L’église Sainte-Marie-Madeleine de Neuilly-en-Donjon
Il s’agit là d’une toute petite église isolée qui n’aurait
pas attiré l’attention s’il n’y avait eu son très beau
portail implanté sur la façade occidentale (images
1 et 2).
Une page du site Internet Wikipedia nous
donne une description du portail : «
Le tympan surmonte le portail représentant la scène de
l'Épiphanie avec la Vierge Marie, sur son trône, tenant
l'Enfant Jésus sur ses genoux. Les trois rois mages
apportent leurs offrandes. La scène repose sur deux
animaux, un bœuf symbolisant Luc (évangéliste) et un lion
revenant à Marc (évangéliste). À l'arrière-plan, un
personnage ailé représente l'évangéliste Mathieu (apôtre).
On peut entrevoir aussi les ailes d'un ange qui
représenterait Jean(apôtre). Les anges représentent
l'ouverture au monde.
Le linteau qui prend place sous le tympan, semblant relier
les chapiteaux, représente Adam et Ève lors du Péché
Originel, répondant aux demandes du Démon, symbolisé par
le serpent. Le reste du linteau est occupé par la cène du
dîner chez Simon (et non la Cène, le dernier repas de
Jésus). On peut distinguer Marie-Madeleine, la pècheresse,
arrosant de ses larmes les pieds de Jésus (à gauche de la
table).
Le chapiteau, à gauche en entrant, représente sur sa face
occidentale le démon dont le rire exprime la joie du
triomphe sur l'Homme. La face méridionale paraît
symboliser le châtiment du pécheur fouetté par Dieu, sur
son trône. Le chapiteau, à droite en entrant, expose
l'épisode de la vie de Daniel, prophète condamné à être
dévoré dans la fosse aux lions. »
Nous ne voyons que peu de choses à
ajouter à ce commentaire très détaillé. Quelques remarques
cependant :
Le portail a beaucoup souffert. Le pilier de gauche est
légèrement incliné et il a fallu soutenir le linteau et le
tympan par une armature de bois (image
2).
Il semblerait que le linteau et le tympan soient taillés
dans des matériaux différents. Par ailleurs, le linteau est
plus large que le tympan. Ce qui laisse envisager que nous
ne sommes peut-être pas en présence de la construction
originale.
Concernant le décor du tympan (image
4), on peut faire quelques observations. Les «
rois mages » ne portent pas de couronne. On sait que,
primitivement, les mages n’étaient pas considérés comme des
rois. La « royauté » des mages a été reconnue plus tard.
Comme le texte précédent le dit, il manque, sur la gauche,
l’aigle, symbole de Saint Jean l’Évangéliste. Seuls des
fragments d’ailes pourraient expliquer sa présence. Nous
avons une autre explication : si l’on observe plus
attentivement ce tympan on s’aperçoit qu’il n’est pas tout à
fait demi-circulaire : surtout à gauche. Il est donc
possible qu'une partie de ce tympan ait été supprimée. Elle
aurait contenu l’aigle symbole de Saint Luc.
Il faut remarquer que le décor de ce tympan s’écarte
résolument du modèle commun. Dans la plupart des cas, le
tétramorphe encadre l’image de Jésus-Christ inscrit dans une
mandorle. Plus rarement, ce tétramorphe entoure Dieu le
Père. On voit aussi sur des fresques l’image de la Vierge à
l’Enfant entourée du tétramorphe. Mais c’est bien la
première fois que nous observons la scène de l’Épiphanie
entourée du tétramorphe. Qui plus est, dans la plupart des
cas, les signes des évangélistes sont disposés
symétriquement par rapport au centre de la scène. Ce qui
n’est pas le cas ici.
Le linteau quant à lui contient deux
scènes : le Péché Originel et le repas chez Simon. Ces deux
scènes pourraient être en rapport avec
Sainte-Marie-Madeleine. Dans la scène du Péché Originel,
Adam, poussé par sa femme Ève, dérobe le fruit défendu. Dans
la scène du repas chez Simon, Marie-Madeleine, compagne de
Jésus, se comporte comme une épouse dévouée et soumise. On
sait que Jésus-Christ est vu comme étant « le Nouvel Adam ».
Dans cette perspective, Marie-Madeleine serait la
« Nouvelle Ève ». On voit donc quelle pourrait être
l’interprétation des symboles de ce linteau. Par contre, on
décèle beaucoup moins les rapports entre les thèmes élaborés
sur le linteau et sur le tympan. Sans être concurrentes, la
Vierge Marie et Sainte-Marie-Madeleine sont deux figures
différentes de l’hagiographie chrétienne. Il est donc
surprenant de les voir cohabiter. Nous pensons que ce
portail pourrait avoir été assemblé à partir des restes de
deux portails différents.
Datation
La page du site Internet Wikipedia donne les datations
suivantes : « L'église
Sainte-Marie-Madeleine est une église romane des XIe– XIIe siècles, linteau et tympans du portail
occidental datés vers 1140. »
Comme pour toutes les églises à nef unique, il nous est
difficile de dater celle-ci. Le fait que la nef soit
charpentée et non voûtée nous fait envisager une possible
datation antérieure à l’an mille (image
9). Mais rien n’est certain, car le chœur et
l’avant-chœur sont voûtés (image
8). Compte tenu de ces hésitations, nous
proposons l’an 1050 avec un écart de 150 ans.
Concernant le linteau et le tympan, les hésitations sont
plus grandes encore. Lorsque nous avons décidé de créer ce
site, il n’était pas question de décrire les objets
sculptés. Leur étude nous apparaissait trop complexe et il
nous semblait difficile voire même impossible d’arriver à
les dater. Au fur et à mesure que notre recherche progresse,
nous réalisons qu’il doit être possible de dater ces pièces
sculptées par leurs formes et les scènes qu’ils
représentent. D’ores et déjà, nous remettons en question une
idée communément acquise : les tympans dits « romans »
dateraient du XIIesiècle. Nous pensons à
présent que leur construction s’étale sur plusieurs siècles.
Les plus anciens seraient constitués en général d’une pièce
unique : le tympan ou le linteau. Parmi les scènes
représentées, certaines seraient plus anciennes que
d’autres.
Nous sommes loin d’avoir trouvé l’ensemble des
correspondances. Ce d’autant que certaine scènes sculptées
comme « le Péché Originel » ont été représentées à toutes
les époques. Cependant, nous pensons que ce portail est plus
archaïque que d’autres datés du XIIesiècle. Et
nous proposons pour celui-ci la datation de l’an 1050 avec
un écart de 150 ans. Soit une antériorité d’un siècle avec
la datation proposée par le site Wikipedia.