscriptions accompagnant les scènes, le crédit qu'elle semble mériter, on datera cet ensemble du début du XIIesiècle, date qui convient également au style des peintures. »

L'auteur c'est Marcel Durliat, une « grosse pointure ». dans l'art roman. Pourtant, on ne peut être que surpris par sa démarche. D'un côté, il nous apprend que les inscriptions s'inspirent de textes du Vesiècle. D'un autre côté, il date ces inscriptions du XIIesiècle sur la foi de connaissances paléographiques sur lesquelles il avoue ses incertitudes. Mais il n'explique pas le saut de sept siècles. Et il n'explique pas non plus comment il fait pour identifier du début du XIIesiècle, un style de peintures.


Nous sommes beaucoup moins précis que Marcel Durliat en ce qui concerne la datation. Par contre nous pensons être plus réalistes. Ces fresques sont selon nous nettement plus anciennes que le XIIesiècle. Les raisons sont les suivantes :

Tout d'abord l'iconographie principalement basée sur l'étude de l'Apocalypse. En particulier lev cortège de vieillards de l'Apocalypse est relativement rare dans l'art roman mais plus fréquent dans des scènes datées du VIIe siècle (Ravenne).

Nous remarquons sur l'image 16 le quadrillage effectué sur les partîes dorées. Nous pensons que ce quadrillage est destiné à imiter les pavages de mosaïque à font d'or qui caractérise les décors des édifices de l'Antiquité Tardive.

Nous remarquons aussi sur l'image 18 que les larges bandes encadrant les diverses scènes sont endommagées par la fenêtre. D'où l'idée que cette fenêtre axiale n'existait pas primitivement. Ou elle était nettement plus réduite. Là encore, cela s'accorde avec une plus grande ancienneté. Les absides primitives étaient aveugles afin d'accorder la totalité de l'espace mural au décor (fresques ou mosaïques).

Datation envisagée pour la chapelle et les fresques de Saint-Martin-de-Fenollar : an 700 avec un écart de 200 ans.